Eugène Onéguine, d’Alexandre Pouchkine

« L’amour s’impose à tous les âges, /Mais il n’est bon dans sa fureur, /Comme aux prairies de mai l’orage, /Qu’aux jeunes âmes en candeur : /Ses brusques pluies les rafraîchissent, /Les renouvellent, les mûrissent, /Et la puissante vie produit /De douces fleurs, de riches fruits. »

C’est une oeuvre peu banal que je vous propose de découvrir aujourd’hui. Il s’agit d’un roman en vers écrit entre 1823 et 1830 par Alexandre Pouchkine dont j’avais déjà chroniqué une nouvelle. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’est pas plus difficile de rentrer dans cette histoire que dans une autre qui serait prosaïque. Au contraire, la musicalité de ces vers, admirablement traduits en français par André Markowicz, donne un rythme à ce roman qu’il est rare de retrouver ailleurs. L’écriture est très fluide, et même ceux qui goûtent peu à la poésie pourront trouver leur bonheur dans cet ouvrage.

Il est question ici d’un jeune dandy pétersbougeois, Evguéni (Eugène) Onéguine, en peu las de la vie, qui part à la campagne à l’occasion d’un héritage. Il devient ami avec Vladimir Lenski qui lui fait rencontrer les soeurs Larine. Lenski souhaite se marier avec la cadette, Olga et Onéguine est devenu la cible de l’amour fou de Tatiana, l’aînée. Je ne vous en dirai pas plus, juste qu’on a très envie par moment de donner une gifle à ce privilégié d’Eugène qui n’a pas forcément les bonnes réactions… bref, la suite est faite d’un coup de feu, de mariage, de départ, de retrouvailles. Ce que j’ai trouvé très plaisant dans ce livre, c’est notre relation privilégié avec l’auteur qui n’hésite pas à prendre la parole directement : coupant le récit, il nous nargue sa vie, ses points de vue sans pour autant que cette dichotomie avec le récit fictionnel nous dérange. Au contraire, on a presque l’impression que tout cela est naturelle, on ne fait que partager une discussion avec un bon ami…

Même si ce roman est remplie de références culturelles pointues ou qui nous sont étrangères, son thème est universel. Il faut juste franchir le pas des quelques a priori sur la forme qui pourrait vous bloquer et se vous laisser porter par ces vers, ces sonorités et ce rythme qui rendra ce livre encore plus savoureux. C’est une bien maigre chronique pour un tel ouvrage, la seule chose que je peux vous (pré)dire : vous allez pousser un soupir de bonheur et d’aise en refermant ce bouquin.

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