La Bibliothécaire, de Gudule

C’est grâce à Gudule (aka Anna Guduël) que j’ai connu mon premier coup de coeur littéraire. Quelque chose de vraiment violent et inoubliable : La Vie à reculons m’a fait comprendre que la littérature ne se résumait pas à raconter des histoires. Elle change le monde, elle change notre âme. Elle peut être puissante. Même (et peut-être surtout) quand il s’agit de littérature jeunesse. Gudule est une artiste prolifique, journaliste, écrivaine adulte et jeunesse : nouvelles, récits, romans, policier, fantastique… Elle est passée par beaucoup de chose mais je ne connais d’elle que son oeuvre pour enfant.

Une des mes amies a également eu le même déclic grâce à cette auteur, ou en tout cas un véritable coup de coeur. Après m’être fait maintes fois répéter « Mais lis-le, tu verras celui-là aussi il est trooooop bien », j’ai cédé et acheté La Bibliothécaire. Et hop ! au détour d’une livraison de mangas : trouvez l’intrus. Et je me suis tout de suite plongée dans cette délicieuse lecture.

Guillaume, collégien, a bien du mal à tenir éveillé en cours. Et pour cause ! Chaque soir, il observe dans l’immeuble en face de chez lui, une vieille dame qui écrit jusqu’à tard. Car dès que celle-ci a fini et éteint sa lumière, une jeune fille sort de l’immeuble. Obnubilé par la vision de la demoiselle, il décide de la poursuivre un jour (enfin, une nuit…). Après une rencontre mouvementée, il apprend qu’elle s’appelle Ida, elle est la vieille dame ou plutôt un fantasme de celle-ci. Ida est à la recherche d’un grimoire, indispensable pour devenir écrivain. Mais il lui reste peu de temps, elle est déjà âgée de quatre-vingt quatre ans… Et en effet, le lendemain, Guillaume apprend que la vieille dame est morte dans la nuit. « En Guillaume, c’est le vide intersidéral, avec ses météores, ses planètes tourbillonnantes, ses explosions cosmiques. Et ses trous noirs, ses trous noirs surtout : effroyables grouffres de néant. » Désespéré de ne plus voir Ida, il fait par de son désespoir à Doudou, son meilleur ami qui lui conseille alors d’écrire pour la faire revivre. Il s’attelle alors à la tâche et surgit Idda, jeune fille monstrueuse, les bras à la place des jambes, les yeux agités dans tous les sens… Guillaume n’avait pas pensé que sa mauvaise orthographe, l’absence de ponctuation ou encore un style mal construit pouvait avoir de telles conséquences ! Bon en français, Doudou essaie alors à son tour et apparaît Adi qui est à son image : noire de peau, le rythme comme credo. C’est maintenant à Guillaume de chercher le grimoire pour devenir écrivain et faire revivre la vraie Ida. S’ensuit alors un voyage fantastique dans le monde des livres. On y croise Alice (au pays des merveilles), Poil de Carotte, le Petit Prince ou encore Rimbaud… Des classiques que les enfants revisitent, étonnés et ballotés d’un univers à l’autre. La littérature et la langue prennent alors tout leur sens pour ces jeunes.

L’écriture de Gudule rebondit à chaque phrase. Elle a toujours le bon mot, touchant et poétique. Elle sait nous faire voyager et sa balade initiatique dans les livres nous fait revivre avec délice nos anciens cours de français. En plus d’inculquer l’importance d’un bon style, d’une bonne orthographe, sans quoi une bonne compréhension peut être gâchée, à des collégiens de plus en plus mauvais en français (malheureusement, c’est un fait), La Bibliothécaire est surtout un roman jeunesse qui remplit complètement son rôle de divertissement. Une pointe de fantastique, juste ce qu’il faut d’aventure, ce livre est fait pour plaire à tous, petits ou grands. Au début, je me demandais où toutes ces petites péripéties allaient nous mener : on ne voit pas de réel fil conducteur, la vieille dame est une excuse pour le grand périple littéraire. D’un côté, je m’en serais passé, de l’autre, ça entretient la magie. Mais après une vingtaine de page, la réelle histoire commence, et là, les lignes défilent à une vitesse folle ! Le livre se dévore très vite.

Une petite gourmandise de détente et de plaisir, où on se laisse bercer pour retomber en enfance !

Publicités

2 réflexions au sujet de « La Bibliothécaire, de Gudule »

  1. Eh eh eh !

    Quelle joie d’avoir lu ce commentaire ! Du coup, ça m’a donné envie de relire (une énième fois) ce bouquin.
    Comme tu l’as dis, c’est un livre qui se lit facilement mais qui se dévore avant tout. Pour moi, il a été comme un déclic également. Un déclic sur le plaisir de lire et de plonger dans des univers tous différents les uns des autres (c’est après ce livre, notamment, que j’ai pris le goût de lire de bons gros pavés !) ; mais aussi et surtout un déclic sur le paradoxe du métier d’écrivain. Un métier à la fois rude, plein de conventions, de règles invisibles et pourtant si libre, si fertile et si magique finalement ! Ce livre m’a fait comprendre que l’écriture est une forme de magie.
    Je dois dire que quelque part, c’est ce livre qui m’a lancé définitivement sur la voie de l’écriture.

    En tout cas, ton commentaire est très bien construit et c’est vraiment agréable à lire !

    A la prochaine !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s