Histoires vraies, de Blaise Cendrars

« Quelle chose étonnante que la lecture qui abolit le temps, transvase l’espace vertigineux sans pour cela suspendre son souffle, ni ravir la vue au lecteur ! On est emporté sur un tapis volant. Le bonnet enchanté de Fortunatus vous coiffe la tête. On se croit invisible, absent, bien qu’étant partout présent, même là, fébrile, ce livre à la main, que l’on dévore, que l’on mange des yeux comme une opération de magie blanche, pour se nourrir l’esprit.

Et la lecture est en effet une opération magique de la conscience qui révèle une des facultés les plus méconnues de l’homme et qui lui confère un grand pouvoir : la faculté de la bilocation et le pouvoir de s’isoler, de s’abstraire, de sortir de sa propre vie sans perdre contact avec la vie, bref, de communier avec tout, même quand on ne croit plus à rien. »

Histoires vraies, je ne sais pas, mais histoires belles je le confirme ! Publié en 1936 chez Grasset, ce recueil de nouvelles est peu connu de cet auteur prolifique qu’était Blaise Cendrars. On se souvient très bien de sa Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France, véritable aventure ferroviaire et sentimentale, puis après ses poèmes viennent ses romans, ses récits biographiques… Mais ses nouvelles restent encore inconnues du grand public. Pourtant quel meilleur moyen pour faire connaissance avec un écrivain ? La nouvelle oblige à la concision, c’est un concentré d’émotions mais surtout d’aventures ; ici, plus que dans les autres genres (sauf la poésie peut-être ?), ressort la, méthode d’écriture utilisé bien sûr mais surtout ce qui pour l’auteur prime avant tout dans son histoire : sont-ce les sentiments ? les péripéties ? les personnages, leur psychologie, leur action ? l’art de faire de la prose bien ? La nouvelle peut être un exercice périlleux pour ceux qui sont habitués aux longues envolées lyriques ou au genre romanesque. Mais rien ne résiste à Blaise Cendrars : j’ai parfois l’impression que cet homme a tout fait, tout vu, tout écrit, tout publié, partout, tout le temps. N’y voyez aucune jalousie, cet auteur ne se vante d’ailleurs jamais d’une quelconque manière que ce soit, pas de ton hautain, ou de prose biscornue. Non, ici l’écrivain veut nous transmettre ses expériences qu’il a vécu ou lu, ou entendu, c’est un instant de partage mais aussi de rêve.

Histoires vraies nous emmène aux quatre coins de la planète : Far West, forêt tropicale, océan Pacifique, Argentine, Londres… Réalité, fiction, on ignore si tout cela est bien vrai, bien que Cendrars joue personnellement le rôle du narrateur. A chaque nouvelle, un ton différent, une aventure dingue : un passage secret mènerait directement à la Banque d’Angleterre, un sacristain argentin un peu fou serait devenu un Saint, une ligue de marins emmènerait à chaque voyage en mer un cercueil splendide pour garantir au moussaillon mort en mer un enterrement dans son pays d’origine… Une succesion exotique d’histoires hors du commun qui a l’avantage de nous faire voyager, passer d’un continent à un autre en quelques minutes. Mention spéciale pour la dernière nouvelle « En transtlantique dans la forêt vierge », véritable immersion dans les profondeurs encore sauvages du Brésil.

Ce recueil se lit rapidement, il n’y a aucune difficultés linguistiques ou de stylistiques tordues qui gêneraient certains. Je vous préviens seulement qu’il ne faudrait pas mettre ce livre dans les mains des plus jeunes : on côtoie parfois la mort, c’est écrit de façon anodine mais quelques scènes peuvent choquer. Cendrars est ici adepte du récit dans le récit : le cadre initial n’est pas le cadre où se déroule l’histoire, c’est souvent un ami qui lui raconte, une lettre qu’il lit… Au départ, on peut donc avoir un peu de mal à rentrer dans la nouvelle mais très vite, on est emporté par l’écriture de l’auteur, souple et descriptive. Ce recueil est une bonne lecture pour un après-midi bronzette sur le bord de plage : rapide à lire et à finir, vous pourrez faire trempette ou croquer dans votre sandwich entre deux nouvelles.

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