Emma, de Jane Austen

On ne présente plus Jane Austen, véritable figure de la littérature anglaise. Auteure réputée, admirée, adulée, elle s’est fait connaître grâce à ses critiques sociales mordantes et ironiques, son humour parfois décalé mais toujours british. Le réalisme de ses textes et l’évolution de ses personnages dans un monde aux codes et à l’étiquette strictes ont séduits des millions de lecteurs. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un de ces romans les plus aboutis et pourtant pas aussi connu qu’Orgueil et Préjugés ou Raison et Sentiments : Emma est publié en décembre 1815, à 2000 exemplaires tout d’abord. L’accueil qui lui est réservé est mitigé, comme le prévoyait Jane Austen qui disait de son héroïne « en dehors de moi, personne ne l’aimera vraiment ». Toutefois, la critique s’accorde à dire qu’ici est né un « nouveau genre de roman ». Satire sociale, personnages touchants, réalisme et soucis du détails, et une écriture fine… voilà les clés du sccuès de cette ouvrage.

« Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d’un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l’existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu’une souffrance même légère l’eût effleurée. » Elle habite seule avec son père : sa mère est décédée quand elle était enfant, sa soeur aînée ainsi que sa gouvernante et amie se sont toutes les deux mariées et ont quitté la résidence familiale d’Hartfield. Pour combler son ennui, Emma forme des couples dans son entourage restreint : jouer l’entremetteuse est son passe-temps favori alors qu’elle-même refuse de se marier un jour. Mais Emma est jeune et naïve, à plusieurs reprises, il lui arrive de se méprendre sur les sentiments des autres. Elle doit apprendre alors à mieux connaître le coeur de ses amis mais aussi le sien. Connaître les émotions de l’être humain est un apprentissage difficile et parfois trompeur. Les quiproquos et les malentendus sont nombreux ; la bienséance ordonnée ne fait que les rendre plus piquants. La jeune fille ne réalise pas encore que faire l’entremetteuse n’est qu’un moyen détourner de vivre l’amour et le bonheur conjugal, par procuration. Elle doit encore grandir, mûrir pour devenir une femme accomplie.

Les rangs sociaux, toujours présents dans les romans de moeurs de Jane Austen, sont ici extrêmement mis en avant, par la volonté de l’héroïne même : pour elle, au même titre que l’accord entre deux sensibilités, un mariage doit respecter ces rangs et dans l’idéal même, élever socialement la demoiselle. Emma vise ce but avec ténacité, quitte à passer à côté de signaux pourtant évidents sur les réels sentiments de ses amis qui eux, voient les choses autrement. La jeune fille, même si elle se comporte de façon exemplaire en société, ne brille pas : c’est un personnage en demi-teinte, sa vie n’est pas très attrayante, elle ne vit pas de splendides aventures de coeur, son existence est simple et douce. Elle essait de rattraper ses bévues, parfois gauchement, procède à des interprétations psychologiques, souvent ratées. Certains lecteurs la trouvent ennuyeuse, trop naïve ; pour ma part, je la trouve attendrissante. Je lui pardonne sa jeunesse et donc cette expérience qui lui manque cruellement. Emma saura au final apprendre de ses erreurs, la jeune fille devient femme : je pense que c’est cette évolution le vrai sujet du roman, l’épine dorsale.

Côté écriture, j’ai toujours préféré celle de Jane Austen à celle des soeurs Brontë (que l’on met toujours dans le même sac chez les lecteurs du dimanche comme moi. Non, ne me lapidez pas !) : moins de description, plus « d’action psychologique », un réalisme qui n’est pas pesant mais précis. Arthur Conan Doyle dira même que c’est le premier grand roman policier sans cadavre ! Le livre est partagé en une multitude de petits chapitres, de moins de 3 pages en général : certains n’apprécieriont peut-être pas cette lecture fractionnée, pour ma part, ça m’a plutôt arrangée, je déteste devoir m’arrêter entre deux phrases ! C’est un livre qui sent bon la campagne anglaise sous la pluie, les convenances, le thé, le feu de la cheminée ; je l’ai dévoré. On y rencontre une multitude de personnages, certains attachants, d’autres agaçants voire détestables : on voit bien ici tout le spectre d’humeur et de caractère du genre humain en société. C’est une agréable promenade, peut-être pas aussi fraîche et revigorante que d’autres lectures, mais néanmois bien sympathique ; vous prendrez bien un biscuit avec votre thé ?

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