Villa Amalia, de Pascal Quignard

Je vais un peu vous parler de moi. Mais très rapidement, juste histoire d’aborder l’ouvrage d’aujourd’hui. J’ai la chance de rejoindre en septembre prochain la première promotion du master professionnel « Métiers de l’écriture » qui ouvrira ses portes à la rentrée. Un honneur mais surtout une immense joie. En plus de cours passionnants type journalisme, étude de brouillons, scénario, nous aurons la chance de rencontrer trois « grands » auteurs durant l’année scolaire. Le premier n’est, ni plus ni moins, un monstre de la littérature française : Pascal Quignard. Certes, il n’est pas forcément connu dans tous les ménages ; il a pourtant écrit des montagnes de livres, essais ou romans. Et son dada, c’est la musique. Elle le hante, le vampirise, l’angoisse, le comble, le tiraille, le passionne. Une relation tumultueuse où il tente de démêler les différents fils, et cela que ce soit à travers ses oeuvres de fictions ou ses essais, fragmentés.
On dit souvent de Quignard qu’il est un peu opaque, difficile à étudier. Je l’avoue, si l’on n’est pas mélomane, certains de ses livres nous paraissent un peu dur d’accès. J’ai du, pour préparer cette rencontre, lire quelques uns de ces livres : deux essais : La Leçon de musique et La Haine de la musique, et deux romans : Tous Les Matins du monde et Villa Amalia. C’est ce dernier ouvrage que je vais aborder dans cette chronique. Ce n’est peut-être pas un choix judicieux pour vous faire découvrir cet auteur, car son empreinte est un peu plus cachée, profonde, moins évidente. Mais j’ai passé un tel bon moment de lecture avec ce livre que je souhaitais le partager avec vous.
Villa Amalia est un livre bouleversant. On suit l’histoire d’une femme, proche de la cinquantaine pour qui la vie prendra un tournant radical. Ann surprend son compagnon avec une autre femme alors qu’elle-même est surprise par Georges, un ancien camarade de classe primaire. Face à cette trahison, elle décide de quitter la vie parisienne, sans rien dire à l’homme qui a partagé sa vie pendant quinze ans : elle se débarasse de tous ses effets personnels, vend la maison, quitte son travail, change de voiture. Elle achète à Georges un petite maison dans son domaine, pour en faire sa « hutte ». Ann est compositrice, elle arrive à faire gémir et pleurer la musique pour avoir son essence même, et son oeuvre demande donc un lieu de travail adéquat. Après quelques voyages à droite, à gauche, elle se fixe quelque temps sur l’île italienne d’Ischia. Et là, c’est le coup de foudre, un élan amoureux violent et irrépréssible. Ann est tombée amoureuse d’une villa au toit bleu, presque inaccessible et inhabitée : la Villa Amalia. Des rencontres s’y feront, des amours s’y noueront, des drames y surviendront. C’est toute une part de sa vie qui est dévorée par cette demeure. La chaleur de l’Italie met le feu à son existence routinière.
« Elle aimait de façon passionnée, obsédée, la maison de zia Amalia, la terrasse, la baie, la mer. Elle avait envie de disparaître dans ce qu’elle aimait. Il y a dans tout amour quelque chose qui fascine. Quelque chose de beaucoup plus ancien que ce qui peut être désigné par les mots que nous avons appris longtemps après que nous sommes nés. Mais ce n’était plus un homme qu’elle aimait ainsi. C’était une maison qui l’appelait à la rejoindre. C’était une paroi de montagne où elle cherchait à s’accrocher. C’était un recoin d’herbes, de lumière, de lave, de feu interne, où elle désirait vivre. Quelque chose, aussi intense qu’immédiat, l’accueillait à chaque fois qu’elle arrivait sur le surplomb de lave. C’était comme un être indéfinissable, euphorisant, dont on ne sait par quel biais on se voit reconnue par lui, rassurée, comprise, entendue, appréciée, soutenue, aimée. »
L’écriture de Quignard est forte. Je lui reproche dans ses autres livres, notamment ses essais, une écriture très personnel, pour lui, qui me mettait mal à l’aise. Ici, cela se ressent moins et on est happé par les émotions puissantes qui traversent le bouquin. L’auteur nous plonge dans les bouleversements profonds de la vie et de la mentalité d’Ann. Un peu en voyeur, on suit ce parcours si atypique avec peur et délectation. Quignard sait jouer avec brio de toutes la palette sentimentale mise à la disposition de l’auteur. Il nous fait voyager mais toujours avec un fond pessimiste. Qu’importe le chemin qu’on prend, qu’importe si on décide de changer du tout au tout, à la fin, il y a la mort, plus ou moins rapide, plus ou moins méritée mais inéluctable. C’est un livre dont on ressort en titubant. Plus que jamais vous ressentirez ce sentiment contradictoire du « Je veux changer ma vie mais j’ai peur ». C’est écrit avec les tripes, à la sueur du front, au sang des larmes et c’est pour lire des choses comme ça que l’on lit des romans.
J’ai oublié de vous dire que depuis quelques semaines, je chronique également pour le site culturel Les Plumes Asthmatiques, ça se passe tous les mercredis 😉 Et si tout se passe bien, il y aura un petit compte-rendu de ma rencontre avec Pascal Quignard, qui doit avoir lieu courant octobre.

Publicités

3 réflexions au sujet de « Villa Amalia, de Pascal Quignard »

  1. Ping : Lectures étudiantes | lacritiquante

  2. Ping : Lectures étudiantes | lacritiquante

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s