La Cliente, de Pierre Assouline

Pierre Assouline est connu pour ses nombreuses biographies, son célèbre blog La République des Livres, ou encore son poste de responsable au magazine Lire. On connaît peut-être moins le romancier, plus discret bien que prolifique. En 1998, Assouline publie La Cliente. Un écrit que l’on souhaiterait savoir être une autobiographie un peu romancée d’une aventure qui lui est arrivé lors de ses recherches pour le récit de vie de Désiré Simon. Très vite, une simple autorisation pour visiter les Archives de l’Occupation vont faire basculer sa vie.
Assouline a besoin de consulter ces archives pour savoir si oui ou non Désiré Simon a été « accusé » d’être juif, et si oui quels étaient ses délateurs. Alors il épluche minutieusement toutes ces feuilles, ces procès-verbaux de plaintes, ces dénonciations par lettres anonymes, ces rapport d’enquête et de descente chez des juifs clandestins, cette énorme liste qui regroupe le nom de tous les « collabos » comme on a pu les appeler. Puis, un jour, alors que sa tête est embrumée de toute cette violence gratuite, un mot résonne un peu plus que les autres. « Fechner ». Tiens, c’est ainsi que s’appelle son beau-frère et ami. Ami dont les grands-parents furent déportés. Ce ne doit être qu’une coïncidence. Mais non, tout colle. Des commerçants dans la fourrure, rue de la Convention, il n’y en a pas cinquante. L’auteur commence à être submergé : si proche de lui, un délateur. Et son nom, là, consultable, d’un seul coup d’oeil dans le registre. Une personne si proche de la famille, si proche. Pour quel raison ? Pour quel motif ?
La question du pourquoi résonne encore et toujours sans trouver de réelles réponses. Il n’y a qu’une solution, la confrontation, la discussion pour mieux comprendre. Mais dénoncer le dénonceur de ce quartier où rien ne reste secret, dans cette France en miniature, comporte des risques. Est-ce que cela vaut la peine de tout révéler, de renvoyer à cette personne sa faute, son acte aux conséquences dramatiques ? Cette vérité revenue du passé risque de tout renverser sur son passage dans cet arrondissement où la vie est plutôt calme. Pierre Assouline se tâte, il veut savoir, c’est un fièvre, une obsession, une rage. Il veut comprendre. Il dit qu’il veut juste comprendre, mais on sent dans son ton cette colère sous-jacente, celle de la rancoeur et de l’incompréhension totale. Vendre les siens, d’autres êtres humains, sûrement sans regret aucun, n’est-ce pas là l’acte le plus abominable qui soit ? Les questions se bousculent, l’auteur s’enferme dans cette spirale de la réponse à tous les prix, à ses dépens et aux dépens des autres.
Il ne nous cache rien de cette aventure que ce soit les faits, ou son ressenti. On voit ce qu’il voit, on entend ce qu’il entend, on perçoit ce qu’il perçoit : toutes ces odeurs, ces atmosphères et ces détails qui l’ont interpellés nous sont maintenant transmis. C’est une écriture à la fois très touchante – on trouve de magnifiques passages sur l’écriture et la lecture mais aussi des passages plus forts sur l’Occupation – mais aussi directe et factuelle. Assouline a su trouver le bon entre-deux, son expérience de l’écriture, pratiquée depuis fort longtemps, est indéniable et donne un résultat superbe. J’ai eu l’impression que ce livre était une parenthèse dans sa production, pour que ce souvenir, réel ou fictif, sorte de sa mémoire pour le laisser en repos. C’est un livre à la portée de tous que je vous conseille vivement pour découvrir ce très bon auteur.

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