Un An, de Jean Echenoz

J’ai abandonné mes classiques en ce moment, et les livres d’auteurs contemporains (et vivants) ont envahis ma bibliothèque. C’est une façon pour moi de découvrir ses auteurs, des monstres de la littérature, que je n’avais pas encore lu. Aujourd’hui, je vais vous parler de Jean Echenoz et d’une de ses petites oeuvres, Un An, publié en 1997. C’est un roman très court, une centaine de pages (et encore, avec un énooorme corps de police et une marge plus qu’agréable), idéal pour combler une petite heure d’attente avant un rendez-vous médical (ou autre, vous avez bien sûr le choix).

Dans son livre, Echenoz nous oblige à suivre Victoire, une Parisienne qui décide de changer de vie. En effet, un matin, en se réveillant, elle voit Félix « mort près d’elle dans leur lit ». Elle ne réfléchit même pas, prend le maximum d’argent à la banque et quitte son appartement. Durant plusieurs semaines, elle va vadrouiller dans toute la France, d’abord en train, puis en auto-stop, puis à vélo, puis à pied ; elle dormina dans des hôtels, puis dans des abris de fortunes, puis à même la terre. Elle fera des rencontres qui ne garderont pas beaucoup d’importance dans son coeur. La vie lui jouera quelques tours aussi. Elle semble comme aveuglée, enfermée dans un mutisme qui attend juste que l’affaire se tasse, pour refaire surface à la capitale. Au fond, elle a suivi son instinct, qui lui indiquait de fuir pour ne pas être accusée. De temps à autre, elle croise Louis-Philippe, un ami qui la retrouve on ne sait comment et qui la tient un peu près au courant. En touchant le sol, arrivera-t-elle enfin à se relever ?

Ce n’est pas un livre sur le dépression ou la décrépitude, ce n’est même pas réellement une descente aux enfers puisque l’héroïne a voulu et souhaité ce départ, à tout moment, elle peut décider de revenir à sa vraie vie. Cette décision quelque peu hâtive, nous intrigue dès le début et on se sent un peu au dépourvu quand Victoire nous entraîne dans sa fuite, hébétée. On l’observe survivre avec ce qu’elle peut, se rendre compte sans réel alarmement de sa propre crasse. Elle perd tous les biens matériels qui avant la comblait, mais elle s’en fiche : elle est dans une sorte de brouillard, et essaie, égoïstement, de sauver sa peau. Les autres, elle s’en fiche, même si elle comprend vite qu’elle a besoin d’eux pour continuer. Elle n’est même pas vraiment intrigué par les apparitions surprenantes de Louis-Philippe. On apprend le fin mot de l’histoire dans les dernières lignes, et alors, tout s’éclaire.
Jean Echenoz a ici écrit une histoire bien original et l’a traité de façon neuve. Cet itinéraire suivi au hasard par Victoire reflète le chaos sombre qui a envahi son esprit. L’écriture de l’auteur est puissamment poétique et possède une force de parole sans commune mesure. A travers des mots simples et des descriptions sans fioritures, il arrive à recréer un univers tellement réel qu’on peut sentir l’odeur des sous-bois au petit matin, l’humidité sur nos vêtements, la crasse qui rend notre peau sèche. Echenoz, sans être direct à l’excès, n’y va pas par quatre chemin, il nous livre l’essentiel car la vie de Victoire ne se résume plus de toute façon qu’à peu de chose, qu’à l’essentiel. Un roman à découvrir, qui ne donne pas le cafard, mais qui nous fait voyager en quelque sorte de façon plutôt étrange.

« Gare Montparnasse, où trois notes grises composent un thermostat, il gèle encore plus fort qu’ailleurs : l’anthracite vernissé des quais, le béton fer brut des hauteurs et le métal perle des rapides pétrifient l’usager dans une ambiance de morgue. Comme surgis de tiroirs réfrigérés, une étiquette à l’orteil, ces convois glissent vers des tunnels qui vous tueront bientôt le tympan. »

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