Tristesse et Beauté, de Yasunari Kawabata

J’aime l’exotisme et les voyages. Et pour avoir un ersatz d’aventure, je me plonge dans des livres lointains. Après avoir exploré quelques facettes du Japon avec Murakami, j’ai voulu découvrir l’un des plus grands auteurs de ce pays, prix Nobel de littérature en 1968, je parle bien sûr de Yasunari Kawabata. Il publie en 1965 Utsukushisa to kanashimi to, ce qui a donné en français Tristesse et Beauté, disponible en France seulement en 1981.
On dit souvent de Kawabata que ses écrits reflètent une quête de la beauté, une réflexion sur la solitude. L’ouvrage que j’ai choisi aujourd’hui ne va pas faire exception à la règle et va traiter ces thèmes avec beaucoup de brio.
Oki a décidé cette année de se rendre à Kyôto la veille du Jour de l’An pour y entendre les cloches de fin d’année. Le but de ce célèbre écrivain est de renouer avec Otoko, peintre réputée, mais aussi son ancienne amoureuse et amante, il y a a de cela une vingtaine d’années. Les choses avaient alors tragiquement tournées et ont laissé en Otoko une cicatrice profonde. Aujourd’hui la peintre habite avec son élève Keito. Cette jeune fille aime par dessus tout Otoko et connaît tout de son histoire avec Oki. Alors quand elle a eu l’occasion de le voir, est né en elle un plan de vengeance très particulier, à la fois chancelant et violent. L’élève au comportement impulsif voire malsain, passionnée et ardente, s’immiscera dans une relation qui ne lui était pas destinée, pour le meilleur mais surtout le pire.


Raconté comme ça, on dirait que je décris l’intrigue d’un thriller. Or Tristesse et Beauté ne fait pas du tout partie de ce registre, ce qui n’est pas un mal au contraire. On explore ici toute la profondeur de l’âme humaine dans ce qu’elle a de plus complexe. Malgré les sentiments puissants mis au jour ici, c’est un roman doux et surtout très sensible que nous propose Kawabata. L’auteur a à coeur de façonner des personnages à la fois complets et mystérieux, avec une réflexion qui leur est propre, des engrenages intérieurs bien spécifiques. On est happé par la triste mélancolie d’Otoko, surpris par la fougue de la jeune Oki, entraîné par les remises en question incessantes d’Oki. Ces héros, dans leur ambivalence, sont une réelle réussite. L’histoire nous fait voyager dans les montagnes japonaises au gré des déplacements des personnages mais c’est surtout l’écriture qui réussit à nous immerger dans ce pays si particulier.
J’imagine que je dois saluer la traduction française : retranscrire au mieux l’écriture japonaise ne doit pas être très simple. En plus d’avoir une graphie différente, je crois avant tout que c’est un mode de pensée et d’imaginaire complètement étranger pour les Occidentaux que nous sommes. La langue elle-même constitue en voyage en terre étrangère et ici j’ai pu ressentir, via cette très belle traduction, qu’elle est apte à retracer les méandres et surtout les ambiguïtés de notre coeur. C’est une histoire bien peu commune que nous expose Kawabata, par cet aspect elle fait bien partie d’un monde fictionnel, toutefois son originalité la rend unique et les thèmes qu’elle aborde et qu’elle traite de façon approfondie la rendent universelle.

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Une réflexion au sujet de « Tristesse et Beauté, de Yasunari Kawabata »

  1. Oui. Je confirme : la traduction japonais/français, c’est dur. Et je partage ton avis quand tu dis que ce n’est pas seulement une graphie différente mais également une façon de penser différente. Peu importe l’auteur, je trouve qu’il y a toujours ce fossé entre nos deux cultures où les arts font un pont entre nos deux contrées.
    Kawabata, j’aime beaucoup en général et tu vois, celui-là, j’en ai jamais entendu parler XD Je le rajoute à ma liste de lecture 😉

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