La Déménagerie, de Jean-Loup Trassard

Jean-Loup Trassard aime la campagne. On s’en doutait au vu de son oeuvre, au vu de ses magnifiques photographies publiées chez Le Temps qu’il fait. Avec La Déménagerie, c’est une exploration en plein monde rural que nous offre l’auteur, un vrai voyage qui me ramène à mes origines de petite provinciale.

la-demenagerie-jean-loup-trassard-9782070336395L’histoire commence avant la deuxième guerre mondiale. Il faut savoir qu’en ce temps-là, les fermiers n’étaient pas propriétaires de leur domaine. Victor et Marguerite font partie de ce cas et avec leur sept enfants, ils commencent par être assez à l’étroit à la Hougerie, alors quand le possesseur des terres décide de vendre deux champs, ils prennent leur décision : ils allaient déménager. Et c’est un changement total qu’ils opèrent : de quelques hectares, ils passent à cinquante, une ferme comme il n’en existe pas en Mayenne. Oui, parce qu’en plus, ils ont changé de département en passant à la Sarthe voisine. Cent dix kilomètres, c’est une aventure à cette époque !
L’histoire nous ait raconté par le petit Rouvier, une dizaine d’années. Son père est un ami de famille qui va les aider au déménagement. Mais juste avant le grand jour, il se blesse à la cheville, ce qui le décide à emmener son fils avec lui. Une aubaine pour le gamin qui frissonne et se réjouit d’avance de ce périple. A travers ses yeux, on observe les préparatifs minutieux, on apprend à connaître chaque bête et son caractère, on touche chaque outils de la ferme. On vit au rythme de la météo, on éternue à cause de la poussière du foin, on crie au chien de se taire. A cette époque, point de tracteurs, il fallait tout acheminer en chârte, des charettes tirées par des juments. C’est un convoi plutôt inhabituel : les fermiers ne se déplacent en général que de quelques kilomètres quand ils leur arrivent de changer de domaine. Mais ce n’est pas tout ! Il est impossible de conduire les bêtes par les routes : c’est le train qui va prendre le relais, Victor se chargeant d’accompagner les bêtes au cours d’un voyage bien bruyant !

A la fois inédite et excitante, cette « déménagerie » est organisée avec calme, car au bout, des champs à perte de vue dont Victor sera la maître, une bonne terre qui les satisfera. Une nouvelle vie dans une immense ferme, assez grande maintenant pour que tout le monde ait de la place. Une sorte de ruée vers l’Ouest, dont les Fourboué seraient les pionniers.
Avec des mots simples et d’origine, Jean-Loup Trassard parcoure la vie de ces fermiers honnêtes et travailleurs, où l’amour de la campagne est innée. L’écriture a le don de nous emporter avec elle dans ses descriptions, sans jamais être ennuyeuse. Elle fait revivre une époque où les valeurs et les caractères étaient différents, où le bruit des sabots et du lait pissant du pie directement dans le « siaux » était courant.
Si jamais vous souhaitez revenir « aux racines », si les bruits de la ville vous agacent et qu’un petit voyage ne vous ferait pas de mal, n’hésitez pas à lire La Déménagerie, une petite pépite de la littérature rurale, dont je vous parlerais encore dans ce blog. Et ne vous fiez surtout pas à la quatrième de couverture de l’édition Folio qui est horriblement mal écrite et donne une mauvaise image de ce livre pourtant magnifique.

« Sur la Mézangerie, dès qu’il a commencé à se sentir installé, malgré la guerre, les restrictions, les prisonniers de Saint-Baudelle (ça, il le savait), les Allemands dans la ville, Victor s’est remis à chanter au labour, d’une façon naturelle, il n’avait aucunement oublié son répertoire et les couplets venaient tout seuls tandis qu’il marchait le long de l’attelée. Le soc grognait contre la terre, les chaînes – toujours nommées chapelets – cliquetaient, tous les pas des juments dans la raie faisaient un froissement continu, sur cette musique sourde Victor aimait chanter, peut-être pas pour exprimer de la joie, non, mais pour s’accorder au travail qui s’accomplissait bien, ou même pour éloigner l’ennui. »

 

En passant, je profite de cet article pour vous remercier, de tout mon coeur, de vos visites sur mon blog, toujours plus nombreuses chaque jour. Je remercie également mes followers sur Twitter (@lacritiquante), les meilleurs de toute la plateforme qui gazouille ! N’hésitez pas une seule seconde à laisser un commentaire ou à me contacter pour me dire ce que vous pensez du blog en général ou d’un article en particulier, ce n’est que comme ça que je peux progresser, évoluer, pour vous satisfaire pleinement ! Encore merci à vous !

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2 réflexions au sujet de « La Déménagerie, de Jean-Loup Trassard »

  1. Ping : Miette, de Pierre Bergounioux « lacritiquante

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