Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, de Haruki Murakami

Depuis quelques mois, une nouvelle activité a trouvé sa place dans mon emploi du temps, d’abord par nécessité puis rapidement par plaisir : la course à pied. J’adore courir au Jardin des Plantes ou le long du Canal du Midi, tôt le matin, quand l’air est frais, qu’il y a peu de monde et que les écureuils commencent à sortir de leur cachette. Sauf qu’en ce moment, je n’ai de motivation pour rien, footing compris, alors que je pensais faire quelques courses, juste pour voir. J’ai donc décidé de donner un coup de fouet dans tout ça, et pour cela, rien de mieux que de lire un petit éloge de la course. Mais comme en plus, je suis un peu écrivain sur les bords, j’ai, tant qu’à faire, conjugué ces deux centres d’intérêt en choisissant de lire Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, de Haruki Murakami, à ne pas confondre avec Ryû Murakami. J’avais déjà lu La Ballade de l’impossible, et mon avis avait été plutôt mitigé, mais le livre dont il est question aujourd’hui n’a rien à voir avec un roman.

 autoportrait

Entre 2005 et 2006, Murakami a entrepris d’écrire un texte portant sur la course, sport qu’il exerce depuis un quart de siècle et qui est bien plus qu’un entretien physique pour lui. Après avoir pris la décision de devenir écrivain coûte que coûte, il doit changer de style de vie : il vend son club de jazz, il arrête de fumer une soixantaine de cigarettes par jour et se met à dormir la nuit et non plus le jour. Mais rester devant son bureau à écrire au lieu de charger des bidons de bière, ça dépense moins de calorie forcément. Il fallait donc trouver un sport : d’un naturel plutôt solitaire et plus performant en activité d’endurance, Murakami a choisi la course à pied. Très vite c’est devenu le symbole d’un équilibre de vie. Inlassablement, chaque jour, Murakami enfile ses chaussures et part à l’aventure, à la découverte de lui-même.

En ce qui me concerne, la plupart des techniques dont je me sers comme romancier proviennent de ce que j’ai appris en courant chaque matin. Tout naturellement, il s’agit de choses pratiques, physiques. Jusqu’où puis-je me pousser ? Jusqu’à quel point est-il bon de s’accorder du repos et à partir de quand ce repos devient-il trop important ? Jusqu’où une chose reste-t-elle pertinente et cohérente et à partir d’où devient-elle étriquée, bornée ? Jusqu’à quel degré dois-je prendre conscience du monde extérieur et jusqu’à quel degré est-il bon que je me concentre profondément sur mon monde intérieur ? Jusqu’à quel point dois-je être confiant en mes capacités ou douter de moi-même ? Je suis sûr que lorsque je suis devenu romancier, si je n’avais pas décidé de courir de longues distances, les livres que j’ai écrits auraient été extrêmement différents. Concrètement, en quoi auraient-ils été différents ? Je ne saurais le dire. Mais quelque chose aurait été profondément autre.

Murakami n’aborde pas l’écriture à toutes les pages, c’est plutôt la course dont il est question ici. Mais sans la course peut-être ne serait-il pas devenu ce qu’il est, c’est-à-dire un écrivain, une romancier, jusqu’aux moindres fibres de son corps. Sans le course, on n’aurait pas affaire au même homme, un homme de lettres, c’est donc normal, évident même pour lui, que ce sport ait une telle importance, une telle influence. Il partage avec nous les différentes étapes qu’il a traversé : ses débuts, son rythme de croisière, les différents lieux où il a pu courir, les premières compétitions, les marathons puis son goût pour les triathlons, les effets du vieillissement qui sont visiblement irréversibles, etc. C’est aussi l’occasion de revivre avec l’auteur mille et une anecdotes, de recueillir quelques confidences.

La course est le reflet d’une philosophie de vie, quelque chose de lumineux, qui va de l’avant, qui demande un bon mélange de concentration et de relâchement, de rigueur et de détente. Un peu comme l’écriture donc. Ce livre à mi-chemin entre l’essai et le journal possède un style qu’on pourrait qualifier de « relâché » dans le sens où Murakami n’a pas établi de censure avec nous, il est toujours honnête et ne cache rien, même les moments désagréables. Ce petit livre est tout de même très bien écrit, je ne me suis ennuyée à aucune page, mais il est vrai que j’avais déjà de l’intérêt pour les thèmes développés ici. C’est le genre d’ouvrage qui va vous donner envie d’enfiler illico une paire de baskets pour aller faire quelques foulées. J’ai retrouvé une motivation en parcourant ces pages, juste le coup de pied aux fesses qu’il me fallait. Une lecture très agréable et bénéfique donc, et qui sort de l’ordinaire en plus !

Haruki Murakami, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, très belle traduction du japonais par Hélène Morita, 10/18 (4420), 7€40.

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3 réflexions au sujet de « Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, de Haruki Murakami »

  1. Ah ! Je comprends bien à travers ton résumé la passion que peut trouver Murakami dans la course à pied. Même si je ne partage pas du tout ce goût…
    Cependant, je pense tout de même qu’il rappelle à quiconque a une pointe d’âme d’écrivain, combien il est important de sortir de chez soi (que ce soit au travers du sport ou autre), de s’évader et de prendre un simple mais efficace bol d’air frais.
    A dire vrai, cette réflexion peut s’appliquer à n’importe lequel d’entre nous. Nous en avons tous besoin ! \o/

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