Le NaNoWriMo : « Il était une fin »

Ce mois de novembre a été pour moi particulier : j’ai participé à mon premier NaNoWriMo, ce challenge international un peu fou où on prend le pari d’écrire 50 000 mots en un mois. Un rythme soutenu de 1667 mots par jour pour arriver à la fin d’un roman, avec notre fierté personnelle et un petit diplôme signé de Chris Baty, le dieu du NaNo. Oui, car la seule chose que l’on gagne ici est peut-être la plus importante victoire de notre moi écrivain : savoir que l’on peut venir à bout d’un roman, d’une histoire. Bien sûr, on reconnaît tous que la réécriture va être vraiment nécessaire et très lourde, puisque le NaNo, c’est de l’écriture au kilomètre. Mais il s’agissait bien ici de faire de la quantité, et non de la qualité, pour nous forcer à avancer et à terminer un projet, pour éviter que l’on se perde dans les détails stylistiques.

Et c’était exactement ce qu’il me fallait. Je suis en master métiers de l’écriture, et je n’avais encore jamais fini un roman, un récit ou une nouvelle excédant vingt pages. Et pourtant, j’en ai des projets, qui m’inspirent, me motivent. Mais au bout de 5000 mots, ma plume se tarit, trop épuisée d’avoir cédé à mon tic et d’être revenu une dizaine de fois sur chaque phrase pour trouver le mot juste. Je suis une chipoteuse. Je ne peux pas m’empêcher de stopper et de revenir sur ce que j’ai fait, et cela se terminait invariablement par l’arrêt pur et simple de mon écriture, et une frustration grandissante.

Le NaNo, j’en avais déjà entendu parler, mais sans réellement m’y attarder. Mais cette année, j’ai eu la chance de me faire de nombreux amis qui ont déjà titillé la muse, et j’ai voulu faire comme eux : arriver à scribouiller quelque chose de potable et pouvoir tamponner FIN sur la dernière page. Au détour d’un tweet, et d’articles de blogs évoquant le NaNo à venir, je me suis un peu plus renseignée et j’ai cédé, en moins de dix minutes, faisant fi de ma fausse excuse (« Le site est en anglais, je ne parle pas anglais »). J’ai été la première surprise de mon geste mais c’était fait, La Critiquante était bien inscrite sur le site officiel, je ne pouvais plus me débiner.

Image tirée de Rhum express

J’ai abordé ce mois avec sérénité et un adage personnel qui me tenait lieu de loi de vie et de mantra : chaque jour, faire son quota de mot. Mon secret a été la régularité. Il y avait les jours avec où je n’étais pas submergée par le travail, les études, où l’inspiration venait facilement, où les mots apparaissaient comme par magie sur mon écran. Puis il y avait les jours plus sombres (de loin les plus nombreux) où écrire était une vraie corvée, où je regardais tous les cinquante mots où en était mon word count, soupirant quand je voyais que ma moyenne journalière n’était pas atteinte. Faire le NaNoWriMo demande beaucoup de travail, il ne faut pas se leurrer, et il faut faire des choix pour se libérer du temps pour écrire mais aussi pour réfléchir à la tournure que va prendre notre fiction. J’ai dû renoncer en partie à ma vie sociale, j’ai dû me lever plus tôt chaque matin pour travailler mes cours à ce moment-là et avoir ma soirée réservée au NaNo, j’ai dû parlementer avec mon copain pour lui faire comprendre que non, ce soir, je ne peux pas m’abrutir devant des séries policières avec lui (et pourtant, j’en avais bien envie parfois!), j’ai dû ralentir mon rythme de publication sur mon blog et sur les Plumes Asthmatiques.

Mais ces efforts ont payé : j’ai franchi la barre des 50 000 mots le 29 novembre. Et mon roman se termine au bout 50 034 mots, autant dire que je n’avais pas besoin de plus. Impossible de décrire ce sentiment bizarre qui vous envahit quand vous voyez la page Winner s’afficher. J’étais dans la bibliothèque de lettres de mon université, je profitais d’un après-midi de libre pour venir à bout de ce challenge. Je suis sortie de là groggy de bonheur, de fierté et d’orgueil. Je l’avais fait. J’avais pondu un roman, une soixantaine de chapitres, trois personnages centraux, une intrigue complète, un univers créé, et un point final. C’était une première pour moi, et c’était bon ! La première chose que j’ai faite, à part sourire bêtement, fut de prévenir tous mes amis, mon copain et même ma famille – et en tant qu’accroc, j’ai tweeté ça bien sûr ! Je voulais partager ce bonheur avec tous.

Une formidable aventure que ce NaNoWriMo. J’ai fait quelques rencontres bien sympathiques, j’ai partagé et débattu sur le forum, et j’ai vécu une vraie expérience d’écriture. Mais plus qu’un roman bouclé – quoiqu’il reste la longue réécriture à faire – le NaNo a débloqué plusieurs choses en moi. Je suis ce qu’on appelle un écrivain à déclenchement rédactionnel (souvenez-vous de mes articles sur la génétique des textes) : pas de plan, pas de fiches de personnages, j’écris au fil de la plume, suivant plus ou moins une ligne directrice tracée dans ma tête. Ce qui peut poser problème lors du NaNo, car je crée de toutes pièces une histoire en même temps que j’écris, alors que d’autres ont déjà tout planifié et n’ont plus qu’à mettre en mot un tableau, un plan, un schéma. J’ai dû inventer des situations auxquelles je n’aurais jamais pensé si je n’étais pas pressée par le temps, mon intrigue a pris un tour étrange, presque une audace pour moi qui ait du mal à sortir des histoires assez plan-plan. Mon roman à la base, un peu policier, un peu thriller psychologique sur les bords, ne ressemble en rien à ce que je fais d’habitude, et au fur et à mesure, il s’est de plus en plus écarté de ma ligne de conduite traditionnelle : mes personnages ont pris le dessus et ont mené leur barque où ils le souhaitaient. J’ai goûté à un style d’écriture nouveau, et ma foi, cela ne m’a pas déplu. Je suis heureuse de me savoir capable de ça ! Bien que je n’aie pas pu me résoudre à faire mourir un de mes personnages – mon seul regret.

J’ai découvert de nouveaux ressorts de narration, trouvés par obligation et par hasard pour faire monter mon word count mais qui finalement se révèlent passionnants à écrire. En plus, cela casse une certaine monotonie qui commençait à prendre racine dans mon texte. J’ai mis en place des chapitres, certaines parties se répondent, j’ai même pu créer des jeux de mots, des réseaux d’images, et bizarrement, c’est grâce à l’écriture au kilomètre du NaNo. Je pense que c’est par ce défi personnel que j’ai pu en arriver là : devoir écrire, sans se poser trop de questions, sans pinailler sur des histoires de langue, de présentation de dialogues… ça a permis d’enlever des barrières que je m’étais mises moi-même. Et je n’exagère pas aujourd’hui en disant que je ne vois plus mon écriture comme avant. Avant, elle était synonyme de perfection, une perfection qu’on pourrait qualifier de castratrice, mais à présent, l’écriture est pour moi synonyme de liberté.

Je suis fière et heureuse d’en être arrivée là. Je ne pense pas que mon histoire, même réécrite avec rigueur, soit publiable un jour. C’est un bébé roman, produit d’une écriture pas encore assez mature. Mais ça restera le symbole du jour où je me suis délivrée de quelques carcans où je m’étais enfermée toute seule. Grâce au NaNoWriMo, je me suis découverte une écriture sans obstacles, une écriture qui pouvait être agréable.

Article publié conjointement sur le site des Plumes Asthmatiques.

Publicités

6 réflexions au sujet de « Le NaNoWriMo : « Il était une fin » »

  1. Bon, c’est déjà un bon point d’avoir dépassé ses limites. Après, il faut trouver un public 🙂
    J’ai acheté il y deux jours dans une braderie, le livre de Jérôme Ferrari : « Le sermon sur la chute de Rome ». Je n’ai pas du tout accroché et trouvé cela assez ennuyeux, alors que toutes les critiques étaient bonnes. (En revanche, il écrit bien, petite consolation).
    Pour une fois que je lis un « prix »…

  2. Bravo pour ce nano réussi 😉
    Je me suis reconnue dans pas mal de tes ressentis (même si je suis allée beaucoup moIns loin en nombre de mots 😉
    Ecrire au kilomètre permet de moins se « censurer » et donne des idées que l’on n’aurait pas eu sinon; et parfois les personnages nous échappent et c’est tant mieux …..
    et pourquoi ce regret alors de ne pas avoir « fait mourir » un de tes personnages ? .
    bonne soirée 😉

    • Faire mourir un de mes personnages est une chose que je n’arrive pas encore à faire et je voulais tenter le coup pendant le NaNo, d’autant plus que l’histoire s’y prêtait. Mais je n’en ai pas eu le courage;

  3. Ping : Mon NaNoWriMo 2014 | La Critiquante

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s