La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano

La littérature italienne ne déçoit jamais. En tout cas, ça ne m’est jamais arrivé. Classique ou contemporain, VO facile ou bonne traduction, un roman italien se savoure à coup de petites gorgées de thé. Aujourd’hui, je vais plus particulièrement parler d’un livre adapté en film (c’est d’ailleurs grâce à ça que je l’ai connu) : La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano.

 

C’est l’histoire de deux êtres, que l’on suit au fil de leurs vies. Deux êtres cabossés qui vont se croiser, s’attraper : s’en suivra une relation en pointillés, de non-dit et de pudeur, quand bien même ils osent affronter leurs peurs et leurs souffrances mutuelles. Mattia est un jeune surdoué passionné par les mathématiques, qui porte sur ses épaules le poids d’une absence. Alice affronte une solitude parfois voulue et se regarde nue dans le miroir avec un œil trop critique. Ils vont grandir sans jamais rompre ce lien entre eux, même si les kilomètres les séparent, même si les situations les mettent mal à l’aise, même si parfois ils ne sont pas sur la même longueur d’onde. Une tendresse presque logique pour cet homme et cette femme faits pour se rencontrer et se trouver. Ils ne peuvent qu’être âmes sœurs, jumeaux. On ne parle pas d’amour ici, ça n’a rien à voir : juste une attraction nécessaire, une paire raisonnable de deux esprits créés pour se correspondre.

Ce fil si ténu qui rejoint Alice et Mattia court dans tout le livre. On saute de page en page en le voyant s’épaissir ou, inversement, s’amincir dangereusement. La vie de ces deux personnes n’a pas été la plus simple, chacun porte le poids d’une responsabilité, d’une culpabilité, d’un désir jamais assouvi, et d’un mal-être qui le ronge. Ce n’est pas un roman facile, et cela dès le début quand, à tour de rôle, les personnages, dans toutes leurs faiblesses, nous sont présentés. C’est un livre parfois dur car criant de réalité sur les vérités humaines, mais c’est une écriture très belle qui nous transporte dans d’autres consciences et dans leur quotidien. Parfois, on pourrait penser que c’est une description banal d’un jour comme un autre, mais on perçoit derrière une autre signification, des détails, des habitudes qui ne revêtent pas les mêmes choses pour une personne lambda et pour Matia et Alice. Au fil du livre, on les connaît bien ces personnages, on se prend d’affection pour eux, parfois on s’identifie à eux. On est d’accord ou pas avec leurs choix, on hoche la tête ou on les rabroue silencieusement.

Paolo Giordano a mis en place ici une écriture de la souffrance à la fois sourde et silencieuse, noyée dans les tâches journalières et les obligations sociétales, sociologiques. Cela permet de creuser la réflexion sur ces milliers d’êtres qui ont au creux d’eux une douleur mais n’en laissent paraître le moins possible. C’est également une douce histoire d’une relation improbable, qui aurait pu faire un cocktail dangereux, mais qui au contraire pousse les deux personnages vers l’avant, ensemble ou séparément. Ce n’est pas la renaissance, mais c’est un petit bout de chemin parcouru vers les choses dites et le regret évacué.

Une belle lecture, qui n’est pas pesante, longue ou pathétique, mais qui est à l’inverse aérienne et voluptueuse.

Paolo Giordano, La solitude des nombres premiers, traduit de l’italien par Nathalie Bauer, aux éditions du Seuil, 21€.

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11 réflexions au sujet de « La solitude des nombres premiers, de Paolo Giordano »

  1. Je n’ai absolument pas accroché (et ça ne m’arrive pas souvent…) et j’ai eu bien du mal à terminer ce roman qui me tentait beaucoup et qui avait toutes les raisons de me plaire. Je me souviens très bien avoir refermé ce livre en me disant « tout ça pour ça? ». Je ne suis pas parvenue, ou si peu, à ressentir la douleur de ces deux êtres. Je la lisais, je la comprenais, mais je ne suis pas parvenue à la sentir.

  2. C’est un bon souvenir de lecture. Je n’ai pas encore eu le temps de lire son dernier roman mais je pense que je le ferais dès que l’occasion se présente. Il me semble qu’il est à la bibliothèque.

  3. Je me suis mise à lire des livres italiens en italien. Je suis d’accord avec toi, la littérature italienne est différente et j’aime beaucoup. J’ai lu des avis divergents dans les commentaires, mais je pense que je vais tenter le coup avec ce roman, l’histoire m’attire assez. Hop dans ma wish list 😉

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