Une banale histoire, d’Anton Tchekhov

Tchekhov et moi, on ne sait jamais trop aimé, je trouve ses histoires ennuyeuses, ses personnages trop geignards et malheureux, même si son théâtre rattrapait un peu ces défauts à mes yeux. Mais j’ai voulu retenter l’expérience avec un petite nouvelle : Une banale histoire.

C’est très russe toujours mais j’ai été bien contente de ne pas me retrouver dans la campagne profonde et gelée. Ici nous suivons un vieux professeur d’université qui sait bien qu’il n’est pas en bonne santé. Nicolaï Stépanovitch est connu et reconnu dans son domaine. Sa vie, il la mène avec passion dans les amphithéâtres : donner cours à des étudiants est sa raison de vivre. Mais avec un corps qui fatigue, les jours deviennent plus sombres, il se place en spectateur sage  de sa vie.

Il y a sa femme, ses filles, ses visites d’étudiants, de quémandeurs, de confrères, de soi-disant amis qui ont chacun leur particularité, et il y a la jeune Katia qu’il a élevé. Cette femme qui n’est pas son enfant mais qu’il aime sans vraiment la comprendre. Elle s’est passionnée de théâtre, a connu l’allégresse et l’amour, mais elle aussi aujourd’hui glisse dans les ténèbres. C’est la noirceur, une sorte d’antipathie, une incompréhension pour la vie qui guide ces deux êtres. Ensemble, face à face, ils essaient de comprendre ce qu’a été leur existence. Revenir sur ses illusions, trouver son chemin pour continuer.

 

C’est un livre calme, observateur. L’auteur prend son temps et nous décrit cette société, ces rites immuables, un peu hypocrites. J’ai eu l’impression d’y être, et ce fut très dépaysant. Le héros est attachant, on le considère avec un peu de pitié, car il a eu beaucoup de choses dans sa vie, mais à l’orée de sa mort, il s’aperçoit qu’en fait, ce n’était que du vent. Une sacrée réflexion sur la mort et sur ce qu’elle efface. On a d’autant plus envie de laisser notre trace sur la terre après la lecture de cette nouvelle, pour par qu’on nous oublie. On veut écarter tout l’inutile, tout le costume sociétale pour vivre de vraies choses et dire et faire quelque chose de vrai, quelque chose qui compte.

 

L’écriture ici m’a réconciliée avec Tchekhov. Elle est classique mais on sent une patte particulière, une voix qui traduit la mélancolie, la nostalgie, le désabusement. C’est très beau et très triste, et paradoxalement, c’est une lecture agréable, pas du tout déprimante. Je vous la conseille !

 

Anton Tchekhov, Une banale histoire, Folio 2€ (4105).

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