L’arbre à songes, d’Aurelia Jane Lee

Petit détour par la Belgique aujourd’hui avec les éditions Luce Wilquin, une lecture réalisée dans le cadre du Prix des Cinq Continents. Le roman d’aujourd’hui est d’Aurelia Jane Lee (j’aime ce nom de plume !) et s’intitule L’arbre à songes.

 

 

L’histoire se déroule dans un monde un peu à part, un monde d’herbes folles et de terre séchés, de peau griffée par les ronces, et de secrets. Dans ce monde, au fond d’un terrain façonné puis abandonné par la main de l’homme, il y a un couple que tout le monde sait mais que personne ne connaît, un couple qui constitue le sujet principal des rumeurs dans le village voisin. D’abord, il y a Abel, un écrivain qui se réfugie dans son art et dans la solitude. La chose qu’il aime le plus au monde, c’est sa femme, sa douce Sauvanne. Un amour proche de la folie, fusionnel et nécessaire.

Sur leur domaine, il y a un arbre rouge, un hêtre, qui reste debout malgré les ans, c’est l’arbre à songe, la songeraie. Thomas, un voisin, y passe son temps : il observe les insectes, gratte la boue, construit des cabanes et court dans les chardons. Un clandestin qui entre par les brèches de la clôture et se réfugie ici : il n’est pas comme les autres, il ne vit pas comme les autres. Il y a aussi Madelon qui passe tous ses étés dans ce microcosme à part, immersion dans la nature mais aussi dans des lectures, qu’elle choisit avec raison et sérieux.

Au fil des pages passent les saisons, les adolescents grandissent, s’épanouissent, évoluent. Ils en viendront à croiser Abel et Sauvanne. L’amour est au centre du livre, même s’il est remis en question, malmené par le passé et les vérités douloureuses qui réapparaissent quand l’absence de l’être adoré pèse.

 

Aurelia Jane Lee n’en est pas à son coup d’essai : avant L’arbre à songe, elle a publié deux recueils de nouvelles et trois romans. Son écriture n’est pas balbutiante, on sent une maîtrise de son style, tout en douceur et en évocation. Ce livre est notamment composé de descriptions sans aucune lourdeur : au contraire cela permet de créer une atmosphère à part. A travers différents points de vue narratifs, on découvre les personnages par des éclairages divers, ce qui brise une monotonie qui pourrait s’installer facilement.

L’auteure aborde avec sensibilité les émotions et le ruissellement douloureux des secrets et des profondeurs du passé qui font surface, profitant des rencontres et de l’éloignement propices au questionnement.

Toutefois, bien que très agréable, on peut reprocher à l’auteure de ne pas oser aller au fond des choses. C’est très beau et poétique, léger et à cœur ouvert, toutefois le lecteur est frustré de ne pas en savoir plus. Déjà que les contours de cet univers sont flous, ne faire que suggérer les relations et les événements forts qu’il y a entre eux, ne dire qu’à demi-mot est vraiment agaçant. Une bonne fois pour toute, on souhaiterait lire un « il a envie d’elle » par exemple, on lirait ça avec un soupir de soulagement. Il y a une tension dans la lecture qui parfois énerve, parfois emporte. C’est à double tranchant : entre la beauté des mots et la clarté de la communication.

De même, je regrette le manque d’intrigue. Il y a au fil des pages de nombreux instants, voire quelques péripéties, qui mériteraient qu’on s’y attarde, mais rien n’a été exploité, ce qui peut laisser un arrière-goût amer et une impression de gâchis. A quelques reprises, je me suis sentie abandonnée par l’auteure qui continuait sa route au fil de saisons fictives, en me laissant traîner sur des bordures romanesques où j’aurais voulu me perdre.

 

Pour résumer, ce roman m’a laissé une drôle d’impression : j’ai été subjuguée par l’aura des personnages et du domaine de l’arbre à songes, mais je regrette l’intrigue maigrelette qui aurait pu être plus recherchée, surtout que les moyens stylistiques et narratifs sont là.

 

Aurelia Jane Lee, L’arbre à songes, aux éditions Luce Wilquin, 12€.

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