La corbeille d’Alice, de Maude Deschênes-Pradet

Retour au pays du caribou (quel cliché) avec un autre roman québécois, pour faire suite au premier. Il s’agit de La corbeille d’Alice de Maude Deschênes-Pradet, lu lui aussi dans le cadre du Prix des Cinq Continents de la Francophonie.

Alice revient du Sénégal. Elle quitte la chaleur brûlante, le sable et la poussière qui étouffent pour un pays de frisson et de frimas. Elle y est allée pour mettre au point une pièce, un conte, écrire et faire de l’art. Mais ces mois là-bas l’ont transformé en profondeur, elle a laissé à Dakar un morceau d’elle-même, une partie de son cœur : un amour violent et passionné qui ne s’avoue pas vraiment mais se vit avec puissance. Mais il a bien fallu prendre cet avion, traverser les océans et revenir dans son appartement qui n’a pas changé, lui. Elle y retrouve son voisin, le beau et serviable Simon, son meilleur ami, qui lui débaie sa terrasse même quand elle n’est pas là, et l’accueille dès qu’elle le veut sur son canapé avec un verre de vin. Simon, lui, il veut retrouver un sens à sa vie, dont il ne sait pas trop où elle le mène : il achète une tour en ruine en face de chez lui, et se met en tête de la rénover.

Partage de moments intimes mais où la confession se tait, des silences pour prendre soin de l’autre sans éroder l’apparence sereine de leur relation. Les non-dits, c’est le cœur du livre, comme ces lettres d’amour qu’Alice n’arrive pas à écrire, à envoyer en Afrique, et qu’elle jette encore et encore dans sa corbeille.

L’une après l’autre, les pages froissées échouent dans la corbeille d’Alice. C’est toujours la même lettre, pourtant, qui l’habite. Ou bien le ton lui échappe, devient dur, cynique, et alors les phrases coulent du fiel jusqu’à ce qu’elle déchire tout.

Maude Deschênes-Pradet fait preuve de beaucoup de sensibilité dans ce livre où chaque sentiment est un élastique étiré au maximum : qui vibre à chaque titillement et menace à tout moment de casser dans un mouvement violent. Dans ce livre, le silence règne, mais le lecteur comprend sans aucun problème les enjeux personnels qui sont en œuvre dans chaque scène. On oscille entre les moments de narration au Québec, les souvenirs romancés d’Afrique et les bouts de correspondance ratée. Parfois, ce basculement perturbe et gêne la fluidité de la lecture, parfois il permet de tout éclairer.

On pourrait reprocher cependant à l’auteur ce cliché de l’amour étranger, lointain, exotique qui emporte tout sur son passage. On pourrait lui reprocher également la trop grande facilité qu’a pris son intrigue dans la deuxième partie du livre, un revirement décevant qui a causé mon désamour pour le personnage principal. Il y aurait pu avoir un vrai travail sur l’histoire et les relations entre les personnages, quelque chose de plus fouillé, de plus profond, mais évidemment de moins facile à écrire. Au lieu de cela, ce court roman survole quelques poncifs comme la lettre amoureuse et l’amour que des milliers de kilomètres et le renoncement séparent. Mais c’est vrai qu’il est dur de décrire les émotions ténus et sur le fil.

Pour résumer un ouvrage agréable et qui est de bonne augure pour un premier roman. Toutefois, il reste des choses à retravailler, notamment autour de la finesse de cette écriture toute en pudeur.

 

Maude Deschênes-Pradet, La corbeille d’Alice, XYZ éditeur, 18,95 dollars.

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