Ce qui est perdu, de Vincent Delecroix

J’ai lu un petit livre dont la narration est très étrange. Il s’agit de Ce qui est perdu de Vincent Delecroix. L’histoire est racontée par le narrateur et personnage principal, un jeune homme qui s’est à la fois plongé dans la rédaction d’une biographie de Kierkegaard et dans un certain aveuglement. En effet, il relève les yeux, voit son ouvrage encore loin d’être terminé et sa compagne partie. Il revient sur ces moments, sur ses émotions et sur cet événement qui était en fait assez prévisible. Cette sorte de récit qui s’adresse à celle qu’il a perdu fait preuve de nostalgie, de mélancolie, il lui dit sa douleur un peu rêveuse, son espoir qu’elle revienne. C’est un peu comme s’il se rendait compte qu’une illusion s’efface peu à peu. Au fil des pages, il lui arrive deux ou trois péripéties : il devient chauffeur de bus pour des touristes danois qui visitent Paris, il rencontre en vieux monsieur en vacances qui ne sort qu’avec son chat. C’est un peu près tout.

« Tu as mal choisi ton moment pour m’abandonner : j’aurais préféré que cette biographie fût achevée – mais l’aurait-elle été un jour ? Il m’arrive de penser que cet interminable travail aurait fait de moi une Shéhérazade qui t’aurait gardée près de moi tant que le point final n’aurait pas été apposé sur la dernière page. Écrire, continuer à écrire, sans relâche, pour que tu ne partes pas, raconter interminablement la vie de Kierkegaard qui pourtant n’a vécu que quarante-deux ans. Te maintenir éveillée, pour des années et des années encore. A y réfléchir, cependant, je ne sais même pas si, l’ayant compris, tu aurais adopté une attitude différente à mon égard. Car, ainsi que tu me l’avais dit au cours d’une nuit agitée, tu n’as jamais eu l’intention de venir à mon secours, ni de me fournir aucune aide – en quoi ton brusque départ a été en fait la conclusion logique de toute ta conduite à mon égard, la confirmation de ce tiède et inébranlable égoïsme qui caractérise ta façon de vivre. »

Le livre a un rythme assez doux, cassé par une narration très… je ne sais pas si c’est osé et audacieux ou bancal et artificiel. Elle m’a parfois agacée, m’a perdue et à d’autres moments, j’ai eu l’impression d’une narration très bien trouvée et utilisée. Notre héros en effet s’adresse dans le vide à son ancienne compagne, mais on s’aperçoit également qu’il s’adresse à son coiffeur Abel, aux clients du salon de coiffure, à son ami, à son frère, au vieux monsieur, à son père… C’est comme si on filmait plusieurs scènes où apparait le héros (dans un café avec son frère, puis chez son ami, puis dans un parc avec le vieux monsieur, puis au téléphone avec son père, etc.). On peut même visualiser ces scènes dans le roman. Une fois que vous avez ces images qui se succèdent, il suffit de rajouter le son : une sorte de monologue du héros sur ce qu’il vit en ce moment, relancé par les attentes et les répliques de ses interlocuteurs. C’est vraiment, vraiment particulier, il faut s’y faire. Heureusement, plus on tourne les pages et plus on quitte un style nébuleux et plaintif pour retrouver une intrigue plus rythmée et proche du réel, qui accroche plus le lecteur.

Ce n’était pas ma meilleur lecture de l’été, mais elle fut divertissante, sans trop de lourdeur et la fin, bien que convenue, est assez agréable. Je n’ai pas d’avis tranché pour une fois. A vous de tester à présent !

Vincent Delecroix, Ce qui est perdu, Folio (avec une couverture terriblement laide), 6€40.

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