Le Manuel du Serial Killer, par Frédéric Mars

Après une petite absence, je profite des vacances pour retrouver un peu de motivation. Il faut dire qu’on était pas loin de la panne d’écriture ! Et quelques jours avant le NaNoWriMo, on est d’accord, c’est pas le mieux. Heureusement, en me levant ce matin, je me disais que j’aimerais bien écrire un article ou deux, autant en profiter donc !

51n7yqmtxnl-_sx195_Aujourd’hui, je vais vous parler d’un genre de thriller français, écrit par Frédéric Mars : Le Manuel du Serial Killer. La quatrième de couverture m’avait donné envie mais l’histoire est vraiment surprenante. Thomas Harris est étudiant à Harvard. Orphelin, il a eu droit à une bourse – le grand chanceux donc. Il aime la littérature, surtout policière. Et par le plus grand des hasards, alors qu’il touche à l’écriture journalistique, il suit une enquête effroyable qui tente d’élucider les morts de plusieurs enfants – des empoisonnements apparemment. Les jours passent, Thomas se retrouve stagiaire dans une maison d’édition où il effectue un premier tri des manuscrits. Il tombe alors sur le Manuel du Serial Killer, un mode d’emploi glaçant sur la façon de commettre des meurtres… des meurtres qui ressemblent beaucoup à ceux qui ont pris la vie des enfants empoisonnés ! Thomas s’empresse de le mettre à la poubelle. Mais quelques semaines plus tard, il voit le livre en tête des ventes, disponibles dans toutes les librairies. Et le nom de l’auteur, il le connaît bien, car c’est lui !

Bon… Vous le trouvez brouillon mon résumé ? Attendez de voir le livre ! Il y a beaucoup de rebondissements assez farfelus, auxquels je n’ai pas du tout accroché, qui manquent de réalisme. On dirait que tout est fait pour aller dans la direction de l’auteur. Le lecteur est prisonnier de cette narration rigide, dirigiste, qui ne laisse pas de place à l’imagination, à la surprise. Il y a bien sûr du suspens, mais il a trop souvent été déçu par des explications alambiquées. Je sais que les romans, c’est de la fiction, qu’on prend de la distance avec la réalité, mais cela ne veut pas dire qu’il faut s’éloigner aussi du réalisme et de la cohérence ! L’histoire manque de liant, de naturel, d’élan. Elle semble très artificielle. L’introduction (les meurtres, Thomas Harris qui devient l’auteur du Manuel), est franchement tirée par les cheveux, on se demande où l’auteur veut en venir. La fin et les révélations finales… Bon pourquoi pas, mais ça en rajoute des tartines. On prend tous les poncifs des thrillers à base de serial killers (hormis le flic tourmenté), on mélange fort et voilà ce que ça donne.

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Empoisonnement (allégorie)

L’idée centrale n’est pourtant pas mauvaise : la descente aux enfers et la surmédiatisation de notre héros, désigné comme le meurtrier d’enfants suite à la parution de son livre. On se demande qui est derrière tout ça, combien de morts il y aura encore, quel sort est réservé à Thomas. On commence même à s’attacher à lui. Le récit est égrainé d’entretiens psychologiques : il faut dire que des événements violents ont entachés l’enfance de Thomas. Et là, j’ai tout de suite senti qu’il y aurait anguille sous roche, que l’auteur nous la faisait à l’envers… Il voulait brouiller les pistes, mais au lieu de ça c’est sa narration qui est devenu brouillonne.

J’espère vraiment que l’auteur retentera l’expérience, mais avec des gens honnêtes autour de lui pour lui signaler quand l’écriture déconne… euh, n’est pas très bien maîtrisée. Car il y a de bonnes choses à garder dans ce récit. Malheureusement, vouloir en faire trop a tout gâché à mes yeux. Et je suis d’autant plus déçu qu’il ne s’agit pas d’un premier roman ! C’est dommage…

Frédéric Mars, Le Manuel du Serial Killer, aux éditions Pocket, 8€.

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Black-out, de Marc Elsberg

Ça a commencé avec une simple panne de courant. Des lumières qui s’éteignent, des réfrigérateurs qui ne fonctionnent plus, des pompes à essence hors service, des chaudières qui ne chauffent plus rien. Puis les heures ont commencé à passer. Rien ne s’arrangeait. La panne est devenue un black-out. C’est toute l’Europe qui sombra dans l’obscurité et la peur. Bienvenue dans Black-out de Marc Elsberg.

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En Allemagne, dans les centres d’opérations, dans les centrales électriques, la pression monte et la panique s’insinue. Que peut-il bien se passer ? Pourquoi les systèmes s’éteignent-ils les uns après les autres, inexorablement, sans qu’on ne puisse rien faire ? Manzano a peut-être une idée pour résoudre cet immense problème qui met en danger l’existence de tous. Mais se faire entendre en temps de crise, sans électricité, est ardu.

A travers une galerie de personnages complète, l’auteur nous embarque dans cette sombre enquête, au milieu de l’hiver. Comment survit-on en cas de black-out ? Comment réagit la population ? Comment poursuivre les coupables – car coupables il y a, personne n’en doute – dans ces conditions-là ? C’est une aventure palpitante, un thriller comme je n’en ai jamais lu auparavant. Il faut vraiment se faire à cette écriture qui passe d’un personnage à l’autre à chaque chapitre, on peut se perdre au début – surtout que l’ajout de personnages secondaires peu intéressants nous embrouillent un peu plus. Mais au bout de quelques dizaines de pages, les éléments se mettent à interagir ensemble, à avoir vraiment du sens et alors il est plus aisé de suivre cette histoire d’un bout à l’autre. Et on a envie de savoir, de résoudre ce mystère. Plus que pour résoudre l’énigme, c’est surtout pour résoudre cette situation de crise terrifiante que l’on veut arriver au bout de cette enquête. Car de façon insidieuse et terriblement vivante, empathique, l’auteur nous plonge au fil des jours, au fil des pages dans une réalité tout à fait plausible – et qui en est d’autant plus effrayante. On se demande comment l’humanité peut se relever d’un tel drame, car on la voit peu à peu replonger des années, des siècles en arrière. On se rend alors compte à quel point on est petit, petit et dépendant de l’énergie, de la technologie.

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Ce livre fait très bien son travail : j’ai été emballée par cette narration insolite, cette histoire très bien travaillée, ces personnages divers auxquels on s’identifie vite. Il est certain que ce roman sortira du lot de vos lectures habituelles, mais je peux vous assurer que vous passerez un excellent moment de lecture en compagnie de Marc Elsberg. Éteignez la lumière et laissez-vous embarquer.

Marc Elsberg, Black-out, traduit par Pierre Malherbet, aux éditions Piranha, 22€90.

Kaïken, de Jean-Christophe Grangé

Oui cela fait longtemps, cela fait très longtemps. Et j’ai l’impression de commencer toutes mes chroniques de la même façon depuis des semaines. Il faut dire que quand ce n’est pas la panne de lecture, quand ce n’est pas le travail, c’est le déménagement impromptu qui emploie tout mon temps. Mais pendant les jours qui vont venir, je prends du temps pour moi. Pas vraiment pour lire, pas vraiment pour le blog. Je vais écrire. Comme l’année dernière en effet, je participe à un atelier d’écriture. Pendant une semaine, je ne vis que pour ça, et cette parenthèse fait vraiment du bien. Toutefois, j’en profite quand même pour vous rédiger une chronique qui est déjà bien trop en retard. Il s’agit de la lecture commune de juin : Kaïken de Jean-Christophe Grangé.

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C’est un auteur que je commence à connaître. Disons que, sans m’éblouir, je prends la plupart du temps un plaisir certain à lire ses romans. Aujourd’hui encore, l’intrigue ne m’a pas autant emballée que dans d’autres thrillers, mais j’ai quand même apprécié ma lecture.

Pourtant, j’ai été un peu flouée. Avec ce titre et cette quatrième de couverture, je m’attendais à un thriller au Japon avec toutes les caractéristiques, tous les paradoxes culturels de ce pays. Alors, oui, il y a un peu de Japon dans ce roman, mais pendant une grande partie de l’histoire, nous restons en France, on côtoie des français et notamment de bons policiers et enquêteurs franchouillards. Les personnages sont assez stéréotypés, sauf peut-être l’unique femme-personnage principale qui est japonaise et que l’on suit dans tout le roman.

Passan est son mari. Mais dans leur couple, rien ne va plus : il faut se séparer, mais en essayant de ne pas faire souffrir leurs deux enfants. Au même moment, Passan travaille sur une enquête qui le ronge : un tueur de femmes enceintes. Le jour où sa vie de policier vient menacer sa vie de père, Passan comprend alors que c’est devenu une affaire personnelle.

L’intrigue n’est pas inintéressante, mais je n’ai pas vraiment aimé la façon dont elle évolue. Beaucoup trop de coïncidences qui arrangent l’auteur, je n’ai pas trouvé cette histoire crédible ou réaliste. C’était trop. Trop de fausses pistes qui ont pourtant leur fond de vérité, trop de clichés aussi (un sabre, oulah, quelle innovation). La narration n’est pas assez bien rythmée à mon goût sauf vers la fin où enfin intervient un petit suspens. Il faut dire qu’on ne s’attache pas nécessairement au personnage. Passan est l’image déjà vue et revue du flic trop impliqué dans ses affaires qui ne veut rien lâcher. Naoko, sa femme, est trop insaisissable pour qu’on la comprenne vraiment.

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J’ai lu ce livre avec un certain détachement. Ça n’a pas été pour moi un page-turner, toutefois je voulais connaître la fin de l’histoire. Car ce n’est pas un mauvais livre. L’intrigue tient debout, l’écriture est fluide et agréable, les personnages sont assez bien construits, les rebondissements sont originaux. Mais parallèlement, c’est très loin d’être un coup de cœur.

L’avis de L’Aléthiomètre et de Carnet de texte.

Jean-Christophe Grangé, Kaïken, aux éditions Le Livre de Poche, 8€30.

Black-out, de John Lawton

Les romans d’enquête policière, ce n’est franchement pas mon truc. Le bon vieux polar, il faut qu’il soit un tantinet page-turner pour que je l’aime, qu’il y ait de l’enjeu, des vies en danger. Toutefois, quand j’ai croisé Black-out de John Lawton, je me suis dit : pourquoi pas ? Le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale est un ingrédient que j’aime beaucoup dans les romans en général. Alors j’ai tenté le coup, et j’en ressors avec un avis mitigé.

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Nous sommes à Londres, en 1944. Les bombardements sont plus violents que jamais et la ville n’est que l’ombre d’elle-même. Les rues, les bars, le métro sont envahis de soldats américains, on dit qu’un événement se prépare, un débarquement. Le détective Troy essaie tant bien que mal de mener ses enquêtes pour Scotland Yard au sein de ce chaos. Et justement, on vient de retrouver un bras. Oui, juste un bras. Le sergent découvre alors qu’il s’agit d’un morceau du corps d’un Allemand disparu. Il arrive à relier ce fait surprenant et glauque à la disparition d’un autre Allemand, un scientifique. Son enquête avance et entre dans des zones d’ombres où Troy n’est pas le bienvenu. Secrets des alliés, chasse du meurtrier, femmes fatales, accidents, le détective devra passer de nombreux obstacles pour trouver la vérité.

londonAlors, comment dire… ? Cette histoire ! Il y a du bon et du moins bon. Le cadre est vraiment excellent : la ville de Londres est superbement décrite, en pleine déchéance. L’ambiance également est très bien rendue : cet arrière-front de la guerre si touché, cette peur constante des bombardements, ce climat de suspicion, les mesures du black-out (aucune lumière ne doit être vue du ciel la nuit). Sincèrement, j’ai adoré ces éléments.

Par contre, les personnages ! Ils manquent tous sévèrement de profondeur. Ils sont crédibles mais on ne s’y attache pas, on les regarde de façon distante. Pour un roman contemporain, j’aurai aimé un peu plus de modernité : des personnages non manichéens, avec des nuances et des subtilités. Autre chose que des femmes jolies qui font l’amour et mentent, autre chose que le médecin légiste un peu fou. La diversité d’hommes faisant partie des forces de l’ordre apporte heureusement une fresque assez complète de personnages, même si on peut remettre en cause l’utilité de plusieurs d’entre eux. Mais globalement, ils manquent de personnalité, d’identité : j’ai confondu les deux femmes centrales dans l’histoire jusqu’à la page 337 !! Je ne retenais aucun nom, par désintérêt, et j’ai suivi le héros bon gré mal gré.

tumblr_n9hwtz4fdv1rl6kkyo1_500Il faut dire que je n’ai pas trouvé Troy si héroïque que ça, mais plutôt égoïste, prétentieux, hypocrite. Je pense d’ailleurs que l’auteur devrait arrêter de le maltraiter ainsi. Il se fait battre, poignarder, tirer dessus, il se prend deux bombes sur la tête, etc. Il sombre, inconscient, puis se réveille, puis repart sur son enquête, puis tombe dans le coma, puis se réveille et repart, puis devient aveugle, puis repart… Bref, vous voyez le tableau. C’était un artifice très mal réalisé pour faire avancer l’intrigue, et si le but était également de créer de la compassion du lecteur pour Troy, c’est raté. On est plutôt désabusé devant cette construction.

Concernant la style, ça se lit facilement. De nombreux dialogues donnent vie à l’histoire. Mais je dois avouer que je n’ai pas trop suivi les évolutions de l’intrigue. A de nombreuses reprises, je me suis demandée : « mais comment on en est arrivé là ? » Je n’ai pas eu le petit frisson au ventre à la lecture de ce roman, j’ai tourné les pages seulement parce que ça se lisait vite. Car, soyons d’accord : on se doute facilement de l’issue de l’histoire.

Pour résumer, une petite déception. Black-out n’est pas un mauvais roman en soi, mais il confirme surtout que je ne suis vraiment pas faite pour les romans d’espionnage : leurs codes, leurs constructions, leurs enjeux me passent au-dessus de la tête.

John Lawton, Black-out, traduit de l’anglais par Anne-Marie Carrière, aux éditions 10-18, 8€40.

Nymphéas noirs, de Michel Bussi

Depuis janvier sur le blog, vous pouvez participer si le cœur vous en dit à des lectures communes chaque mois. Celle du mois de février 2016 était Nymphéas noirs de Michel Bussi.

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Plongée dans la peinture impressionniste, découverte ou redécouverte de Monet et de sa ville, Giverny. Dans ce petit coin de France, un meurtre a eu lieu : un ophtalmologue réputé a été tué. Deux policiers sont sur l’enquête : Laurenç, fraîchement débarqué du Sud, et Silvio, bientôt papa. Chacun à leur façon – instinctive ou méthodique – ils vont partir à la recherche d’indices et de suspects. Dans cette petite ville aux nénuphars, vous croiserez également une jeune femme institutrice qui s’ennuie de son mariage, une petite fille très douée en peinture mais aussi une vieille dame tellement discrète qu’on l’oublie, accompagnée de son chien Neptune.

Comme vous vous en doutez, c’est un livre policier, il m’est donc difficile de vous en révéler plus, de peur de vous dévoiler un élément en trop. Les policiers vont explorer plusieurs pistes liées à Monet, à la peinture, à la famille, à l’amour, au passé de la victime : crime passionnel ou crapuleux, rien ne sera négligé. C’est un réel plaisir de suivre cette enquête aux côtés de Silvio et Laurenç, des personnages forts, avec des caractères bien différents qui rendent ce roman vraiment divertissant. On se demande longtemps où l’auteur veut en venir, on en vient presque à se dire qu’on ne trouvera jamais la réponse à ce crime, puisque toutes les pistes envisagées peuvent fonctionner ! A plusieurs reprises, il y a des revirements de situation, et on se dit à chaque fois qu’on va obtenir des réponses, mais le suspens ne fait que continuer.

Ce roman m’a vraiment rendue très curieuse de l’impressionnisme et de Monet, j’ai foncé à la médiathèque prendre des livres sur les Nymphéas de ce fameux peintre. Et si Giverny n’était pas si loin de chez moi, j’y organiserais un week-end au plus vite !

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Côté écriture, disons que c’est un roman qui prend son temps, on veut connaître la fin mais il est moins oppressant qu’un thriller par exemple. On sait déjà que les victimes sont mortes, et le calme habituel de Giverny et de la maison de Monet plane sur cette histoire. Toutefois, ne vous détrompez pas, cela ne signifie pas que je me suis ennuyée, au contraire ! J’ai passé un très bon moment en compagnie de ces personnages, je me suis posée mille questions sur l’enquête en cours, sur l’identité du tueur et surtout je suis restée bouche bée pendant les cinquante dernières pages. Quelle révélation ! On n’a qu’une envie après cette lecture : recommencer pour voir cela sous un jour nouveau grâce au revirement final.

Nymphéas noirs est à la fois une lecture très très intéressante qui vous passionnera pour la peinture, mais aussi divertissante et accrocheuse. Laissez-vous tenter !

Michel Bussi, Nymphéas noirs, 9€50, chez Pocket (l’édition limitée avec sa tranche fluo est très belle!).

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Thérapie, de Sebastian Fitzek

Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu de livres policiers et de thrillers. Le frisson de ces lectures commençait à me manquer, j’ai donc choisi de palier ce problème immédiatement bien évidemment. Mon choix de lecture a été assez facile : je voulais nécessairement prendre un livre de ma PàL et j’ai peu de romans de ce genre dedans. J’ai choisi un livre de Sebastian Fitzek, un auteur que j’avais déjà lu et moyennement apprécié. Il s’agit aujourd’hui du thriller qui l’a fait connaître : Thérapie.

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J’ai vraiment peur de vous spoiler en vous résumant l’histoire car je ne saurais pas où m’arrêter. Donc pour la première fois – il me semble – dans l’histoire du blog, je vais tout simplement vous donner le résumé de l’éditeur.

Josy, douze ans, la fille du célèbre psychiatre berlinois Viktor Larenz, est atteinte d’une maladie qu’aucun médecin ne parvient à diagnostiquer. Un jour, après que son père l’a accompagnée chez l’un de ses confrères, elle disparaît. Quatre ans ont passé. Larenz est toujours sans nouvelles de sa fille quand une inconnue frappe à sa porte. Anna Spiegel, romancière, prétend souffrir d’une forme rare de schizophrénie : les personnages de ses récits prennent vie sous ses yeux. Or, le dernier roman d’Anna a pour héroïne une fillette qui souffre d’un mal étrange et qui s’évanouit sans laisser de traces… Le psychiatre n’a dès lors plus qu’un seul but, obsessionnel : connaître la suite de son histoire.

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il s’agit d’un coup de cœur, mais genre ENORME. Sur 10, je lui donne la note de 9,75. Pourquoi pas le maximum ? Uniquement parce que le tout dernier chapitre, la révélation finale, se déroule dans un cadre tout autre que le reste du livre (difficile de vous en dire beaucoup plus…), et franchement, ça m’a un peu coupée. J’adorais le contexte et l’ambiance de tout le reste, et ça m’a un peu vexée que l’auteur se permette de m’enlever ça. Je suis une lectrice rancunière ! Mais j’ai quand même dévoré ce livre avec avidité.

Car oui, ce livre sait maîtriser le suspens mais ménage très bien la frustration du lecteur. En effet, très régulièrement des révélations nous sont faites, et de nouvelles péripéties viennent semer le doute ou le trouble, on a donc de quoi s’occuper, on a quelque chose de nouveau à se mettre sous la dent presque à chaque page. Cela fait du bien comparé aux thrillers où on ne sait pratiquement rien jusqu’aux dernières pages. Ne vous en faites pas, il y a bien un retournement de situation final (même plusieurs!), vous ne serez pas déçu. La fin est complètement inattendue. Mais tout le reste du roman vaut aussi le coup ! Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde, chaque mot est là pour une bonne raison.

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Il y a de quoi enquêter, échafauder des théories, mais en même temps tout est compréhensible, on suit l’intrigue avec facilité. C’est vraiment un thriller excellent : la tension est toujours présente. Vous n’allez pas trembler comme une feuille de peur, c’est certain, toutefois il y a bien quelque chose de dangereux, d’anormal qui grandit dans l’ombre et qui commence à effrayer petit à petit. L’écriture de l’auteur nous embarque complètement. Des chapitres courts, des dialogues réalistes, une narration bien rythmée, un très bonne traduction… Tout est fait pour que vous deveniez accro. Vous verrez, au bout de trente pages, vous aurez BESOIN de continuer, d’arriver au bout de cette histoire.

Alors, un seul conseil : lisez ce livre. Mais ne faites pas comme moi, ne le commencez pas le soir à 22h sous peine de passer une nuit blanche à lire…

Sebastian Fitzek, Thérapie, traduit de l’allemand par Pascal Rozat, aux éditions Le Livre de Poche, 6€60.

La Fureur du Prince, de Thierry Berlanda

Au début de l’année, j’avais lu un thriller étonnant : L’Insigne du Boiteux de Thierry Berlanda. Et pour mon plus grand bonheur, est sorti le deuxième opus de cette trilogie : La Fureur du Prince. Et le charme a encore agi.

Dans le premier livre (qui peut se lire seul sans frustration), on découvre un tueur intelligent, sanglant et psychopathe, fils d’une famille noble arabe : le Prince. Son truc, c’est de tuer et de hacher menu des mères devant leur jeune fils. Ambiance. Heureusement, le commandant Falier, avec l’aide du professeur Bareuil (personnage doué et détestable) et de Jeanne Lumet (une ancienne élève du professeur, restée en très mauvais terme avec lui), a réussi le faire enfermer après toutes les horreurs qu’il a commises. Je résume de façon très partielle, mais c’est seulement pour vous replacer quelques points afin de mieux comprendre le roman qui suit. Car à mon grand regret, ce deuxième livre ne permet pas complètement de prendre la lecture en cours de route. Il y a quelques éléments manquants pour tout comprendre sans avoir lu auparavant L’Insigne du Boiteux. C’est faisable, mais pas l’idéal. Bref, petite déception sur ce point. Un petit rappel dans les premières pages n’auraient pas été de trop, d’autant plus que l’histoire nous plonge directement dans la vie des différents personnages.

[Si vous ne voulez pas vous spoiler du tout le premier opus, il ne vaut mieux pas lire ce qui suit.] Avec un titre pareil, on se doute bien que le Prince est de retour, et qu’il n’est pas content du tout. Après quelques magouilles administratives, il ne va pas en prison comme prévu, mais en hôpital psychiatrique. Un endroit sur-protégé et surveillé conçu exprès pour lui. Mais le prendre pour un malade est peut-être la faiblesse de trop. Cela ne suffit pas à le retenir, et cet homme finit par s’échapper. Mais il est peu probable qu’il y soit arrivé seul : qui l’a aidé ? Dans quel but ? A peine échappé, il commence déjà à tuer, il faut l’arrêter. Pour se dresser sur sa route, Falier reprend du service tant bien que mal, accompagné d’une Jeanne Lumet aussi terrifiée que déterminée et de Bareuil qui a un étrange comportement avec elle.

Dans ce roman, l’intrigue se focalise beaucoup plus sur ces personnages, plus que l’enquête. C’est pourtant bien un thriller, avec une menace imminente qu’ il faut urgemment arrêter, avec des embûches, des personnages récalcitrants, des énigmes. Toutefois, je n’ai pas senti le même malaise d’insécurité que dans le premier livre. Les personnages secondaires, comme la directrice de l’hôpital psychiatrique et le chargé de l’enquête, prennent beaucoup de place, et même si cela suit une logique dans la narration, même si ces passages sont liés à l’enquête, on est moins dans l’action que dans les dialogues, les explications. Toutefois, cela a aussi permis d’en savoir plus sur le Prince, son passé, son enfance, son premier meurtre : voir comment se construit un meurtrier en puissance nous permet de mieux comprendre ce personnage – ce qui manquait un peu à L‘Insigne du Boiteux.

J’ai apprécié cette lecture, plus posée que le premier roman. Je dirais qu’il était passionnant plus que haletant, mais je me suis toutefois régalée, et j’avais vraiment hâte de voir comment cette histoire finirait ! L’écriture de l’auteur est toujours si fluide et claire, la lecture est aisée, les nombreux dialogues rendent ce roman très vivant et les personnages sont très attachants. L’idéal est vraiment de lire L’Insigne du Boiteux ET La Fureur du Prince, car ce que l’un n’a pas pas, l’autre le possède. Ils se complètent parfaitement.

Thierry Berlanda, La Fureur du Prince, La Bourdonnaye, 19€75 (et une magnifique couverture! Des livres toujours aussi soignés dans cette belle maison d’édition!)