Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, d’Annet Huizing

Il arrive parfois que je sois prise dans une frénésie de lecture et généralement dans ces cas-là, je lis des choses que je n’ai pas l’habitude de lire – comprenez : pas de littérature française ou classique. C’est assez naturellement que, dans cette période, je me dirige vers les romans jeunesse ou young adult, histoire d’avoir un truc agréable à croquer sous la dent rapidement. Voici comment est donc arrivé dans mes mains le livre d’Annet Huizing : Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte.

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Katinka est une jeune fille qui vit seule avec son petit frère et son père. Une de ses meilleures amies est sa voisine Lidwine, une auteure qui la fascine. Avec son aide, elle va commencer à écrire des petites choses, sur sa vie et sa famille. Sur Dirkje qui vient d’entrer dans leur existence tout doucement. Sauf qu’écrire, ce n’est pas toujours facile. C’est tout un art et une technique qui demande de l’entraînement et de l’apprentissage. Chaque jour, Katinka se met devant son ordinateur et essaie de pondre un petit texte. Elle ne s’imaginait pas en se lançant dans cette aventure que cela remuerait autant de choses en elle. Imperceptiblement, elle a autant appris sur elle que sur l’écriture – et sur le jardinage aussi.

C’est une lecture très rapide. J’ai trouvé ce texte simple mais sensible et émouvant. On ne côtoie que peu de temps les personnages mais on s’attache très vite à eux, les trouvant sincères et terriblement humains. Ce sont là plus que de simples êtres de papiers. L’intrigue en soi n’est vraiment pas incroyable mais elle se laisse suivre avec plaisir tout de même. L’auteure a réussi à donner vie à sa narratrice : ce sont vraiment les mots d’une enfant, toutefois cela n’est pas un problème puisque la langue et le style sont tout de même assez bons.

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J’ai peu de choses à rajouter sur ce roman. Il m’a changé les idées, c’est une bonne lecture que je conseillerai aux pré-ados, mais je n’ai pas rêvé comme dans une saga, je n’ai pas vibré comme dans Nos étoiles contraires par exemple. Il est agréable mais je trouve globalement ce livre peu ambitieux malgré un thème très intéressant.

Annet Huizing, Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, traduit du néerlandais par Myriam Bouzid, aux éditions Syros, 14€95.

L’attrape-coeurs, de J.D. Salinger

51fv05tvm3l-_L’attrape-coeurs, quel livre énigmatique. Personnellement, je ne sais rien de l’auteur, J. D. Salinger, je ne me suis jamais renseignée. Je sais juste que c’est un livre qui fut important pour plusieurs personnes : lu à l’adolescence, il résonne encore dans leur vie d’adulte. Sur la sobre mais belle édition Pocket, il n’y a même pas de quatrième de couverture. Ayant réussi à ne jamais me faire spoiler, je suis partie complètement à la découverte en achetant cet ouvrage, je ne savais pas du tout où je mettais mes pieds.

L’histoire est difficile à raconter, dans un sens il n’y en a pas vraiment, mais c’est un roman fabuleux. Le héros, le narrateur est un jeune garçon qui s’est encore fait viré de son école. Encore une fois, il sait qu’il va décevoir ses parents, il aura sûrement le droit à l’école militaire maintenant.

Dans trois jours, il devra quitter pour toujours ces murs. Dire au revoir à ses camarades, à ce garçon étrange avec qui il partageait sa chambre. Mais il décide de tout quitter maintenant, il lui reste trois jours de répit avant que la nouvelle se sache dans sa famille, il veut en profiter. Remercier ce professeur qui l’a aidé, retrouver quelques filles, aller en ville, boire un verre, acheter un CD pour sa petite sœur adorée. Bref, passer du bon temps, malgré son coup de blues et sa lassitude, sa démotivation et son rire gris.

L’histoire en elle-même ne paie pas de mine, surtout racontée en ces termes, mais elle représente une tranche de vie importante pour ce jeune homme, comme un point de bascule ténu. Il a une vision du monde et surtout des personnes très particulières, forgée par l’observation, la critique et un franc parler qui surprend à la lecture. En effet, le narrateur, c’est lui, et il ne fait pas d’effort de langage particulier pour s’adresser à nous. C’est un style assez oral ou peu travaillé, c’est selon comme on souhaite le voir, avec ses tics de parole, ses raccourcis linguistiques. Sur ce point-là, je trouve la traduction française assez désastreuse, mais si on en fait abstraction, on découvre vite que ce style est tout à fait naturel et représente parfaitement ce personnage si brumeux, si adolescent, qui entre avec difficulté dans la vie d’adulte responsable.

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J. D. Salinger

Un genre de roman d’apprentissage, même si le héros n’apprend que peu de choses, si ce n’est mieux se connaître. C’est un petit livre dont la lecture se fait assez facilement et rapidement si on s’y laisse plonger. Je suis contente d’avoir découvert ce livre dont on m’a tant parlé. Il donne à réfléchir et à sourire, il nous emmène dans une fugue à la recherche de réponse, pour fuir une certaine réalité.

J. D. Salinger, L’attrape-coeurs, Pocket (4230), traduction par Annie Saumont, 5€30.

Un amour de geek, de Luc Blanvillain

Cela fait une éternité que je n’ai pas lu de livre pour la jeunesse. Enfin, non, ce n’est pas tout à fait vrai puisque je chronique régulièrement la saga de L’Epouvanteur (le troisième tome est d’ailleurs en ce moment-même sur ma table de chevet), et de plus, j’anime chaque semaine une heure du conte avec les élèves de mon école. Donc des histoires pour enfants ou des sagas fantastiques jeunesse, j’en lis parfois (souvent). Mais un roman one-shot qui décrit des amours adolescentes, ça faisait un bail. Je crois même depuis Twilight au moins (oui, j’ai lu Twilight). Alors quand on m’a donné Un amour de geek de Luc Blanvillain, je n’ai pas pu résister plus de quelques semaines. Surtout que j’avais l’impression de nous revoir, moi et mon compagnon, à l’époque du lycée.

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Il faut dire qu’Esther l’héroïne aime la nature, monte à cheval (comme moi) et que l’autre protagoniste Thomas est un vrai geek fan de jeux-vidéos en ligne (comme mon compagnon). Thomas est amoureux d’Ester, voilà, ça lui est tombé dessus comme ça de façon aussi soudaine qu’imprévisible. Esther lui soumet donc une épreuve. Elle aussi éprouve des sentiments pour lui mais elle veut retrouver l’amour courtois et chevaleresque d’antan, elle veut se faire courtiser et demande donc à Thomas de passer un mois sans écran. Plus d’ordinateur, plus de portable, plus de télé. Le coup est dur pour notre apprenti hackeur, mais il tient trop à Esther et tente de relever un défi. Mais ce n’est pas simple alors qu’une affaire de vidéo de culotte (oui, oui) fait rage au lycée et qu’à la maison sa mère devient de plus en plus lointaine et énigmatique. Heureusement, Thomas peut compter sur sa petite sœur Pauline, une collégienne pleine de vie.

Vous voyez le topo, il y a tous les ingrédients réunis pour faire une histoire légère pour ado, et je ne dis pas ça en mal, au contraire, c’est exactement ce que je recherchais. Et oui, cette lecture est réellement divertissante. L’auteur (français ! Ça fait plaisir de ne pas lire une traduction dans ce domaine) a vraiment une plume agile tout aussi douée pour les dialogues que pour les questionnements intérieurs. La narration est rondement menée, on ne s’ennuie jamais : l’intrigue avance très bien, alors que les scènes qui se succèdent n’ont rien à voir entre elles, ce qui a pour effet d’empêcher la lassitude de s’installer. Un dosage parfait donc avec des personnages assez réalistes (même si plutôt manichéens, mais c’est assez normal de trouver cela dans un roman jeunesse).

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Je tenais surtout à saluer la justesse de l’auteur concernant la gestion des émotions et l’évolution des personnages. Car dans ce roman on ne parle pas que de petites histoires d’ado mais aussi de secret, de problème de famille, du harcèlement en milieu scolaire, de l’amitié, du lien frère-sœur. Par moment c’est assez profond, juste assez pour donner du relief, de l’épaisseur à l’histoire et faire réfléchir le lecteur sans pour autant le déprimer. Au contraire, la balance entre « vrais sujets » et « péripéties légères » est vraiment idéale. Vous pouvez mettre ça entre les mains de vos ados sans aucun problème : c’est un livre très divertissant mais pas bête pour autant. On peut lui reprocher parfois quelques facilités dans l’histoire et dans la description des personnages, on se doute tous également de comment ça va se finir, mais il y a aussi de nombreux rebondissements et une identification immédiate aux deux héros. Dans l’ensemble une jolie réussite !

Luc Blanvillain, Un amour de geek, aux éditions Plon Jeunesse, 16€.

Price, de Steve Tesich

Ah, que j’aime ces romans américains qui traînent en longueur sous le soleil brûlant de l’été alors que derrière les portes des maisons se trament silencieusement le drame d’une vie. Vous voyez ce dont je veux parler ? Il n’y a pas à dire, dans le genre, les Américains, ils maîtrisent. C’est le cas notamment de Steve Tesich – que l’on connaît déjà pour son Karoo – qui nous offre avec son Price un roman langoureux et lancinant qui fait son petit effet.

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Dans la ville d’East Chicago, Daniel Price, dix-huit ans, finit le lycée. Commence alors le dernier été avant le reste de sa vie, une période vient de se terminer. Il traîne encore avec Larry – impulsif et taiseux – et Billy – gentil et casanier –, ses amis du lycée, ses meilleurs amis. Mais cet été 1960 n’est pas comme les autres. Dans une ville industrielle qui vit de la raffinerie, il n’y a pas grand chose à faire, toutefois le destin va donner à Daniel de quoi réfléchir, de quoi être perdu aussi. Il fait la rencontre de Rachel, qui l’hypnotise avant même qu’il ne la voie. C’est immédiat, c’est intense. Mais la jeune fille est mystérieuse, elle passe du coq à l’âne, ne répond jamais aux questions, change d’attitude à chaque minute. Si bien que Daniel ne sait absolument plus quoi penser de leur relation. Comment doit-il agir ? Que doit-il lui dire pour qu’elle se laisse aller complètement et devienne sienne ? Il est comme obsédé par cette jeune fille, même dans les pires moments. Car pendant ce même été, son père va tomber très malade, le genre de maladie qui rend irritable et nous oblige à revivre son passé. Entre lui et sa mère superstitieuse, entre ses amis qui s’éloignent et la découverte de lui-même, l’été de Daniel Price va filer en un éclair.

537 pages de remise en question, de scènes imaginées, de dialogues muets, de tourments amoureux. Mais 537 pages de pur bonheur. Il faut se laisser aller avec ce genre de livre, rien ne sert de vouloir tourner les pages à toute vitesse. C’est un roman avec lequel il faut prendre le temps et ne pas se presser, c’est seulement ainsi qu’on peut vraiment le savourer. Et alors que le froid s’abat sur nous, la chaleur de cet été américain fait vraiment du bien, la langueur dans cette lecture nous fait presque croire que nous sommes en vacances. Ce livre nous détend et nous plonge complètement dans un autre univers.

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Ce qui est bien (paradoxalement) dans ce roman, c’est qu’on n’est pas obligé d’aimer le personnage principal. Cependant, sa vie nous intéresse et ça, c’est tout le génie de l’écriture de Steve Tesich. On apprend à connaître Daniel en même temps que ce dernier car cet été va être l’occasion pour lui de découvrir des facettes inédites de lui-même. On est happé par le destin de ce garçon et on veut savoir comment cela va évoluer et surtout comment lui va réagir. L’écriture est parfois très surprenante car d’un style assez commun, elle peut devenir d’un coup virulente, violente, charnelle, malsaine, enfantine. Les dialogues sont assez énigmatiques, je dois l’avouer, je les vois mal exister dans la réalité, mais dans la réalité de ce roman, ils ont tout à fait leur place et permettent de renforcer cette aura de mystère et de non-dit qui plane sur tout le livre.

Price, c’est tout une ambiance, et c’est difficilement descriptible car c’est avant tout une expérience à vivre, plus qu’une simple histoire à lire. Tout rentre en synergie pour faire de cette lecture un moment complètement à part du temps commun. Je ne peux donc que vous le conseiller !

Steve Tesich, Price, traduit de l’anglais (États-Unis) par Jeanine Hérisson, dans une très très belle édition réalisée par Monsieur Toussaint Louverture qui a eu une sacrée bonne idée d’éditer ce roman de 1982.

La fois où je suis devenu écrivain, de Vincent Cuvellier

Lire un livre où l’auteur se livre (oh, oh ! :p) sur la façon dont il est devenu écrivain alors que je suis en plein NaNoWriMo, ça a un côté rassurant. On se dit que les façons de parvenir à notre but (écrire un roman) sont très diverses, et l’important c’est que chacun trouve la sienne. La fois où je suis devenu écrivain, c’est l’histoire de Vincent Cuvellier qui revient vingt-cinq ans plus tard sur ses débuts dans le milieu littéraire.

À l’époque, Vincent est ado, il s’en sort mal au collège à tel point qu’il l’arrête dès ses seize ans. Il découvre alors les petits boulots, les stages, le chômage. Il essaie de s’en sortir comme il peut, comme on peut à seize ans, alors qu’on a autre chose en tête que son épargne retraite. Non, à seize ans, on pense aux filles, à l’image qu’on renvoie et on a des rêves aussi. Le rêve de Vincent, c’est de devenir écrivain, il n’a aucun doute là-dessus, c’est ce qu’il veut faire, c’est ce qu’il veut devenir. Déjà quand il était à l’école, il n’avait qu’une hâte, c’était de rentrer chez lui pour coucher des histoires sur le papier. C’était un moment de libération et de plaisir où enfin là il était à l’origine de quelque chose. Par hasard, Vincent participe à un prix littéraire qui récompense la nouvelle d’un jeune. Et il gagne. La première place. C’est alors une révélation. Le truc, c’est que sa nouvelle est un peu crue. Il utilise des gros mots, des phrasés courts. Et ça ne plaît pas à tout le monde, mais lui refuse une censure de politesse qu’on souhaiterait lui imposer. C’est ainsi que Vincent est publié à part des autres lauréats du prix, et pas dans le recueil commun. Il s’en fout, il vient d’être publié, et tout seul en plus. Il le sait, c’est le début d’une nouvelle vie. Sauf que la vraie vie n’est parfois pas si simple. On se trouve toujours des excuses pour ne pas écrire et pour ne pas affronter l’angoisse de la page blanche.

Ce livre très court s’adresse à un public jeune. D’ailleurs Vincent Cuvellier a une plume idéale pour s’adresser à ce genre de public : drôle, incisive et directe. On peut lui reprocher peut-être ce style qui semble peu mature, peu travaillé. Mais c’est un parti pris : celui de l’oralité, il n’y a pas de barrière de syntaxe et de propreté des mots entre lui et nous. On devient proche très vite de ce narrateur qui nous invite dans sa vie, dans son adolescence et ces quelques pages se lisent à toute vitesse. Toutefois, je pense qu’on peut trouver plus inspirant, mieux écrit comme livre sur la naissance d’un écrivain et même des ouvrages s’adressant à des adolescents. En lisant ces pages, j’ai encore eu l’impression de faire face à cet ado qui voulait vous mettre dans son panier et faire bonne figure pour vous impressionner. Or, c’est l’adulte qui parle. Il y a peu de points de vue vraiment rétrospectifs, vraiment intéressants en profondeur et c’est bien dommage. En soignant un peu plus son style, en allant plus loin dans ce livre – bref en prenant le temps de s’appliquer – je pense qu’il aurait été possible de nous fournir un témoignage beaucoup plus intéressant et moins tourné vers soi au point d’en oublier un peu le lecteur.

Mais toutefois, ce livre se lit vite et peut plaire pour une lecture rapide qui change un peu.

Vincent Cuvellier, La fois où je suis devenu écrivain, éditions du Rouergue, 8€50.

A moi seul bien des personnages, de John Irving

Je ne suis pas vraiment régulière avec la publication des billets, alors que j’achève mes lectures à un bon rythme, autant dire que j’ai plusieurs chroniques en retard à rédiger (pour l’instant, 3), donc je profite d’un regain de motivation pour écrire tout de suite, avant de retomber dans la procrastination hebdomadaire du week-end.

Il y a quelques jours, j’ai fini ma très très longue lecture d’un roman tout récent de John Irving (oui, oui, celui de Garp) : A moi seul bien des personnages. En lisant la quatrième de couverture de ce livre de presque 600 pages, je m’imaginais découvrir l’histoire d’un garçon qui devient homme en même temps qu’écrivain. Puis en commençant la lecture, j’ai pensé lire l’aventure d’un adolescent qui a ses premiers émois tout en étant indétachable des troupes de théâtre de sa petite ville (oui, ce n’est pas très claire comme description). D’où le titre. Mais ce roman se révèle beaucoup plus vaste, plus intime que cela. En même temps, en 600 pages, il peut se le permettre.

Le héros s’appelle Billy, il a soixante-quinze ans, et nous raconte la vie qu’il a eu, entre l’ardesse de son adolescence et ses réflexions d’adulte. On est donc immergé dans sa vie de jeune garçon pensionnaire d’un lycée non mixte. Et très vite, on découvre que Billy n’a pas l’amour conventionnel qu’on attendrait d’un gamin américain d’une ville de province. En effet, il a le béguin pour son beau-père ou encore pour un camarade de classe, lutteur exceptionnel. Mais il est aussi très intrigué par la petit poitrine de la bibliothécaire municipale – beaucoup plus âgée que lui –, et fait semblant de s’intéresser amoureusement à sa meilleure amie. Bref, Billy se cache, révèle à bien peu de gens ses véritables sentiments, se dissimule derrière des personnages, des masques.

Vous l’aurez compris, ce livre parle de sexualité, notamment de celle qui n’est pas « normale », du moins pour l’entourage de ce jeune garçon. Mais il n’y a pas que le héros qui possède des penchants que l’on acceptait mal en ce lieu et cette époque. Sa famille renferme quelques secrets, idem pour ses connaissances ou même ses amis. Billy va grandir, devenir un adulte et écrivain complet. Il va comprendre que fuir n’est pas une solution. Il suffit juste d’être discret pour ne pas gêner les autres, sans pour autant nier ce que l’on est ou ce que l’on veut être. Il se rend compte qu’autour de lui nombreux sont ceux qui portent des masques.

Bref, je me mélange un peu les pinceaux, il est difficile de parler de ce long roman sans s’y perdre tellement il est vaste et profond. La seule chose que je peux vous dire sans me tromper, c’est à quel point cette lecture est atypique. Elle demande beaucoup d’investissement de la part du lecteur, mais qu’on est ravi d’offrir à la plume de l’auteur. En effet, cette histoire n’est pas résumable, il faut la lire et la vivre. C’est une vie de questionnement, de doute, d’attente, de découverte(s), le genre de vie qu’on croise rarement et qu’on expérimente encore moins. C’est riche d’enseignement, d’humilité, d’acceptation envers toutes les personnes de ce monde, quelque soit leur genre, leur sexualité. Il faut se laisser emporter par ce style qui prend son temps, qui décrit beaucoup mais de façon bien choisie.

Encore une fois, John Irving est l’auteur d’une œuvre vraiment à part, en dehors de la littérature de fiction traditionnelle. Un roman à découvrir en prenant son temps.

John Irving, A moi seul bien des personnages, traduction de l’anglais par Josée Kamoun et Olivier Grenot, Points (P3264), 8€50.

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

1976, JO de Montréal. Elle a quatorze ans, elle vient d’un pays qu’on ne sait pas situer sur une carte. Elle est là pour bouleverser les guerres, la gymnastique, les ordinateurs. Prestation terminée, elle regarde sa note : 1,00. Pourtant, elle a tout réalisé de façon parfaite. C’est là qu’elle voit le juge qui, tourné vers elle, dresse ses deux mains, les dix doigts levés et écartés. Ce n’est pas 1 sur 10, mais 10, la note maximale, la perfection encore jamais atteinte, une note qu’on ne croyait pas possible, à tel point que les ordinateurs n’étaient pas conçus pour l’afficher. Le monde entier la découvre et l’adule. Elle s’appelle Nadia Comaneci, on la surnomme la petite communiste qui ne souriait jamais.

Vous l’avez compris, je vais vous parler aujourd’hui du roman biographique de Lola Lafon qui a connu un joli petit succès il y a quelques semaines à sa sortie. J’ai eu l’occasion de le lire pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, vu que ce livre en est candidat. Et disons que je ne m’attendais pas à lire ce genre de choses.

On explore la vie de cette gymnaste de ses débuts à son départ du pays, en passant par ses entraînements, sa relation avec son coach, les JO qui l’ont révélée, les compétitions suivantes, etc. Mais on ne s’arrête pas là puisque l’on découvre aussi sa famille, la réputation qu’a acquise très rapidement cette petite et sa vie sous la politique communiste. Cela est synonyme de galas et de discours pour le « Camarade » Ceausescu, de silence et de concentration extrême, de risques et de dangers à prendre pour être la meilleure. Comaneci est devenue une vraie icône, un modèle, au-delà de ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Elle avait une énorme pression sur les épaules, mais s’en rendait-elle compte ? Avec les années, la petite communiste change, et devient une femme, avec des formes : un descente aux enfers dans un corps qu’elle déteste, et pourtant elle reste sur les podiums.

Il est difficile d’être très claire, ce livre foisonne d’événements et de moments de vie : Nadia n’était pas juste une gymnaste douée, c’était une jeune fille mystérieuse, à la vie difficile. Elle a du faire des sacrifices, pourtant elle est contente de ce qu’elle a vécu.

Ce livre se divise en deux parties distinctes qui se succèdent presque à chaque chapitre. Il y a la narration, cette réalité réécrite, complétée s’il le faut par la fiction, et il y a ces passages en italique où l’auteure témoigne de sa relation avec Nadia Comaneci, relate certaines de leurs discussions par téléphone. On y découvre une femme complexe, fière de ce qu’elle a été, du chemin parcouru, mais toujours aussi secrète et humble.

J’ai été très partagée par ce livre. Après réflexion, je pense que j’ai aimé le sujet de ce roman : la vie très remplie d’une gymnaste fascinante dans un pays intrigant. Cette plongée dans le monde du sport (mais pas que) est vraiment bien réalisée et agréable à lire. J’ai beaucoup moins apprécier l’écriture de Lola Lafon, qui semble parfois artificielle. Certains passages ne me semblent pas assez travaillés. Il semblerait que là où elle se débrouille le mieux, c’est quand elle colle le plus à la réalité, quand elle revêt cet habit d’enquêtrice. Mais quand elle souhaite aller vers plus d’imaginaire, voire de poésie, c’est raté (j’ai en tête les toutes premières pages du livres où elle relate de façon absolument nébuleuse le premier 10 de Nadia.)

Cet avis n’est que le mien, mais c’est ainsi que j’ai ressenti les choses à la lecture de ce livre. Globalement, il est pourtant très intéressant et mérite qu’on y jette un coup d’oeil. Toutefois, aujourd’hui, c’est le personnage de Nadia que je retiens et non pas la plume de Lola.

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais, aux éditions Actes Sud, 21€.

EDIT : Désolée lecteur, j’ai mal fait mon boulot. J’ai complètement envoyé aux oubliettes l’avant-propos de ce roman, mon étourderie me perdra. En effet, comme me l’ont fait remarquer l’auteure sur Twitter et lilylit en commentaire, les échanges dont je fais mention dans ce billet, entre la narratrice et la gymnaste, sont fictifs. J’ai fait un peu trop vite l’amalgame entre narratrice et auteure, ça m’apprendra à ne pas faire attention. Mea culpa.