J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, de Paul M. Marchand

Ouh, quel livre dérangeant. Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu de roman de la sorte, que ce soit dans le style ou le thème. Roman d’ailleurs, je ne sais pas vraiment, puisque dans les premières pages de J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, l’auteur Paul M. Marchand évoque une femme derrière l’histoire, dont il aurait juste retranscrit à sa manière une partie de sa vie.

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L’héroïne s’appelle Sarah. Elle nous raconte son histoire dans un monologue de deux cent pages, un peu décousu, voyageant dans le temps et les souvenirs, les ressentis. Sarah a grandi sans père, entourée de femmes. A dix-sept, elle a quand même voulu retrouver ce géniteur. Elle ne savait pas encore que trois ans plus tard, cette relation allait devenir quelque chose d’inattendu, de fusionnel. On a du mal à l’imaginer, à dire le mot et pourtant Sarah et Benoît, celui qui est son « père », ont partagé une relation amoureuse, charnelle. A en perdre la tête, à en perdre ses espoirs et son avenir, en tout cas en ce qui concerne Benoît. Sarah, elle, y croyait, elle vivait l’instant présent et ignorait le passé, cette filiation taboue.

Je n’ai jamais vu en lui un « père », uniquement un « géniteur » imprévu, c’est-à-dire un étranger avec toutefois une vague familiarité. Toute la nuance est là. Et cet inconnu, que j’avais cherché et fini par retrouver, m’affolait depuis nos premières rencontres. Lorsque j’étais dans ses bras, j’étais ailleurs. Et j’étais bien dans cet ailleurs. Je faisais ce que je ressentais, et je le partageais avec un homme qui ressentait la même chose que moi. C’est aussi simple que cela… Entre ces bras-là, j’étais enfin chez moi. Affamée, je me risquais sur une pente très chaotique. Je gagnais du temps sur les heures. (…) De ces hauteurs inaccessibles, tout me paraissait alors acceptable. Quand nous nous quittions, je ne redescendais pas. Je m’écrasais. Saignée à blanc, et tarie…

C’est dérangeant car Sarah trouve presque normale cette relation : ils s’aiment réellement, ils n’étaient personne l’un pour l’autre avant cela. Difficile de mettre sur cette histoire le mot « inceste » comme on l’imagine habituellement. De plus, l’issue de leur relation nous laisse sans mot. On y croit à la réalité de cet amour, ça nous brise le coeur d’un côté, mais de l’autre on est dans l’incompréhension totale.

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C’est un petit livre de deux cents pages, et je suis contente qu’il ne fasse pas plus. Il a la juste longueur pour faire le tour du sujet, de ses origines à ses conséquences, sans radoter. De plus, j’ai eu un peu de mal avec la plume de l’auteur, très poétique, élancée, sentimentale. Ce n’est pas du tout le genre de style que j’apprécie, préférant le prosaïsme, le réalisme, la narration classique avec dialogue et chapitre. Ici, le lecteur suit le flot des pensées de Sarah qui se remémore et veut nous livrer son histoire. J’ai aimé en savoir plus sur son passé et sur ce qu’elle est devenue après, quelles résonances cet épisode a eu sur sa vie. Mais j’aurais encore plus apprécié ma lecture si le décor avait été mieux planté. Par exemple, il y a un voyage à Amsterdam je crois à un moment. J’aurais aimé le vivre, y être, pas juste le croiser dans le désordre de temps à autre dans le texte. Je comprends que le sujet se prête aux divagations et aux états d’âmes mais un peu plus d’ordre, ou de rigueur, ou de linéarité… ça n’aurait pas fait de mal !

A vous de vous faire votre propre opinion. La lecture est rapide, le style vaut le détour, la forme du témoignage est poignante.

Paul M. Marchand, J’abandonne aux chiens l’exploit de nous juger, aux éditions Le Livre de Poche, disponible en e-book ou d’occasion.

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Les mille visages de notre histoire, de Jennifer Niven

En ce moment, c’est une très bonne période côté lecture : je découvre de nouveaux auteurs, je me fais plaisir en lisant des romances ados, j’ai des coups de cœur pour certains romans. Aujourd’hui, je vais vous présenter l’un de ces livres que j’ai dévoré en une journée tellement il était bien. Il s’agit du roman de Jennifer Niven, Les mille visages de notre histoire.

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Libby a été la plus grosse ado d’Amérique. A tel point que le jour où elle a fait une crise d’angoisse, il a fallu abattre un mur de sa maison pour l’emmener à l’hôpital. Depuis, elle a perdu beaucoup de poids mais rentre toujours dans la catégorie des « grosses ». En tout cas, les autres élèves du lycée n’en doutent pas. Car oui, après deux ans enfermée chez elle, Libby retourne au lycée. Par un drôle concours de circonstances, elle y fera la connaissance de Jack, un garçon imprévisible et rebelle. Mais – bon, c’est un micro-spoil car vous l’apprenez dans la première page du roman, mais ça ne figure pas sur la quatrième de couverture – Jack souffre en fait de prosopagnosie, il ne reconnaît pas les visages, y compris ceux de ses parents par exemple. Pour lui, à chaque instant, il fait face à des inconnus, sans savoir s’il est devant son principal de lycée ou son père. Mais c’est son secret, personne n’est au courant.

tIgnzzVJ’ai beaucoup aimé rencontrer la prosopagnosie dans un roman, je ne m’y attendais absolument pas. Je connais cette maladie, j’avais déjà vu des témoignages, mais grâce à cette lecture, je touche vraiment du doigt ce que c’est, j’ai beaucoup appris. Libby et Jack sont des personnages très accrocheurs, avec chacun des problématiques particulières. Rien ne m’a agacé ou déplu en cela : j’ai aimé le traitement du deuil, de la différence, de la grossophobie, des problèmes de famille. La vie est faite de cela et j’ai trouvé que Jennifer Niven, à travers ses personnages, nous communiquait des messages d’espoir et de joie de vivre de la plus belle manière qui soit.

Il faut dire que les personnages sont très attachants. L’auteure ne voulait visiblement pas faire dans le mélo mais j’avoue que l’exubérance et la sarcasme de Libby m’ont semblé parfois un peu too much. Cependant, il faut avouer que cela donne un petit côté rock’n’roll à Libby qui n’est pas pour déplaire. Comme Jack, à sa façon, elle aussi est une rebelle. J’ai aimé sa relation avec son père, beaucoup moins accrochée sur son lien avec ses amis – traité un peu mais pas trop mais un peu quand même…. Bref, vous voyez.

Jack se dévoile au fil des pages. Je ne comprenais pas toujours ce personnage au début, mais au fur et à mesure, comme Libby, je l’ai apprivoisé. Il devient de plus en plus attachant : il a juste besoin de sécurité et cherche à affronter chaque jour du mieux qu’il peut avec la prosopagnosie, donc il se protège.

L’auteure a choisi de faire des chapitres courts, basculant d’un point de vue à l’autre – ceux de ses deux héros. Ce choix était très judicieux car il donne un très bon rythme à la lecture. L’auteure a de l’humour, est très douée pour les dialogues… Un style simple, plutôt direct, qui traite bien des sentiments et de l’adolescence.

Bref, cette lecture a été géniale ! Je ne peux que vous la recommandez !

Jennifer Niven, Les mille visages de notre histoire, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Vanessa Rubio-Barreau, aux éditions Gallimard Jeunesse, 17€.

Les Derniers Battements du cœur, de Kelley York & Rowan Altwood

J’ai l’impression qu’il y a des choses qui reviennent dans la romance young-adult : une rencontre autour du suicide ou de la maladie. Très sincèrement, la moitié de ce que j’ai pu lire comporte une rencontre de ce genre des deux protagonistes. Et ça ne me dérange pas vraiment car cela peut faire naître de très très bons romans – comme celui d’aujourd’hui – mais j’ai peur de finir de me lasser au bout d’un moment.

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Aujourd’hui, nous allons donc parler du roman écrit à quatre mains Les Derniers Battements du coeur de Kelley York et Rowan Altwood. Dans cette histoire, on bascule d’un personnage à l’autre. D’un côté Luc, greffé du cœur il y a trois ans mais en plein rejet ; il ne veut plus voir d’hôpitaux, donc il organise une sorte de road-trip pour finir sa vie comme il l’entend. De l’autre, il y a Evelyn, une ancienne amie proche de Luc qui revient en ville après trois ans passés en Arizona, auprès d’un beau-père qu’elle déteste. Evelyn est embarquée dans ce voyage, cette fuite en avant vers l’Oregon. Tous les deux s’aiment, c’est évident. Mais parfois, ça ne suffit pas pour former un couple.

J’imagine que vous avez déjà trouvé la trame de cette histoire : elle est assez convenue, il faut dire. Cependant, cette escapade improvisée de plusieurs semaines en voiture est très originale et j’ai adoré découvrir les personnages à cette occasion. Ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre est très fort et on comprend leurs réticences, leurs hésitations. J’ai parfois eu envie de claquer Luc pour certaines de ses décisions mais j’imagine que je ne peux me mettre dans la peau d’un garçon comme lui, qui a déjà traversé tant d’épreuves. A l’inverse, j’ai réussi à me sentir plus proche d’Evelyn, baladée selon les amours de sa mère – et sa mère tombe amoureuse tous les quatre matins. Elle manque de confiance en elle, elle n’a jamais pu se poser, s’accrocher à un lieu ou à quelqu’un. Son seul repère dans sa vie a été Luc.

Leur relation est merveilleuse, j’ai été très touchée par leur histoire. Les personnages secondaires ne sont pas en reste, et les auteurs mettent en avant par touches les liens familiaux étranges, modelés par les non-dits et l’inquiétude.

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Les pages défilent à une vitesse impressionnante. Le rythme est soutenu, on veut suivre Evelyn et Luc jusqu’au bout. On veut savoir comment tout cela va finir. Car il y a des secrets encore et toujours, et tant que la vérité ne sera pas évidente, tant que Luc n’aura pas pris de décision, on se tient au bord du gouffre, se demandant s’il va sauter ou pas. J’ai pleuré – oui, je suis une madeleine – et je ne remercie pas les auteurs pour tous ces passages qui m’ont donnés des palpitations. Mais c’est aussi ça la lecture, vivre des émotions fortes. Je pensais au début que ce serait une petite romance de passage, que j’oublierai vite. Finalement, les personnages et leurs aventures m’ont vraiment marquée.

Une très belle surprise donc, qui gagne à être connue !

Kelley York & Rowan Altwood, Les Derniers battements du cœur, traduit de l’anglais (États-Unis) par Laurence Richard, aux éditions Pocket Jeunesse Junior, 17€50.

Did I mention I need You ?, d’Estelle Maskame

J’avais A-DO-RE le premier tome de cette trilogie, j’ai été ravie de pouvoir enfin me plonger dans ce nouvel opus : Did I Mention I need You ? d’Estelle Maskame. On y retrouve Eden qui, après un an de séparation, va rendre visite à son demi-frère par alliance, Tyler. Ce voyage à New York va raviver les sentiments entre eux et Eden va se retrouver dans une situation très compliquée.

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Difficile de vous en dire plus sans spoiler cette série. Je l’ai dévoré en un après-midi et je l’ai trouvé vraiment meilleur que le premier ! Peut-être parce qu’on y retrouve des personnages plus matures. C’est vrai qu’ils ont grandi, et ça se ressent. J’ai vraiment aimé que l’auteure les ait fait évoluer : au début, j’appréhendais ce saut dans le temps mais finalement, c’était une excellente idée. Tout ces sentiments resurgissent avec d’autant plus de force et c’est avec grande jubilation que j’ai assisté à ça.

Ce tome m’a fait d’autant plus vibrer que les thèmes abordés (le choix amoureux, la fidélité, l’honnêteté) m’ont vraiment touchée. J’ai été très émue par les personnages et leurs tourments, j’ai même versé une petite larme ! Clairement, du côté des personnages, de leurs relations, de leurs sentiments, l’écriture est ici encore meilleure. Il faut également noter l’apparition de nouveaux personnages secondaires que j’ai beaucoup aimé.

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Cependant, je regrette qu’on n’ait pas mieux vu New York à travers les yeux d’Eden car pourtant elle était éblouie par la ville. J’aurais souhaité devenir new-yorkaise le temps de ce tome. De plus, j’ai trouvé assez artificielle le retour de certains personnages du tome 1. Il n’était pas nécessaire de les y rajouter, le roman aurait pu se tenir sans.

La fin de roman traîne un peu en longueur mais je comprends très bien pourquoi l’auteur a du en passer par là : pour préparer la suite, que j’ai très hâte de lire ! Cette trilogie est clairement addictive.J’ai adoré voir la romance adolescente se transformer en passion plus mûre. Les personnages sont tout autant attachants, et j’espère que dans le tome 3 l’auteure s’attardera un peu plus sur Eden. Car bien qu’elle soit un personnage principal, je trouve qu’on la connaît assez peu..

Bref, encore une fois, un vrai bonheur de dévorer cette série !

Estelle Maskame, Did I mention I need you ?, traduit de l’anglais par Maud Ortaldo, aux éditions Pocket Jeunesse, 16€90

Le vide de nos cœurs, de Jasmine Warga

Je ne pensais pas du tout que cette lecture allait me faire autant d’effet : encore une fois, je me suis faite avoir avec ma fausse idée comme quoi le young adult c’est un peu doux quand même. Faudrait que je me rappelle plus souvent la claque que Nos étoiles contraires m’avait mise. Bref, aujourd’hui un livre qui m’a ému, faite vibrée et pleurer : Le vide de nos coeurs de Jasmine Warga.

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Aysel veut en finir. Sa décision est prise. Depuis que son père a commis l’irréparable et qu’il est en prison, sa vie, sa famille, son travail, son lycée… tout devient pénible pour elle. Mais surtout, elle a au fond d’elle une grosse limace noire qui siphonne son énergie, ne lui inspire que de la tristesse et l’idée qu’elle pourrait bien finir comme son père. Pour trouver le courage de mettre un terme à sa vie, elle traîne sur le forum Smooth Passages, pour trouver un compagnon de suicide. C’est là qu’elle rencontre Roman, qui lui veut en finir le 7 avril. Roman et Aysel se voit souvent, pour planifier ce moment. Mais au fil des jours qui passent et les rapprochent de la date fatidique, Aysel s’aperçoit que peut-être, il y a une autre solution pour Roman et elle.

Quelque chose ne tourne pas rond chez moi. Bien sûr, certaines choses de ma vie me donnent le sentiment d’être seule au monde, mais rien m’isole et me terrifie plus que ma petite voix intérieure. Elle s’entête à me répéter qu’il y a de fortes chances pour que je finisse exactement comme mon père. Je parie que si on m’ouvrait le ventre, la grande limace noire de la dépression en sortirait. Les conseillers d’orientations adorent rabâcher qu’il suffit de « penser de façon positive », sauf que quand on a ce mollusque dans le ventre qui étouffe le peu de bonheur qu’on arrive à éprouver, c’est mission impossible. Comme machine à détruire les pensées positives, mon corps est d’une efficacité redoutable.

Au début, pour être honnête, je ne m’attendais pas à grand-chose. Je me disais tiens encore une romance sur fond de dépression puis de résurrection mais ce livre est tellement plus que cela. Déjà la romance n’est pas évidente. La relation entre Aysel et Roman n’est pas réelle, pas normale : rien ne peut s’appliquer à eux car ils se sont rencontrés pour mourir. A partir de là, tous les codes des relations amoureuses ne s’appliquent plus à eux, ce qui ne va pas les empêcher de partager une relation forte. L’envers du décor – la réaction des familles, des camarades du lycée, l’obligation de faire semblant d’aller bien devant les autres – est très réaliste. On s’y croit complètement. J’ai été emmené au Etats-Unis aux côtés de nos deux héros en un claquement de doigts et je n’ai plus jamais voulu les quitter. Ils sont terriblement attachants, et on comprend si bien leur douleur.

La dépression. Le mot n’est pas dit et pourtant c’est présent à chaque page. Une tristesse, une limace noire… difficile de l’aborder autrement alors qu’on arrive plus à y faire face. Les mots de l’auteure m’ont transpercée. Vraiment, Jasmine Warga a beaucoup de talent pour faire comprendre, toucher du doigt aux lecteurs non concernés ce qu’est la dépression. Et ce que représente aussi la sortie d’une dépression. J’ai eu peur à un moment que ses personnages soient des caricatures en ados blasés, mais pas du tout. C’est tellement vrai… dans les réactions, dans les mots des héros, dans leurs attitudes, dans leurs manies. Très sincèrement, j’ai vraiment beaucoup pleuré, surtout à la fin : que d’émotions !

Les personnages sont excellents, y compris les personnages secondaires qui sont criants d’humanité et de vérité. Jasmine Warga a vraiment une plume extraordinaire en ce qui concerne l’écriture des personnages. Elle maîtrise également bien le rythme de son histoire qui se déroule telle un compte à rebours vers le moment fatidique. L’auteure ne s’attarde que sur des événements intéressants, parfois seulement indirectement liés à l’intrigue, mais qui nous en apprennent en réalité beaucoup sur les héros et sur leurs vies.

Un belle lecture, je m’en souviendrai ! Un excellente surprise et je ne peux que vous la conseiller !

Jasmine Warga, Le vide de nos cœurs, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Maud Desurvire, aux éditions Hugo Roman, 17€.

Belgravia, de Julian Fellowes

Il paraît que si vous aimez Downtown Abbey, vous aimerez Belgravia de Julian Fellowes – ce dernier étant le scénariste et l’auteur de ces deux œuvres. Je ne doute pas pas que ce soit vrai, mais n’ayant jamais regardé Downtown Abbey, j’aurais du mal à vous en dire plus. Mais si vous aimez les petites histoires de l’aristocratie anglaise, les secrets de famille, les intrigues de classes sociales et les ragots de serviteurs, je ne peux que vous recommander cette superbe lecture !

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En 1815, eut lieu à Bruxelles un bal qui marquera les esprits. Parmi eux, les Trenchard, une famille bourgeoise en pleine ascension sociale qui dérange un peu les aristocrates pur souche. Également présente, la famille Bellasis, dont le fils va bouleverser la vie de Sophia Trenchard. Quelques heures après cette réception, presque tous les jeunes hommes de cette assemblée périssent sur le champ de bataille à Waterloo. Près de vingt-cinq ans plus tard à Londres, les secrets ressurgissent et ramènent ces deux familles longtemps en arrière… Le monde change, s’industrialise, s’embourgeoise, et l’aristocratie n’est plus la seule à avoir des privilèges. Et pourtant, les questions de mariage, d’héritage, de filiation comptent tout autant. C’est dans ce nouvel environnement que les Trenchard et les Bellasis vont devoir évoluer, avec, pour leur tenir compagnie, leurs souvenirs du bal de 1815.

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Raaaaah, j’aimerais tellement vous en dire plus ! Mais cela vous spoilerez, alors je me retiens. Sachez juste que l’intrigue est passionnante. Il y a du suspens, des rebondissements… Beaucoup plus passionnants que des petits drames comme la duchesse a trompé son mari avec le comte de truc. L’histoire est servie par une narration impeccable et d’excellents dialogues qui donnent à ce petit pavé un rythme de croisière parfait. C’est sûr, ce n’est pas un thriller et tant mieux ! Car j’ai pris beaucoup de plaisir à explorer la sphère aristocrate anglaise, ses codes et ses personnages.

Les personnages ! Au début, je trouvais qu’il s’agissait ici du seul bémol du livre – et en effet, c’est le seul. Ils doivent être une dizaine, et tous sont importants. Le seul problème, c’est qu’on a vraiment tendance à se perdre dans tout cela. La preuve : pour éviter de vous laisser dans l’incompréhension, j’ai même triché dans le résumé sur un des noms pour que ce soit plus clair. Entre les noms de domaines et des noms de familles, les oncles et les fils, les domestiques… Dur de s’y retrouver par moment.

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Les personnages, c’est aussi et surtout la grande force de ce livre. Je m’attendais à trouver des choses assez caricaturales : alors oui, la fière maîtresse de maison, le mari qui dépense tout au jeu, etc., ils y sont ! Mais il n’y a pas qu’eux, et surtout tous les personnages principaux sont attachants à leur manière. Julian Fellowes donne beaucoup de profondeurs à ses héros, et même aux personnages secondaires. Je pense vraiment, qu’en plus de la clarté de son écriture, c’est vraiment ce qui fait le succès de son roman. Une vrai réussite ces personnages, qu’on ne veut plus lâcher : leurs aventures sont importantes à nos yeux, on a envie que ça se finisse bien pour eux ! On comprend leur colère, leur peur, on déteste leur orgueil, leur égoïsme, on admire leur roublardise, leur naïveté, leur talent. On vit avec eux !

A ma grande surprise, cette lecture m’a vraiment plu. A tel point, que j’ai encore envie de lire des romans dans cette veine-là (aristocratie anglaise, etc. Je suis preneuse de vos conseils lecture d’ailleurs!). Laissez-vous tenter également !

Julian Fellowes, Belgravia, traduit de l’anglais (Royaume-Uni) par Valérie Rosier et Carole Delporte, aux éditions JC Lattès, 20€90.

Dernier été à Tokyo, de Cecilia Vinesse

J’ai d’abord croisé ce livre en librairie, la quatrième de couverture m’avait donné envie – pas la couverture par contre, beurk. Quand je l’ai croisé à la médiathèque, je me suis dit « pourquoi pas ? » En avant donc pour Dernier été à Tokyo de Cecilia Vinesse.

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Sophia a toujours été entre plusieurs continents. Elle vit à Tokyo depuis quatre à présent avec sa mère et sa sœur. Mais dans sept jours, alors qu’elle s’apprête à bientôt rentrer en terminale, elle va devoir dire au revoir à ses amis du lycée international, Mika et David. En effet, elle déménage dans le New Jersey. Triste de quitter cette ville qu’elle affectionne, elle est d’autant plus fâchée que ses derniers jours au Japon vont être gâchés par le retour de Jamie, qui lui revient de trois ans aux Etats-unis. Avant son départ, leur amitié s’était mal terminée… Mais il peut s’en passer des choses en une semaine, et Jamie et Sophia ont toute une relation à reconstruire.

Bon, déjà, ce qui m’a énervée : ils sont où les Japonais ? On est entre expats, point. Je veux bien croire que dans la réalité, entre ados expatriés, scolarisés dans un lycée international où on parle anglais, tu traînes peu avec des natifs… Mais quand même, être autant occidentalement centré à ce point ! Vu que l’histoire se passe à Tokyo, c’était vraiment n’importe quoi !

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Les personnages sont assez typiques, peu de nuances : prendre l’excuse que c’est une romance adolescente ne me va pas du tout car le niveau est plutôt élevé dans beaucoup d’autres. On a le gars un peu connard mais qu’on aime bien quand même, le timide soi-disant geek mais qui est au fond malheureux, la fille aux cheveux bleus qui est extravertie, la grande sœur qui gronde et râle car elle s’est faite larguée, un cliché avec le père aussi (mais je n’en dirais pas plus pour pas spoiler ça au moins…) Heureusement, j’ai trouvé que Jamie sauvait quand même les choses, car il est attachant et rafraîchissant. C’est un garçon surprenant et agréable. Les autres personnages, on les retient moins. Leur comportement change sans qu’on sache vraiment pourquoi – ah, si ! L’alcool !

Ces ados sortent quand ils veulent, boivent ce qu’ils veulent, dorment où ils veulent : où sont les parents ? Allô le réalisme ? Ça m’a agacé au possible de voir des ados se comporter comme en jeunes adultes, avec des problèmes mièvres : tous les soirs, la même chose. En fait, je crois que c’est l’écriture qui est un peu adolescente sur les bords.

Côté personnages, on a frôlé des bonnes choses comme les relations familiales par exemple : bien qu’un peu trop manichéennes, elles sont variées et c’est là où on ressent un peu de réalisme dans les relations humaines.

Il faut dire que le style n’est pas incroyable non plus. C’est de la narration, le rythme et les dialogues fonctionnent un peu près bien. J’ai énormément regretté que Tokyo ne soit qu’une excuse pour faire un titre et une couverture particulière, pour coller des descriptions de lumières de la ville la nuit. C’est vraiment dommage car on sent l’amour de l’auteure pour cette ville ! Il suffisait de travailler les descriptions, planter le décor et s’en servir pour de vrai ! On est vraiment passé à quelque chose…

Un roman clairement adolescent dans l’écriture, l’intrigue, le style, l’aboutissement, qui manque de nuances. Bizarrement, pour écrire une bonne romance, il faut s’éloigner un peu des clichés pour mieux y revenir avec des idées nouvelles. La pluie, la nuit, l’alcool, les non-dits… pfff, si au moins il y avait un vrai style, une plume acérée pour servir tout ça, un vrai enjeu dans l’intrigue, ça aurait pu fonctionner. Mais ce n’est pas le cas. C’était divertissant un peu, mais j’ai plutôt perdu mon temps avec cette lecture. Avis cru mais sincère.

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Cecilia Vinesse, Dernier été à Tokyo, traduit de l’anglais par Cécile Tasson, aux éditions Pocket Junior, 17€90.