Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo (lecture commune de janvier 2017)

515grkugwzl-_sx298_bo1204203200_Le mois de janvier est terminé et avec lui la première lecture commune de l’année. Ou presque ! Je commence fort l’année en effet avec un abandon de lecture. Et quel abandon ! Puisque c’est un roman phare de mon auteur chouchou que j’ai laissé sur le bord de la route : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, un roman historique qu’on ne présente plus (et qui est quand même moins meugnon que le dessin animé de Disney).

Qu’est-ce que j’aime cet auteur ! J’apprécie autant l’écrivain (surtout le poète) que l’homme. Il a eu une vie tout à fait passionnante et a écrit des kilomètres. J’ai quand même lu pas mal de ses œuvres et je savais dans quoi je m’aventurais. Je me suis enquillé tous Les Misérables et pas en version abrégée, je connaissais donc le bonhomme et sa propension à digresser. Je croyais que j’aurais les épaules pour affronter la lecture commune du mois. Que nenni !

Il faut dire que j’étais sacrément occupée en janvier, et tracassée également. Les excuses pour ne pas lire étaient trop faciles à trouver. Je sortais de la lecture d’un gros pavé passionnant (dont je vous parlerai dans quelques jours) et je crois que j’étais à bout de souffle. Ré-enchainer sur un autre gros livre était une mauvaise idée.

Pour tout vous dire, je crains vraiment la panne de lecture. Donc au lieu de m’échiner à avancer dans ce roman, je préfère en abandonner la lecture. Je la reprendrais peut-être un jour ou – mieux – je lirai la version abrégée de Notre-Dame de Paris. Ma prochaine lecture de Hugo sera plus courte, sûrement des poèmes. Et ma prochaine lecture tout court sera contemporaine, rapide, agréable, histoire de me redonner envie et de ne pas retomber dans une panne de lecture de plusieurs mois comme j’ai pu connaître en 2016.

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Cela me peine d’autant plus d’à peine frôler les cent pages et pas plus que je n’ai rien contre cette histoire. C’est vrai que je connais déjà la fin et qu’historiquement ce n’est pas ma période préférée (Paris au Moyen Âge), mais les personnages me plaisaient, je commençais à bien me refaire au rythme de narration hugolien et je reprenais mes petites habitudes de sauter les digressions sans intérêt pour le récit. Hugo a énormément de talent pour retranscrire ce Paris que ni lui ni nous n’avons connu. Les personnages principaux sont présentés par le biais de Gringoire, un auteur sans le sou, et cette façon de les rencontrer est à la fois originale et efficace. J’aime Esmeralda, j’aime Phoebus, j’aime le narrateur. Les feux étaient dans le vert, mais je crois que j’étais découragé d’avance face à la longueur – langueur ? – de l’histoire. Il faut dire que Hugo aime prendre son temps et bien faire le boulot, c’est un perfectionniste.

Alors au lieu de me bloquer, j’arrête là les frais. Je suis déçue : mes abandons de lecture sont rarissimes et il faut que ça tombe sur la première lecture commune de l’année ! Mais qu’importe, je vais arrêter de culpabiliser pour me remettre tout de suite dans le bain. Après tout, la lecture de février est déjà lancée !

De son côté, Virginy du blog Des livres, des fils et un peu de farine voit plutôt ce roman comme un incontournable avec en fond un thème ici assez sombre : l’amour et l’impossibilité de le vivre. N’hésitez pas à aller voir son avis !

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, aux éditions Pocket, 4€70.

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Le Journal de Bridget Jones, d’Helen Fielding

Je me souviens avoir vu il y a fort longtemps Le Journal de Bridget Jones (le film). J’avais alors pensé à l’époque : « C’est certain, ce n’est pas le petit bijou de cinéma d’auteur mais qu’est-ce que ça fait du bien ! ». En repassant devant le cinéma, je me rends compte que Bridget ne s’en sort toujours pas de ses déboires amoureux, mais qu’elle avance tout de même puisqu’elle va avoir un bébé ! M’est alors revenu en mémoire la promesse que je m’étais faite après le visionnage du premier film : lire le livre à l’origine de tout ça. Plus d’excuses pour reculer, la bibliothèque me l’a offert sur un plateau d’argent puisque je suis tombée dessus sans trop d’effort. Aujourd’hui, nous allons donc parler du fameux roman d’Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones.

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En effet, il s’agit bien là d’un journal intime où Bridget note son poids, les calories prises dans la journée, les cigarettes, les unités d’alcool, ses déboires au boulot, les aventures de ses amies, les discussions avec ses parents mais aussi et surtout les hommes. Enfin, tout d’abord, surtout un : son patron. Alors oui, c’est niais par moment, carrément. Oui, il y a des choses à revoir (faire un régime alors qu’on pèse 57 kg. CINQUANTE-SEPT. J’ai cru que j’allais finir par taper l’héroïne à travers les pages face à cette lubie quotidienne.) Mais on a beau dire… Je trouve décidément cette héroïne attachante. Elle vit des choses qu’on a tous vécu : la solitude, la jalousie et l’obsession amoureuse bizarre et irrépressible, la honte face aux parents et aux amis de ses parents. Mais aussi des choses plus sérieuses : la remise en question professionnelle, la peur de finir seule à un âge où tout le monde autour de soi se marie et a des enfants. Rien de lourd, le roman reste agréable et n’est jamais plombé par ce genre de sujets, toutefois ils apportent plus de profondeur au récit.

Bridget Jones Diary 2 The Edge of Reason

Ce n’est pas juste l’histoire d’une nana qui boit un peu trop facilement et met des jupes pour exciter son boss. C’est aussi et surtout l’histoire d’une femme qui veut assumer son corps pour plaire quand bien même elle se trouve des bourrelets disgracieux. C’est cette amie qui se plie en quatre pour recevoir ses potes avec un repas de roi alors qu’elle ne sait pas cuisiner. C’est cette fille qui répond à son père au téléphone en pleine nuit parce que sa mère a décidé de « vivre sa vie ».

Côté écriture, ça se lit bien et vite. Je regrette les répétitions quasi-obligatoires du nombre de cigarettes, etc. qui plombent chaque journée. J’ai parfois eu du mal également avec le style parfois trop télégraphique – même si je comprends son utilisation. Et de façon très personnelle, je me suis un petit peu perdue dans les personnages, faute d’attention, mais cela n’enlève pas grand-chose à la compréhension du récit. Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, ce n’est pas de la très grande littérature non plus, ce n’est pas une histoire comique, encore moins tragique. Disons que c’est un petit mélange de tout cela. Je ne regrette pas du tout ma lecture, mais je ne m’en serais pas beaucoup voulu non plus d’avoir fait l’impasse dessus. Je ressors de ce Journal avec le sourire et je vais courir voir le dernier film au cinéma. Et vous ?

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Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones, traduit de l’anglais par Arlette Stroumza, aux éditions J’ai lu, 6€90.

Gatsby, de Francis Scott Fitzgerald

Je suis très très fière de vous annoncer que j’ai épongé tout mon retard dans les lectures communes ! Ouf ! De plus, ma panne de lecture est bien derrière moi puisque je dévore à nouveau des pages et des pages avec entrain chaque jour. Ça fait du bien, je peux vous dire ! J’espère réussir à écrire quelques chroniques d’avance pendant les vacances, histoire d’être un peu pus tranquille au mois de novembre (NaNoWriMo oblige).

9782266217255Mais bref, arrêtons-là avec cette intro bien trop longue. On se retrouve aujourd’hui pour parler de Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, que j’ai lu dans la nouvelle traduction de Jean-François Merle.

J’attendais beaucoup de cette lecture qui m’attendait de pied ferme depuis des mois. Je ne savais pas vraiment dans quoi je me lançais et j’ai été très surprise par cette lecture.

Nous sommes au début des années 1920. Notre narrateur est le voisin d’un personnage mystérieux qui habite une villa luxueuse et organise sans cesse des fêtes extravagantes. Mais qui est ce Gatsby si insaisissable ? Au fil des pages, il se découvre et, derrière le vernis de suppositions, on découvre un homme parfois inquiétant, désœuvré, désespéré. Amoureux.

Ah l’amour, ses faux-semblants, ses convenances et surtout ses mensonges. C’est le cœur même du livre. Juste devant l’orgueil et le sentiment d’irréalité de ces années d’alcool et de sourires calculés, de passades et d’argent.

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C’est une bien étrange expérience que de lire Gatsby. Déjà l’écriture en soi. Très au fil de la plume, très vivante, directe. Elle ne s’attarde pas, passe d’un sujet à l’autre dans l’urgence de la situation. Elle est l’exact reflet de cette société qu’elle veut dépeindre, de ces personnages qu’elle façonne. J’ai été assez désarçonnée par ce style, mais je m’y suis adaptée sans grand mal. En fait, j’ai surtout eu du mal à comprendre et à m’attacher aux personnages. On reste assez distants d’eux, même si au final on les voit sous leur vrai jour. Le lecteur fait tout autant partie du faste et l’illusion de cette époque que Gatsby et les autres. Il y a de plus un vrai parfum de désillusion qui flotte dans l’air. Ce roman n’est pas déprimant, mais pas joyeux non plus. On y trouve une sorte de fatalité face au temps qui passe, aux sentiments qui changent ou au contraire restent tel quel à prendre la poussière.

J’ai parfois eu du mal à suivre l’action, à m’accrocher aux dialogues, mais il faut avouer que je me suis laissée porter sans chercher à tout décortiquer, et finalement l’action se passe sous nos yeux de spectateurs, ébahis, circonspects ou surpris.

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Je suis contente d’avoir découvert ce roman si mythique. J’ai enfin rencontré Gatsby et j’ai presque touché du doigt qui il était. Il est certain que je découvrirai les autres livres de l’auteur car celui-ci m’a vraiment intriguée.

Francis Scott Fitzgerald, Gatsby, nouvelle traduction de l’anglais par Jean-François Merle, aux éditions Pocket, 2€90.

Nord Alice, de Marc Séguin

4 mars.

Certains jours, je l’aurais embrassée des heures et des heures, et d’autres j’aurais aimé la voir disparaître. Je ne suis plus certain qu’on avait besoin l’un de l’autre dans nos vies. Un moment elle devenait essentielle, et le suivant je l’aurais fuie. J’ai souvent le sentiment que les relations d’autrefois étaient plus faciles. Sans complexes. Comme si d’aimer en noir et blanc engageait moins de conflits qu’à l’ère atomique. Sans véritable habileté, j’ai toujours débordé avec des mots simples et des désirs. Nommés en vrac. Désorganisés mais sincères, tel qu’elle le souhaitait. Je ne serai jamais une histoire d’amour comme celle qu’on lit ou qui traverse le temps, racontée et embellie par la distance. Peut-être est-ce donné au hasard à quelques hommes seulement. Comme les rations d’eau pendant la sécheresse. En faire usage utile, ou tout caler d’un coup ?

Le passé ne me paraît pas rassurant. Au final, il m’inquiète plus qu’il n’explique.

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Nord Alice est un roman québécois de Marc Séguin. Notre héros a quitté son monde, pour se réfugier à Kujjuaq, terre gelée et loin de tout. Médecin, il soigne comme il peut, mais dans ce coin reculé du monde, on ne peut pas refermer toute les cicatrices. Il a cru trouver ici des réponses à son obsession, à sa relation : Alice. Il essaie de penser à autre chose, regarde des femmes sans nom se dévêtir sur internet. Il décortique son passé, celui de ses ancêtres. Peut-être y a-t-il des réponses dans la vie de son père, de son grand-père, de son arrière grand-père ?

Ce roman nous fait voyager sur un continent que j’aimerais tant découvrir. On s’attache très vite à ce personnage, on le suit avec plaisir dans ses parties de pêche où il s’allonge directement sur la glace, où il dévore la chair crue et grasse du poisson tout juste sorti de l’eau. On s’interroge aussi devant ce peuple qui souffre, inuits ou descendants d’inuits : violence, alcool, secret, dépression.

J’ai beaucoup aimé ce découpage entre la vie de notre héros, ses souvenirs et la vie de ses ancêtres. C’est original, cela évite une certaine lassitude et surtout ça met en résonance ces histoires qui se répondent. La construction de ce roman est très judicieuse.

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Il y a des péripéties, de l’action, mais globalement l’intrigue tourne plus autour des sentiments du héros et de son acclimatation dans le Nord. Pas de ton mielleux ici, mais on peut trouver parfois que les personnages se torturent trop…. J’ai toutefois aimé cette lecture, j’en garderai un excellent souvenir. Les romans québécois sont vraiment dépaysants, je ne peux que vous encourager à tester !

Marc Séguin, Nord Alice, aux éditions Léméac, 26$95.

Tsubaki Love

Avec la reprise du travail sur les chapeaux de roues, les séances à la salle de sport et la sauvegarde de ma vie sociale (que je ne veux surtout pas sacrifier), il m’est difficile ces dernières semaines de trouver vraiment du temps pour remplir ce blog, m’occuper des lectures communes (pardon!) et plus largement de lire. Je vais m’arrêter de m’excuser pour cela, après tout, c’est mon rythme du moment, je ne vais pas me forcer au point de m’en dégoûter. Je regrette juste que cela impacte les lectures communes 2016 que j’ai moi-même initiées. J’espère rattraper le coup d’ici la fin du mois au moins pour ce projet-là.

J’ai donc quelques difficultés à lire beaucoup. La lecture commune d’août (Jules Verne) me pèse encore, je ne l’ai toujours pas finie ! Alors pour changer et éviter la lassitude, je me tourne vers d’autres types de littératures comme la poésie ou… le manga. Je n’en lis pas des dizaines tout simplement car j’adore posséder les mangas que je lis et que ça revient vite cher. Je suis assez difficile même si j’ai mes chouchous : ça va de Chi à Vampire Knight en passant par Bakuman ou Judge. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’une série que j’ai commencé adolescente. Ça parle amour, sentiment, première fois, trahison… un shôjô (« manga pour filles ») comme on les aime ! J’ai nommé Tsubaki Love de Kanan Minami !

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Oulah oui, le gros mot est dit : ça parle d’amour. Et même d’amour adolescent à l’eau de rose. Rien que ça. Ben oui, on peut avoir lu et aimé Les Misérables, on peut adorer Verlaine ou bien même Aristophane et quand même apprécier de se détendre avec une bonne série d’amour, au trait sucré, aux dialogues vibrants et parfois larmoyants. Et même qu’il y a des livres très bons dans ce domaine qui ne méritent pas tant d’hypocrisie de la part de certains. Parce qu’écrire une bonne romance, c’est dur. Créer un bon manga, c’est tout aussi dur. Alors réunir les deux en un, ça tient du génie.

Et c’est ce qui se passe dans Tsubaki Love.

Le jour de la rentrée au lycée, notre petite Tsubaki, discrète et un peu ringarde, se retrouve à côté de l’arrogant Kyôta. Odieux, le temps tourne vite à l’orage entre les deux adolescents, si fort que Tsubaki finit par taper dans l’œil de Kyôta. La suite ? Elle s’étend sur 15 tomes sans presque aucune longueur ! Évidemment, on se doute de ce qui va ou pourrait se passer, mais soyons honnêtes… on a envie de lire ça par moment !

Nos deux héros, bien que parfois clichés, sont très touchants et m’ont surprise plus d’une fois ! J’ai accroché dès le début à leur histoire, que ce soit quand j’étais adolescente moi-même ou lors de ma relecture aujourd’hui. C’est vraiment une narration qui marche bien ! Les péripéties se suivent et ne se ressemblent pas même si le motif de la jalousie et de la peur de perdre l’être aimé est tout le temps présent ici. Tsubaki est parfois désespérante de naïveté mais elle fait preuve de tellement de bonne volonté qu’on l’adore quand même. Quand à Kyôta… on finit toujours par craquer pour lui.

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J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteure intègre régulièrement des personnages secondaires dont certains vraiment intéressants et retiennent l’attention. Le fait qu’il y ait une sorte de petit épilogue au dernier tome est une très bonne façon de conclure cette saga. Le dessin est assez classique, mais très lisible. J’ai adoré découvrir la vie d’un lycée japonais et suivre le destin d’adolescents qui se posent des questions sur leur avenir, essaie de se projeter…

Je suis un peu décousue. Il est vrai qu’il m’est difficile d’être assez rationnel avec cette série qui a une place particulière dans mon cœur. De plus, c’est la première fois (mais pas la dernière) que j’évoque ici un manga en son entier ; j’espère que cela aura quand même piqué votre curiosité !

Kanan Minami, Tsubaki Love, aux éditions Panini Manga (vendu maintenant en volume double).

Le Grand Galop, de Marie-Noëlle Gagnon

Les beaux jours riment toujours pour moi avec romans francophones, et notamment québécois. Pourquoi ? Parce que je fais partie des lecteurs du comité de lecture français du Prix des Cinq Continents de la Francophonie. C’est donc tout naturellement qu’encore une fois cet été un roman d’outre-atlantique vient nous rendre visite sur le blog. Il s’agit du deuxième livre de Marie-Noëlle Gagnon, Le Grand Galop.

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Notre héroïne nous promène dans sa vie. Sa vie rêvée, sa vie espérée, sa vie réelle, comme une succession de mondes parallèles où l’on pourrait voir différentes versions d’elle-même. Tout se coud autour de Louis, celui qui aurait du être l’homme de sa vie mais qui est parti. Évoquer les souvenirs, convoquer les désirs d’enfants, fouiller dans l’avenir, chercher des réponses, dépiauter les moments forts, le comportement des autres, le sien, ce qu’on aurait du faire, ce qu’on n’aurait pas du faire… Voilà à quoi s’échine notre héroïne. Elle aurait aimé être funambule. Elle aurait aimé avoir une fille qui s’appellerait Anne. La vie en décide parfois autrement.

Etendue sur mon lit, je songe à tous ces rêves qui me soulèvent et qui parfois me laissent ensuite tomber dans le ciel, tomber jusqu’au sol et ça fait mal. Je me demande s’il faudrait que j’apprenne à rêver autrement, que je contrôle mes rêves comme des ballons gonflés à l’hélium dont je tiendrais solidement les ficelles, mais en même temps à quoi ça sert des ballons gonflés à l’hélium si jamais aucun d’eux ne s’échappe ? Ce sont toujours ceux-là les plus jolis, il me semble, ceux qui s’envolent même si on ne voulait pas qu’ils le fassent, même si on sait qu’on les a perdus, qu’ils vont éclater quelque part au loin et que ça fera de la pollution. Ce sont les seuls que l’on contemple longtemps lorsqu’ils montent dans le ciel et s’éloignent doucement.

La construction de ce roman est vraiment très originale. Il y a des scènes successives avec un fil rouge qui se dégage, mais des passages sont repris, retransformés. Différentes façons ou manières dont les choses se sont déroulées. Au bout du compte, une version est retenue (souvent pas la plus réjouissante) et l’histoire continue. On se laisse parfois berner : on croit qu’on tient le bon fil, alors qu’en réalité l’histoire se déroule sur un autre.

On vogue entre passé, présent et avenir, désir, rêve et réalité. Et pourtant, on n’est jamais perdu, on arrive à suivre sans réelle difficulté où notre personnage nous mène. La narration est surprenante et menée avec brio. Toutefois, je me suis assez vite lassée de ce système et plus globalement de l’histoire qui n’est pas vraiment réjouissante. Elle déprime vite et l’abondance des sentiments de l’héroïne commence à nous la rendre insupportable au bout de quelques dizaines de pages – en tout cas, pour ma part. J’ai du faire une pause dans ma lecture pour la finir et j’ai traîné ce livre pendant plusieurs semaines.

En résumé, je dirais que ce n’est pas la trouvaille du siècle, qu’il y a un vrai retravail à faire sur le rythme et le traitement du personnage. Mais le mode de narration et sa maîtrise montrent un réel potentiel. A vous de vous faire votre propre avis à présent !

Marie-Noëlle Gagnon, Le Grand Galop, aux éditions Québec Amérique, 19$95.

Jonathan Weakshield, d’Antoine Sénanque

Une fois n’est pas coutume, un article en retard, mais genre très en retard. Les éditions Grasset m’avaient gentiment envoyé le dernier livre d’Antoine Sénanque, Jonathan Weakshield. Mais ce n’est que plusieurs semaines après que je l’ai lu et que je le chronique…

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Cette histoire nous replonge dans le Londres d’un siècle passé. Celui d’Oscar Wilde et de Jack l’Eventreur. Jonathan Weakshield est un grand nom du banditisme, presque une légende. Aux côtés du Viking, il a fait la loi sur tous les gangs de la ville vers les années 1885. Puis il a disparu, envolé.

Quand plus de dix ans plus tard, ses empreintes réapparaissent sur une enveloppe destinée à une femme, les recherches commencent. Agents de Scotland Yard, journalistes… Tous veulent savoir. Mais pour cela, il faut remonter dans les souvenirs, dans le passé : la guerre des gangs pour le pouvoir sur Londres, le quartier du Seven Dials, mais aussi les femmes, les lieutenants. Faire reparler les morts et ceux qu’on croyait disparus.

Dit comme ça, on s’attend à une belle enquête, et c’est peut-être ça. Mais je suis passée complètement à côté de cette lecture. Je n’ai pas du tout accroché, même si je sentais qu’au fond il y avait un sacré potentiel dans les personnages. Mais je ne me suis pas du tout sentie impliquée dans ce roman, je confondais sans cesse les personnages secondaires ce qui m’a vraiment embrouillée. J’ai été perdue pendant toute ma lecture assez distante. Je n’étais sûrement pas assez attentive… Toutefois, j’ai apprécié revenir dans ce Londres fin XIXème, un décor que j’aime beaucoup.

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L’écriture d’Antoine Sénanque est très agréable, la narration est loin d’être inintéressante, c’est plutôt l’intrigue globale, sa construction qui m’ont posé un réel souci. Entre les souvenirs, les témoignages, la narration du présent, les flash-backs… je ne m’en sortais pas ! Sans compter sur cette fresque de personnages dont il aurait fallu faire une liste en début ou fin de roman….

Je vais avoir beaucoup de mal à en dire plus, car je ne sais pas quoi penser de ce roman. Il y a quelque chose à creuser, un bon fond.

Et vous, l’avez-vous lu ? Dites-moi tout !

Antoine Sénanque, Jonathan Weakshield, aux éditions Grasset, 20€