Raison et Sentiments, de Jane Austen (lecture commune d’août 2017)

9782264023810Au début du mois, je me disais « Pfff, la lecture commune d‘août, ça me tente pas… » En effet, au premier abord, lire un bouquin anglais d’une autre époque, ça ne m’emballait pas vraiment. Et puis je me suis souvenue que j’avais littéralement adoré mes autres lectures de Jane Austen. Et la magie est réapparue, je me suis plongée corps et âme dans Raison et Sentiments et quel bonheur !

Le roman débute par la mort de M. Dashwood. Il laisse sa femme et ses trois filles aux bons soins de son fils, issu d’un précédent mariage. C’est sans compter sur la femme de l’aîné, qui ne veut pas voir sa maison et sa fortune dans les mains des sœurs une seule seconde de plus. Elles s’installent alors dans un modeste cottage en pleine campagne anglaise. Elinor, la plus grande, est la raison : elle sait mettre ses émotions de côté et jauger les situations avec beaucoup de tact et de neutralité. Elle fait la part des choses et ne désire que le bonheur de sa famille. Sa petite sœur Marianne ressemble plus à sa mère : elle vit ses sentiments profondément, sincèrement et sans faux-semblants, quitte à paraître un peu brusque ou audacieuse en société. Elle joue du piano et chante, se passionne pour mille choses, aime immodérément. Les deux sœurs pensent toutes deux à se marier prochainement. Mais avec qui ? L’emménagement dans le cottage leur permettra de faire la connaissance d’une nouvelle société propice aux rencontres. Le colonel Brandon, loyal mais peu chaleureux, le séduisant Willoughby, les deux pétillantes sœurs Steele, la bavarde Mrs Jennings, etc. Mais c’est aussi l’occasion, étrangement, de recroiser des membres de la famille : Edward, le frère de la nouvelle Mrs Dashwood, et même le grand-frère et la mère de celui-ci.

298065

Les sentiments se déploient, se devinent, se cachent, se rompent et on se prend d’une affection débordante pour les deux sœurs qui, bien qu’elle soient foncièrement différentes, sont toutes deux profondément gentilles et généreuses. Les romances Harlequins n’ont qu’à bien se tenir ! Jane Austen arrive à nous passionner par de simples histoires de cœur, rendez-vous compte ! On vibre tellement fort aux côtés d’Elinor et de Marianne. On suit avec ferveur le moindre échange, le moindre geste.

raison-sentiments-sense-and-sensibility-ang-l-l-f2_ont

Il faut dire que c’est un roman d’époque : l’étiquette est de rigueur, le mariage sert à entretenir son image et à s’enrichir. L’amour peut y avoir sa place, mais la froide raison également. Des projets imminents ne se réalisent plus car la réputation ou l’épargne ne suit pas. C’est le couperet de la société, une épée de Damoclès au-dessus de chaque couple. Jane Austen a su retranscrire les manières de faire, de vivre d’une société passionnante, c’est aussi cela qui explique son succès. L’écriture est soignée mais à la portée de n’importe quel lecteur. Elle change de ce qu’on peut lire aujourd’hui bien sûr, mais une petite dizaine de pages et on s’y fait très très vite, d’autant plus que les traductions françaises sont très bien. On peut reprocher à l’auteur quelques raccourcis narratifs, mais cela nous permet d’avancer plus vite dans l’action, vers ce que l’on veut absolument savoir donc on lui pardonne aisément.

Lire Jane Austen, c’est vraiment plonger dans un autre monde et vivre aux côtés de personnalités incroyables. Raison et Sentiments n’est peut-être pas à mes yeux ma meilleure lecture de l’auteure mais il reste indéniablement un chef-d’œuvre que je vous invite à découvrir !

Et pour aller plus loin, je vous conseille l’article de Virginy sur Persuasion de Jane Austen.

image1

Jane Austen, Raison et Sentiments, traduction par Jean Privat, aux éditions 10/18, 6€60.

Publicités

Phobos (tome 1) de Victor Dixen (lecture commune de juin 2017)

Il y a un an et demie, je découvrais pour la première fois Livre Paris, et j’en avais alors profité pour m’acheter et me faire dédicacer plusieurs romans, dont plusieurs sagas. Dont le très fameux Phobos de Victor Dixen. Et oui, encore une fois, je lis après tout le monde. Et pour ne pas le zapper une année de plus, j’ai trouvé un moyen imparable : le faire figurer parmi les lectures communes de l’année 2017.

cvt_phobos-tome-1-les-ephemeres_9597

J’ai donc pu plonger dans cette histoire incroyable : six jeunes filles, six jeunes hommes, sans plus aucunes attaches sur cette Terre, se sont portés volontaire pour une aventure unique – et définitive : coloniser Mars. Durant tout le trajet de plusieurs semaines qui va les mener jusqu’à leur futur lieu de vie, plusieurs speed-datings sont organisés pour, à terme, créer des couples. Car ce que vous ne savez pas encore, c’est que, malgré une année entière d’entraînement, filles et garçons ne se sont jamais mélangés, ne se sont jamais rencontrés. Pourquoi une telle mise en scène ? Car plus que de l’exploration scientifique, il s’agit là d’une télé-réalité. Une télé-réalité hors du commun qui mobilise les foules sur la Terre entière depuis qu’une société privée à racheter la NASA : on le nomme le programme Genesis.

Dans ce climat un peu fou, nous retrouvons Léonor, une des six jeunes filles embarquées pour la planète rouge. Léonor est à la fois excitée et apeurée par cette aventure, elle ne comprend peut-être pas aussi bien que les autres l’enjeu médiatique de tout ça : elle aimerait rester elle-même, rester sincère. Mais entre les messes basses de chacune, le pression constante, le côté malsain du jeu, le pouvoir sans limite de ceux qui tirent les ficelles et le lourd secret qu’elle porte, le trajet risque de comporter quelques surprises.

Tout d’abord : est-ce que j’ai aimé ? J’ai envie de répondre un grand oui et un grand non à la fois.

Un grand oui pour l’intrigue absolument passionnante et innovante. On se prend complètement au jeu de la télé-réalité, du voyeurisme, c’en est même un peu effrayant. On jubile d’être du côté des coulisses car ça nous permet d’en savoir plus, de suivre chaque speed-dating. Évidemment, la notion de rencontres amoureuses, c’est une des choses que je recherchais dans ce roman, et je n’ai pas été déçue : la place qui est donnée à cette facette de l’intrigue est pile ce qu’il fallait. Cela rythme le reste de l’action, comme un rendez-vous qu’on attend de pied ferme, comme des retournements de situation dont on a la jouissance de savoir qu’ils vont arriver sans vraiment savoir de quoi ils seront faits. J’ai adoré les personnages, même s’ils manquaient presque tous de finesse : la plupart sont assez caricaturaux, mais je ne m’attendais pas à vraiment plus pour une saga jeunesse. Disons que ça parlera très bien au public visé. Les sous-intrigues de secrets, d’actions, de complots sont assez bien ficelées. Des liens se créent au fil des pages et on découvre au fur et à mesure l’ampleur des choses : autant dire à présent que j’ai hâte de voir la suite, surtout la façon dont les personnages en direction de Mars vont tenter de régler tous ces problèmes qu’ils n’ont pas mérités.

mars_op-ed_200144771-001-600x338-e1485388333690

Un grand non parce que c’est écrit avec des pattes d’éléphants. Sincèrement. Je veux bien croire que c’est un roman pour les ados et jeunes adultes, mais pas pour des imbéciles. Il n’est pas nécessaire de taper du poing sur la table pour nous énoncer très clairement les éléments de l’intrigue. Un peu d’éclaircissement de temps en temps je veux bien, surtout quand l’histoire est résolument nouvelle et avant-gardiste, mais faire dire à ses personnages lors d’un dialogue tous les ressorts machiavéliques derrière un mystère, ça gâche tout. En fait, très peu d’explications semblent naturelles dans ce roman. Seuls les moments de prime-time à la télévision semblent réalistes, pour le reste, on sent bien la main de l’auteur qui veut nous forer le crâne pour y déverser des explications sans même anesthésier ça sous une couche de narration habile. Ça m’a réellement gâcher ma lecture de savoir qu’un auteur ne se démenait pas pour faire mieux, de savoir qu’un éditeur avait accepté de laisser passer ça sans faire retravailler plus. Voilà, coup de gueule fini. J’espère bien que les choses s’arrangent dans les tomes suivants.

Oui, car malgré ce point qui m’a extrêmement déçue, je me suis attachée à cette saga, à cette histoire à laquelle j’adhère à 2000 % et j’ai très hâte de découvrir la suite. Et vous ? Qu’en avez-vous pensé ?

A voir également : les avis de Virginy et d’Erika.

Victor Dixen, Phobos, tome 1, aux éditions Robert Laffont, 17€90

Notre-Dame de Paris, de Victor Hugo (lecture commune de janvier 2017)

515grkugwzl-_sx298_bo1204203200_Le mois de janvier est terminé et avec lui la première lecture commune de l’année. Ou presque ! Je commence fort l’année en effet avec un abandon de lecture. Et quel abandon ! Puisque c’est un roman phare de mon auteur chouchou que j’ai laissé sur le bord de la route : Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, un roman historique qu’on ne présente plus (et qui est quand même moins meugnon que le dessin animé de Disney).

Qu’est-ce que j’aime cet auteur ! J’apprécie autant l’écrivain (surtout le poète) que l’homme. Il a eu une vie tout à fait passionnante et a écrit des kilomètres. J’ai quand même lu pas mal de ses œuvres et je savais dans quoi je m’aventurais. Je me suis enquillé tous Les Misérables et pas en version abrégée, je connaissais donc le bonhomme et sa propension à digresser. Je croyais que j’aurais les épaules pour affronter la lecture commune du mois. Que nenni !

Il faut dire que j’étais sacrément occupée en janvier, et tracassée également. Les excuses pour ne pas lire étaient trop faciles à trouver. Je sortais de la lecture d’un gros pavé passionnant (dont je vous parlerai dans quelques jours) et je crois que j’étais à bout de souffle. Ré-enchainer sur un autre gros livre était une mauvaise idée.

Pour tout vous dire, je crains vraiment la panne de lecture. Donc au lieu de m’échiner à avancer dans ce roman, je préfère en abandonner la lecture. Je la reprendrais peut-être un jour ou – mieux – je lirai la version abrégée de Notre-Dame de Paris. Ma prochaine lecture de Hugo sera plus courte, sûrement des poèmes. Et ma prochaine lecture tout court sera contemporaine, rapide, agréable, histoire de me redonner envie et de ne pas retomber dans une panne de lecture de plusieurs mois comme j’ai pu connaître en 2016.

le_bossu_de_notre_dame

Cela me peine d’autant plus d’à peine frôler les cent pages et pas plus que je n’ai rien contre cette histoire. C’est vrai que je connais déjà la fin et qu’historiquement ce n’est pas ma période préférée (Paris au Moyen Âge), mais les personnages me plaisaient, je commençais à bien me refaire au rythme de narration hugolien et je reprenais mes petites habitudes de sauter les digressions sans intérêt pour le récit. Hugo a énormément de talent pour retranscrire ce Paris que ni lui ni nous n’avons connu. Les personnages principaux sont présentés par le biais de Gringoire, un auteur sans le sou, et cette façon de les rencontrer est à la fois originale et efficace. J’aime Esmeralda, j’aime Phoebus, j’aime le narrateur. Les feux étaient dans le vert, mais je crois que j’étais découragé d’avance face à la longueur – langueur ? – de l’histoire. Il faut dire que Hugo aime prendre son temps et bien faire le boulot, c’est un perfectionniste.

Alors au lieu de me bloquer, j’arrête là les frais. Je suis déçue : mes abandons de lecture sont rarissimes et il faut que ça tombe sur la première lecture commune de l’année ! Mais qu’importe, je vais arrêter de culpabiliser pour me remettre tout de suite dans le bain. Après tout, la lecture de février est déjà lancée !

De son côté, Virginy du blog Des livres, des fils et un peu de farine voit plutôt ce roman comme un incontournable avec en fond un thème ici assez sombre : l’amour et l’impossibilité de le vivre. N’hésitez pas à aller voir son avis !

Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, aux éditions Pocket, 4€70.

cathc3a9drale-notre-dame-de-paris-fac3a7ace-7c-630x405-7c-c2a9-fotolia-miff32

Le Journal de Bridget Jones, d’Helen Fielding

Je me souviens avoir vu il y a fort longtemps Le Journal de Bridget Jones (le film). J’avais alors pensé à l’époque : « C’est certain, ce n’est pas le petit bijou de cinéma d’auteur mais qu’est-ce que ça fait du bien ! ». En repassant devant le cinéma, je me rends compte que Bridget ne s’en sort toujours pas de ses déboires amoureux, mais qu’elle avance tout de même puisqu’elle va avoir un bébé ! M’est alors revenu en mémoire la promesse que je m’étais faite après le visionnage du premier film : lire le livre à l’origine de tout ça. Plus d’excuses pour reculer, la bibliothèque me l’a offert sur un plateau d’argent puisque je suis tombée dessus sans trop d’effort. Aujourd’hui, nous allons donc parler du fameux roman d’Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones.

bridget

En effet, il s’agit bien là d’un journal intime où Bridget note son poids, les calories prises dans la journée, les cigarettes, les unités d’alcool, ses déboires au boulot, les aventures de ses amies, les discussions avec ses parents mais aussi et surtout les hommes. Enfin, tout d’abord, surtout un : son patron. Alors oui, c’est niais par moment, carrément. Oui, il y a des choses à revoir (faire un régime alors qu’on pèse 57 kg. CINQUANTE-SEPT. J’ai cru que j’allais finir par taper l’héroïne à travers les pages face à cette lubie quotidienne.) Mais on a beau dire… Je trouve décidément cette héroïne attachante. Elle vit des choses qu’on a tous vécu : la solitude, la jalousie et l’obsession amoureuse bizarre et irrépressible, la honte face aux parents et aux amis de ses parents. Mais aussi des choses plus sérieuses : la remise en question professionnelle, la peur de finir seule à un âge où tout le monde autour de soi se marie et a des enfants. Rien de lourd, le roman reste agréable et n’est jamais plombé par ce genre de sujets, toutefois ils apportent plus de profondeur au récit.

Bridget Jones Diary 2 The Edge of Reason

Ce n’est pas juste l’histoire d’une nana qui boit un peu trop facilement et met des jupes pour exciter son boss. C’est aussi et surtout l’histoire d’une femme qui veut assumer son corps pour plaire quand bien même elle se trouve des bourrelets disgracieux. C’est cette amie qui se plie en quatre pour recevoir ses potes avec un repas de roi alors qu’elle ne sait pas cuisiner. C’est cette fille qui répond à son père au téléphone en pleine nuit parce que sa mère a décidé de « vivre sa vie ».

Côté écriture, ça se lit bien et vite. Je regrette les répétitions quasi-obligatoires du nombre de cigarettes, etc. qui plombent chaque journée. J’ai parfois eu du mal également avec le style parfois trop télégraphique – même si je comprends son utilisation. Et de façon très personnelle, je me suis un petit peu perdue dans les personnages, faute d’attention, mais cela n’enlève pas grand-chose à la compréhension du récit. Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, ce n’est pas de la très grande littérature non plus, ce n’est pas une histoire comique, encore moins tragique. Disons que c’est un petit mélange de tout cela. Je ne regrette pas du tout ma lecture, mais je ne m’en serais pas beaucoup voulu non plus d’avoir fait l’impasse dessus. Je ressors de ce Journal avec le sourire et je vais courir voir le dernier film au cinéma. Et vous ?

journal-de-bridget-jones-10-g

Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones, traduit de l’anglais par Arlette Stroumza, aux éditions J’ai lu, 6€90.

Gatsby, de Francis Scott Fitzgerald

Je suis très très fière de vous annoncer que j’ai épongé tout mon retard dans les lectures communes ! Ouf ! De plus, ma panne de lecture est bien derrière moi puisque je dévore à nouveau des pages et des pages avec entrain chaque jour. Ça fait du bien, je peux vous dire ! J’espère réussir à écrire quelques chroniques d’avance pendant les vacances, histoire d’être un peu pus tranquille au mois de novembre (NaNoWriMo oblige).

9782266217255Mais bref, arrêtons-là avec cette intro bien trop longue. On se retrouve aujourd’hui pour parler de Gatsby de Francis Scott Fitzgerald, que j’ai lu dans la nouvelle traduction de Jean-François Merle.

J’attendais beaucoup de cette lecture qui m’attendait de pied ferme depuis des mois. Je ne savais pas vraiment dans quoi je me lançais et j’ai été très surprise par cette lecture.

Nous sommes au début des années 1920. Notre narrateur est le voisin d’un personnage mystérieux qui habite une villa luxueuse et organise sans cesse des fêtes extravagantes. Mais qui est ce Gatsby si insaisissable ? Au fil des pages, il se découvre et, derrière le vernis de suppositions, on découvre un homme parfois inquiétant, désœuvré, désespéré. Amoureux.

Ah l’amour, ses faux-semblants, ses convenances et surtout ses mensonges. C’est le cœur même du livre. Juste devant l’orgueil et le sentiment d’irréalité de ces années d’alcool et de sourires calculés, de passades et d’argent.

impression-gatsby-le-magnifique

C’est une bien étrange expérience que de lire Gatsby. Déjà l’écriture en soi. Très au fil de la plume, très vivante, directe. Elle ne s’attarde pas, passe d’un sujet à l’autre dans l’urgence de la situation. Elle est l’exact reflet de cette société qu’elle veut dépeindre, de ces personnages qu’elle façonne. J’ai été assez désarçonnée par ce style, mais je m’y suis adaptée sans grand mal. En fait, j’ai surtout eu du mal à comprendre et à m’attacher aux personnages. On reste assez distants d’eux, même si au final on les voit sous leur vrai jour. Le lecteur fait tout autant partie du faste et l’illusion de cette époque que Gatsby et les autres. Il y a de plus un vrai parfum de désillusion qui flotte dans l’air. Ce roman n’est pas déprimant, mais pas joyeux non plus. On y trouve une sorte de fatalité face au temps qui passe, aux sentiments qui changent ou au contraire restent tel quel à prendre la poussière.

J’ai parfois eu du mal à suivre l’action, à m’accrocher aux dialogues, mais il faut avouer que je me suis laissée porter sans chercher à tout décortiquer, et finalement l’action se passe sous nos yeux de spectateurs, ébahis, circonspects ou surpris.

515e61e2c2337_gatsby5

Je suis contente d’avoir découvert ce roman si mythique. J’ai enfin rencontré Gatsby et j’ai presque touché du doigt qui il était. Il est certain que je découvrirai les autres livres de l’auteur car celui-ci m’a vraiment intriguée.

Francis Scott Fitzgerald, Gatsby, nouvelle traduction de l’anglais par Jean-François Merle, aux éditions Pocket, 2€90.

Nord Alice, de Marc Séguin

4 mars.

Certains jours, je l’aurais embrassée des heures et des heures, et d’autres j’aurais aimé la voir disparaître. Je ne suis plus certain qu’on avait besoin l’un de l’autre dans nos vies. Un moment elle devenait essentielle, et le suivant je l’aurais fuie. J’ai souvent le sentiment que les relations d’autrefois étaient plus faciles. Sans complexes. Comme si d’aimer en noir et blanc engageait moins de conflits qu’à l’ère atomique. Sans véritable habileté, j’ai toujours débordé avec des mots simples et des désirs. Nommés en vrac. Désorganisés mais sincères, tel qu’elle le souhaitait. Je ne serai jamais une histoire d’amour comme celle qu’on lit ou qui traverse le temps, racontée et embellie par la distance. Peut-être est-ce donné au hasard à quelques hommes seulement. Comme les rations d’eau pendant la sécheresse. En faire usage utile, ou tout caler d’un coup ?

Le passé ne me paraît pas rassurant. Au final, il m’inquiète plus qu’il n’explique.

nord-alice-513x800

Nord Alice est un roman québécois de Marc Séguin. Notre héros a quitté son monde, pour se réfugier à Kujjuaq, terre gelée et loin de tout. Médecin, il soigne comme il peut, mais dans ce coin reculé du monde, on ne peut pas refermer toute les cicatrices. Il a cru trouver ici des réponses à son obsession, à sa relation : Alice. Il essaie de penser à autre chose, regarde des femmes sans nom se dévêtir sur internet. Il décortique son passé, celui de ses ancêtres. Peut-être y a-t-il des réponses dans la vie de son père, de son grand-père, de son arrière grand-père ?

Ce roman nous fait voyager sur un continent que j’aimerais tant découvrir. On s’attache très vite à ce personnage, on le suit avec plaisir dans ses parties de pêche où il s’allonge directement sur la glace, où il dévore la chair crue et grasse du poisson tout juste sorti de l’eau. On s’interroge aussi devant ce peuple qui souffre, inuits ou descendants d’inuits : violence, alcool, secret, dépression.

J’ai beaucoup aimé ce découpage entre la vie de notre héros, ses souvenirs et la vie de ses ancêtres. C’est original, cela évite une certaine lassitude et surtout ça met en résonance ces histoires qui se répondent. La construction de ce roman est très judicieuse.

Kuujjuaq

Il y a des péripéties, de l’action, mais globalement l’intrigue tourne plus autour des sentiments du héros et de son acclimatation dans le Nord. Pas de ton mielleux ici, mais on peut trouver parfois que les personnages se torturent trop…. J’ai toutefois aimé cette lecture, j’en garderai un excellent souvenir. Les romans québécois sont vraiment dépaysants, je ne peux que vous encourager à tester !

Marc Séguin, Nord Alice, aux éditions Léméac, 26$95.

Tsubaki Love

Avec la reprise du travail sur les chapeaux de roues, les séances à la salle de sport et la sauvegarde de ma vie sociale (que je ne veux surtout pas sacrifier), il m’est difficile ces dernières semaines de trouver vraiment du temps pour remplir ce blog, m’occuper des lectures communes (pardon!) et plus largement de lire. Je vais m’arrêter de m’excuser pour cela, après tout, c’est mon rythme du moment, je ne vais pas me forcer au point de m’en dégoûter. Je regrette juste que cela impacte les lectures communes 2016 que j’ai moi-même initiées. J’espère rattraper le coup d’ici la fin du mois au moins pour ce projet-là.

J’ai donc quelques difficultés à lire beaucoup. La lecture commune d’août (Jules Verne) me pèse encore, je ne l’ai toujours pas finie ! Alors pour changer et éviter la lassitude, je me tourne vers d’autres types de littératures comme la poésie ou… le manga. Je n’en lis pas des dizaines tout simplement car j’adore posséder les mangas que je lis et que ça revient vite cher. Je suis assez difficile même si j’ai mes chouchous : ça va de Chi à Vampire Knight en passant par Bakuman ou Judge. Mais aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler d’une série que j’ai commencé adolescente. Ça parle amour, sentiment, première fois, trahison… un shôjô (« manga pour filles ») comme on les aime ! J’ai nommé Tsubaki Love de Kanan Minami !

tsubaki-love-1-panini

Oulah oui, le gros mot est dit : ça parle d’amour. Et même d’amour adolescent à l’eau de rose. Rien que ça. Ben oui, on peut avoir lu et aimé Les Misérables, on peut adorer Verlaine ou bien même Aristophane et quand même apprécier de se détendre avec une bonne série d’amour, au trait sucré, aux dialogues vibrants et parfois larmoyants. Et même qu’il y a des livres très bons dans ce domaine qui ne méritent pas tant d’hypocrisie de la part de certains. Parce qu’écrire une bonne romance, c’est dur. Créer un bon manga, c’est tout aussi dur. Alors réunir les deux en un, ça tient du génie.

Et c’est ce qui se passe dans Tsubaki Love.

Le jour de la rentrée au lycée, notre petite Tsubaki, discrète et un peu ringarde, se retrouve à côté de l’arrogant Kyôta. Odieux, le temps tourne vite à l’orage entre les deux adolescents, si fort que Tsubaki finit par taper dans l’œil de Kyôta. La suite ? Elle s’étend sur 15 tomes sans presque aucune longueur ! Évidemment, on se doute de ce qui va ou pourrait se passer, mais soyons honnêtes… on a envie de lire ça par moment !

Nos deux héros, bien que parfois clichés, sont très touchants et m’ont surprise plus d’une fois ! J’ai accroché dès le début à leur histoire, que ce soit quand j’étais adolescente moi-même ou lors de ma relecture aujourd’hui. C’est vraiment une narration qui marche bien ! Les péripéties se suivent et ne se ressemblent pas même si le motif de la jalousie et de la peur de perdre l’être aimé est tout le temps présent ici. Tsubaki est parfois désespérante de naïveté mais elle fait preuve de tellement de bonne volonté qu’on l’adore quand même. Quand à Kyôta… on finit toujours par craquer pour lui.

tsubaki-love-tome-10-386758

J’ai beaucoup apprécié le fait que l’auteure intègre régulièrement des personnages secondaires dont certains vraiment intéressants et retiennent l’attention. Le fait qu’il y ait une sorte de petit épilogue au dernier tome est une très bonne façon de conclure cette saga. Le dessin est assez classique, mais très lisible. J’ai adoré découvrir la vie d’un lycée japonais et suivre le destin d’adolescents qui se posent des questions sur leur avenir, essaie de se projeter…

Je suis un peu décousue. Il est vrai qu’il m’est difficile d’être assez rationnel avec cette série qui a une place particulière dans mon cœur. De plus, c’est la première fois (mais pas la dernière) que j’évoque ici un manga en son entier ; j’espère que cela aura quand même piqué votre curiosité !

Kanan Minami, Tsubaki Love, aux éditions Panini Manga (vendu maintenant en volume double).