Les Outrepasseurs (T. 3) : Le Libérateur, de Cindy Van Wilder

Voilà. C’est officiel. J’ai fini la saga des Outrepasseurs de Cindy Van Wilder (enfin… « fini », c’est vite dit, disons qu’il y a un quatrième tome illégitime qui m’attend dans ma PAL) avec le tome 3 intitulé Le Libérateur. Quelle aventure mes amis !

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Dans le premier tome, nous avons découvert, en même temps que notre jeune héros Peter, les origines des Outrepasseurs, cette société secrète, dont chaque « famille » a un animal totem et qui protège l’humanité des fés. C’était sans compter sur un retournement de situation dans le deuxième tome : branle-bas de combat pour les Outrepasseurs qui se doivent de protéger la magie du monde contre une terrible menace. Mais Peter, lui, commence à se poser des questions : est-il à la bonne place ici ? A-t-il raison de faire ça ? Dans ce troisième tome, il y a une vraie fracture (entre qui et qui, à vous de le découvrir). Des clans se forment alors qu’un terrifiant hiver engloutit peu à peu l’Angleterre. La clé se cache peut-être dans le passé, dans les anciennes reliques, dans les vieux souterrains abandonnés…

J’ai mis un peu de temps à retomber sur mes pieds… En même temps, si j’arrêtais de distancer autant mes lectures, ça irait sûrement mieux. Mais pas seulement. En effet, encore une fois, un des plus gros reproches (autant dire que c’est une broutille!) que j’ai à faire à ce tome est cette myriade de personnages. Ou de personnalités. Car très sincèrement on se perd parmi les personnages secondaires – alors, imaginez-moi, essayant en plus de retrouver ce qu’ils avaient pu faire ou devenir dans le tome précédent ! Heureusement, les personnages principaux sont très attachants.

6925423f02ec3d56b40be32523de556c-london-england-winter-winter-in-londonIl y a dans ce roman plusieurs intrigues plus ou moins d’égale importance qui s’entrecroisent et se mêlent, le rythme et la tension montant crescendo au fil des pages. Certains fils rouges m’ont moins subjuguée que d’autres mais je pense que cela est après tout très personnel. La force de Cindy Van Wilder est d’avoir réussi à tenir pendant ces trois tomes une histoire très dense aux multiples ramifications, avec sans cesses des connexions au passé qui enrichissent encore plus les intrigues au temps de Peter. Faire que tout se cale parfaitement pour arriver à une fin qui fonctionne bien, qui ne laisse aucune question sans réponse… chapeau !

En plus de l’écriture vive et immersive de l’auteure, cette narration va vous laisser pantois. Je suis vraiment admirative de cet univers complet, novateur, qui se glisse parfaitement dans le monde que nous connaissons et qui nous emmène en même temps sur des chemins magiques très dépaysants. Avoir une imagination débordante et la rigueur/le talent d’écriture pour la rendre au mieux, c’est assez rare.

Je suis très heureuse d’avoir découvert cette saga, écrite par une auteure absolument fantastique et disponible pour ses lecteurs. En plus de l’histoire qui est incroyable et passionnante, l’édition est très soignée. Bref, un vrai bonheur de lecture !

Cindy Van Wilder, Les Outrepasseurs (T. 3) : Le Libérateur, aux éditions Gulf Stream, 18€.

Orgueil et Préjugés, de Jane Austen

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Les lectures communes 2016 continuent ! Et ce mois-ci, j’ai lu avec L’Aléthiomètre un fameux classique anglais : Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Je l’avais lu au lycée, et je me faisais une joie de retrouver Darcy et Lizzie. Et ce n’est une surprise pour personne : ce roman est tellement génial que je n’ai pu qu’aimer ma lecture.

Si vous ne savez pas de quoi cela parle, suivez le guide. Elizabeth Bennet est la deuxième fille d’une famille de cinq enfants. Sa mère n’a qu’un désir, voir toutes ses filles mariées. Alors quand un gentleman de Londres s’installe dans la demeure voisine, c’est l’effervescence. M. Bingley fait de l’effet à tout le monde : il est agréable, bel homme, chaleureux. On ne dit par contre pas du tout la même chose de son ami Darcy : trop hautain, trop silencieux, vraiment antipathique. Très vite, Elizabeth se détourne des deux hommes : le premier est plutôt intéressé par sa grande sœur, et le second n’est vraiment pas un choix agréable selon elle. Elle s’amourache alors d’un officier de la ville voisine : en effet, une garnison y est stationnée. À l’occasion d’un bal, elle fait donc la connaissance du jeune Wickham qui lui donne la meilleure des impressions. Mais dans un monde de convention et de ragots, il ne faut pas toujours se fier à ses premières impressions, surtout quand l’attirance et l’amour entrent en jeu.

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Premières impressions, c’était d’ailleurs le premier titre choisi par l’auteure pour son roman. Mais on ne peut pas dire qu’Orgueil et Préjugés soit faux : Darcy a trop d’orgueil, Elizabeth trop de préjugés. Et cela, on s’en rend compte de plus en plus au fur et à mesure de notre lecture. J’ai adoré découvrir les personnages au fil des pages : les secrets ne sont plus secrets, les manigances sont mises au jour et les personnalités se dévoilent. Il est vrai que l’histoire, sans être banale, n’est pas très étonnante. Mais je vous prierai de ne pas résumer ce livre à une romance, il est beaucoup mieux que ça. C’est une histoire intelligente, rusée. Bref, c’est un classique anglais.

orgueil-et-prejuges-83375Quand je pense que Jane Austen a écrit ce roman alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années, je suis stupéfaite. Son écriture est virtuose, elle se lit encore aujourd’hui avec facilité et surtout un plaisir jouissif. En effet, l’humour et l’ironie sont légions dans ces pages et lire les chassés-croisés de lettres ou les dialogues est tout simplement addictif. Concernant l’intrigue, elle avance à un bon rythme : on ne s’ennuie pas, de nouveaux éléments viennent régulièrement remettre l’action sur le tapis. Cela s’accompagne d’une évolution des personnages très intéressante et surtout très juste. En effet, l’auteure a beaucoup travaillé ses personnages, leur profondeur psychologique et leurs relations. C’est normal, me direz-vous, puisque ce roman repose sur eux. Mais tout de même ! Pondre une Elizabeth Bennet, il faut le faire. C’est une jeune femme intelligente, intéressante, forte. Elle se conforme aux mœurs de son temps mais garde tout de même une forme d’indépendance qu’on admire : son répondant, ses traits d’esprits… Ah, je l’adore !

pride-and-prejudice-2Ce roman est une œuvre à lire, et c’est une porte d’entrée vraiment idéale pour découvrir les classiques anglo-saxons. Il est captivant, éblouissant, poignant, drôle et la plume de Jane Austen est d’une justesse absolument brillante. Un gros coup de cœur pour cette histoire que je redécouvre et je vous invite grandement à vous plonger dans cette lecture.

Jane Austen, Orgueil et Préjugés, traduction de l’anglais par Pierre Goubert, aux éditions folio classique, 9€20.

American rigolos, de Bill Bryson

Désolée pour mon absence ces derniers jours, ma vie a été bien remplie. J’ai commencé mon stage à l’association du Prix du Jeune Écrivain, et ça occupe bien mes semaines. Sans compter sur le boulot à la médiathèque où je ne peux m’empêcher d’emprunter des dizaines de livres, si bien que ma PAL personnelle refuse de baisser.

Je pense qu’il faudra un jour ou l’autre que j’arrête les challenges, car j’ai bien du mal à m’y tenir. De plus, une petite mise à jour des différentes pages du blog s’impose, j’attaquerai tout ça la semaine prochaine normalement. Ah, et il faut que je rattrape mon retard en voyant un peu ce qu’ont publié tous mes camarades blogueurs ces derniers temps ! Bref, passons à la chronique du jour…

Ah, les États-Unis… Une contrée lointaine et profondément différentes. J’ai voulu en savoir un peu plus sur cette population si… à part. Et pour ça, j’ai choisi les articles de Bill Bryson, rassemblés dans un livre : American rigolos, chroniques d’un grand pays. Ce journaliste américain a vécu pendant vingt ans en Angleterre avant de retourner dans sa contrée natale. C’est de là-bas qu’il a écrit ces articles hebdomadaires, publiés dans un journal britannique. Un Américain qui parle d’Amérique à des Anglo-saxons, avec beaucoup d’humour ou de distance.

 

Tous les sujets sont abordés. Parfois, rien de précis, parfois rien de très états-uniens. Ce sont surtout des discussions, des constatations, des opinions qui partent d’un entre-filet, d’une étude parue dans un magazine ou un quotidien. Au programme, on parle grande consommation, confort à l’excès, règles, et tout plein d’autres petites choses qui peuvent passer inaperçue mais qui conditionnent le mode de pensée américain, la conscience américaine, les réflexes américains. C’est assez effarant, mais en même temps, on se doutait de beaucoup de choses (l’insipidité de la nourriture de ce pays qui a inventé le fromage en aérosol, les méthodes de pubs à la limite du harcèlement, etc, etc.). Malgré tout, c’est très intéressant d’avoir l’éclairage d’un Américain ayant pu voir ce qui se fait ailleurs (c’est-à-dire en Angleterre).

Bill Bryson ne manque pas d’auto-dérision par rapport à son propre peuple. Il s’en démarque, n’ayant pas gardé les mêmes habitudes qu’eux, et préférant marcher à prendre la voiture pour juste une centaine de mètres…. Toutefois, même si ses critiques sont plutôt acerbes, il est heureux de certains aspects de la vie américaine et doit admettre que tout n’est pas si gris, au vu de l’enthousiasme de sa femme face à ce Nouveau Monde.

Les articles sont courts et se lisent vite. Ils peuvent être pris dans le désordre, mais lus chronologiquement, c’est tout aussi agréable, il y a des rappels, des clins d’œil à des choses précédemment dites. Toutefois, il faut noter que ce livre commence à avoir de l’âge et que certaines données ne sont plus d’actualité. Mais cela n’enlève rien aux charmes de ce recueil qui se dévore très vite et sans efforts.

Bill Bryson, American rigolos, chroniques d’un grand pays, traduit de l’anglais (États-Unis) par Christiane et David Ellis, Petite bilbiothèque Payot (467), 9€.

Chassés-croisés, de Molly Keane

J’ai d’abord été attirée par le couverture de ce roman, une peinture réalisée par Meredith Frampton, puis la quatrième de couverture me promettait une combat sourd et une tension extrême entre deux femmes que tout oppose : je me suis donc empressée de glisser ce livre dans ma PAL. Il s’agit de Chassés-croisés de Molly Keane.

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Les deux femmes en question s’appellent Jane et Jessica. La première est blonde, plantureuse, naïve, chouineuse, et a connu quelques aventures peu recommandables dans le passé. Elle adore les cocktails et ne s’exprime que par quelques adjectifs : « Horrible ! », « Fantastique ! ». La seconde est brune, pas très subtile, mais surtout, elle est férocement possessive envers Jane, elle connaît son histoire et s’en sert comme une arme diabolique pour la retenir avec elle. Violente, elle considère son amie comme sa propriété, et ne la laisse pas libre de ses mouvements.

Par hasard, elles se retrouvent en Irlande, hébergées chez les cousines de leur ami écrivain Sylvester, observateur presque voyeur qui prend en pitié Jane. La maison dans laquelle elles sont accueillies appartient à deux sœurs : Hester, une femme gentille mais qui a perdu tout son argent lors de faillites, et Boudinette qui n’a d’yeux que pour sa voisine Joan. Joan justement est un être très doux en surface mais qui se révèle plutôt calculateur. Bref, une fresque de personnages très divers et qui n’est pas exhaustive.

La quatrième de couverture m’avait induite en erreur, mais le titre aurait du plus m’aiguiller. En effet, c’est un véritable enchevêtrement de personnalités que dessine Molly Keane. Jane et Jessica sont au cœur du roman, leur amitié jalouse va diriger beaucoup de leurs actions et de leurs réflexions, toutefois, certains autres personnages sont tout autant intéressants, par la force de leur névrose. Je pense notamment à Boudinette qui ne vit pas pour elle mais pour Joan, elle décortique toutes ses phrases, tous ses gestes, réfléchit à chacune de ses actions pour qu’elles aient toutes un effet positif sur son amitié factice avec sa voisine. Un cas psychologique bien intéressant et peut-être moins effrayant que l’agressivité de Jessica. J’ai beaucoup apprécié ce chaos de subjectivités trompées, biaisées, essayant de s’affirmer, ou au contraire de se cacher.

Malheureusement, je n’irais pas jusqu’à recommander les yeux fermés ce livre : ce qui m’a posé problème, c’est bien l’écriture. Même si elle se lit plus facilement au fur et à mesure des pages, il y a quelques chose de précieux, de petit, de cassant dans ce style qui m’a beaucoup étonnée. Il y a quelques maladresses (que l’on doit peut-être à la traduction et non à l’auteur, je l’ignore) qui rendent le propos incompréhensibles. De plus, la psychologie des personnages, même névrosés, est par moment trop obtuse, insensée, et pas assez expliquée. En aucuns cas cela vient appuyer la sensation de « chassés-croisés », au contraire, ce manque de clarification embrouille le lecteur qui, agacé, n’a qu’une envie : fermer ce livre. Je me suis même demandée si je n’allais pas arrêter ma lecture en cours de route, événement tellement rare qu’il mérite d’être souligné.

Toutefois, ces maladresses sont contrebalancées par le choix d’une narration omnisciente très judicieuse et agréable, et par quelques pages remarquablement écrites. On dirait que Molly Keane balance entre un travail superficiel et peu convaincant d’écriture, et des envolées de sa plume qui lui sont très profitables.

Pour conclure, je dirai que Chassés-croisés est à découvrir pour son traitement des différentes personnalités atypiques qui le composent, mais vous êtes avertis que l’écriture laisse parfois à désirer, son niveau étant inégal dans tout le livre.

Molly Keane, Chassés-croisés, traduit de l’anglais par François Werner, en poche 10/18 (3242), collection « domaine étranger », 7€40.

Mrs. Dalloway, de Virginia Woolf

Presque dix jours sans nouvel article publié, il fallait que je me remédie à ça en vitesse, surtout qu’une vieille chronique attendait son tour gentiment dans mes dossiers.

1925, Londres. Paraît un roman bouleversant dans bien de ses facettes : Mrs. Dalloway de Virginia Woolf. On m’a seriné depuis le début de mon master que je devais lire quelque chose de cette auteure, j’ai donc choisi une de ses œuvres les plus connues, peut-être pas la plus facile pour entrer dans cet univers, ce style si intense mais qu’importe, je suis têtue.

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Dans ce roman on suit la mondaine Mrs. Dalloway qui fait les derniers préparatifs pour la réception du soir. Mais son parcours n’est qu’une excuse pour voyager dans toute une fresque de personnages, dans leur intériorité, leurs pensées, leur regard sur le monde. On découvre alors Clarissa, qui n’est plus ici la maîtresse de maison Dalloway mais une femme qui s’interroge, pour qui chaque seconde est rythmée par un souvenir, une réflexion, un sentiment. Une subjectivité encore plus en ébullition quand elle revoit Peter Walsh, une homme qu’elle a failli épouser et qui revient des Indes. Dans un contexte d’entre-deux-guerres, le livre s’attarde également sur un ancien soldat psychologiquement instable après ce qu’il a vécu au front : Septimus Warren Smith.

Tout ce petit monde, et bien d’autres, passent leur journée au son de Big Ben et des quelques événements communs qui les rassemblent, qui dirigent leurs regards dans la même direction, au moins le temps d’un instant. Ils se croisent, se mélangent, se scrutent, vivent avec plus ou moins de sérénité leur relation à l’autre. Une vraie exploration sociologique mais qui reste tout de même très romanesque : impossible de s’ennuyer.

Il faut du temps pour entrer dans ce roman, je ne le conseille pas à ceux qu’on pourrait appeler les « lecteurs débutants », à moins qu’ils souhaitent vraiment être dépaysés, désarçonnés comme dirait Quignard. Il n’y a pas de distinctions fortes entre les différentes narrations, les différentes subjectivités traversées. On dirait qu’on suit l’écrivaine au fil de sa pensée, de sa plume, de sa découverte de cet univers londonien. Un détail appelle un autre personnage, un incident un autre regard. Il n’y a pas vraiment d’action au sens premier du terme c’est vrai, c’est un livre très tourné vers la psychologie des personnages, leurs caractères, leurs réactions, leurs histoires, leur conscience de monde, etc. Mais il n’en est pas moins inintéressant et c’est là tout le génie de Virginia Woolf : dans un sorte de douceur mélancolique et non lascive, elle saute d’une femme marié à un amoureux délaissé sans que cela nous gêne, en toute fluidité. On peut comparer les situations, les mettre en parallèle, relier les différents événements vus par chacun, explorer leur passé avec facilité, avec rapidité.

Il faut se faire à ce monde anglais dont on n’a pas forcément l’habitude mais dans lequel on est tout de suite immergé, mais surtout il faut arriver à apprivoiser ce style, à l’accepter, à se laisser emmener par lui, à ne lui montrer aucune résistance, et c’est seulement ainsi, en balayant ses idées préconçues qu’on peut savourer toute la richesse de ce texte.

Ce roman a constitué une petite révolution dans ma bibliothèque, je replongerais avec plaisir dans l’écriture de Virginia Woolf !

Virginia Woolf, Mrs. Dalloway, traduit de l’anglais par Pascale Michon, Le Livre de Poche (3012), 5€10.

La dactylographe de Mr James, de Michiel Heyns

Si vous lisez un tant soit peu, si vous vous intéressez un minimum à la littérature étrangère, le nom d’Henry James vous dit forcément quelque chose. Et si vous êtes comme moi, vous n’avez donc lu aucun de ces livres, chose à laquelle vous allez vite remédier à la fin de cette chronique en mettant un de ses romans dans votre PAL (Pile A Lire). Bref, tout ça pour vous dire que je n’ai pas lu Henry James mais que j’ai quand même réussi à approcher le personnage, par sa dactylographe plus précisément.

Pour replacer les choses : Henry James est un auteur américain qui a passé la plus grande partie de sa vie en Angleterre, il fut même naturalisé anglais avant sa mort. Il est reconnu pour son style très travaillé, son raffinement dans l’écriture et le réalisme littéraire dont il est une figure majeure. Il publiera ses premiers romans dès les années 1870 et continuera d’écrire jusqu’à sa mort en 1918.

Je l’ai rencontré par le biais du livre de l’auteur Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James. Il s’agit d’un roman, avec beaucoup de faits fictifs mais aussi une grande part de véridique : le vrai et le faux sont d’ailleurs démêlés à la fin du livre pour un souci de justesse. L’écrivain s’est inspiré de Theodora Bosanquet, une des dactylographes de Mr James, engagée en 1907. Dans ce livre, elle est devenu Frieda Worth.

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L’intrigue se déroule dans la petite ville anglaise de Rye, et plus précisément à Lamb House, la résidence de Mr James, et s’étale de novembre 1907 à juillet 1909. Frieda, fascinée par cet homme, doit chaque jour rejoindre le Maître pour taper sous sa dictée ses romans, ses préfaces, et à de très rares occasions des textes plus privés. Mr James est un homme du monde, très poli, très loquace, profond et intelligent. Il se doit de respecter les convenances et d’entretenir ses relations. Frieda, dans son rôle discret, observe ce ballet de visites : la famille de Mr James (son frère William, sa femme, leur fils Harry, leur fille Peggy), les écrivains en herbe admirateurs, l’exubérant Mrs Wharton, et le beau Mr Fullerton, sans oublier Max, le teckel du maître.

Frieda sait qu’elle fait bien son travail et qu’elle est appréciée pour cela, mais être sans cesse cantonnée à son métier, considérée comme le simple prolongement de la machine à taper est source de frustration. Toutefois, elle sait rester à sa place, mais ne s’empêche pas de jeter un œil critique sur son employeur, brillant bien sûr, mais aussi hypocondriaque voire égocentrique par moment. Et quand Morton Fullerton lui demande de lui rendre un service en volant à ce cher Mr James des lettres qu’il lui a envoyé, elle ne peut qu’accepter face à son charme.

Frieda se retrouve alors au centre des secrets, des manigances de Lamb House. Ce double jeu lui vaudra de savoir les dessous de l’entourage de Mr James : amours, ruses, mensonges, jeux d’esprits, elle s’en sortira avec calme et discrétion.

Je n’ai rien à dire de la traduction, j’ai l’impression qu’elle retranscrit très bien ce qu’a voulu dire Michiel Heyns. On dit d’ailleurs qu’il a dans ce livre réussi à avoir un style parfaitement « jamesien » : dans ce cas, je dois vous avouer qu’au début, j’ai eu du mal avec cela. Ce style est vraiment très travaillé, de longues phrases et périphrases, beaucoup de virgules et de précisions. Il ne faut pas être trop fatigué pour pouvoir suivre, la meilleure solution étant de se plonger vraiment dans le livre.

Passé les premiers chapitres un peu chaotiques pour les lecteurs comme moi qui ont du mal à saisir tout de suite qui est qui et qui fait quoi, le roman se révèle agréable une fois que l’on s’est fait à cette écriture particulière qui est en réalité très poétique et belle, presque naturelle pour un auteur comme Henry James.

Cela est donc une sacré prouesse de la part de Michiel Heyns. Au fil des chapitres, ce roman que l’on pourrait presque qualifier de « fleuve » devient captivant : ce personnage de dactylographe que Heyns s’est complètement réapproprié nous permet de visiter l’intimité de ce grand maitre de la littérature de langue anglaise qu’est Mr James mais aussi de comprendre une partie des enjeux de cette époque (les suffragettes par exemple) ou des centres d’intérêts parfois particuliers de cette société (spiritisme, dialogue avec l’au-delà et téléphatie).

On s’attache à ce récit de la vie quotidienne d’une employée, appréciée par son patron. Très modeste et attachée au maître, elle n’est quand même pas incapable de vivre pour elle-même, allant parfois jusqu’à oublier les devoirs de discrétion et de respect de la vie privée qu’exige son métier. Les jours passent, les visites s’enchaînent sous son regard qui voit beaucoup plus de choses qu’il ne devrait. C’est vraiment un personnage attachant, bien qu’ambivalent, même si j’ai eu un peu de mal avec l’utilisation d’une narration à la troisième personne.

Ce livre fut donc une surprise pour moi, je n’en donnais pas bien cher au début de ma lecture, mais je suis contente d’avoir persisté. Une fois habituée au style de l’auteur, j’ai été enchanté de lire un roman de la sorte, pas rocambolesque c’est sûr, mais toutefois sympathique. Sa grande qualité est de donner envie d’en lire plus sur Michiel Heyns et Henry James.

Michiel Heyns, La dactylographe de Mr James, traduit de l’anglais (Afrique du Sud) par Françoise Adelstain, aux éditions Philippe Rey, 21€.

Emma, de Jane Austen

On ne présente plus Jane Austen, véritable figure de la littérature anglaise. Auteure réputée, admirée, adulée, elle s’est fait connaître grâce à ses critiques sociales mordantes et ironiques, son humour parfois décalé mais toujours british. Le réalisme de ses textes et l’évolution de ses personnages dans un monde aux codes et à l’étiquette strictes ont séduits des millions de lecteurs. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un de ces romans les plus aboutis et pourtant pas aussi connu qu’Orgueil et Préjugés ou Raison et Sentiments : Emma est publié en décembre 1815, à 2000 exemplaires tout d’abord. L’accueil qui lui est réservé est mitigé, comme le prévoyait Jane Austen qui disait de son héroïne « en dehors de moi, personne ne l’aimera vraiment ». Toutefois, la critique s’accorde à dire qu’ici est né un « nouveau genre de roman ». Satire sociale, personnages touchants, réalisme et soucis du détails, et une écriture fine… voilà les clés du sccuès de cette ouvrage.

« Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d’un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l’existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu’une souffrance même légère l’eût effleurée. » Elle habite seule avec son père : sa mère est décédée quand elle était enfant, sa soeur aînée ainsi que sa gouvernante et amie se sont toutes les deux mariées et ont quitté la résidence familiale d’Hartfield. Pour combler son ennui, Emma forme des couples dans son entourage restreint : jouer l’entremetteuse est son passe-temps favori alors qu’elle-même refuse de se marier un jour. Mais Emma est jeune et naïve, à plusieurs reprises, il lui arrive de se méprendre sur les sentiments des autres. Elle doit apprendre alors à mieux connaître le coeur de ses amis mais aussi le sien. Connaître les émotions de l’être humain est un apprentissage difficile et parfois trompeur. Les quiproquos et les malentendus sont nombreux ; la bienséance ordonnée ne fait que les rendre plus piquants. La jeune fille ne réalise pas encore que faire l’entremetteuse n’est qu’un moyen détourner de vivre l’amour et le bonheur conjugal, par procuration. Elle doit encore grandir, mûrir pour devenir une femme accomplie.

Les rangs sociaux, toujours présents dans les romans de moeurs de Jane Austen, sont ici extrêmement mis en avant, par la volonté de l’héroïne même : pour elle, au même titre que l’accord entre deux sensibilités, un mariage doit respecter ces rangs et dans l’idéal même, élever socialement la demoiselle. Emma vise ce but avec ténacité, quitte à passer à côté de signaux pourtant évidents sur les réels sentiments de ses amis qui eux, voient les choses autrement. La jeune fille, même si elle se comporte de façon exemplaire en société, ne brille pas : c’est un personnage en demi-teinte, sa vie n’est pas très attrayante, elle ne vit pas de splendides aventures de coeur, son existence est simple et douce. Elle essait de rattraper ses bévues, parfois gauchement, procède à des interprétations psychologiques, souvent ratées. Certains lecteurs la trouvent ennuyeuse, trop naïve ; pour ma part, je la trouve attendrissante. Je lui pardonne sa jeunesse et donc cette expérience qui lui manque cruellement. Emma saura au final apprendre de ses erreurs, la jeune fille devient femme : je pense que c’est cette évolution le vrai sujet du roman, l’épine dorsale.

Côté écriture, j’ai toujours préféré celle de Jane Austen à celle des soeurs Brontë (que l’on met toujours dans le même sac chez les lecteurs du dimanche comme moi. Non, ne me lapidez pas !) : moins de description, plus « d’action psychologique », un réalisme qui n’est pas pesant mais précis. Arthur Conan Doyle dira même que c’est le premier grand roman policier sans cadavre ! Le livre est partagé en une multitude de petits chapitres, de moins de 3 pages en général : certains n’apprécieriont peut-être pas cette lecture fractionnée, pour ma part, ça m’a plutôt arrangée, je déteste devoir m’arrêter entre deux phrases ! C’est un livre qui sent bon la campagne anglaise sous la pluie, les convenances, le thé, le feu de la cheminée ; je l’ai dévoré. On y rencontre une multitude de personnages, certains attachants, d’autres agaçants voire détestables : on voit bien ici tout le spectre d’humeur et de caractère du genre humain en société. C’est une agréable promenade, peut-être pas aussi fraîche et revigorante que d’autres lectures, mais néanmois bien sympathique ; vous prendrez bien un biscuit avec votre thé ?