No steak, d’Aymeric Caron

Il est clair que mes choix de vie influent sur mes lectures. J’ai choisi de manger moins de viande et de produits d’origine animal. Oulah, je vous arrête, je suis encore très très loin de devenir végétar/lienne, mais j’y pense. C’est dans cette optique que j’ai lu No steak d’Aymeric Caron.

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L’auteur est végétarien et il pense sincèrement que l’espèce humaine devrait arrêter de consommer de la viande, d’exploiter les animaux et ceci pour plusieurs raisons. Tout simplement, il sera impossible de nourrir toute la planète avec assez de viande. La demande explose au fur et à mesure du développement de certains pays (Inde, Chine pour ne parler qu’eux) et il va être physiquement impossible de répondre à la demande. De plus, l’exploitation animale industrielle est une des premières causes de pollution : méthane et réchauffement climatique, nitrates dans les nappes phréatiques, déforestation massive, et j’en passe. La majeure partie des récoltes végétales ne nourrit pas les hommes mais les animaux. Et tout ça prend énormément de place sur notre petite planète bleue.

L’auteur évoque également les répercussions sur la santé d’un régime trop carné – pour aller plus loin, je vous invite à visionner le documentaire What the Healt – et, comme lui, je ne vais pas vraiment m’étendre sur ce sujet. Mais le cœur du livre, c’est bien sûr l’élevage et l’abattage des bêtes. Plus qu’un simple constat des pratiques qu’on essaie de tenir loin de nous pour nous éviter d’y penser, Aymeric Caron mène une vraie réflexion éthique et philosophique sur le sujet, et je dois avouer que je ne m’attendais pas à trouver cela si intéressant. De plus, il nous livre des faits, sources à l’appui pour confirmer ses propos, libre à vous d’aller plus loin et de comparer vos sources. Pour information, Aymeric Caron est un Français, donc les données choisies pour la plupart concernent l’Hexagone, et ce livre date de 2012.

J’ai beaucoup apprécié cette lecture car l’auteur est tout simplement sincère : oui, il est végétarien et ça l’a amené à rencontrer des difficultés diverses et variées dans sa vie, et oui, il pense que tout le monde devrait au moins tendre vers le végétarisme. C’est son livre, bien sûr, il va y défendre son avis, mais je ne l’ai pas trouvé prosélyte. Il y a de la place pour la réflexion, le débat, et aucune position tranchée et bornée qui fermerait le dialogue. Avec cette lecture, vous vous poserez des questions très intéressantes : pourquoi on a choisi de surtout utiliser des bœufs, des cochons, des poulets et pourquoi ne mange-t-on pas des chiens comme en Chine ? Comment peut-on vivre sans les fameuses protéines animales et est-ce que ce régime végétarien est-il vraiment bon pour nous ? Qu’est-ce que l’éthique animale ? Quelle est la vraie forme de l’exploitation animale aujourd’hui ? Avons-nous le droit de faire souffrir et d’abattre des êtres sensibles et intelligents ?

No steak est assurément un livre très intéressant, qui poussera plus loin vos réflexions. C’est bien sûr à vous de prendre vos propres décisions, de faire vos propres choix mais je suis certaine qu’il est plus sain de les faire en connaissance de cause.

Aymeric Caron, No steak, aux éditions Fayard, 19€, et également en édition poche J’ai lu, 7€60.

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Ma vie de pingouin, de Katarina Mazetti

La seule chose qui peut me donner envie quand on me parle d’hiver, de froid, c’est d’aller faire un tour sur la banquise. Tant qu’à avoir froid et être trempée partout, autant que ce soit pour voir des phoques de mer et des manchots dans leur élément naturel. C’est donc exactement ce que j’ai fait. Enfin, presque. Pour aller faire une croisière entre les glaciers de l’Antarctique, j’ai choisi le bateau de Katarina Mazetti et son dernier roman : Ma vie de pingouin. C’est toujours un plaisir pour moi de retrouver cette auteure que j’affectionne tout particulièrement, même si ma dernière lecture d’elle m’avait un peu déçue.

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Embarquons à bord de l’Orlovsky, navire russe, pour un voyage organisé suédois. Une cinquantaine de passagers mais seuls quelques uns nous intéressent. En effet, le roman se découpe entre trois personnes qui ont tour à tour la parole et nous dévoilent leur vision de ce périple, avec en cadeau quelques pastilles supplémentaires réservées à d’autres personnages, plus secondaires. Je vous présente donc Alba, une septuagénaire à la vie très remplie qui s’amuse à répertorier les différentes espèces d’humains présents sur le bateau et à les comparer à la faune de l’Antarctique. Il y a également Tomas, divorcé, le plus souvent triste et taciturne, tourmenté par l’absence de ses enfants partis vivre en Californie avec leur mère et son nouvel Apollon ; il est là dans un but précis, mais ne se l’avoue pas tout de suite. Et enfin Wilma, toujours joyeuse, souriante, drôle, optimiste, un vrai rayon de soleil, qui se devait de faire ce voyage de l’extrême avant de ne plus en être capable. Autour d’eux, une sœur tyrannique, une vendeuse de fer à repasser, des cuisiniers russes, des fous d’oiseaux, un médecin de bord qui effectue son dernier voyage, une nymphomane, des retraitées qui cherchent un veuf, etc.

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Vous l’aurez compris, c’est une vraie fresque de personnages que nous dévoile ici Katarina Mazetti. Et il est vrai qu’au début, on est un peu perdu, surtout avec ces noms suédois que personnellement je ne retiens pas du tout. Heureusement, on apprend vite à les reconnaître, l’auteure ne nous laisse pas patauger dans ce méli-mélo tout seuls. Cette croisière entre ancien port baleinier, musée des premiers colons, observation des pétrels et des albatros, verres au bar et mal de mer est un vrai prétexte pour nous faire explorer ce territoire si magique et dangereux. Et pour les personnages, c’est une occasion (voulue ou non) de partir à la rencontre d’eux-mêmes et des autres, d’affronter d’anciennes peurs ou au contraire un avenir incertain, faire des rencontres ou à l’inverse se séparer. On se rappelle le bon vieux temps, on affronte le présent avec appréhension ou avec le sourire, on tire des plans sur la comète. Je ne saurais mieux décrire ce livre qui brasse tellement de choses. J’ai vraiment été comblée par ce roman.

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Tout d’abord parce que les descriptions des paysages, des animaux, du bateau également ont été exactement à la hauteur de mes attentes. Katarina Mazetti ne fait pas l’impasse dessus mais les dissémine avec parcimonie tout au long du texte, au rythme de l’avancée du voyage, à travers les témoignages des héros. Et c’est vraiment très bien pensé, très bien construit, on découvre ce territoire avec frisson, respect et enthousiasme. C’est aussi l’occasion de rapidement revenir sur l’impact humain envers l’environnement et sur de nombreuses questions écologiques qui ont un écho tellement fort et particulier dans cette partie du monde, si fragile.

Parallèlement, les personnages sont extrêmement attachants. Vu que c’est eux qui nous parlent, on ne possède pas toutes les clés pour les comprendre dès le début et c’est une vraie découverte qui se fait petit à petit. Ils sont tous très différents, et les interactions entre eux ne manquent pas de piquant. On ne s’ennuie jamais à leurs côtés et ça tombe bien puisque c’est eux qui mènent l’histoire. Katarina Mazetti a un vrai talent dans le traitement de ses personnages : ils ne sont pas lourds mais ils ont quand même de la consistance. En fait, ils sont tout simplement comme nous, avec des cicatrices, des passions, des espoirs. Il y a une vraie humanité dans ces êtres de papiers. Quant à l’histoire en elle-même, j’y ai vraiment trouvé mon compte. Au début, cela paraît décousu, on ne sait pas vraiment où nous emmène l’auteure, mais très vite, une trame de fond se profile et on la suit avec patience, sans se presser, mais avec toujours autant d’intérêt.

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Bref, vous l’aurez compris, ce livre est une vraie réussite à mes yeux, c’est du « bon Mazetti ». Et je vous le conseille vraiment beaucoup, ça peut être un excellent cadeau pour les fêtes.

Katarina Mazetti, Ma vie de pingouin, aux éditions Gaïa, 21€.

PS : je vais me lancer dans la lecture de la deuxième moitié des Misérables. Ça + les fêtes = vous risquez d’attendre un petit peu pour lire la prochaine chronique, soyez patients 😉