La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, de Joël Dicker

Comme d’habitude, je viens vous parler d’un ouvrage qui s’est étalé en vitrine des librairies,  plusieurs semaines après sa sortie (et même après son édition en livre de poche, c’est dire). Je ne suis pas une ponctuelle des rentrées littéraires et autres événement romanesque. Aujourd’hui donc, c’est Joël Dicker qui sera la vedette de ce billet avec La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert (et non pas Québert ou Querbert comme me yeux ont voulu le lire tout le long).

Marcus Goldman a la trentaine, une carrière de faux semblants avant de se reconvertir presque sincèrement dans l’écriture. Son premier roman est un succès, il connaît gloire et argent, mais son contrat d’édition se rappelle à lui : il doit encore écrire. Mais comment faire quand on ne sait plus écrire ? Quand on est pris par l’angoisse de la page blanche des semaines durant ? Il se tourne alors vers son mentor, son ami, le célèbre auteur Harry Quebert, qui vit à présent dans la petite ville d’Aurora dans le New Hampshire. Mais le destin de ces deux hommes va basculer quand le passé de Harry va revenir le hanter : on l’accuse d’être l’assassin d’une fillette de 15 ans, Nola Kellergan, tué il y a en 1975 à Aurora.

Marcus se saisit de l’affaire : il ne peut pas abandonner son ami dont l’innocence lui est certaine. Il doit sauver Quebert, mais aussi sa carrière d’écrivain. Toutefois l’enquête qu’il va mener va lui faire découvrir une situation beaucoup plus complexe qu’elle en a l’air : secrets, mystères, menaces, apparences…

« Qui a tué Nola Kellergan ? Que s’est-il passé dans le New Hampshire à l’été 1975 ? Et comment écrit-on un roman à succès ? »

Je dois avouer que j’ignorais dans quelle genre de lecture j’allais me lancer avec ce livre-là. J’avais à peine parcouru la quatrième de couverture et j’ai longtemps hésité sur le genre de ce roman. Il mêle beaucoup de thèmes, l’intrigue est recherchée, travaillée, de multiples éléments, personnages, versions de la vérité se croisent et s’entrechoquent. Il faut tenir la distance car c’est tout de même un petit pavé : plus de 660 pages ! Toutefois, cela est facilité par l’écriture très fluide de l’auteur malgré une histoire assez épaisse et complexe. Cette histoire justement, bien que digne d’un bon téléfilm américain – elle en a même assez l’ambiance ! – est rondement menée : que de qualités pour cette intrigue qui nous surprend, nous donne envie d’en savoir plus, d’enquêter… Car la base de ce roman, c’est l’enquête menée dans le passé au temps de l’assassinat et dans le présent au temps de l’accusation, et je dois vous avouer que c’est très prenant.

Sans être un thriller, on voyage avec plaisir dans ces investigations qui ont chamboulé une petite ville de province américaine : les masques tombent, la peur de souvenirs douloureux surgit. Joël Dicker nous emmène où il le veut par le bout du nez, sans trop verser dans le cliché du polar ou de l’analyse psychologique : il sait doser, même s’il faut avouer qu’il y a parfois quelques longueurs ou quelques « hollywoodismes de télé du dimanche ».

Peu de choses à dire sur un livre pourtant assez vaste. Il est difficilement descriptible et, à écrire cette chronique, je lui trouve quelques défauts. Toutefois, j’ai vraiment passé un très bon moment de lecture avec ce roman : je ne pouvais plus le lâcher ! J’ai adhéré à cette ambiance de shérif, de plage et de maison en bois : cette atmosphère fait un peu carte postale mais c’est un parti pris de l’auteur et il faut avouer que ça fonctionne assez bien. On sent que Joël Dicker connaît les trucs et astuces romanesques : son art est une mécanique bien huilée.

En résumé, un livre pas parfait, mais un roman très bon !

Joël Dicker, La Vérité sur l’Affaire Harry Quebert, éditions de Fallois / L’Âge d’Homme, 22€.

Le Sang du temps, de Maxime Chattam

C’est avec une grand joie que je vous annonce que, voilà, c’est fait, j’ai lu mon premier Maxime Chattam. Il me fallait un livre prenant pour éviter de penser au Salon du Livre où je n’étais pas… J’ai donc choisi Le Sang du temps (titre que je suis obligée de regarder cinq fois pour m’en souvenir, et le ré-oublier deux minutes après).

 SangDuTemps

Cette histoire est en fait double. D’un côté, Marion, qui était il y a encore quelques heures secrétaire à l’Institut médico-légal de Paris. Mais ça, c’était avant qu’elle se retrouve détentrice d’un lourd secret d’État et menacée de mort par des gens pas très fréquentables… La DST décide donc pour sa sécurité de la faire disparaître, le temps que les choses se tassent. Elle est conduite en secret au Mont-Saint-Michel où elle est obligée de résider incognito. Accueillie par la communauté religieuse de l’île, elle découvre la beauté de ces paysages hors du commun et l’état d’esprit insulaire. Un jour qu’elle aide à trier des archives sur la terre ferme, elle découvre un journal intime, un carnet de bord, caché sous une couverture d’un livre de Virginia Woolf et écrit en anglais. Très vite, elle se passionne pour ce récit d’une enquête policière qui s’est déroulée au Caire en 1928.

Jeremy Matheson doit élucider d’abominables meurtres : des enfants sont retrouvés assassinés et atrocement mutilés dans les faubourgs est de la ville. Une rumeur enfle et se propage : on aurait vu une ghûl, une goule dans les rues du Caire, essayant d’entrer dans les chambres des enfants, reniflant les vêtements en train de sécher sur un fil. Un être abominable, sans visage, qui se cache sous une bure et ne sort que la nuit. Mais le policier anglais ne veut pas croire à cette piste surnaturelle.

On a du mal à comprendre comment ces deux histoires sont liées. Pourtant, elles le sont, mais je ne peux pas vous en dire plus malheureusement. Ce roman était parfait pour me faire oublier le reste du monde, il m’a pris dans son étau, entre France et Égypte, et m’a embarqué. Chattam sait travailler le suspens, l’appréhension et l’angoisse, en ça, on peut dire qu’il est un bon écrivain de thriller.

J’ai eu du mal au début à me faire à cette distance si grande, sur tous les plans, qui séparent le Mont-Saint-Michel du Caire : le livre opère des allers-retours presque à chaque chapitre entre ces deux univers. On ne lit pas le carnet de Matheson, on est immergé dans sa vie, la narration de ces passages ne diffèrent guère de ceux où on retrouve Marion. Cependant, au fil de la lecture, on se fait à ce monde de fonctionnement, et on va d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, sans trop de difficultés : l’auteur arrive à nous faire voyager dans ces deux mondes qu’on ne connaît pas, quitte à pousser les poncifs un peu plus loin que nécessaires (la communauté religieuse austère, ou l’opposition coloniale arabes/blancs).

Mais il y a quelques points que je n’ai pas vraiment apprécié et qui m’ont déçu. Ce livre aurait pu être fignolé pour éviter quelques maladresses, notamment dans les transitions narration au Caire/lecture de Marion. En effet pour expliquer que l’on passe de l’un à l’autre, l’auteur utilise des stratagèmes très voyants et peu esthétiques. C’est un peu du bricolage, du collage. Idem pour la fin qui m’a paru bâclée. Ce ne sont que des avis subjectifs et ça n’enlève rien aux autres charmes de ce livre : l’écriture, le style plutôt, est assez particulier, mais ça change de la logorrhée narrative habituelle. C’est une écriture qui parlera à tout le monde : elle utilise des images et topoï admis mais s’en sert avec parcimonie, et je dirais même, à bon escient. De plus, attendez-vous à lire la deuxième moitié du livre d’une traite tellement vous aurez envie de savoir, de voir cette goule, si elle existe.

Les thèmes sont plus qu’originaux, même si j’ai trouvé que le secret d’État détenu par Marion n’était qu’une excuse pour lui faire découvrir ce carnet et l’emmener sur ce lieu si romanesque qu’est le Mont-Saint-Michel. J’aurais aimé qu’on creuse un peu plus peut-être la profondeur psychologique des deux personnages principaux, mais je me suis satisfaite de ce qu’il y avait, c’est suffisant pour un thriller.

Bref, il y a deux-trois petites choses à redire sur Le Sang du temps selon moi, d’un point de vue techniques d’écriture surtout, mais je crois que je suis un peu trop pointilleuse… Ce livre fait quand même super bien son boulot et vous passerez un très agréable moment de lecture grâce à Maxime Chattam.

Maxime Chattam, Le Sang du temps, aux éditions Michel Lafon, coll. Pocket (13173), 7€60.