Vingt mille lieues sous les mers

Tout d’abord, je dois vous dire une chose : je suis désolée. Les lectures communes me tiennent vraiment à cœur, et c’est moi la dernière à être à jour. J’ai de bonnes excuses il est vrai (une panne de lecture assez terrible, un été très chargé côté travail, un gros déménagement, la reprise du sport…) mais je regrette sincèrement que cela ait autant impacté nos lectures communes. Toutefois, aujourd’hui j’ai le plaisir de vous dire que j’ai rattrapé mon retard. Les lectures d’août et de septembre sont lues, je débute celle d’octobre. Ça devrait donc rouler jusqu’à la fin de l’année. Mais je vais arrêter de tergiverser et vous parler tout de suite de ce que certains d’entre vous ont donc lu il y a…. deux mois (la honte!) : Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.

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Le professeur Aronnax embarque dans une expédition américaine avec son fidèle domestique Conseil et aux côtés d’un fameux harponneur, Ned Land. Le but ? Découvrir quelle est l’énorme chose remarquée par plusieurs bateaux et qui hanterait les océans. Quelle n’est pas leur surprise quand il découvre que l’objet en question est une sorte d’immense sous-marins dirigé par le mystérieux Capitaine Nemo. Nos trois comparses embarquent donc pour un étrange voyage à bord du Nautilus : richesses cachées de la mer, découvertes scientifiques, aventures périlleuses, innovations remarquables… un périple qui ne manquera pas de surprises et d’interrogations !

merC’est mon premier Jules Verne. On m’a dit que ce n’est clairement pas son meilleur. Et… je confirme. C’est en partie à cause de ce livre que j’ai mis tant de temps à rattraper mon retard. Déjà il est long : presque 600 pages dans la version de poche. Mais en plus, il ne m’a pas captivée ! Beaucoup de descriptions (je finissais par sauter des pages entières tellement je n’en pouvais plus des énumérations de poissons!), de trop rares dialogues, une tension peu présente. Il y a bien de l’action, des péripéties qui font vivre l’histoire mais cela manquait peut-être d’enthousiasme dans l’écriture… dans tous les cas, je suis un peu passé à côté de la lecture. J’ai vu d’un œil extérieur nos personnages aller de découvertes en découvertes alors que pourtant j’avais fini par m’attacher à eux. Bien sûr, j’ai tout de même aimé les merveilles du Nautilus, mais très sincèrement, je n’irai pas conseiller ce roman pour autant.

En fait, on est noyé sous les informations factuelles : des chiffres, des animaux, des mesures, des positions géographiques et bla et bla. J’aurais tant aimé que le suspens autour du Capitaine Nemo soit plus fort, que les risques et dangers soient plus palpables ! C’est vraiment un roman complet mais j’ai trouvé qu’il lui manquait du souffle, une étincelle pour donner vie à tout cela. Toutefois, on doit saluer le génie, le talent et la ténacité de l’auteur  pour avoir écrit un tel livre.

Bref, ç’aura été pour moi une déception, mais je n’en resterai pas là. Je compte découvrir d’autres romans de l’auteur, ne serait-ce que pour acheter les magnifiques éditions du Livre de Poche avec les illustrations de l’édition originale Hetzel.

Vous pouvez aussi aller lire les avis de Virginy et L’Aléthiomètre.

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, aux éditions Le Livre de Poche (2033), 6€60.

Eragon (tome I), L’héritage, de Christopher Paolini

Voilà, c’est avec un immense bonheur que je vous annonce que ma panne de lecture est terminée ! J’ai dévoré un roman, chose qui ne m’était plus arrivée depuis des mois, et j’ai cette petite excitation au fond de moi, celle que je ressens quand je dois choisir ma prochaine lecture. J’espère bien rattraper mon monumental retard dans mes chroniques et redonner un peu de vie à ce blog qui faisait grise mine depuis des semaines.

Chaque mois sur ce blog ont lieu des lectures communes. Nous sommes presque mi-août et je n’ai toujours pas parlé de celle qui s’est déroulé en juillet, honte à moi ! En même temps je viens juste de terminer cette lecture. Il s’agit du premier tome de la saga de Christopher Paolini : Eragon (tome I), L’héritage.

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C’est une saga que j’avais dévoré adolescente, mais il est vrai qu’elle m’a laissé moins de souvenirs qu’Harry Potter (en même temps, peu de choses arrivent au même niveau que le petit sorcier de J.K. Rowling dans mon cœur…). Eragon est la première saga fantastique, je pense même que c’est le tout premier roman fantastique que j’ai lu de ma vie. Et même s’il s’adresse à un public jeunesse/young adult, il faut avouer qu’il a gardé toutes ses qualités ! C’est ça l’avantage avec des histoires se déroulant dans un tout autre univers, un peu médiéval : ça se gâte rarement avec le temps.

Eragon est un jeune garçon élevé par son oncle dans sa ferme de Carvahall, un petit village au nord ouest de l’Alagaësia. Même si le quotidien est parfois rude, la vie est simple dans ce coin de l’Empire. On ne se préoccupe plus de Galbatorix, leur soit-disant chef qui a volé le pouvoir il y a fort longtemps, et qui n’a plus bougé de la capitale Urû’baen depuis des années. Mais alors qu’il chasse sur les montagnes de la Crête, Eragon découvre un grosse pierre ovale et bleue. C’est alors que toute sa vie qui bascule : cette pierre est un œuf, d’où éclot un dragon. Eragon devient dragonnier. Obligé de quitter les siens, il part aux confins de l’Alagaësia dans une quête ancestrale et dangereuse. Aidé par Brom, il apprendra la magie rencontrera des ennemis et des alliés puissants et mystérieux, affrontera les pires dangers aux côtés de sa dragonne, Saphira.

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Il se passe beaucoup de choses dans ce premier tome, et je ne fais ici qu’en effleurer la surface. Il y a de nombreux personnages importants (Ah, Murtagh !) que je ne peux même pas évoquer pour vous garder un peu de suspens. La trame de fond, le décor, l’histoire de l’Alagaësia et de ses peuples sont très bien amenés et expliqués : c’est passionnant, ça intervient au bon moment sans jamais nous ennuyer.

Il faut dire que le rythme de l’intrigue et de la narration a été assez soigné dans ce premier tome. Les personnages voyagent pendant une grosse partie du bouquin, il est vrai qu’on a un peu l’impression d’être dans un jeu vidéo parfois : aller jusqu’au prochain checkpoint, y combattre l’ennemi et recommencer jusqu’à la bataille finale. Heureusement, l’histoire est bien plus riche que cela malgré ce schéma sous-jacent.

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Eragon (tome I), L’héritage est un magnifique premier tome : on s’attache fort à ses personnages, on croit à cette histoire, on est transporté dans ces nouveaux territoires et on vit chaque combat. Il y a de l’amitié, des sentiments, de l’honneur, de la souffrance, des découvertes, des rencontres, des regrets, de l’espoir ! Je me demande si l’auteur arrive à tenir la distance dans ses autres tomes : il sera dur de ne pas s’essouffler après ce premier opus !

Dans tous les cas, ce livre fait très bien son travail : c’est un gros pavé qu’on ne veut pas lâcher, il est divertissant et immersif. L’écriture très fluide est maniée avec talent.

Cette lecture commune a été pour moi l’occasion d’une vraie redécouverte et j’ai hâte de me plonger dans les tomes suivants.

Vous pouvez également aller voir l’avis de Virginy  et de L’Aléthiomètre !

Christopher Paolini, Eragon (tome I), L’héritage, traduction de l’anglais (États-Unis) par Bertrand Ferrier, aux éditions Bayard Jeunesse, 19€90 (existe aussi en poche).s

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas

Alors que je tapote frénétiquement sur mon clavier pour aligner mes 1667 mots du jour – NaNoWriMo oblige –, j’ai tout de même pris le temps d’écrire une petite chronique pour le blog. Je vais vous parler d’un livre qui a habillé les devantures des librairies et qui a fait le tour de la blogosphère il y a plusieurs semaines (oui, j’arrive encore en retard) : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas (et du lobby des titres à rallonge).

Petit résumé rapide : Ajatashatru est venu à Paris pour venir chercher un lit à clous, voyage financé par son village. Cet homme mi-fakir, mi-illusionniste n’a pas trouvé de meilleure idée que de dormir directement dans le magasin Ikea pour repartir tranquillou en Inde chez lui dès le lendemain matin. Sauf que, les choses ne se passent pas exactement comme prévu. Déjà, il se met à dos un conducteur de taxi gitan qui l’a mauvaise de s’être fait arnaqué de 100 euros, et surtout, Ajatashatru se retrouve coincé dans une armoire Ikea (fallait bien que ça arrive) jetée directement dans un camion. De là, une grande aventure commence, à la fois farfelue, décalée, riche en émotions et en rencontres, une aventure qui lui fera traverser plusieurs pays et dangers.

Ce livre est complètement barré. L’histoire part en cacahuète dès les premières pages et on se demande sous quelle drogue ce roman a été écrit. Un fakir qui fuit un gitan en Italie en montgolfière… mais bien sûr, mais c’est logique ! Bref, les aventures d’Ajatashatru sont tirées par les cheveux, mais cela c’est un parti pris, on n’a qu’à suivre le mouvement et voir ce qui se passe. L’avantage, c’est qu’on est constamment surpris. Cette histoire est très rafraîchissante et ça change des romans linéaires et peu étonnants qu’on peut lire le reste du temps.

Toutefois, j’ai eu beaucoup beaucoup de mal à aimer ce livre. Déjà parce que le personnage principal n’est pas humainement réaliste, ni attachant, et ne pas pouvoir aimer ce héros a enlevé énormément d’intérêt pour la suite de l’histoire. Mais surtout parce que l’écriture m’a hérissé le poil (mais c’est un avis très personnel, qui va sûrement à l’encontre de beaucoup d’autres opinions, hein, pas la peine de me sauter à la gorge). L’humour est artificiel, je n’ai ri à aucun moment. Les jeux de mots sur les noms des personnages sont lourds, cassent le rythme, et ont vraiment perturbé ma lecture. Mais plus profondément, c’est ce terrible décalage entre les magnifiques pages sur l’immigration et les migrants, et les situations trop ubuesques et sentant le papier mâché pour être un seul instant drôles qui m’a perdu.

Je ne sais vraiment vraiment pas quoi penser de ce livre. J’ai déjà lu d’autres romans décalés qui m’avaient amusé, étonné, enthousiasmé. Et ça a été le cas par moment ici, mais les nombreux autres moments où j’ai été mal à l’aise ou déçue contrebalancent tout cela. J’ai conscience d’être un peu dure dans cette chronique, je rappelle donc que c’est tout à fait subjectif et personnel. Je ne suis peut-être pas faite pour être lectrice de ce genre d’ouvrage et s’il a pu faire sourire d’autres personnes, c’est vraiment le principal. Il en faut pour tous les goûts, et rien que le fait d’écrire quelque chose d’aussi « hors normes » mérite d’être salué.

« S’il ne savait pas ce qu’il allait lui arriver dans les dix prochaines minutes, l’Indien était content d’être là. À cette heure-ci, il aurait du se trouver dans l’avion, de retour chez lui. Et aussi étrange que cela puisse paraître, cela ne lui manquait pas. Du moins maintenant, là, tou de suite, car le pression venait de retomber un peu. Il se dit qu’il était en train de faire un voyage incroyable et qu’il rencontrait des personnes merveilleuses. Il fallait profiter de cet élan de joie, car dans quelques instants il serait sûrement en train de se morfondre dans son lit, seul, en proie à la plus vive des dépressions, celle des exilés, des instables, celle des sédentaires qui se retrouvent parachutés loin de chez eux, qui ont le mal du pays, le manque dans les veines et qui n’ont plus aucune branche à laquelle s’accrocher. »

Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, aux éditions La Dilettante, 19€.

Betseller, de Jesse Kellerman

Vous voulez un livre vraiment surprenant et qu’on ne peut pas lâcher ? Je crois que j’ai ce qu’il vous faut : Bestseller de Jesse Kellerman.

 

Arthur Pfefferkorn est un écrivain. Enfin, il l’était, il n’a plus rien publié depuis des années et sa plume est sèche. A l’inverse, son ami (un peu éloigné maintenant) est William de Nerval qui enchaîne bestseller sur bestseller alors que rien ne le prédestinait à cette carrière. Mais un jour, l’auteur renommé et tant jalousé disparaît en pleine mer laissant derrière lui un manuscrit bien avancé et une veuve à réconforter. Arthur ne peut s’empêcher de faire main basse sur les ruines du passé de son vieil ami. Mais il n’a pas encore conscience que son acte va avoir des répercussions bien plus retentissantes qu’un simple plagiat : succès, danger, espionnage, peur, mort, amour, secret et révolution, voici les ingrédients stupéfiants, surprenants qui vont constituer le quotidien d’Arthur, qui en sera le premier étonné.

 

Je ne peux pas vous en dévoiler plus sans gâcher toute l’histoire. Il y a un côté polar bien prononcé dans la construction de ce roman qui nous emmène bien plus loin que ce qu’on aurait pu imaginer. Presque 400 pages où l’on se fait ballader sans s’en rendre compte, tellement on est pris dans cette histoire rocambolesque mais maniée d’une main habile. Ce n’est pas dramatique ou loufoque mais ce roman contient la juste dose d’humour noir qu’il faut pour trouver ces situations drôles et dangereuses à la foi. Beaucoup de dialogues, mais aussi des réflexions intérieures et une narration menée d’une main de maître : l’écriture est au service d’un traitement romanesque qui refuse de se plier aux règles d’un genre mais veut les mêler pour en extraire le meilleur, nous faire vibrer, nous faire rire, créer du suspens. Un beau mélange, réussi, que je vous conseille !

 

Jesse Kellerman, Bestseller, éditions des Deux Terres, 21€50.

N’aie pas peur si je t’enlace, de Fulvio Ervas

Oui, encore une histoire italienne aujourd’hui. Déjà que j’avais lu un livre en VO pour le challenge de George et Marie… Mais je le jure, je n’ai pas fait exprès, je n’ai remarqué qu’après que mon roman était traduit de l’italien. N’aie pas peur si je t’enlace a été écrit par Fulvio Ervas qui retrace ici l’histoire vraie d’un père et son fils lors de leur voyage en Amérique.

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Rien de bien original vous allez me dire ? Sauf que le plus jeune, Andrea, est un adolescent atteint d’autisme, habitué à câliner et embrasser tout ce qu’il croise, d’où l’inscription « N’aie pas peur si je t’enlace » que ses parents avaient fait mettre sur ses t-shirts. C’est une aventure un peu folle que son père Franco tente ici. On conseille en général d’éviter les choses inhabituelles avec les personnes autistes : la routine serait le meilleur remède à une vie paisible, sans « crise ». Mais Andrea est un jeune homme qui semble curieux et Franco souhaite qu’il voit le monde. Alors, c’est décidé, ils partent traverser l’Amérique du Nord en Harley. A part ça, rien n’est décidé d’avance, ils vivront cette aventure au jour le jour, trouvant des hôtels en pleine nuit, déjeunant dans des stations services. Le trajet ? D’est en ouest, c’est déjà une indication suffisante, les villes et les paysages traversés resteront à choisir le moment même par les deux compères.

Ce voyage est pour Franco une occasion d’essayer de comprendre un peu plus son fils, dont l’esprit n’est pas régi par les mêmes nécessités que nous, son fils qui ne voit pas et ne perçoit pas le monde comme les autres. Ils connaîtront quelques déboires, ce qui est assez normal pour un voyage fait au pied levé. Ils se laisseront même tenter par l’appel de l’Amérique de Sud. Ce périple sera peuplé de surprises mais surtout de rencontres drôles, émouvantes, chanceuses, malheureuses, bouleversantes qui vont les diriger tout au long de ces kilomètres. Plus que jamais, Andrea touche aux vivants, il les approche, les apprivoise, de grands moments pour son père qui assiste à ses premières amours, ses premiers vrais amis, qui voit dans les yeux de son garçon tout l’amour qu’il porte pour le monde et les autres, il voit dans ses yeux qu’Andrea peut également être de notre côté de l’univers.

C’est un texte très beau qu’il est bien agréable de lire sous forme de roman. J’avoue que je n’ai encore jamais lu ce genre d’adaptation mais elle est très réussie. Écrivant moi-même la vie des autres, je sais à quel point cela peut être difficile, entre implication et mise à distance, il est parfois dur de choisir. Fulvio Ervas sait décrire ce voyage avec le ton juste : doux, sincère mais qui ne tombe jamais dans le pathétique, dans l’exagération. Avec ses mots, on part à la conquête de l’Amérique, Franco et Andrea vivent le périple que l’on aimerait vivre soi-même un jour. L’autisme entraîne des situations parfois cocasses, parfois tristes, mais il ne laisse jamais indifférent, cela fait partie intégrante d’Andrea, il faut le prendre comme ça.

Je regrette que certaines parties de ce long trajet soient parfois racontées avec quelques mots quand on aimerait en lire des pages. Souvent, on se concentre surtout sur les pensées du père, puisque c’est sa voix que l’on entend dans ce livre, ce qui est très intéressant bien sûr, mais j’aurais beaucoup aimé en savoir plus sur le lieu où ils se trouvent, sur le dépaysement qu’ils peuvent ressentir. C’est avant tout le voyage d’un père et de son fils un peu différent avant d’être une formidable découverte des Amériques. C’est plus psychologique que descriptif. C’est vraiment la seule chose que l’on peut reprocher à cet ouvrage qui reste quand même une aventure humaine très agréable à savourer, un mélange d’italien, d’anglais et d’espagnol, de sueur, de moto et de pirogue sur fond de câlin et de questionnement.

Fulvio Ervas, N’aie pas peur si je t’enlace, traduction de l’italien par Marianne Faurobert, aux éditions Liana Levi, 19€.

Histoires vraies, de Blaise Cendrars

« Quelle chose étonnante que la lecture qui abolit le temps, transvase l’espace vertigineux sans pour cela suspendre son souffle, ni ravir la vue au lecteur ! On est emporté sur un tapis volant. Le bonnet enchanté de Fortunatus vous coiffe la tête. On se croit invisible, absent, bien qu’étant partout présent, même là, fébrile, ce livre à la main, que l’on dévore, que l’on mange des yeux comme une opération de magie blanche, pour se nourrir l’esprit.

Et la lecture est en effet une opération magique de la conscience qui révèle une des facultés les plus méconnues de l’homme et qui lui confère un grand pouvoir : la faculté de la bilocation et le pouvoir de s’isoler, de s’abstraire, de sortir de sa propre vie sans perdre contact avec la vie, bref, de communier avec tout, même quand on ne croit plus à rien. »

Histoires vraies, je ne sais pas, mais histoires belles je le confirme ! Publié en 1936 chez Grasset, ce recueil de nouvelles est peu connu de cet auteur prolifique qu’était Blaise Cendrars. On se souvient très bien de sa Prose du Transsibérien et la petite Jehanne de France, véritable aventure ferroviaire et sentimentale, puis après ses poèmes viennent ses romans, ses récits biographiques… Mais ses nouvelles restent encore inconnues du grand public. Pourtant quel meilleur moyen pour faire connaissance avec un écrivain ? La nouvelle oblige à la concision, c’est un concentré d’émotions mais surtout d’aventures ; ici, plus que dans les autres genres (sauf la poésie peut-être ?), ressort la, méthode d’écriture utilisé bien sûr mais surtout ce qui pour l’auteur prime avant tout dans son histoire : sont-ce les sentiments ? les péripéties ? les personnages, leur psychologie, leur action ? l’art de faire de la prose bien ? La nouvelle peut être un exercice périlleux pour ceux qui sont habitués aux longues envolées lyriques ou au genre romanesque. Mais rien ne résiste à Blaise Cendrars : j’ai parfois l’impression que cet homme a tout fait, tout vu, tout écrit, tout publié, partout, tout le temps. N’y voyez aucune jalousie, cet auteur ne se vante d’ailleurs jamais d’une quelconque manière que ce soit, pas de ton hautain, ou de prose biscornue. Non, ici l’écrivain veut nous transmettre ses expériences qu’il a vécu ou lu, ou entendu, c’est un instant de partage mais aussi de rêve.

Histoires vraies nous emmène aux quatre coins de la planète : Far West, forêt tropicale, océan Pacifique, Argentine, Londres… Réalité, fiction, on ignore si tout cela est bien vrai, bien que Cendrars joue personnellement le rôle du narrateur. A chaque nouvelle, un ton différent, une aventure dingue : un passage secret mènerait directement à la Banque d’Angleterre, un sacristain argentin un peu fou serait devenu un Saint, une ligue de marins emmènerait à chaque voyage en mer un cercueil splendide pour garantir au moussaillon mort en mer un enterrement dans son pays d’origine… Une succesion exotique d’histoires hors du commun qui a l’avantage de nous faire voyager, passer d’un continent à un autre en quelques minutes. Mention spéciale pour la dernière nouvelle « En transtlantique dans la forêt vierge », véritable immersion dans les profondeurs encore sauvages du Brésil.

Ce recueil se lit rapidement, il n’y a aucune difficultés linguistiques ou de stylistiques tordues qui gêneraient certains. Je vous préviens seulement qu’il ne faudrait pas mettre ce livre dans les mains des plus jeunes : on côtoie parfois la mort, c’est écrit de façon anodine mais quelques scènes peuvent choquer. Cendrars est ici adepte du récit dans le récit : le cadre initial n’est pas le cadre où se déroule l’histoire, c’est souvent un ami qui lui raconte, une lettre qu’il lit… Au départ, on peut donc avoir un peu de mal à rentrer dans la nouvelle mais très vite, on est emporté par l’écriture de l’auteur, souple et descriptive. Ce recueil est une bonne lecture pour un après-midi bronzette sur le bord de plage : rapide à lire et à finir, vous pourrez faire trempette ou croquer dans votre sandwich entre deux nouvelles.

Le Démon du vitrail, d’Helen Grant

Ce livre, on m’en a fait cadeau. Ce n’est pas le genre de bouquin vers lequel je me tourne naturellement. Au premier abord, avec cette magnifique couverture, je pensais que ce roman était plus destiné à un public jeunesse, une histoire sur fond d’enquête historique mêlé à un peu de fantastique. En réalité, je le conseille plutôt à un public de « presque-adulte ». En effet, certaines scènes ou images employées peuvent choquer les plus sensibles. Sans compter sur le fait que le lecteur est vraiment plongé dans sa lecture, c’est un livre vraiment prenant qu’on a du mal à lâcher une fois le premier chapitre entamé : la réalité et la fiction se confondent, les faits rationnels et l’esotérique se mêlent.

Pour redorer son blason d’universitaire, Oliver Fox entraîne toute sa famille d’Angleterre jusqu’en Allemagne, en plein milieu d’une forêt déserte. Son but : en savoir plus sur les mystérieux vitraux perdus d’Allerheiligen. Pour la jeune Lin Fox, c’est une nouvelle vie qui commence. Mais très vite, plusieurs personnes meurent dans le village. Lin ne tarde pas à découvrir que ses décès sont en réalité des meurtres et tous ont un lien direct avec les vitraux médiévaux : ces hommes tués cherchaient eux aussi à découvrir cette relique. La jeune fille, en compagnie de son ami allemand Michel, essaie de rationaliser… car, on dit en effet que les vitraux seraient le refuge d’un démon puissant et meurtrier. Qui donc est responsable de ce complot ? Pour Lin, pas question de se laisser faire ! Sa propre famille est en danger de mort : elle veut au plus vite éclaircir ce mystère pour mettre fin à la malédicition du démon Bonschariant…

C’est un parfait roman d’action qui mêle aventure et enquête. Seuls contre tous, ces jeunes adolescents ne pourront compter que sur eux-mêmes pour faire cesser cette effroyable série de meurtres. Mais le livre ne s’arrête pas seulement aux dangers des vitraux. Il explore également la vie et la psychologie de chaque personnage : Oliver, acharné à son travail, qui recherche la gloire au point d’en oublier sa famille ; Polly, la soeur de Lin, une solitaire qui cache à tous ses troubles alimentaires ; Michel, garçon fidèle à sa famille et très vite amoureux de Lin ; et enfin notre héroïne, submergée par cette nouvelle vie allemande et les problèmes qui en découlent, mais qui tente de faire face, coûte que coûte, pour protéger sa famille. On peut également citer Tuesday, la mère un peu irresponsable, et Ru le bébé, un des premiers menacés par la malédiction.

Lire Helen Grant est vraiment addictif : l’intrigue évolue rapidement, il n’y a jamais un temps de repos, les cadavres s’accumulent, il faut faire vite, c’est urgent, c’est vital…. On est emporté dans cette course contre la montre, dans cette course contre le Diable. Bien sûr, il y a ce côté médiéval-ésotérique qui a fait le succès d’autres romans mais au moins, dans ce livre, tout ne se résume pas à ça. La fin est vraiment surprenante et laisse envisager une suite… pas encore pour tout de suite selon l’auteur qui est actuellement en train d’écrire deux autres romans, mais j’espère qu’un jour on pourra lire un deuxième tome de ce si agréable livre !

Le Démon du vitrail est  une lecture de divertissement vraiment efficace qui vous fait oublier tout le monde alentour et vous plonge au fin fond de l’Allemagne rurale… Une aventure hors du commun, où la limite entre réel et surnaturel est parfois diffuse, mais où le danger de mort se ressent à chaque instant. Une aventure humaine bouleversante et haletante qui se laisse dévorer en quelques heures !

Ce livre est disponible chez France Loisirs en français ou en anglais (le vocabulaire n’est pas vraiment compliqué, rassurez-vous) un peu partout sur la toile.