Le Hobbit, de J. R. R. Tolkien (lecture commune de septembre 2017)

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Les lectures communes sont pour moi l’occasion de me plonger enfin dans l’œuvre d’auteurs cultissimes que je n’ai toujours pas découvert. Ce mois-ci, j’ai donc lu Le Hobbit de J. R. R. Tolkien. J’avais ouïe dire que c’était l’idéal pour commencer avec cet écrivain : ce roman est en effet destiné à la jeunesse, il est vivant, assez court en comparaison des gros pavés qui suivent, sans compter que chronologiquement c’est ici que commence l’histoire de l’anneau.

Je vais vous demander d’ignorer les films qui correspondent à ce roman. Pitié. Même si l’adaptation au cinéma reprend pas mal d’éléments de l’intrigue, toutes ressemblances s’arrêtent là. Bilbo Bessac vit tranquillement sa vie de hobbit dans sa maison sous la colline quand il voit cette dernière envahie par une dizaine de nains, invités sans son autorisation par le magicien Gandalf. Bon gré, mal gré, il se voit bien obligé de les accueillir, d’écouter leurs récits et leurs chansons. Il finit alors par comprendre que ces nains vont partir pour un long périple jusqu’à la Montagne solitaire. C’est en effet à l’intérieur de cette montagne que leur immense trésor est caché. C’est le dragon Smaug qui garde farouchement et égoïstement ces richesses qui reviennent de droit aux nains. L’héritier légitime, Thorin Lécudechesne, veut retrouver sa place de Roi sous la Montagne. Et notre Bilbo a été désigné comme le dernier membre de la troupe : il sera le cambrioleur.

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Au fond d’un trou vivait un hobbit. Non pas un trou immonde, sale et humide, rempli de bouts de vers et de moisissures, ni encore un trou sec, dénudé, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni pour se nourir : c’était un trou de hobbit, d’où un certain confort. […] Ce hobbit était un hobbit fort bien nanti, et il s’appelait Bessac. Les Bessac habitaient les environs de la Colline de temps immémorial, et ils étaient vus comme des gens très respectables, non seulement parce que la plupart d’entre eux étaient riches, mais aussi parce qu’ils ne partaient jamais à l’aventure et ne faisaient jamais rien d’inattendu : on savait ce qu’un Bessac dirait de telle ou telle chose sans être obligé de lui poser la question. Cette histoire raconte comment un Bessac se trouva mêlé à une aventure, à faire et à dire des choses tout à fait inattendues. Il a peut-être perdu le respect de ses voisins, mais il a gagné… enfin, vous verrez s’il a gagné quelque chose à la fin du compte.

 

A ma grande surprise, j’ai beaucoup aimé cette histoire. Il s’agit là vraiment d’un roman destiné à la jeunesse et même s’il a été publié il y a soixante-dix ans, ce livre garde tout son intérêt et sa modernité – sans compter qu’il est servi par une très bonne traduction. Le voyage est périlleux, nos héros vont croiser des gnomes, des trolls, des portes magiques. Ils vont découvrir des paysages désertiques, des grottes obscures, des villes étranges. Je me suis beaucoup attachée à cette troupe de personnages, mais je regrette de ne pas mieux les connaître : ils sont en effet quatorze ! Pour la plupart, ils passent inaperçus et j’avoue ne pas avoir compris ce choix. Pourquoi mettre autant de héros ? Le lecteur se perd dans cette multitude !

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Les aventures traversées par les nains et le hobbit sont très divertissantes et originales, on ne s’ennuie pas une minute. J’ai tout de même trouvé que certaines péripéties n’étaient pas… héroïques. J’ai eu de temps en temps du mal à comprendre les choix de l’auteur en terme d’histoire. C’est parfois assez brouillon ou ennuyeux, on ne sait pas quoi en penser, on ne comprend pas où l’auteur veut nous emmener. Concernant l’écriture, elle est très fluide : le vocabulaire est simple, le style direct. Cela nous permet de rentrer directement dans l’univers de Tolkien et de découvrir cette histoire. Je vous invite donc à essayer cette lecture, c’est vraiment l’idéal pour commencer !

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J. R. R. Tolkien, Le Hobbit, traduit de l’anglais par Daniel Lauzon, aux éditions Le Livre de Poche (33837), 6€.

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Le Château de ma mère, de Marcel Pagnol

mincouv72044493L’année dernière, j’avais découvert Marcel Pagnol, et j’avais alors décidé d’attendre l’été suivant pour continuer l’aventure avec Le Château de ma mère, encore un récit qui fleure bon les vacances dans les hautes herbes. On continue d’accompagner Marcel, nous contant son enfance – ce livre-là étant la suite directe de La Gloire de mon père.

gloire_de_mon_pere_chateau_de_ma_mere_2Plus que jamais, l’enfant a trouvé sa place dans la petite maison de vacances où la famille a ses habitudes. Les adultes chassent, Marcel les assistent, jusqu’au jour où il fait la connaissance de Lili, un garçonnet du coin spécialisé dans les pièges. Avec lui, une fidèle amitié se noue, qui va égayer les grandes vacances d’été. Et puis toutes les autres. Après nous avoir parlé de l’amour filiale, de la tendresse familiale, Marcel nous parle d’autres plaisirs et bonheurs d’un petit garçon : battre la campagne avec un copain, loin des adultes, faire des plans sur la comète sans penser aux lendemains, à l’école qui va reprendre. C’est d’ailleurs un déchirement pour Marcel de voir la rentrée prochaine arriver : il fera tout pour repousser la date fatidique mais difficile d’y échapper avec un père instituteur.

Mais une heureuse rencontre va donner à son père une clé, et quelle clé ! Celle-ci ouvre tous les portails le long du canal, abrégeant le grand voyage à pied pour rejoindre la maison de vacances. Ainsi la famille peut même venir les week-ends grâce à ce coup de main, un peu illégal, qui leur fait gagner beaucoup de temps. Mais cela veut aussi dire traverser des domaines privés, des châteaux abandonnés, des terres de paysans, propices aux rencontres… et aux frayeurs ! Gare au terrible gardien et son effrayant chienc475edeb9cbb6986fff2bc84516477b3 !

Cette famille est vraiment touchante et on en vient presque à envier Marcel pour avoir grandi dans un tel foyer. Dans sa rencontre avec Lili, on ne peut que se retrouver : les copains de vacances avec qui on découvrait un nouveau territoire, les amis de l’école primaire avec qui on passait les longs après-midi d’étés… ça rappelle des souvenirs ! L’amitié est quelque chose d’intemporelle qui continue de nous parler aujourd’hui, bien que le livre ait soixante ans. Comme dans La Gloire de mon père, j’ai eu beaucoup de joie à retrouver la langue simple et délicieuse de Marcel Pagnol qui nous entraîne avec énergie et sincérité dans ses aventures d’enfant. Il arrive à nous passionner pour ces choses qui comptaient plus que tout aux yeux d’un jeune garçon, même si cela peut sembler bête à l’adulte qu’on est aujourd’hui. C’est fou comme on peut se faire un monde pour des babioles ! Quelle imagination on a à cet âge ! J’ai tellement aimé retourné en enfance, retrouver la fraîcheur de la première amitié, l’amertume de voir les vacances se finir… Et bien sûr, la description de cette nature en perpétuel renouvellement, que nous avons le bonheur de découvrir cette fois-ci selon plusieurs saisons. Moi qui habite Toulouse, j’ai tellement reconnu cette description du canal… J’avais l’impression d’y être, dans ce petit chemin discret qui longe le cours d’eau, tout en côtoyant ces demeures tranquilles, impressionnantes… dans un petit goût d’aventure.

Canal de Provence, Gardanne, Bouches-du-Rhone (13), France

[…] Dans mon pays de Provence, la pinède et l’oliveraie ne jaunissent que pour mourir, et les premières pluies de septembre, qui lavent à neuf le vert des ramures, ressuscitent le mois d’avril. Sur les plateaux de la garrigue, le thym, le romarin, le cade et le kermès gardent leurs feuilles éternelles autour de l’aspic toujours bleu, et c’est en silence au fond des vallons, que l’automne furtif se glisse : il profite d’une pluie nocturne pour jaunir la petite vigne, ou quatre pêchers que l’on croit malades, et pour mieux cacher sa venue il fait rougir les naïves arbouses qui l’ont toujours pris pour le printemps. C’est ainsi que les jours des vacances, toujours semblables à eux-mêmes, ne faisaient pas avancer le temps, et l’été déjà mort n’avait pas une ride.

Je me rends compte que cette chronique n’est absolument pas construite, et très franchement, ce n’est pas grave, car je ne pourrais guère faire mieux. Le Château de ma mère, ça touche aux émotions, à ces tiraillements, ces joies qu’abritent nos cœurs. Je l’ai préféré à son prédécesseur car le sujet de l’amitié me parle tout simplement plus que celui de la chasse, mais l’écriture est toujours aussi bonne. Je suis donc ravie que, contrairement à son plan initial, Marcel Pagnol ne se soit pas arrêté là et ait continué à écrire sa vie. Très hâte à présent de lire Le Temps des secrets.

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Marcel Pagnol, Le Château de ma mère, aux éditions Fortuno, 5€70.

Phobos (tome 1) de Victor Dixen (lecture commune de juin 2017)

Il y a un an et demie, je découvrais pour la première fois Livre Paris, et j’en avais alors profité pour m’acheter et me faire dédicacer plusieurs romans, dont plusieurs sagas. Dont le très fameux Phobos de Victor Dixen. Et oui, encore une fois, je lis après tout le monde. Et pour ne pas le zapper une année de plus, j’ai trouvé un moyen imparable : le faire figurer parmi les lectures communes de l’année 2017.

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J’ai donc pu plonger dans cette histoire incroyable : six jeunes filles, six jeunes hommes, sans plus aucunes attaches sur cette Terre, se sont portés volontaire pour une aventure unique – et définitive : coloniser Mars. Durant tout le trajet de plusieurs semaines qui va les mener jusqu’à leur futur lieu de vie, plusieurs speed-datings sont organisés pour, à terme, créer des couples. Car ce que vous ne savez pas encore, c’est que, malgré une année entière d’entraînement, filles et garçons ne se sont jamais mélangés, ne se sont jamais rencontrés. Pourquoi une telle mise en scène ? Car plus que de l’exploration scientifique, il s’agit là d’une télé-réalité. Une télé-réalité hors du commun qui mobilise les foules sur la Terre entière depuis qu’une société privée à racheter la NASA : on le nomme le programme Genesis.

Dans ce climat un peu fou, nous retrouvons Léonor, une des six jeunes filles embarquées pour la planète rouge. Léonor est à la fois excitée et apeurée par cette aventure, elle ne comprend peut-être pas aussi bien que les autres l’enjeu médiatique de tout ça : elle aimerait rester elle-même, rester sincère. Mais entre les messes basses de chacune, le pression constante, le côté malsain du jeu, le pouvoir sans limite de ceux qui tirent les ficelles et le lourd secret qu’elle porte, le trajet risque de comporter quelques surprises.

Tout d’abord : est-ce que j’ai aimé ? J’ai envie de répondre un grand oui et un grand non à la fois.

Un grand oui pour l’intrigue absolument passionnante et innovante. On se prend complètement au jeu de la télé-réalité, du voyeurisme, c’en est même un peu effrayant. On jubile d’être du côté des coulisses car ça nous permet d’en savoir plus, de suivre chaque speed-dating. Évidemment, la notion de rencontres amoureuses, c’est une des choses que je recherchais dans ce roman, et je n’ai pas été déçue : la place qui est donnée à cette facette de l’intrigue est pile ce qu’il fallait. Cela rythme le reste de l’action, comme un rendez-vous qu’on attend de pied ferme, comme des retournements de situation dont on a la jouissance de savoir qu’ils vont arriver sans vraiment savoir de quoi ils seront faits. J’ai adoré les personnages, même s’ils manquaient presque tous de finesse : la plupart sont assez caricaturaux, mais je ne m’attendais pas à vraiment plus pour une saga jeunesse. Disons que ça parlera très bien au public visé. Les sous-intrigues de secrets, d’actions, de complots sont assez bien ficelées. Des liens se créent au fil des pages et on découvre au fur et à mesure l’ampleur des choses : autant dire à présent que j’ai hâte de voir la suite, surtout la façon dont les personnages en direction de Mars vont tenter de régler tous ces problèmes qu’ils n’ont pas mérités.

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Un grand non parce que c’est écrit avec des pattes d’éléphants. Sincèrement. Je veux bien croire que c’est un roman pour les ados et jeunes adultes, mais pas pour des imbéciles. Il n’est pas nécessaire de taper du poing sur la table pour nous énoncer très clairement les éléments de l’intrigue. Un peu d’éclaircissement de temps en temps je veux bien, surtout quand l’histoire est résolument nouvelle et avant-gardiste, mais faire dire à ses personnages lors d’un dialogue tous les ressorts machiavéliques derrière un mystère, ça gâche tout. En fait, très peu d’explications semblent naturelles dans ce roman. Seuls les moments de prime-time à la télévision semblent réalistes, pour le reste, on sent bien la main de l’auteur qui veut nous forer le crâne pour y déverser des explications sans même anesthésier ça sous une couche de narration habile. Ça m’a réellement gâcher ma lecture de savoir qu’un auteur ne se démenait pas pour faire mieux, de savoir qu’un éditeur avait accepté de laisser passer ça sans faire retravailler plus. Voilà, coup de gueule fini. J’espère bien que les choses s’arrangent dans les tomes suivants.

Oui, car malgré ce point qui m’a extrêmement déçue, je me suis attachée à cette saga, à cette histoire à laquelle j’adhère à 2000 % et j’ai très hâte de découvrir la suite. Et vous ? Qu’en avez-vous pensé ?

A voir également : les avis de Virginy et d’Erika.

Victor Dixen, Phobos, tome 1, aux éditions Robert Laffont, 17€90

Vingt mille lieues sous les mers

Tout d’abord, je dois vous dire une chose : je suis désolée. Les lectures communes me tiennent vraiment à cœur, et c’est moi la dernière à être à jour. J’ai de bonnes excuses il est vrai (une panne de lecture assez terrible, un été très chargé côté travail, un gros déménagement, la reprise du sport…) mais je regrette sincèrement que cela ait autant impacté nos lectures communes. Toutefois, aujourd’hui j’ai le plaisir de vous dire que j’ai rattrapé mon retard. Les lectures d’août et de septembre sont lues, je débute celle d’octobre. Ça devrait donc rouler jusqu’à la fin de l’année. Mais je vais arrêter de tergiverser et vous parler tout de suite de ce que certains d’entre vous ont donc lu il y a…. deux mois (la honte!) : Vingt mille lieues sous les mers de Jules Verne.

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Le professeur Aronnax embarque dans une expédition américaine avec son fidèle domestique Conseil et aux côtés d’un fameux harponneur, Ned Land. Le but ? Découvrir quelle est l’énorme chose remarquée par plusieurs bateaux et qui hanterait les océans. Quelle n’est pas leur surprise quand il découvre que l’objet en question est une sorte d’immense sous-marins dirigé par le mystérieux Capitaine Nemo. Nos trois comparses embarquent donc pour un étrange voyage à bord du Nautilus : richesses cachées de la mer, découvertes scientifiques, aventures périlleuses, innovations remarquables… un périple qui ne manquera pas de surprises et d’interrogations !

merC’est mon premier Jules Verne. On m’a dit que ce n’est clairement pas son meilleur. Et… je confirme. C’est en partie à cause de ce livre que j’ai mis tant de temps à rattraper mon retard. Déjà il est long : presque 600 pages dans la version de poche. Mais en plus, il ne m’a pas captivée ! Beaucoup de descriptions (je finissais par sauter des pages entières tellement je n’en pouvais plus des énumérations de poissons!), de trop rares dialogues, une tension peu présente. Il y a bien de l’action, des péripéties qui font vivre l’histoire mais cela manquait peut-être d’enthousiasme dans l’écriture… dans tous les cas, je suis un peu passé à côté de la lecture. J’ai vu d’un œil extérieur nos personnages aller de découvertes en découvertes alors que pourtant j’avais fini par m’attacher à eux. Bien sûr, j’ai tout de même aimé les merveilles du Nautilus, mais très sincèrement, je n’irai pas conseiller ce roman pour autant.

En fait, on est noyé sous les informations factuelles : des chiffres, des animaux, des mesures, des positions géographiques et bla et bla. J’aurais tant aimé que le suspens autour du Capitaine Nemo soit plus fort, que les risques et dangers soient plus palpables ! C’est vraiment un roman complet mais j’ai trouvé qu’il lui manquait du souffle, une étincelle pour donner vie à tout cela. Toutefois, on doit saluer le génie, le talent et la ténacité de l’auteur  pour avoir écrit un tel livre.

Bref, ç’aura été pour moi une déception, mais je n’en resterai pas là. Je compte découvrir d’autres romans de l’auteur, ne serait-ce que pour acheter les magnifiques éditions du Livre de Poche avec les illustrations de l’édition originale Hetzel.

Vous pouvez aussi aller lire les avis de Virginy et L’Aléthiomètre.

Jules Verne, Vingt mille lieues sous les mers, aux éditions Le Livre de Poche (2033), 6€60.

Eragon (tome I), L’héritage, de Christopher Paolini

Voilà, c’est avec un immense bonheur que je vous annonce que ma panne de lecture est terminée ! J’ai dévoré un roman, chose qui ne m’était plus arrivée depuis des mois, et j’ai cette petite excitation au fond de moi, celle que je ressens quand je dois choisir ma prochaine lecture. J’espère bien rattraper mon monumental retard dans mes chroniques et redonner un peu de vie à ce blog qui faisait grise mine depuis des semaines.

Chaque mois sur ce blog ont lieu des lectures communes. Nous sommes presque mi-août et je n’ai toujours pas parlé de celle qui s’est déroulé en juillet, honte à moi ! En même temps je viens juste de terminer cette lecture. Il s’agit du premier tome de la saga de Christopher Paolini : Eragon (tome I), L’héritage.

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C’est une saga que j’avais dévoré adolescente, mais il est vrai qu’elle m’a laissé moins de souvenirs qu’Harry Potter (en même temps, peu de choses arrivent au même niveau que le petit sorcier de J.K. Rowling dans mon cœur…). Eragon est la première saga fantastique, je pense même que c’est le tout premier roman fantastique que j’ai lu de ma vie. Et même s’il s’adresse à un public jeunesse/young adult, il faut avouer qu’il a gardé toutes ses qualités ! C’est ça l’avantage avec des histoires se déroulant dans un tout autre univers, un peu médiéval : ça se gâte rarement avec le temps.

Eragon est un jeune garçon élevé par son oncle dans sa ferme de Carvahall, un petit village au nord ouest de l’Alagaësia. Même si le quotidien est parfois rude, la vie est simple dans ce coin de l’Empire. On ne se préoccupe plus de Galbatorix, leur soit-disant chef qui a volé le pouvoir il y a fort longtemps, et qui n’a plus bougé de la capitale Urû’baen depuis des années. Mais alors qu’il chasse sur les montagnes de la Crête, Eragon découvre un grosse pierre ovale et bleue. C’est alors que toute sa vie qui bascule : cette pierre est un œuf, d’où éclot un dragon. Eragon devient dragonnier. Obligé de quitter les siens, il part aux confins de l’Alagaësia dans une quête ancestrale et dangereuse. Aidé par Brom, il apprendra la magie rencontrera des ennemis et des alliés puissants et mystérieux, affrontera les pires dangers aux côtés de sa dragonne, Saphira.

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Il se passe beaucoup de choses dans ce premier tome, et je ne fais ici qu’en effleurer la surface. Il y a de nombreux personnages importants (Ah, Murtagh !) que je ne peux même pas évoquer pour vous garder un peu de suspens. La trame de fond, le décor, l’histoire de l’Alagaësia et de ses peuples sont très bien amenés et expliqués : c’est passionnant, ça intervient au bon moment sans jamais nous ennuyer.

Il faut dire que le rythme de l’intrigue et de la narration a été assez soigné dans ce premier tome. Les personnages voyagent pendant une grosse partie du bouquin, il est vrai qu’on a un peu l’impression d’être dans un jeu vidéo parfois : aller jusqu’au prochain checkpoint, y combattre l’ennemi et recommencer jusqu’à la bataille finale. Heureusement, l’histoire est bien plus riche que cela malgré ce schéma sous-jacent.

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Eragon (tome I), L’héritage est un magnifique premier tome : on s’attache fort à ses personnages, on croit à cette histoire, on est transporté dans ces nouveaux territoires et on vit chaque combat. Il y a de l’amitié, des sentiments, de l’honneur, de la souffrance, des découvertes, des rencontres, des regrets, de l’espoir ! Je me demande si l’auteur arrive à tenir la distance dans ses autres tomes : il sera dur de ne pas s’essouffler après ce premier opus !

Dans tous les cas, ce livre fait très bien son travail : c’est un gros pavé qu’on ne veut pas lâcher, il est divertissant et immersif. L’écriture très fluide est maniée avec talent.

Cette lecture commune a été pour moi l’occasion d’une vraie redécouverte et j’ai hâte de me plonger dans les tomes suivants.

Vous pouvez également aller voir l’avis de Virginy  et de L’Aléthiomètre !

Christopher Paolini, Eragon (tome I), L’héritage, traduction de l’anglais (États-Unis) par Bertrand Ferrier, aux éditions Bayard Jeunesse, 19€90 (existe aussi en poche).s

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas

Alors que je tapote frénétiquement sur mon clavier pour aligner mes 1667 mots du jour – NaNoWriMo oblige –, j’ai tout de même pris le temps d’écrire une petite chronique pour le blog. Je vais vous parler d’un livre qui a habillé les devantures des librairies et qui a fait le tour de la blogosphère il y a plusieurs semaines (oui, j’arrive encore en retard) : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas (et du lobby des titres à rallonge).

Petit résumé rapide : Ajatashatru est venu à Paris pour venir chercher un lit à clous, voyage financé par son village. Cet homme mi-fakir, mi-illusionniste n’a pas trouvé de meilleure idée que de dormir directement dans le magasin Ikea pour repartir tranquillou en Inde chez lui dès le lendemain matin. Sauf que, les choses ne se passent pas exactement comme prévu. Déjà, il se met à dos un conducteur de taxi gitan qui l’a mauvaise de s’être fait arnaqué de 100 euros, et surtout, Ajatashatru se retrouve coincé dans une armoire Ikea (fallait bien que ça arrive) jetée directement dans un camion. De là, une grande aventure commence, à la fois farfelue, décalée, riche en émotions et en rencontres, une aventure qui lui fera traverser plusieurs pays et dangers.

Ce livre est complètement barré. L’histoire part en cacahuète dès les premières pages et on se demande sous quelle drogue ce roman a été écrit. Un fakir qui fuit un gitan en Italie en montgolfière… mais bien sûr, mais c’est logique ! Bref, les aventures d’Ajatashatru sont tirées par les cheveux, mais cela c’est un parti pris, on n’a qu’à suivre le mouvement et voir ce qui se passe. L’avantage, c’est qu’on est constamment surpris. Cette histoire est très rafraîchissante et ça change des romans linéaires et peu étonnants qu’on peut lire le reste du temps.

Toutefois, j’ai eu beaucoup beaucoup de mal à aimer ce livre. Déjà parce que le personnage principal n’est pas humainement réaliste, ni attachant, et ne pas pouvoir aimer ce héros a enlevé énormément d’intérêt pour la suite de l’histoire. Mais surtout parce que l’écriture m’a hérissé le poil (mais c’est un avis très personnel, qui va sûrement à l’encontre de beaucoup d’autres opinions, hein, pas la peine de me sauter à la gorge). L’humour est artificiel, je n’ai ri à aucun moment. Les jeux de mots sur les noms des personnages sont lourds, cassent le rythme, et ont vraiment perturbé ma lecture. Mais plus profondément, c’est ce terrible décalage entre les magnifiques pages sur l’immigration et les migrants, et les situations trop ubuesques et sentant le papier mâché pour être un seul instant drôles qui m’a perdu.

Je ne sais vraiment vraiment pas quoi penser de ce livre. J’ai déjà lu d’autres romans décalés qui m’avaient amusé, étonné, enthousiasmé. Et ça a été le cas par moment ici, mais les nombreux autres moments où j’ai été mal à l’aise ou déçue contrebalancent tout cela. J’ai conscience d’être un peu dure dans cette chronique, je rappelle donc que c’est tout à fait subjectif et personnel. Je ne suis peut-être pas faite pour être lectrice de ce genre d’ouvrage et s’il a pu faire sourire d’autres personnes, c’est vraiment le principal. Il en faut pour tous les goûts, et rien que le fait d’écrire quelque chose d’aussi « hors normes » mérite d’être salué.

« S’il ne savait pas ce qu’il allait lui arriver dans les dix prochaines minutes, l’Indien était content d’être là. À cette heure-ci, il aurait du se trouver dans l’avion, de retour chez lui. Et aussi étrange que cela puisse paraître, cela ne lui manquait pas. Du moins maintenant, là, tou de suite, car le pression venait de retomber un peu. Il se dit qu’il était en train de faire un voyage incroyable et qu’il rencontrait des personnes merveilleuses. Il fallait profiter de cet élan de joie, car dans quelques instants il serait sûrement en train de se morfondre dans son lit, seul, en proie à la plus vive des dépressions, celle des exilés, des instables, celle des sédentaires qui se retrouvent parachutés loin de chez eux, qui ont le mal du pays, le manque dans les veines et qui n’ont plus aucune branche à laquelle s’accrocher. »

Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, aux éditions La Dilettante, 19€.

Betseller, de Jesse Kellerman

Vous voulez un livre vraiment surprenant et qu’on ne peut pas lâcher ? Je crois que j’ai ce qu’il vous faut : Bestseller de Jesse Kellerman.

 

Arthur Pfefferkorn est un écrivain. Enfin, il l’était, il n’a plus rien publié depuis des années et sa plume est sèche. A l’inverse, son ami (un peu éloigné maintenant) est William de Nerval qui enchaîne bestseller sur bestseller alors que rien ne le prédestinait à cette carrière. Mais un jour, l’auteur renommé et tant jalousé disparaît en pleine mer laissant derrière lui un manuscrit bien avancé et une veuve à réconforter. Arthur ne peut s’empêcher de faire main basse sur les ruines du passé de son vieil ami. Mais il n’a pas encore conscience que son acte va avoir des répercussions bien plus retentissantes qu’un simple plagiat : succès, danger, espionnage, peur, mort, amour, secret et révolution, voici les ingrédients stupéfiants, surprenants qui vont constituer le quotidien d’Arthur, qui en sera le premier étonné.

 

Je ne peux pas vous en dévoiler plus sans gâcher toute l’histoire. Il y a un côté polar bien prononcé dans la construction de ce roman qui nous emmène bien plus loin que ce qu’on aurait pu imaginer. Presque 400 pages où l’on se fait ballader sans s’en rendre compte, tellement on est pris dans cette histoire rocambolesque mais maniée d’une main habile. Ce n’est pas dramatique ou loufoque mais ce roman contient la juste dose d’humour noir qu’il faut pour trouver ces situations drôles et dangereuses à la foi. Beaucoup de dialogues, mais aussi des réflexions intérieures et une narration menée d’une main de maître : l’écriture est au service d’un traitement romanesque qui refuse de se plier aux règles d’un genre mais veut les mêler pour en extraire le meilleur, nous faire vibrer, nous faire rire, créer du suspens. Un beau mélange, réussi, que je vous conseille !

 

Jesse Kellerman, Bestseller, éditions des Deux Terres, 21€50.