Tokyo Sanpo, de Florent Chavouet

Rares sont les BD ou les romans graphiques que j’apprécie vraiment. Surtout que je n’y connais pas grand-chose et – soyons francs – ce n’est pas le genre littéraire qui m’attire le plus. Mais conjuguez ça avec un carnet de voyage et je suis déjà happée par le bout de votre hameçon. Et si, en plus, ça se passe au Japon, vous avez gagner, la pêche est finie.

Pour me remettre en jambes, j’ai relu il y a peu un livre que j’adore, quelle grande – et mauvaise – surprise de réaliser alors que je n’en avais encore jamais parler sur ce blog. Place aujourd’hui à Tokyo Sanpo de Florent Chavouet.

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L’auteur a passé six mois au Japon pour accompagner son amoureuse venue ici pour un stage. Après avoir renoncé à l’idée de trouver un petit job, il a donc passé ces semaines à croquer plein de recoins de la ville, ainsi que ses habitants. Il a arpenté les ruelles, les ponts, les parcs, avec son fidèle vélo orphelin, trouvé par hasard. Chaque chapitre représente un quartier qu’il a exploré, représenté par un koban – un commissariat de proximité, dont chacun a une architecture particulière.

Florent Chavouet nous raconte ses mésaventures, ses rencontres, sa bizarre fascination pour les étiquettes de fruits, les différences et les habitudes des Japonais qu’il a pu observés. C’est très agréable cette petite ballade un peu improvisée à travers ses dessins colorés. J’ai adoré le trait, c’est assez rare pour le signaler ! Ce n’est pas trop intrusif dans la vie de l’auteur : on sait à quoi ressemble son appartement, ses magasins préférés mais au final on en sait bien peu sur ce que ça fait de vivre à l’étranger. Et en fait, ça tombe plutôt bien. De nombreux autres ouvrages d’expatriés s’occupent de cela. J’ai trouvé beaucoup plus intéressant de voir les différences culturelles à travers les dessins de Florent Chavouet, j’ai voyagé avec lui.

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Je ne suis pas très douée pour parler de bande dessinée, mais en toute sincérité, j’ai passé un excellent moment avec ce livre. Il est agréable, il nous permet de jouer les touristes sans vergogne. Bref, un ouvrage à offrir et à s’offrir !

Florent Chavouet, Tokyo Sanpo, aux éditions Picquier, 24€. Dans la même veine, je vous conseille de lire Manabé Shima.

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La bouilloire russe, de Marie Didier

J’ai eu la chance de rencontrer à plusieurs reprises Marie Didier pendant mon master, et ces moments nous ont tellement plus que notre promotion a choisi de s’appeler la « promotion Marie Didier ». Cette femme a un parcours remarquable, une plume magnifique et un cœur énorme. Je viens de finir la lecture d’un petit récit, un des rares écrits de Marie Didier que je n’avais pas encore lu : La bouilloire russe.

Ce livre est le carnet d’un homme, médecin dans un hôpital, qui se retrouve de l’autre côté du bureau, et devient le patient le jour où on lui annonce qu’il est atteint d’un cancer. Sa vie bascule, lentement, dans la maladie et la remise en question qui l’accompagne souvent. Il écrit au fil des jours ce qu’il vit, mais surtout ses souvenirs, ceux de son couple, les épreuves qu’ils ont traversé. On l’accompagne lors de son scanner ou de sa radiothérapie mais aussi lors du chamboulement de son mariage quand sa femme lui préfère une guitariste étranger. Ce carnet, c’est d’ailleurs pour elle qu’il l’écrit. Pour lui dire les choses qu’il n’a pas pu lui dire plus tôt et qu’il risque de ne jamais pouvoir lui avouer si jamais la maladie l’emporte. C’est une sorte de témoignage et d’héritage.

Comme d’habitude, la langue de Marie Didier est touchante et juste. On s’attache à son personnage sincère et trop amoureux, qui a peur de la maladie mais accepte ce coup du sort, un homme lâche et courageux à la fois. La lecture est rapide et fluide, mais n’est pas simpliste pour autant. L’auteure utilise des images élégantes, sans être trop baroques ou complexes non plus. J’ai envie de résumer l’écriture comme suit : elle est sincère et belle.

« Ce n’était plus moi qui regardais les choses, c’étaient les choses qui me regardaient, qui m’empoignaient tout entier ; ce n’était pas cette forme de contemplation qui vide le monde, c’était son contraire, puisque chaque élément se faisait la métaphore des autres, échappant ainsi à la clôture, à sa solitude. Le coassement du corbeau devenait la voix du peuplier en feu dans le couchant, le bruit du vent avait la couleur de l’herbe, le chemin était la route des nuages. »

Marie Didier est avant tout médecin, une grande partie de sa vie, elle l’a donné aux autres. C’est une femme sensible, et tout cela se ressent dans son écriture. La lire est un vrai plaisir même si les émotions procurées peuvent être dures. Ce livre nous met à nu en même temps que le narrateur le fait de lui-même. J’ai été beaucoup touchée à la lecture de ce livre, et je préfère prévenir : il risque d’en remuer certains, surtout ceux ayant une relation particulière à la maladie. Mais il vaut vraiment le détour !

Marie Didier, La Bouilloire russe, aux éditions Séguier, 11€.

Le Sang du temps, de Maxime Chattam

C’est avec une grand joie que je vous annonce que, voilà, c’est fait, j’ai lu mon premier Maxime Chattam. Il me fallait un livre prenant pour éviter de penser au Salon du Livre où je n’étais pas… J’ai donc choisi Le Sang du temps (titre que je suis obligée de regarder cinq fois pour m’en souvenir, et le ré-oublier deux minutes après).

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Cette histoire est en fait double. D’un côté, Marion, qui était il y a encore quelques heures secrétaire à l’Institut médico-légal de Paris. Mais ça, c’était avant qu’elle se retrouve détentrice d’un lourd secret d’État et menacée de mort par des gens pas très fréquentables… La DST décide donc pour sa sécurité de la faire disparaître, le temps que les choses se tassent. Elle est conduite en secret au Mont-Saint-Michel où elle est obligée de résider incognito. Accueillie par la communauté religieuse de l’île, elle découvre la beauté de ces paysages hors du commun et l’état d’esprit insulaire. Un jour qu’elle aide à trier des archives sur la terre ferme, elle découvre un journal intime, un carnet de bord, caché sous une couverture d’un livre de Virginia Woolf et écrit en anglais. Très vite, elle se passionne pour ce récit d’une enquête policière qui s’est déroulée au Caire en 1928.

Jeremy Matheson doit élucider d’abominables meurtres : des enfants sont retrouvés assassinés et atrocement mutilés dans les faubourgs est de la ville. Une rumeur enfle et se propage : on aurait vu une ghûl, une goule dans les rues du Caire, essayant d’entrer dans les chambres des enfants, reniflant les vêtements en train de sécher sur un fil. Un être abominable, sans visage, qui se cache sous une bure et ne sort que la nuit. Mais le policier anglais ne veut pas croire à cette piste surnaturelle.

On a du mal à comprendre comment ces deux histoires sont liées. Pourtant, elles le sont, mais je ne peux pas vous en dire plus malheureusement. Ce roman était parfait pour me faire oublier le reste du monde, il m’a pris dans son étau, entre France et Égypte, et m’a embarqué. Chattam sait travailler le suspens, l’appréhension et l’angoisse, en ça, on peut dire qu’il est un bon écrivain de thriller.

J’ai eu du mal au début à me faire à cette distance si grande, sur tous les plans, qui séparent le Mont-Saint-Michel du Caire : le livre opère des allers-retours presque à chaque chapitre entre ces deux univers. On ne lit pas le carnet de Matheson, on est immergé dans sa vie, la narration de ces passages ne diffèrent guère de ceux où on retrouve Marion. Cependant, au fil de la lecture, on se fait à ce monde de fonctionnement, et on va d’un pays à l’autre, d’une époque à l’autre, sans trop de difficultés : l’auteur arrive à nous faire voyager dans ces deux mondes qu’on ne connaît pas, quitte à pousser les poncifs un peu plus loin que nécessaires (la communauté religieuse austère, ou l’opposition coloniale arabes/blancs).

Mais il y a quelques points que je n’ai pas vraiment apprécié et qui m’ont déçu. Ce livre aurait pu être fignolé pour éviter quelques maladresses, notamment dans les transitions narration au Caire/lecture de Marion. En effet pour expliquer que l’on passe de l’un à l’autre, l’auteur utilise des stratagèmes très voyants et peu esthétiques. C’est un peu du bricolage, du collage. Idem pour la fin qui m’a paru bâclée. Ce ne sont que des avis subjectifs et ça n’enlève rien aux autres charmes de ce livre : l’écriture, le style plutôt, est assez particulier, mais ça change de la logorrhée narrative habituelle. C’est une écriture qui parlera à tout le monde : elle utilise des images et topoï admis mais s’en sert avec parcimonie, et je dirais même, à bon escient. De plus, attendez-vous à lire la deuxième moitié du livre d’une traite tellement vous aurez envie de savoir, de voir cette goule, si elle existe.

Les thèmes sont plus qu’originaux, même si j’ai trouvé que le secret d’État détenu par Marion n’était qu’une excuse pour lui faire découvrir ce carnet et l’emmener sur ce lieu si romanesque qu’est le Mont-Saint-Michel. J’aurais aimé qu’on creuse un peu plus peut-être la profondeur psychologique des deux personnages principaux, mais je me suis satisfaite de ce qu’il y avait, c’est suffisant pour un thriller.

Bref, il y a deux-trois petites choses à redire sur Le Sang du temps selon moi, d’un point de vue techniques d’écriture surtout, mais je crois que je suis un peu trop pointilleuse… Ce livre fait quand même super bien son boulot et vous passerez un très agréable moment de lecture grâce à Maxime Chattam.

Maxime Chattam, Le Sang du temps, aux éditions Michel Lafon, coll. Pocket (13173), 7€60.