Au service surnaturel de Sa Majesté, de Daniel O’Malley

Entre deux romances young adult, il m’arrive quand même de lire autre chose. Sortir des lectures plus adolescentes, des histoires d’amour toutes mignonnes, c’est un nouveau pas en avant pour me sortir de ma panne de lecture ! J’ai donc choisi, à ma plus grande surprise, un petit pavé du rayon SF de ma librairie. Il s’agit d’Au service surnaturel de Sa Majesté de Daniel O’Malley.

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Vous vous en doutez, nous sommes en Angleterre. Myfanwy Thomas se réveille dans un parc entouré de cadavres portant des gants en latex. Elle ne se rappelle de rien : elle a perdu la mémoire. Dans sa poche, elle découvre une lettre : son ancien elle savait ce qui allait arriver et lui a laissé tout un tas de message pour qu’elle se repère dans sa nouvelle vie. Car Myfanwy n’est pas n’importe qui : elle travaille pour la Checquy, une organisation secrète qui combat le surnaturel, le cantonne, l’étudie. Dans cette agence hiérarchisée selon un jeu d’échec, Myfanwy est la Tour. Elle va devoir réussir à se dépatouiller dans ce travail, entourée de personnes aux pouvoirs spéciaux, et trouver qui lui veut du mal. Car une conspiration est sur le point de réussir à tout renverser et Myfanwy doit y mettre un terme.

Ce roman de plus de 660 pages vous en fera voir ! Je ne m’attendais pas à ce genre de surnaturel, où tout est permis, mais ça fonctionne assez bien. J’ai adoré la Checquy, son organisation, ses membres : vraiment, ça m’a passionnée de découvrir avec notre héroïne cette société du paranormal. L’auteur a beaucoup d’imagination mais surtout ce qu’il a crée se tient d’un bout à l’autre. C’est un roman d’action, d’espionnage, de science-fiction, d’aventures : tout est réuni pour que vous passiez un moment de lecture divertissant. Il est vrai qu’il y a parfois quelques longueurs. Quand le roman prend des airs de thriller avec révélation(s) finale(s), je dois avouer que j’ai commencé à regarder ma montre. Mais l’auteur a mis en place un système de narration qui nous empêche de nous ennuyer tout en découvrant la Checquy au même rythme que notre héroïne : entre l’action qui se déroule sous nos yeux et le récit des lettres écrites antérieurement, un équilibre se forme.

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On ne peut alors s’empêcher de chercher les similitudes et les différences entre les deux Myfanwy, celle du passé et celle qui a perdu la mémoire et tente de reconstruire sa vie petit à petit. Et il est vrai que ce n’est pas tout à fait la même femme. J’ai adoré ce personnage, même si je l’ai parfois trouvée trop sûre d’elle pour une amnésique – ça manquait un peu de réalisme. Je me suis un peu perdue dans la galerie des autres personnages mais j’ai globalement trouvé tous les personnages secondaires intéressants. A partir du moment où on est dans une agence du surnaturel, on peut tout se permettre et l’auteur ne sait pas prier pour écrire quelques fantaisies – ah, Gestalt ! Ceux qui ont lu comprendront.

J’ai passé un excellent moment avec ce livre, même si je lui aurais enlevé une centaine de pages sans vraiment de difficulté. Daniel O’Malley a une imagination débordante et tient son univers d’un bout à l’autre. Sa plume est sûre, et ne manque ni de vivacité, ni d’humour. Je vous recommande ce roman, idéal pour les soirs de vacances ou un long weekend.

Et vous, êtes-vous prêt à intégrer la Checquy ?

Daniel O’Malley, Au service surnaturelle de Sa Majesté, traduit de l’anglais (Australie) par Charles Bonnot, aux éditions Pocket, 8€60.

Sang dessus dessous, de Claude Izner

Claude Izner est en fait le pseudonyme de deux sœurs qui écrivent à quatre mains : Liliane Korb et Laurence Lefèvre. On les connaît surtout pour les enquêtes de Victor Legris, un libraire de la rue des Saints-Pères. Mais pour moi, elles sont inconnues au bataillon. En général, quand il y a écrit « détective » sur la couverture (le nom de la collection par exemple), je fuis. Ce n’est vraiment pas mon truc les enquêtes policières à la Hercule Poirot.

Sang dessus dessous est la réédition de leur premier roman à deux, il préfigure en quelques sortes la série Victor Legris. Je me suis faite avoir par la couverture (même s’il y avait marqué « Grands détectives » dessus…), un vieux livre, quelques monuments de Paris, une silhouette pressée… Puis il faut dire que la quatrième de couverture était assez alléchante, avec des énigmes meurtrières, impliquant des livres….

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Milo Jassy (drôle de nom) est bouquiniste sur les quais de Seine. Sa vie se partage entre ses bouquins, sa voisine de commerce Henriette et son chien Lemuel. Mais un jour, il apprend qu’un de ses amis, libraire, a été retrouvé mort dans sa boutique. Nu, on l’a étouffé dans un sac plastique avant de le poignardé post-mortem. Le plus étrange, ce sont les deux Jules Verne d’une antique collection posés sur la tranche à ses pieds et lacérés. Les événements bizarres s’enchaînent, Milo Jassy comprend qu’il doit résoudre cette enquête car un danger inquiétant plane au-dessus de sa vie. Je ne vous en dirai pas plus pour garder le suspense.

Que dire ? J’ai été déçue. Certes, je n’aime pas les romans de détectives, mais ça n’a presque rien à voir ici tellement le livre est médiocre. C’est peut-être cru mais sincère. Le cadre est plutôt intéressant, mêler du Vingt Mille Lieues sous les mers et des assassinats, c’est plutôt original. Toutefois, l’écriture n’est pas claire. Au début, l’action met du temps à s’éclaircir, c’est beaucoup de noms, de lieux, des données qui nous perdent, sans compter que les multiples intervenants ont souvent des surnoms, ou sont la même personne, ou n’existent pas vraiment… Bref, un imbroglio de personnages tout au long de ce livre qui mène à une gigantesque pagaille.

Les péripéties s’enchaînent pour mener à une fin dont on se doutait avant de la lire. Le fil conducteur fait des boucles dans tous les sens, c’est loin d’être en ligne droite. Tout n’est qu’un enchaînement de petits événements dont on a du mal à comprendre la logique pendant une bonne partie de la lecture, et il y en a tellement avec des acteurs différents qu’on s’y perd très très facilement. On sait que l’effet « pièces de puzzle qui s’assemblent » est de tradition dans les romans d’enquête, et c’est même un de leurs plus grands attraits, mais ici on a l’impression de tomber dans un jeu de mikados éparpillés, la fin consistant juste à tous les ramasser pour les refourguer dans leur boîte. Bref, c’est raté.

Mais le pire, c’est qu’aucun des personnages n’est réellement crédible ou attachant. Ce sont des stéréotypes pour la plupart, avec peu de réalisme psychologique, et ceux qui révèlent un potentiel intéressant ne sont pas assez exploités. On reste en surface. Et même si Milo Jassy est le détective du livre, – il pose des questions, fais des recherches, et va même sur le terrain -, on a plus l’impression que les choses lui arrivent sans qu’il ne vienne rien demander, dans le sens où tous les indices lui parviennent sans trop d’effort… Pendant tout le livre, on n’a jamais vent de ce que fait le police, ce qui n’est pas très crédible vu les événements.

Bref, je vais m’arrêter, une vraie déception pour ce livre que j’ai failli acheter, heureusement je me suis rabattue sur l’emprunt en bibliothèque. On sent bien que c’est un premier roman policier pour les deux sœurs. Je ne connais pas leurs autres livres avec Victor Legris, j’imagine qu’elles se sont améliorées et qu’elles ont quitté l’ambiance brouillonne qui règne dans Sang dessus dessous.

Claude Izner, Sang dessus dessous, 10/18, « Grands Détectives » (4637), 7€50.