La femme de l’Allemand, Marie Sizun

J’étais à la recherche d’un roman pour avancer un peu dans le challenge Marry me proposé par George. Au détour d’un blog, il y a plusieurs semaines, je suis tombée sur ce livre de Marie Sizun et je me suis dit « pourquoi pas ? ». Voici ma rencontre avec La femme de l’Allemand.

la femme de l'all

Nous sommes au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Fanny est une mère célibataire. Marion, sa fille, a vite compris qu’elle était le fruit d’une relation interdite, celle d’une jeune Française de 20 ans avec un bel Allemand, soldat nazi, finalement mort sur le Front russe. C’était une histoire d’amour, sincère, en tout cas Fanny en est persuadée. Mais sa famille l’a découvert, elle en a donc été exclue : toute la bienveillance du monde ne pouvait pas cautionner cet acte collaborationniste.

On ne sait pas en détail ce qui s’est passé à cette époque-là puisque on voit cette famille à travers les yeux de la petite fille, ses souvenirs, ses pensées, ses sentiments. Marion a vu peu à peu sa mère tomber dans la folie, cet amour déçu l’a complètement bouleversée et transformée. Parfois, Fanny semble normal, d’autrefois elle se met à fredonner des chansons, à ranger et déranger les affaires dans la maison la nuit. Et encore, ça, c’est le plus gentil.

 

La folie, ce dur mot qu’on préfère taire. On dit que ce sont des « excès », des « emportements ». Marion aime sa mère, mais elle déteste cette tornade qui prend parfois possession de Fanny. Alors les rôles s’inversent : c’est la fille qui s’occupe des comptes, de la maison, qui donne des nouvelles au peu de famille qui veut bien encore leur parler. Elle prend des distances avec cette femme qui ressemble de moins en moins à celle qu’elle aurait voulu.

Marion profite des quelques moments où sa mère, où sa tante veulent bien parler pour en savoir plus sur ce père inconnu qui hante Fanny, sur ce père qu’elle ne connaît pas, pas même son nom, sur ce père qu’elle n’a jamais vu. Elle s’imagine un grand blond aux yeux bleus, fort, et aimant. Un papa qui aurait pu être là si la guerre ne l’avait pas pris.

Cet homme est absent du livre et pourtant il est partout, dans chaque moment de doute de Marion, dans chaque silence et chaque cri de Fanny. Cet Allemand est la cause de tout.

Je dois avouer que l’histoire en jette, il fallait y penser : mêler deux drames dans un même roman, ce n’est pas si simple, et Marie Sizun y arrive assez bien. On tremble, on a peur en même temps que la petite fille, on s’arrête de penser horrifié par les crises de Fanny.

C’est vrai, c’était bien manié, il y a de la tension mais aussi de l’espoir, l’horizon d’attente est toujours repoussé plus loin, et on se retrouve, nous, pauvres lecteurs, essouflés de devoir toujours lui courir après. Malheureusement, quelque chose de très important m’a complètement bloquée dans ma lecture. On dirait ailleurs que c’est un élément original, c’est vrai, mais il faut le manier avec précaution car sa charge de pathos et de tragique est immense, ça peut exploser ou déborder à tout moment. Cette chose ? La narration à la deuxième personne du singulier. C’est un narrateur externe qui pendant tout le livre s’adresse à Marion, lui disant « tu ». On a souvent l’impression que c’est un regard autobiographique et rétrospectif : c’est vraiment très dérangeant, à tel point que ça m’a mise à l’aise.

Le vrai problème, c’est que, alors que le « tu » aurait pu se faire plus discret à certains moments, l’auteure en use et en abuse, si bien qu’il m’a paru absurde, de trop. C’est vraiment un élément trop facile à utiliser, qu’on voit arriver de loin avec ses gros sabots. Je m’en servais à mes débuts de scribouillonne (pas que je sois meilleure écrivain aujourd’hui, mais je connais mes manies de style maintenant), quand j’écrivais de la fiction et que je n’arrivais pas à insérer assez de drame. C’était l’astuce facile, je m’en servais avec parcimonie : il faut dire que le « tu » introduit une certaine lourdeur dans le texte. Mais tout un roman avec ça, surtout quand on s’en sert à outrance, et bien c’est franchement indigeste. Alors oui, c’est un livre avec beaucoup d’émotion, rondement mené, mais je refuse de dire que c’est un roman « bon », ou « passionnant », ou « à lire absolument », parce qu’il repose en grande partie sur la narration, et je l’ai ressenti comme étant de la triche.

Voilà.

Marie Sizun, La femme de l’Allemand, aux éditions Arléa, 17€50 OU aux éditions Le Livre de poche, 6€60.

Le Palais d’Hiver, de Roger Grenier

Je reviens encore vers vous avec du Roger Grenier après une longue pause bien méritée. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un de ces romans, à ne pas lire si vous voulez sortir d’une dépression car je dois avouer que l’atmosphère qui y règne n’est pas forcément très joyeuse : Le Palais d’Hiver.

Ce roman raconte la vie de Lydia Lafforgue, qui a du déménagé de Chazelles près d’Angers à la ville de Pau, surplombant les Pyrénées. En effet, ruinés par la guerre, ses parents ont voulu en 1918 tourner la page et refaire leur vie. Ce qui va marquer la jeune fille pour toujours a été le refus familial de la laisser s’épanouir au Conservatoire, elle ne cesse de se répéter qu’elle aurait pu être une cantatrice fabuleuse. Cette défaite, cette montée vers la Gloire avortée, est comme le signe d’une déchéance plus générale : toute sa vie, elle ne pourra s’empêcher de ressasser cette carrière qu’elle n’a pas eu.

Mais plus qu’une fille d’une bourgeoisie reconvertie dans la confiserie, c’est toute une communauté que l’on suit dans ce roman : les voisins imprimeurs Béranger, les Casadebat, M. Tournon et M. Tournade, Gille Collette et bien d’autres. Une fresque de visages qui formeront la nouvelle famille des Lafforgue. A travers des fêtes, des amitiés, des amours, la vie de Lydia parmi eux aurait pu être heureuse, mais il faut croire que par moment, elle préfère se saborder. Je n’en dirais pas plus pour ne pas vous enlever l’envie de lire ce livre.

 En douceur, Roger Grenier nous dépeint une époque, une société aujourd’hui effacée. A chaque coup de pinceau, un nouveau souvenir palois se dessine et la vie de ses personnages prend corps sous nos yeux. C’est un roman mélancolique, nostalgique qui est témoin en une vingtaine d’années des relations qui se font et défont, d’un pays qui évolue. On a beau savoir que c’est de la fiction, on se croirait presque dans une chronique.

J’ai beaucoup apprécié ce livre même s’il n’est pas renversant. Ce n’est pas un roman à sensation, c’est juste un roman qu’il faut savoir savourer et lire lentement, encore du Grenier donc ! La lecture est agréable, au premier abord on penserait que ces descriptions et ce ton langoureux nous ennuierait mais étrangement, l’auteur sait nous tenir en haleine sans nous emmener à bout de souffle non plus !

J’avoue que je ne suis pas très objective pour ce livre car Grenier dépeint avec amour cette magnifique ville qu’est Pau, sa promenade des Pyrénées, son château… C’est un endroit que j’affectionne particulièrement et j’ai cru y voyager grâce à cette lecture, quelques décennies en arrière bien sûr.

 

C’est vrai que l’écrivain ne dépeint pas ici un sentiment d’allégresse, une ambiance enjouée malgré les quelques fêtes décrites, mais en même temps, après une guerre mondiale, puis pendant une crise économique comme on en a rarement vu… je pense que c’est assez fidèle à ce qu’on ressentait à cette époque !

Bref, une jolie lecture, agréable, un roman qui sait retenir l’attention.

Roger Grenier, Le Palais d’Hiver, Folio (347), 6€.