Orient/Occident, mode d’emploi de Yang Liu

Histoire de reprendre en douceur, j’ai commencé par un tout petit petit livre avec (presque) pas de mots. Orient/Occident, mode d’emploi de Yang Liu est carré, rouge et bleu, et publié par Taschen. Autant dire que l’édition est impeccable.

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Yang Liu a habité plusieurs endroits autour de la Terre. Etats-Unis, Chine, Allemagne… Ces expériences l’ont surprise et fascinée : quoi de mieux pour mettre en lien, comparer les modes de vies, les cultures, les peuples, les schémas de pensée. D’ailleurs, c’est à travers des schémas, des dessins simples, des bonhommes en bâtons qu’elle relève les différences entre l’Orient et l’Occident. A chaque double-page, vous comprenez d’un coup d’œil grâce aux pictogrammes de quelle façon un Chinois et un Canadien verront le rôle du chef, comment on exprime une idée au Japon et en Italie, comment on demande la parole dans une école cambodgienne et dans une école ukrainienne…

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On ne précise pas les particularités selon chaque pays, il s’agit juste là des nuances principales et les plus marquantes entre Orient et Occident. Ce n’est pas un guide précis mais il nous suffit à comprendre que les différences sont fondamentales, ancrées en nous. J’ai été surprise à de nombreuses reprises en regardant ces pages, j’ai éclaté de rire parfois et je me suis souvent interrogée. Plusieurs comparaisons ne m’ont pas parlée, je ne les ai pas comprises. De plus, très clairement, c’est axé sur les pays développés. Je ne suis pas vraiment certaine qu’on puisse appliquer cet ouvrage aux pays africains ou d’Amérique du Sud.

Bref, ne recherchez pas là de l’exhaustivité. Il s’agit d’un regard subjectif, celui de l’auteure, qui a eu l’occasion de vivre dans plusieurs pays, cultures. Et c’est drôle, c’est intelligent, c’est malin. Malgré ses défauts, j’ai passé un très bon moment en feuilletant ce livre. Clairement, c’est ce petit ouvrage qui m’a donné envie d’en rouvrir d’autres, au cœur de cette immense peine de lecture. C’est grâce à lui que j’écris cette première chronique de l’année.

Yang Liu, Orient/Occident, mode d’emploi, aux éditions Taschen, 12€.

Les Grandes Blondes, de Jean Echenoz

Après Un An, j’ai voulu en savoir un peu plus sur l’oeuvre de Jean Echenoz. C’est pourquoi j’ai décidé de lire Les Grandes Blondes, publié en 1995, qui a obtenu le prix Novembre. C’est un livre décalé et fin qui est, je trouve plus facile à lire que le premier ouvrage de cet auteur que j’ai découvert.

Très vite, la situation nous est exposée. Salvador, qui travaille pour la télévision, veut mettre sur pied avec son assistante Donatienne une émission sur les grandes blondes, naturelles ou colorées, chaudes ou froides. Pour cela, il a pensé à inviter sur son plateau une star de la chanson déchue, Gloire Abgrall, qui après avoir ravi les magazines s’est retrouvé dans la colonne « Faits divers » puis « Justice », accusée de meurtre. Mais voilà : depuis sa libération, la jeune femme n’a plus donné aucun signe de vie et use de toute son intelligence pour se cacher des yeux de tous. Salvador fait donc appel à Jouve pour partir à la recherche de la donzelle, cet enquêteur va faire en sorte d’envoyer ses meilleurs éléments sur le terrain pour remplir sa mission : Kastner, Boccara et Personnettaz se relaieront avec plus ou moins de succès. Mais Gloire est insaisissable et pleine de ressource et la trouver ne va pas du tout être une partie de plaisir.

Ce n’est pas un thriller ou un roman d’enquête, c’est beaucoup plus léger que cela dans l’écriture ainsi que dans certains éléments très « imaginatifs ». Echenoz a inventé une nouvelle façon d’évoquer la recherche de personne disparue et l’univers des détectives privés en incluant des éléments drôles, fantastiques ou à l’inverse morbide mais cela est dit avec un ton et une manière tellement décalée que le côté glauque de la chose n’est pas présent. Poétique, saugrenu, Les Grandes Blondes se lit vite car cette oeuvre saist nous ravir que ce soit dans le sens de nous plaire ou dans celui de nous enlever, de nous kidnapper. Un suspens, très présent sans être oppressant, et un humour toujours renouvelé et sur la limite font que ce livre n’est jamais ennuyeux mais au contraire, il rend accro !

On aimerait voir plus souvent lire ce genre d’ouvrage qui, sans nous prendre pour des idiots, sait nous caresser dans le sens du poil. L’écriture légère mais authentique nous envoie dans un monde où le réel est différent du nôtre, où même les actes les plus affreux sont peut-être admis avec plus de désinvolture. Je vous conseille donc vivement d’aller vous plonger dans ce roman tout à fait extra-ordinaire où les grandes blondes ne sont qu’un prétexte insolite mais terriblement grinçant pour explorer les possibilités poétiques et humoristique que nous donne le roman.

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