TAG La plume en herbe

Je ne fais pas que lire, j’écris. (Et pas seulement des articles de blogs et des tweets, cela s’entend.)

J’écris même depuis sacrément longtemps. Et aujourd’hui, j’ai décidé de vous en parler, histoire qu’on se connaisse mieux vous et moi. Je vais faire ça sous forme de questions/réponses. On pourrait presque appeler cela un TAG, oui, allez, le TAG de la plume en herbe. (On dit bien « écrivain en herbe », non?). En plus, il y a dix questions tout pile. J’aime bien quand les choses sont carrées.

La plume en herbe

Surtout, n’hésitez pas à reprendre ce TAG partiellement ou totalement sur vos blogs ou vos pages perso, ou même en commentaire. Je suis vraiment curieuse de voir s’il y a des auteurs derrière les lecteurs que je côtoie sur la blogosphère.

1. Tu écris depuis quand ? Comment s’est venu ? Oulah, je dirais que j’écris depuis que je sais écrire. Ma maman m’a très vite donné le goût des histoires en me lisant chaque soir patiemment des contes. J’ai tout de suite eu le virus de la lecture, mais cela ne suffisait pas. J’avais une imagination débordante, c’est donc tout naturellement que l’écriture de fiction est entrée dans ma vie.

2. Tu écris quoi ? De très loin, je préfère écrire des romans, même si j’arrive à en écrire et à les finir que depuis trois ans environ. Je ponds aussi quelques nouvelles parfois, mais j’y prends moins de plaisir. C’est pour moi plus un exercice pour m’entraîner et ne pas perdre la main entre deux romans.

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3. Ton parcours de plume en herbe ? Petite, j’écrivais des micro-histoires, des petites poésies, des chansons. Puis c’est passé au journal intime dès le collège (on aime bien se regarder le nombril à cet âge-là). Au lycée, j’ai essayé des textes très courts, personnels et poétiques. J’ai très très peu écrit à mon entrée en fac, mais mon admission en master écriture a tout changé. Et je suis tellement heureuse d’avoir pris cette voie ! L’écriture est vraiment un art dans lequel je m’épanouis pleinement. Il y a des défis à relever et des possibilités infinies. Puis, il y a eu la rencontre qui a tout changé : le NaNoWriMo dont je parle et reparle souvent sur le blog. Grâce à cet événement, j’ai pu finir mon premier roman, et… ouah quelle sensation ! Depuis j’en redemande. Et pas plus tard qu’hier, j’ai mis le point final au premier jet de mon troisième roman ! *clap clap clap*

4. Tes rituels d’écriture (lieux, matériels, etc.) ? J’écris sur mon ordinateur après avoir noté sur un carnet mes idées d’intrigues, de noms, etc. Hors NaNoWriMo (où là, par nécessité, j’écris n’importe où et sur n’importe quoi), je préfère écrire le matin à la bibliothèque ou dans un café. J’arrive assez facilement à me concentrer dans ce genre d’ambiance, et j’évite de mettre le WiFi pour ne pas être trop tentée… J’ai toujours du thé avec moi, et un truc à grignoter. J’écris sans musique, mais j’en mets parfois pour couvrir les bruits de ceux qui bavardent tranquillement en dérangeant tout le monde à la bibliothèque.

5. Ta méthode d’écriture ? Plutôt jardinier ou architecte ? Je note des idées (un thème, un personnage, parfois je pars juste avec un titre), et hop je me lance. En ça, je suis jardinier, j’attends que ça vienne. Cela donne des scénarios invraisemblables et géniaux à mon goût que je n’aurais jamais imaginer en préparant tout à l’avance. Avec mon dernier roman, j’avais essayé d’être architecte : j’avais préparé un plan sommaire (plutôt un chapitrage), des fiches de personnages, des docs historiques et biographiques… Mais au bout de 10 chapitres, c’est parti à toute berzingue dans une direction tout à fait inattendue, et je suis plutôt du genre à suivre le mouvement pour voir où ça me mène. (Et j’en suis assez contente.) Après le premier jet, je laisse reposer le roman loooongtemps (parfois un an voire plus!), puis je le reprends pour une réécriture complète : c’est-à-dire que j’imprime la première version et je retape tout différemment, en bien mieux, et en faisant des coupes drastiques. C’est souvent à s’arracher les cheveux de me relire : les incohérences dans la narration qu’il faut corriger, les fautes de français, les oublis… Puis je laisse reposer encore un peu et je le reprends une deuxième fois, mais cette fois-ci pour une ou plusieurs relectures. Après vient le moment des bêta-lecteurs, des derniers remaniements et corrections. Et voilà un roman tout beau, tout propre, écrit avec amûûûr. Pour l’instant, je n’ai jamais rien voulu présenter à un éditeur, je n’ai pas du tout l’étoffe d’un « vrai » écrivain. Mais peut-être qu’avec le petit dernier, je franchirai ce pas, parce que j’en suis sacrément fière quand même !

6. Qu’est-ce que tu aimes et détestes le plus dans l’écriture ? J’adore être surprise par mes personnages. J’adore la première réécriture. Je m’éclate avec la ponctuation aussi et j’apprends à apprécier de plus en plus le travail sur les dialogues. Je déteste devoir faire des descriptions et au premier jet, je les zappe souvent. Je déteste devoir écrire alors que je suis fatiguée. En fait, il faut que je sois bien physiquement pour écrire.

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7. Comment tu combats le syndrome de la page blanche ? Je trouve des idées de romans un peu par hasard, dans le métro, ou sous la douche, je les note toutes. Et je sais qu’il m’est impossible d’écrire quelque chose si je n’ai pas une de ces idées sous le coude, donc je ne tente même pas sinon c’est page blanche assurée. Sinon, pour le reste du temps, je m’astreins depuis des mois à un petit rythme pépère d’écriture deux ou trois matins par semaine minimum. C’est peu en réalité, mais au moins avec ça j’avance sûrement dans mes projets. Et bizarrement dans ces moments, je suis dans le train, l’écriture avance d’elle-même sans que j’ai trop à me forcer. Pour ce qui est de la réécriture qui peut me peser parfois, je me fixe des objectifs avec des pauses régulières ou une carotte à l’arrivée. Et si vraiment, c’est une période sans, je laisse tomber plusieurs semaines, je lis, je remplis ce blog (car cela reste TOUJOURS un plaisir), je me vide la tête, et quand j’y retourne, ça va mieux !

8. L’écriture, c’est quoi pour toi ? C’est un vrai moyen d’explorer d’autres horizons et de découvrir de nouvelles facettes de moi-même. C’est presque un jeu ! Ce n’est pas une échappatoire, ni un refuge, mais plutôt une autre dimension avec des êtres en papier qui vivent leur vie et que je retranscris. C’est un loisir extrêmement gratifiant à titre personnel auquel je souhaiterais accorder plus de temps.

9. Tu écris quoi en ce moment ? Je viens de finir un roman dont le titre provisoire est Sur les falaises de Guernesey. L’idée a germé lors d’un atelier d’écriture en juillet 2015 et elle a mûri pour se réaliser avec le NaNoWriMo 2015. Ce gros bébé est immense, et l’écriture du premier jet m’a pris 8 mois de travail intense (entre la préparation et la rédaction). Je voulais à la base raconter comment Victor Hugo était revenu à la rédaction des Misérables alors qu’il était exilé sur l’île de Guernesey dans la magnifique Hauteville House. Toute sa famille m’intéressait : je voulais parler de cet univers-là. Mais un chapitre sur les séances de tables tournantes (auxquelles il s’adonnait à Jersey) a tout changé et le livre a pris un autre tournant (oh, oh, ce jeu de mot !). Pour faire claire, imaginer qu’American Horror Story s’invite en plein milieu de sa baraque. Phénomènes étranges, inquiétants, vols, folie, agressions, bref ! Je me suis beaucoup éloignée du sujet, mais j’en suis tellement heureuse ! J’ai quitté un biopic plan-plan, pour lequel je n’avais clairement pas l’envergure, pour une réécriture complètement fantastique et un peu sombre d’un épisode de la vie de Victor Hugo. Je me suis carrément arrangée avec la réalité, mais qu’importe ! On a le droit de tout faire en écriture de création…7

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10. Tes ambitions, tes envies, tes projets en écriture ? Mon prochain projet, c’est de commencer la réécriture d’un autre roman qui attend depuis presque un an, et de commencer la relecture du tout premier que j’ai écrit (avec un point final et tout et tout). J’ai quelques petites idées pour une ou deux nouvelles que je pense écrire avant le milieu de l’année, mais rien de bien pressant. Je n’ai pas d’ambition particulière, sauf peut-être pour ma toute dernière création, mais on en est loin : la réécriture de Sur les falaises de Guernesey va juste être colossale et va me prendre des mois ! Je ferai tout pour garder un rythme d’écriture similaire ou supérieure : l’écriture est devenue pour moi presque un besoin et je ne peux pas m’en passer très longtemps.

J’espère que cet article, plus personnel, vous aura plu. C’est à vous de jouer à présent. Vous êtes tous invités à répondre à ce TAG : n’hésitez pas à vous servir de l’image plus haut, et si vous caler le lien vers cet article quelque part, ça me fera très plaisir ! Je vous mets ci-dessous la liste des questions, pour que vous ne vous embêtiez qu’avec un seul copier-coller. J’ai hâte de lire vos réponses !

  1. Tu écris depuis quand ? Comment s’est venu ?
  2. Tu écris quoi ?
  3. Ton parcours de plume en herbe ?
  4. Tes rituels d’écriture (lieux, matériels, etc.) ?
  5. Ta méthode d’écriture ? Plutôt jardinier ou architecte ?
  6. Qu’est-ce que tu aimes et déteste le plus dans l’écriture ?
  7. Comment tu combats le syndrome de la page blanche ?
  8. L’écriture, c’est quoi pour toi ?
  9. Tu écris quoi en ce moment ?
  10. Tes ambitions, tes envies, tes projets en écriture ?

NaNoWriMo 2015 : l’heure du bilan

Le NaNoWrimo 2015 est sur le point de finir. [Quoi, mais vous ne savez pas ce qu’est le NaNoWriMo, malheureux ?! Allez voir  ! Tout de suite, zouh !]. Et pour la troisième année consécutive, j’y ai participé avec une grande impatience, une grande excitation. Petit bilan post-écriture.

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Une question de rythme

Le NaNoWriMo, c’est 50 000 mots en un mois, soit une moyenne de 1667 mots par jour. Autant dire qu’il faut tenir la distance, car 50 000 mots, c’est VRAIMENT BEAU-COUP. En tout cas, pour moi. Sauf qu’au bout de trois éditions, eh bien je commence à m’y habituer. La première, j’ai du broder autour de mon histoire pour atteindre le nombre de mots voulu, l’année dernière, j’avais atteint pile poil ce qu’il fallait. Et cette année, cette évolution a continué : l’histoire que je voulais écrire s’est révélé beaucoup plus longue que prévue. A l’heure où je vous parle, j’ai déjà fini le NaNoWriMo, mais je ne suis même pas à la moitié de mon histoire, il me reste du travail en perspective… j’espère avoir assez de motivation pour y arriver, sinon ça attendra le NaNoWriMo prochain !

Côté nombre de mots, là aussi une belle amélioration. Grâce à mon travail qui me laisse des temps libres en matinée, j’ai pu avancer comme une folle à coup de 5000 mots par jour, j’ai pris une très belle avance. J’ai trainaillé les derniers jours mais j’ai malgré tout fini mon NaNo en avance, même si ce n’est pas le cas de mon histoire.

La communauté du NaNo

La grande nouveauté de cette année, c’est mon implication au sein de la communauté française du NaNoWriMo. Comme tous les ans, j’ai participé au forum, et pour la première fois, je suis allé aussi très régulièrement sur le chat français. Entraide, encouragement, discussion et surtout word wars très régulières m’ont permis de penser NaNo, de manger NaNo, de dormir NaNo.

En dehors de la toile, les nanoteurs de Toulouse se sont souvent réunis et j’ai été ravie de me joindre à eux pour quelques write-ins. J’en ai été vraiment contente, j’ai rencontré des gens agréables et motivants, et j’ai passé d’excellents moments. (Si vous passez par là nanoteurs toulousains, merci encore !)

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Planner vs Panser

Au NaNoWriMo, on fait la distinction entre les planners (ceux qui prévoient leur histoire en amont, font un plan, des fiches de personnages) et les pansers (ceux qui viennent les mains dans les poches). Depuis toujours, je faisais partie de la deuxième catégorie : j’avais vaguement une idée de l’histoire que je voulais faire et je me lançais dans le vide sans filet. C’était enthousiasmant mais j’ai également passé des heures douloureuses à me torturer l’esprit devant une page blanche (et dans le cadre du NaNo, c’est juste terriblement frustrant). Mais à chaque fois, le NaNo transformait cela en expérience vraiment étonnante car devoir écrire au kilomètre débloquait toujours les choses à un moment ou à un autre et mon histoire alors se transformait totalement. C’est comme ça que je me suis retrouvée à écrire un genre de thriller psychologique alors que ce n’est pas du tout – mais alors pas du tout – mon genre de prédilection. J’ai même réussi à tuer un de mes personnages (et chez moi, c’est un acte absolument rarissime).

Mais cette année, je suis panser. Mon idée a germé pendant l’été et comme l’histoire devait se baser sur des personnes et des faits très réels (en l’occurrence Victor Hugo et son exil à Guernesey – pour faire simple) et que cela me tenait vraiment à cœur, je me suis dit qu’il fallait un minimum de préparation. Je ne voulais absolument pas faire une biographie, soyons d’accord, mais je voulais dès que possible respecter la réalité dans mon texte. C’est ainsi que je me suis retrouvée à lire de nombreuses œuvres du grand homme, ainsi que des ouvrages retraçant sa vie et celle de sa famille. Ça a été vraiment très enrichissant et je ne regrette absolument rien. Mon côté étudiante en lettres avait repris le dessus et j’adorais ça. Cependant, le NaNo approchait et je n’ai pas pu tout lire, tout apprendre, même si j’en savais assez pour faire le premier jet. Je me suis donc lancé assez confiante dans cette aventure, suivant mon chapitrage, me référant à mes fiches de personnages. C’était bien la première fois que j’avais préparé ce que j’allais écrire et je dois avouer que je suis allé beaucoup plus vite en partie grâce à cela. Plus de panique devant la feuille blanche, je n’avais qu’à suivre le plan, mettre en mots ce que j’avais rapidement noté. Et sachant que je suis la pro pour broder (merci les éditions précédentes du NaNo…), ça roulait assez bien cette histoire. J’aimais beaucoup mon sujet, mais j’avais manqué de temps pour vraiment mettre au point mon intrigue principale (alors que mes intrigues secondaires allaient bien, elles). De ce côté-là, je tâtonnais donc.

Et là, surprise ! Retournement de situation ! Le NaNo a encore frappé et mon histoire de Victor Hugo a pris de sérieux avant-goûts d’American Horror Story (très bonne série en passant, je vous la conseille grandement). Maison hantée, folie, secrets, cauchemars. Tout basculait… et c’était génial ! J’adorais et j’adore encore ce tour complètement décalé et surprenant qu’a pris mon histoire. J’ai donc continué dans ce sens et il n’y a pas à dire, c’est beaucoup plus prenant à écrire (et, j’espère, à lire plus tard), même si beaucoup moins académique.

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Ambiance

Au début, j’étais très très enthousiaste, j’attendais le NaNo depuis septembre déjà, j’y pensais même dès juin. Je n’avais qu’une hâte, c’était de m’y mettre. Il faut dire que j’ai toujours du mal à me mettre à écrire le reste de l’année, je me trouve toujours des excuses, mais le NaNoWriMo, c’est vraiment mon rendez-vous annuel, mon défi perso, où je prends un mois pour ma passion. C’est ça et rien que ça qui prime en novembre. Les premiers jours d’écriture étaient très agréables, je faisais connaissance avec mes personnages, je rencontrais les autres nanoteurs régulièrement, mon compteur de mots affichait un score excellent, je déroulais mes phrases sans encombre, j’avais du temps et de l’énergie, puis mon histoire s’améliorait de chapitre en chapitre.

Puis est arrivé le vendredi 13 novembre et cette soirée funeste. Ça n’a plus été pareil. Mon esprit – encore aujourd’hui – est ailleurs, et personnellement, je cherche toujours mon sourire depuis ce jour. Heureusement, mon travail à l’école me console beaucoup et les rires des enfants me donnent une raison de me lever le matin et de ne pas rester à me morfondre sous la couette. Ça a été vraiment un coup dur au moral. Et même si je suis la première à dire qu’il faut se relever et ne pas se montrer abattu, et bien cela demande du temps et de l’énergie. Sans compter que je suis malade depuis 10 jours. Mon NaNo s’est fini dans la lassitude et je dirais même que je m’en fichais un peu. J’écrivais de façon automatique. Il y avait des choses plus importantes ailleurs. Sur le chat, on se consolait. Sur le forum, les participants étrangers nous laissaient des messages d’entraide, de réconfort et d’amour. Entre nanoteurs toulousains, on n’avait plus vraiment la tête à faire des write-in. Novembre n’est pas le mois de 2015 que j’aurai préféré. Au même titre que janvier.

Bon, on arrête d’être triste 🙂

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Le NaNoWriMo 2015 est terminé pour moi. Je vais commencer à réécrire celui de l’année dernière. Je ne sais pas si je finirais l’histoire que j’ai commencé. J’espère car je l’aime vraiment beaucoup. Mais ce n’est jamais évident pour moi de me remettre à l’écriture. (Et cette conclusion est toute pourrie.)

Et vous, vous écrivez ? Vous avez fait le NaNoWriMo ? Dites-moi tout !

La fois où je suis devenu écrivain, de Vincent Cuvellier

Lire un livre où l’auteur se livre (oh, oh ! :p) sur la façon dont il est devenu écrivain alors que je suis en plein NaNoWriMo, ça a un côté rassurant. On se dit que les façons de parvenir à notre but (écrire un roman) sont très diverses, et l’important c’est que chacun trouve la sienne. La fois où je suis devenu écrivain, c’est l’histoire de Vincent Cuvellier qui revient vingt-cinq ans plus tard sur ses débuts dans le milieu littéraire.

À l’époque, Vincent est ado, il s’en sort mal au collège à tel point qu’il l’arrête dès ses seize ans. Il découvre alors les petits boulots, les stages, le chômage. Il essaie de s’en sortir comme il peut, comme on peut à seize ans, alors qu’on a autre chose en tête que son épargne retraite. Non, à seize ans, on pense aux filles, à l’image qu’on renvoie et on a des rêves aussi. Le rêve de Vincent, c’est de devenir écrivain, il n’a aucun doute là-dessus, c’est ce qu’il veut faire, c’est ce qu’il veut devenir. Déjà quand il était à l’école, il n’avait qu’une hâte, c’était de rentrer chez lui pour coucher des histoires sur le papier. C’était un moment de libération et de plaisir où enfin là il était à l’origine de quelque chose. Par hasard, Vincent participe à un prix littéraire qui récompense la nouvelle d’un jeune. Et il gagne. La première place. C’est alors une révélation. Le truc, c’est que sa nouvelle est un peu crue. Il utilise des gros mots, des phrasés courts. Et ça ne plaît pas à tout le monde, mais lui refuse une censure de politesse qu’on souhaiterait lui imposer. C’est ainsi que Vincent est publié à part des autres lauréats du prix, et pas dans le recueil commun. Il s’en fout, il vient d’être publié, et tout seul en plus. Il le sait, c’est le début d’une nouvelle vie. Sauf que la vraie vie n’est parfois pas si simple. On se trouve toujours des excuses pour ne pas écrire et pour ne pas affronter l’angoisse de la page blanche.

Ce livre très court s’adresse à un public jeune. D’ailleurs Vincent Cuvellier a une plume idéale pour s’adresser à ce genre de public : drôle, incisive et directe. On peut lui reprocher peut-être ce style qui semble peu mature, peu travaillé. Mais c’est un parti pris : celui de l’oralité, il n’y a pas de barrière de syntaxe et de propreté des mots entre lui et nous. On devient proche très vite de ce narrateur qui nous invite dans sa vie, dans son adolescence et ces quelques pages se lisent à toute vitesse. Toutefois, je pense qu’on peut trouver plus inspirant, mieux écrit comme livre sur la naissance d’un écrivain et même des ouvrages s’adressant à des adolescents. En lisant ces pages, j’ai encore eu l’impression de faire face à cet ado qui voulait vous mettre dans son panier et faire bonne figure pour vous impressionner. Or, c’est l’adulte qui parle. Il y a peu de points de vue vraiment rétrospectifs, vraiment intéressants en profondeur et c’est bien dommage. En soignant un peu plus son style, en allant plus loin dans ce livre – bref en prenant le temps de s’appliquer – je pense qu’il aurait été possible de nous fournir un témoignage beaucoup plus intéressant et moins tourné vers soi au point d’en oublier un peu le lecteur.

Mais toutefois, ce livre se lit vite et peut plaire pour une lecture rapide qui change un peu.

Vincent Cuvellier, La fois où je suis devenu écrivain, éditions du Rouergue, 8€50.

Z, le roman de Zelda, de Therese Anne Fowler

Je reviens vers vous après pas mal de temps. Les vacances sont passées par là, et notamment une jolie semaine à Venise de laquelle je suis revenue avec plein de couleurs dans les yeux et les pieds en compote (je ne peux plus voir un escalier en peinture à présent…). Durant mon séjour italien, j’ai emmené quelques lectures, au grand étonnement de ma copine de séjour qui s’étonnait à n’en plus finir de mon rythme de lecture (quand moi j’enviais son rythme d’écriture proprement ahurissant). J’ai notamment fini la lecture d’un roman qui me regardait avec des yeux doux depuis ma bibliothèque : Z, le roman de Zelda de Therese Anne Fowler.

Je ne fais pas vraiment les choses dans l’ordre. En effet, le couple de F. Scott Fitzgerald m’a toujours un peu fasciné, et c’est pourquoi sur ma pile à lire trônent Gatsby le Magnifique du mari et Accordez-moi cette valse de l’épouse, plus un ou deux autres romans des « années folles » et une biographie. Mais au lieu d’être logique, j’ai préféré plonger dans un roman de fiction retraçant la vie de la célèbre femme de Francis Scott Fitzgerald directement. Une bien belle découverte !

Dans l’Alabama de 1918, la jeune et fougueuse Zelda rencontre un soldat en garnison qui rêve de gloire littéraire et d’épanouissement dans l’écriture mais aussi d’argent facile, de vie de fêtes. Elle, exubérante, veut sortir de ce Sud conservateur, sclérosé. Ils vont se marier et il va devenir célèbre. Il s’agit de Francis Scott Fitzgerald. Les premières années ne sont qu’une succession de fêtes mais lentement et inexorablement, les bonheurs éphémères des soirées mondaines laissent place à la souffrance, aux non-dits, aux désillusions quand bien même l’amour et la romance veulent rester. A Paris, à travers les États-Unis ou près de la Méditerranée, le couple Fitzgerald oscille entre tragédie et passion sincère. Happé par la folie des années de l’entre-deux guerres et la nécessité d’écrire, pas si facile de garder la tête hors de l’eau.

Therese Anne Fowler n’a pas essayé d’en faire trop, et ça fait du bien. Elle a trouvé le juste équilibre entre ces vies uniques et bouleversantes et le ton du roman. L’angle de vue par Zelda et non Scott est rafraîchissant, très judicieux. On s’intéresse rapidement à cette femme magnifique, avec ses rêves, ses espoirs qui se frottent au monde du réel avec plus ou moins de succès. J’ai adoré ce personnage « entier », franc et je trouve que l’auteure a su capter ce qu’il y avait de plus beau en Zelda (même si c’est fictionnel). Elle ne prend pas partie dans le grand débat « est-ce que Zelda qui a conduit Scott à sa perte ou l’inverse ? » Car en effet, leurs vies sont sublimes et tragiques. On a peine à croire qu’elles ont réellement existé ailleurs que dans des livres et des films. La description des lieux, des décors, de l’ambiance est très bien réalisée : on s’y croit, on est dans ce monde qui a existé des décennies avant nous, on le touche du doigt.

Ce roman est captivant, de par son thème, ses personnages emblématiques mais aussi pour le rythme de la narration et le ton employé. Résumer deux vies en quelques centaines de pages n’est pas exercice facile, mais Therese Anne Fowler s’en sort avec brio : les moments racontés sont très bien choisis, agencés, la construction donnent de l’allant à ce texte et on tourne les pages sans s’en rendre compte, trop pris dans notre découverte de ces destins hors du commun.

Ce livre est à la fois divertissant et intelligent. J’ai vraiment été touché par les personnages, même si le traitement d’Hemingway n’est pas celui que j’attendais. J’ai adoré côtoyé Cocteau, Pound et autres stars de l’époque, j’ai adoré voyager dans ces manoirs, ces demeures, ces maisons coloniales, et j’ai été émue de voir la vie intime de ces deux êtres qui s’aimaient d’un amour un peu fou.

Une vraie réussite, une fiction rondement menée, je vous la conseille !

Therese Anne Fowler, Z, le roman de Zelda, traduction de l’anglais par Laure Joanin, aux éditions Pocket (15656), 8€40.

La Délicatesse, de David Foenkinos

Je reviens après quinze jours d’absence, mais j’ai une bonne excuse : pendant deux semaines j’étais sur le champ de bataille pour mon travail qui organise en même temps un festival de théâtre/poésie/musique en plein air ET des ateliers d’écriture. Mon rôle était de courir partout pour régler les problèmes de secrétariat, de logistique et de comm’. Mais j’ai surtout joué les « mamans poules » pour les stagiaires qui ont dormi sur place. Et pour la première fois, j’ai eu la chance de participer à un atelier, cadeau d’un prix littéraire dont j’ai été lauréate il y a plusieurs mois. J’ai choisi de passer une semaine avec David Fauquemberg sur le thème « Face à la mer » et il faut dire que cela a été une vraie réussite. Je recommencerai avec plaisir !

Bref, retour sur le blog. Je suis en train de lire un immense roman de 800 pages sur le règne de Ptolémé II à Alexandrie, je le déguste à petites doses, mais pour ne pas trop vous faire attendre, je lis également des livres plus courts et efficaces en parallèle. Aujourd’hui, je vais vous parler de La Délicatesse de David Foenkinos ; je me doute que vous êtes plusieurs à l’avoir lu. Notre héros est une héroïne, Nathalie. On va la suivre tout au long du fil amoureux de sa vie. Du moment où il s’est rompu à la mort de son compagnon à celui où il se redresse, s’entortille. Nathalie ne s’attendait plus à grand-chose jusqu’au jour où. Je n’en dirais pas plus, disons seulement qu’elle a embrassé quelqu’un sans savoir pourquoi et que cela va lui réserver plus d’une surprise.

Il est difficile de retracer plus en détails l’histoire de Nathalie car j’aimerais vraiment garder la surprise pour ceux qui ne l’ont pas lu. J’avais beaucoup entendu parler de David Foenkinos et je suis très contente d’avoir enfin découvert son écriture. Son style est très visuel, un peu fataliste mais avec des notes d’espoir et d’humour. C’est très sensible, très pudique mais aussi très vrai et presque beau dans l’évocation des émotions pures, des sentiments naïfs. En me relisant, je me dis que je ne suis pas très claire, difficile de l’être, mais pour faire court : on ne s’ennuie à aucune page, on vit avec les personnages, on ressent ce qu’ils ressentent et on rêve avec eux. L’écriture nous emmène sans retenue et nous fait sourire. C’est une perle de sensibilité et de sincérité. Je dois avouer que je suis très admirative de ce style simple à lire mais multiples dans ses résultats, un beau roman comme on en lit rarement.

Je vous le conseille vraiment pour lire d’autres choses sur l’amour que ce que vous croisez habituellement.

David Foenkinos, La Délicatesse, aux éditions Gallimard, 16€

Maudit best-seller, de Cyril Gramenk

Je reviens vous parler d’un livre qui parle d’écriture et d’édition, un roman hors du commun, drôle, incisif, surprenant et très prenant : Maudit best-seller de Marc Kryngiel.

Le héros s’appelle Cyril Gramenk (joli jeu de lettres ;p ). C’est un écrivain qui a publié plusieurs ouvrages mais qui n’a jamais connu la gloire ni le chiffre de ventes qui va avec. Pour se débarrasser d’un contrat d’exclusivité et suivre son éditeur parti fonder sa propre maison, il décide de donner à son nouveau éditeur – plus amoureux du succès commercial que de littérature – un manuscrit assez mauvais et impubliable, envoyé par un admirateur. Et là, malheur, il est finalement édité, à sa grande surprise. Pire encore, ce roman est même un vrai best-seller ! Interview, dédicaces, rencontres… il signe de son nom un livre qu’il n’a pas écrit. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais les ennuis ne font que commencer ! Entre menaces énigmatiques par courrier, le retour de sa maîtresse et d’un fils dont il ignorait l’existence et la polémique autour d’une scène de ce livre qui porte son nom, rien ne s’arrange et Cyril va de problème en problème.

La narration est la première personne et il faut avouer que notre romancier n’a pas sa langue dans sa poche, concernant les femmes, ses déboires, les journalistes, son éditeur… Il est franc, direct, autant dire qu’on le lit sans se forcer. L’action va vite, tout en étant claire, l’écriture est fluide et ne s’embarrasse pas des conventions du genre. L’intrigue n’en finit pas de rebondir, mais il faut dire que les décisions de notre héros sont parfois… prises par la force des choses ou sous le coup de l’émotion. A plusieurs reprises, j’ai eu envie de lui taper sur la tête en criant de ne pas faire ça, mais cause perdue, il n’écoute personne et garde tout pour lui. Et malgré les aléas de la vie qui n’est vraiment pas cool avec Cyril, on l’aime notre écrivain, on se prend d’affection pour lui, et surtout on se régale à lire ses mésaventures.

Car c’est surtout ça qu’il faut retenir de ce livre : même s’il vient avec de gros sabots, que le style n’est pas discret, que la langue n’est pas tirée à quatre épingles, eh bien on passe quand même un excellent moment. On grince des dents, on croise les doigts et à chaque page on réprime un sourire face aux péripéties extravagantes et à l’écriture vive. Ce livre n’est pas parfait, mais il est rafraîchissant et jubilatoire. Il arrive même à nous tenir en haleine et on tourne les pages à une vitesse ahurissante.

Lire ce Maudit best-seller m’a vraiment fait du bien entre deux romans plus sérieux, à l’écriture plus ciselée ou poétique. Un peu de simplicité et de littérature abracadabrantesque, ça fait drôlement du bien. On lit chaque mauvais tour du destin en trépignant, et on en redemande !

Cyril Gramenk, ah non, pardon, Marc Kryngiel, Maudit best-seller, aux éditions du Seuil, 16€.

HHhH, de Laurent Binet

J’espère que vous avez tous passé d’agréables fêtes de fin d’année. Je vous souhaite une superbe année 2015, une année faite de découvertes, de petits bonheurs quotidiens et de confiance en vous !

J’ai remis à plus tard de nombreuses fois la lecture de ce roman, car il y avait plus urgent, ou plus passionnant en apparence, mais je ne regrette pas d’avoir tout simplement abandonné ce projet de lecture, car ce roman – qui est plus qu’un roman selon moi – a été une belle découverte. Il s’agit de HHhH de Laurent Binet. Le titre, c’est l’abréviation de Himmlers Hirn heißt Heydrich. Autrement dit : le cerveau d’Himmler s’appelle Heydrich. Un titre un peu tarabiscoté pour désigner le sujet de ce livre : le chef de la Gestapo, des services secrets de l’Allemagne Nazi, j’ai nomme Reinhard Heydrich.

Ce roman retrace la prise de pouvoir et la montée en puissance de cet Allemand, jadis exclu de l’armée, qui se retrouve finalement à planifier la solution finale pour Hitler. Une vie à Prague comme dirigeant en intendance où il va régner d’une main de fer, écrasant les mouvements de résistance tchécoslovaques. Mais le président de ce pays de l’Europe de l’Est, qui a fui en Angleterre, ne peut pas rester insensible et impassible face au destin de sa patrie. Il met en place l’opération Anthropoïde (c’est le titre que Laurent Binet aurait aimé choisir pour ce roman). Le but de ce plan : éliminer « la bête blonde », « le bourreau de Prague », Heydrich en personne. Pour cela sont envoyés un Tchèque et un Slovaque. Ce livre raconte leur histoire et leur attentat. Leur effort, leur sacrifice. C’est un moment de la Seconde Guerre mondiale qu’on ignore, pour la plupart. Et personnellement, je dois avouer que j’ignorais plus ou moins qui était Heydrich. Remettre tout cela en mémoire voire en permettre la découverte ne fait pas de mal et nous remet à notre place face à l’Histoire.

Je ne pourrai pas terminer cette chronique sans parler de l’écriture, très personnelle, de Laurent Binet. J’ai particulièrement aimé la façon dont l’auteur a de nous faire participer au récit : son écriture et son intrigue, son fond et sa forme. En effet, le récit est à moitié l’Histoire de cette opération et à moitié l’histoire de la création de ce roman. Laurent Binet raconte comment il en est venu, à force de recherches, mais aussi de doutes, de réécritures à écrire tel ou tel passage. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, cela n’alourdit pas du tout son propos, mais c’est à l’inverse une vision de l’écriture en construction très très intéressante et cela donne du relief aux événements contés dans ce livre.

Cette lecture a été à la fois divertissante et instructive. J’ai lu le livre à une vitesse prodigieuse, je ne pouvais pas le lâcher. Ignorant tout de cet attentat, je ne savais pas du tout s’il avait fonctionné ou pas, je voulais donc à tout prix connaître l’aboutissement de l’opération Anthropoïde. C’est un roman que je vous conseillle, car il touche un thème que je trouve passionnant et important – la Seconde Guerre mondiale et l’Allemagne nazie – traité de façon originale et intelligente.

Laurent Binet, HHhH, aux éditions Grasset, 20€90.

Patients, de Grand Corps Malade

Connaissez-vous Grand Corps Malade ? C’est celui qui a fait connaître et répandre le slam. Ses textes sont forts et sa voix nous emportent. Mais savez-vous qu’avant d’écrire, c’était une autre vie qu’il s’imaginait ? Il voulait faire du sport. Jusqu’à ce qu’un mauvais plongeon dans la piscine en décide autrement, alors qu’il n’a que vingt ans. Paralysie à vie, c’est le diagnostic qu’on lui donne. Il est allongé sur un lit, puis en fauteuil, on sait aujourd’hui qu’il finira debout. Dans son livre Patients, il raconte – en prose – son séjour dans un centre de rééducation.

J’aime beaucoup cet artiste donc je vais avoir un mal fou à être objective. Le témoignage que Grand Corps Malade a écrit n’est pas long mais il dit beaucoup de choses. Dans un centre de rééducation, il y a des vies qui se jouent, des avenirs qui se tracent et d’autres qui s’évaporent. En plus de nous raconter sa propre expérience, son propre vécu, c’est aussi sa vie avec ses colocataires d’infortune qu’il nous fait découvrir et les « joies » d’être tétra ou paraplégique.

Il y a des choses qu’on n’imagine pas et qu’on réalise à la lecture de ce livre : les Patients doivent être patients avant tout, « il faut être pote avec la grande église de l’horloge ». Dans son style poétique et vif, inimitable, l’auteur retrace les péripéties, les rencontres. Il y a de tout, toutes les personnalités sont représentées, tous sont des destins qui sont ou ont été malheureux à un moment donné. Jamais la plume de Grand Corps Malade ne tombe dans le pathos. Il s’en sort avec sensibilité, à la fois pudeur et dérision. Il sait jongler entre toutes ces émotions et ne nous met jamais mal à l’aise quand bien même il nous met devant une réalité qui n’est pas la plus belle.

Je suis sortie de cette lecture avec un sourire. C’est l’histoire d’une renaissance obligée, d’un quotidien qui est, pour nous valides, atypiques. J’ai l’impression aujourd’hui de mieux connaître cette partie de la population qui attend, qui est immobile, paralysée, mais qui n’est pas pour autant inactive. J’aurais aimé apprendre comment Grand Corps Malade en est venue à l’écriture par le biais de cette expérience, mais ce livre n’est pas une autobiographique, c’est un témoignage sur un moment décisif de sa vie, et un hommage envers ceux qu’il a croisé et qui se battent encore. Une belle ode à la vie dont la lecture est un régal éclairant.

Grand Corps Malade, Patients, Points, 5€70.

Clichy, de Vincent Jolit

 

C’est d’abord la couverture qui m’a plu, un menthe très claire. Puis ce titre en touches de machine à écrire : « Oh, on risque de parler d’écriture là-dedans ! » Il n’en fallait pas plus pour que je me plonge dans Clichy de Vincent Jolit.

Nous sommes dans l’entre-deux-guerres, dans un dispensaire à Clichy. Dans les locaux de cet hôpital du peuple, on peut trouver Aimée, la sténo-dactylo qui recherche l’indépendance et la stabilité (ce qui est contradictoire à cette époque), et Louis, un médecin qui conseille plus qu’il ne prescrit et qui écrit avec ferveur entre deux voyages d’études.

Elle, presque personne ne s’en souvient. Louis, tout le monde va le connaître. Car Louis veut écrire, veut faire mouche en littérature en ne faisant rien comme tout le monde. Et pour partir à la recherche d’un éditeur et revoir son texte plus efficacement, il a besoin qu’il soit tapé. Pour ça, il demande de l’aide à Aimée, qui accepte poliment. Le monstre qu’elle va devoir affronter trois fois de suite avec moult questionnement et expressions de surprise s’appelle Voyage au bout de la nuit et fait des centaines de pages.

Ce livre, cette biographie romancée d’une relation dont on sait peut de choses, retrace les réécritures de ce roman si célèbre tout en retraçant la vie du médecin-écrivain dans les grandes lignes (il ne s’agit pas ici d’une œuvre qui lui est consacrée) et en recréant celle d’Aimée à l’aide des très rares indices disséminés par-ci, par-là.

Vincent Jolit a vraiment fait un effort de recherche, on le voit tout de suite. A plusieurs reprises c’est sa voix qu’on entend, c’est lui le narrateur de cette histoire qui est vraie même dans la fiction. Avec Clichy, il retrace les lignes de la première lectrice d’un des romans les plus célèbres du XXème siècle. Il redessine son enfance, ses désirs d’autonomie, sa vie amoureuse tranquille, et surtout l’immense travail qu’a représenté sa collaboration muette avec le docteur Louis. C’est à la fois très intéressant et très frustrant car on nous dit que ce n’est peut-être pas ça, que ce qui nous est dit est peut-être faux. On nous sert de la nourriture sur un plateau d’argent mais on ne sait pas si elle est véritable ou si c’est juste un trompe-l’oeil en plastique.

Je suis partagée car d’un côté, je l’ai vite lu, la lecture m’a plu, mais de l’autre, j’ai trouvé l’écriture trop loin du romanesque sans ressembler à du biographique. C’est un entreprise littéraire très intéressante, mais j’ai eu du mal à trouver ma place par rapport à ce livre contrairement à La Dactylographe de Mr James qui a vraiment un parti pris romanesque qui emmène son lecteur avec lui. Puis sincèrement, on en apprend très peu sur Louis Céline, même s’il y a deux trois petites choses de génétique des textes (comment Le Voyage a évolué de la première écriture à l’édition), on n’entre pas en profondeur dans le processus créateur de cet écrivain, alors que suivre sa réflexion aurait été très intéressant. Mais c’est le parti pris de ce roman : se pencher sur la vie d’une inconnue, Aimée, et non pas retracer le chemin d’un docteur qui manie la plume. En même temps, c’est vrai que sur Louis Céline ont été publiés des dizaines et des dizaines d’ouvrages et sur Aimée, rien, alors que sans elle, peut-être rien n’aurait été possible.

Bref, une lecture pas si mauvaise mais pas un immense coup de cœur pour autant. Si vous tombez sur ce livre par hasard, laissez-vous tenter, par curiosité, notamment si vous avez garder en tête l’écriture révolutionnaire du Voyage au bout de la nuit.

Vincent Jolit, Clichy, éditions de La Martinière, 14€90.

 

A l’aide, ou le rapport W, d’Emmanuelle Heidsieck

Et si la gentillesse était un délit ? Emmanuelle Heidsieck imagine un monde où rendre service sans rien attendre en retour est interdit et dangereux.

A l’aide ou le rapport W nous évoque la rédaction de fameux dossier qui va radicalement changer l’image de la société et son fonctionnement. Donner un coup de main gratuitement est depuis longtemps devenu un signe d’inégalité, celui qui aide se plaçant en supérieur à celui qui est aidé. Pour plus de justice et d’équité, chaque service, conseil, aide doit être acheté auprès d’entreprises spécialisées pour éviter toute concurrence déloyale. C’est seulement ainsi qu’un pays capitaliste comme le nôtre peut réussir, en tout cas dans l’univers de ce roman.

L’écriture est âpre et difficile à suivre tellement elle est sèche. On est au-delà de l’émotionnel dans ce livre qui décrit une société effrayante et déshumanisé. C’est un livre court, et heureusement car le style comme le thème sont épuisants. Ce n’est pas simple d’affronter un monde où l’altruisme est un défaut inqualifiable.

A travers des « cas pratiques » et la relation hiérarchique entre les deux hommes du gouvernement qui rédigent le rapport remettant tout en question, les pages défilent avec heurts. Ce n’est pas l’écriture qui est à remettre en cause mais peut-être plus la construction et le choix de la voix narrative tellement extérieure au récit que l’on a du mal à s’y couler. Toutefois, il faut remarquer que cela colle bien au texte…

Une langue acerbe rend ce roman d’anticipation d’autant plus terrible : on pourrait presque croire que ce monde où l’aide à personne est une grave faute menant à d’importantes amendes et peines de prison est possible. Juste pour vivre cette expérience qui donne à réfléchir, tentez cette lecture.

Emmanuelle Heidsieck, A l’aide ou le rapport W, aux éditions Inculte Laureli, 14€90.