Les Larmes d’Ulysse, de Roger Grenier

Encore un Grenier, ce ne sera pas le dernier sur le blog, mais promis juré, ça s’arrête bientôt. Pour préparer la rencontre avec cet auteur (en octobre, et vous êtes les bienvenus!), chaque membre de mon master travaille sur un thème de son œuvre. J’ai atterri dans le groupe « animaux » (mais aussi  » rapport à l’image « , c’est une autre histoire), qu’on devrait rebaptiser « chien », car c’est un peu près le seul être vivant non humain qui peuple les ouvrages de Roger Grenier. J’ai donc lu (d’une traite!) Les larmes d’Ulysse, Ulysse étant le nom du braque qui a tant compté pour l’auteur.

 les larmes d'ulysse

Ce livre nous parle de chiens et d’écrivains, de chiens dans la littérature. Des petits chapitres se succèdent semant des anecdotes anciennes ou contemporaines de Grenier, des faits historiques ou mythologiques, des bribes de romans et d’autres œuvres littéraires. Le chien est aimé ou mal-aimé, ridicule ou reconnu pour sa vaillance, mais on s’accorde toujours sur sa fidélité et sur sa nature si proche de l’homme.

 

Grenier est un « ami des chiens » qui a presque réussi à me convaincre, moi, « l’amie des chats » que le canidé avait des mérites. L’auteur en filigrane évoque la coïncidence troublante qui fait ressembler le maître à son animal, mais il nous parle plus tristement de cette injustice de la nature qui fait qu’une vie de chien, en terme de longévité, n’est pas en adéquation avec une vie d’homme.

 

Avec l’auteur, j’ai voyagé chez Chaplin, j’ai rencontré Romain Gary rue du Bac, j’ai croisé des chiens sur les champs de guerre napoléonien et j’ai fréquenté les plus grands écrivains (Baudelaire, Flaubert…) qui appelait cet animal dans leurs écrits. C’est incroyable tout ce qu’on a pu dire sur les chiens en général, mais surtout sur nos chiens, nos compagnons de vie, nos acolytes dans la joie ou le désespoir, nos amis de toujours ou d’un soir.

 

C’est une œuvre très surprenante, qu’il faut au moins avoir dans les mains une fois, pour le feuilleter et se laisser aller à ces divagations canines. Je regrette de ne pas connaître toutes ces personnes, toutes ces références qui bondissent d’une ligne à l’autre, une foisonnance culturelle qui m’a un peu perdu. Les chapitres essaient de traiter plus ou moins d’un sujet en particulier mais rarement y arrive, la plume de Grenier l’emmène souvent plus loin.

 

« Et si la littérature était un animal qu’on traîne à ses côtés, nuit et jour, un animal familier et exigeant, qui ne vous laisse jamais en paix, qu’il faut aimer, nourrir, sortir ? Qu’on aime et qu’on déteste. Qui vous donne le chagrin de mourir avant vous, la vie d’un livre dure si peu, de nos jours. »

 

Roger Grenier, Les larmes d’Ulysse, aux éditions Gallimard, collection L’un et l’autre, 13€95.

Instantanés, de Roger Grenier

Je reviens encore avec un livre de Roger Grenier, mais habituez-vous car ce ne sera pas le dernier. J’en ai choisi un dans la même veine que Le palais des livres : il s’agit d’Instantanés.

Ce livre est composé de plusieurs petits chapitres, des « instantanés », qui évoque différentes personnes du monde des lettres. Tous nous ont quitté il y a plusieurs années et Roger Grenier les a presque tous connu personnellement.

C’est une entreprise originale : vouloir sauvegarder par les mots une vie, un moment, une expérience, une rencontre. Ce n’est pas une œuvre de témoignage à proprement dit mais plutôt un hommage rendu à ses personnes qui ont impressionné Roger Grenier, lui ont appris des choses sur la littérature ou la vie.

Bien sûr, on retrouve des noms connus, notamment Camus avec qui il était proche, ou encore Romain Gary mais aussi des personnes un peu oubliées aujourd’hui ou dont même on ignorait l’existence : des auteurs français ou étrangers, des journalistes, des voyageurs… Roger Grenier nous parle de leur vie entière, ou de leur œuvre, ou d’un de leurs livres en particulier, mais il se rappelle également d’un interview partagé avec eux, du fait de devenir voisin, de leur bureau, de leur amour pour les animaux… Plus que des professionnels, ce sont des hommes originaux, uniques qui nous sont présentés ici. Avec quelque mot, Grenier sait leur redonner vie.

 

Mais en plus, on se prend une nouvelle claque concernant cet auteur à la vie si remplie car il partage avec nous quelques unes de ces histoires personnelles, de ses expériences : sa vie rue du Bac, son poste à Combat, son voyage près du Potomac pour rencontrer Dos Passos, sa carrière d’intervieweur… Je suis juste époustouflée d’en apprendre encore plus sur sa biographie si épaisse.

Et comme dans Le palais des livres, on retrouve une écriture sans fioritures ni effet de manches, toujours si agréable à lire, vraie, juste, sincère, émouvante sans être mélo. Un petit bonheur.

Roger Grenier, Instantanés, NRF Gallimard, 14€75.

Le palais des livres, de Roger Grenier

« Qu’est-ce qu’un roman, en fin de compte ? C’est une sorte de miroir qui reflète à la fois la vie intérieure la plus intime de l’auteur et un aspect du monde extérieur. C’est une façon de démonter la réalité pour la recomposer autrement, afin d’en donner une image plus vraie, je veux dire une image qui puisse être utile au lecteur, lui apprendre quelque chose sur le monde et sur lui-même. La vie à l’état brut est souvent trop incohérente, trop mystérieuse aussi, pour que l’on puisse en tirer un enseignement. La vie, décomposée et recomposée à travers le prisme du roman, nous permet de réfléchir. Plus les satisfactions d’ordre esthétique et l’émotion, l’effusion sentimentale qu’il nous apporte. »

La lecture, de Georges Croegaert

C’est ce genre de réflexions qui peuplent Le palais des livres de Roger Grenier. Peut-être avez-vous vu du côté de ma PAL la liste impressionnante de bouquins de cet auteur que je dois lire pour la rentrée ? Ce sont des « lectures étudiantes », je dois les lire pour la fac, mais pour une très bonne raison ! En effet, mon master (« métiers de l’écriture et de la création littéraire » si vous voulez tout savoir) organise régulièrement des rencontres avec des écrivains et le premier à nous rendre visite en septembre est Roger Grenier. Autant vous dire que je vais me sentir toute petite à côté de ce grand bonhomme au CV de trente pages.

Bref, je dois lire plusieurs de ses œuvres et j’ai commencé par celle-ci. On pourrait dire qu’il s’agit d’un essai, mais je trouve que ça ressemble plus à un carnet de pensées. Des pensées sur tout l’univers littéraire : de l’intérêt du roman, l’écrivain en tant qu’homme, les thèmes littéraires dont l’amour, quelques réflexions sur des termes précis.

Dans Le palais des livres, on ne parle pas que de lettres, mais plus largement de la vie. Roger Grenier nous livre une part de lui-même à travers ses mots, et cela d’égal à égal, et c’est vraiment très appréciable ! Des phrases justes mais jamais alambiqués, un vocabulaire simple sans être simplet et surtout, par-ci, par-là, des anecdotes personnelles, des petites notes biographiques sur des acteurs de la vie littéraire française et internationale.

Cette œuvre se lit doucement, comme un bonbon qu’on laisserait fondre sur la langue. On apprend des choses, on en entraperçoit d’autres, on voyage entre les différents chapitres avec grâce. Une petite lecture bien agréable pour sortir du roman.

Roger Grenier, Le palais des livres, aux éditions Folio (5478), 6€.