Le Château de ma mère, de Marcel Pagnol

mincouv72044493L’année dernière, j’avais découvert Marcel Pagnol, et j’avais alors décidé d’attendre l’été suivant pour continuer l’aventure avec Le Château de ma mère, encore un récit qui fleure bon les vacances dans les hautes herbes. On continue d’accompagner Marcel, nous contant son enfance – ce livre-là étant la suite directe de La Gloire de mon père.

gloire_de_mon_pere_chateau_de_ma_mere_2Plus que jamais, l’enfant a trouvé sa place dans la petite maison de vacances où la famille a ses habitudes. Les adultes chassent, Marcel les assistent, jusqu’au jour où il fait la connaissance de Lili, un garçonnet du coin spécialisé dans les pièges. Avec lui, une fidèle amitié se noue, qui va égayer les grandes vacances d’été. Et puis toutes les autres. Après nous avoir parlé de l’amour filiale, de la tendresse familiale, Marcel nous parle d’autres plaisirs et bonheurs d’un petit garçon : battre la campagne avec un copain, loin des adultes, faire des plans sur la comète sans penser aux lendemains, à l’école qui va reprendre. C’est d’ailleurs un déchirement pour Marcel de voir la rentrée prochaine arriver : il fera tout pour repousser la date fatidique mais difficile d’y échapper avec un père instituteur.

Mais une heureuse rencontre va donner à son père une clé, et quelle clé ! Celle-ci ouvre tous les portails le long du canal, abrégeant le grand voyage à pied pour rejoindre la maison de vacances. Ainsi la famille peut même venir les week-ends grâce à ce coup de main, un peu illégal, qui leur fait gagner beaucoup de temps. Mais cela veut aussi dire traverser des domaines privés, des châteaux abandonnés, des terres de paysans, propices aux rencontres… et aux frayeurs ! Gare au terrible gardien et son effrayant chienc475edeb9cbb6986fff2bc84516477b3 !

Cette famille est vraiment touchante et on en vient presque à envier Marcel pour avoir grandi dans un tel foyer. Dans sa rencontre avec Lili, on ne peut que se retrouver : les copains de vacances avec qui on découvrait un nouveau territoire, les amis de l’école primaire avec qui on passait les longs après-midi d’étés… ça rappelle des souvenirs ! L’amitié est quelque chose d’intemporelle qui continue de nous parler aujourd’hui, bien que le livre ait soixante ans. Comme dans La Gloire de mon père, j’ai eu beaucoup de joie à retrouver la langue simple et délicieuse de Marcel Pagnol qui nous entraîne avec énergie et sincérité dans ses aventures d’enfant. Il arrive à nous passionner pour ces choses qui comptaient plus que tout aux yeux d’un jeune garçon, même si cela peut sembler bête à l’adulte qu’on est aujourd’hui. C’est fou comme on peut se faire un monde pour des babioles ! Quelle imagination on a à cet âge ! J’ai tellement aimé retourné en enfance, retrouver la fraîcheur de la première amitié, l’amertume de voir les vacances se finir… Et bien sûr, la description de cette nature en perpétuel renouvellement, que nous avons le bonheur de découvrir cette fois-ci selon plusieurs saisons. Moi qui habite Toulouse, j’ai tellement reconnu cette description du canal… J’avais l’impression d’y être, dans ce petit chemin discret qui longe le cours d’eau, tout en côtoyant ces demeures tranquilles, impressionnantes… dans un petit goût d’aventure.

Canal de Provence, Gardanne, Bouches-du-Rhone (13), France

[…] Dans mon pays de Provence, la pinède et l’oliveraie ne jaunissent que pour mourir, et les premières pluies de septembre, qui lavent à neuf le vert des ramures, ressuscitent le mois d’avril. Sur les plateaux de la garrigue, le thym, le romarin, le cade et le kermès gardent leurs feuilles éternelles autour de l’aspic toujours bleu, et c’est en silence au fond des vallons, que l’automne furtif se glisse : il profite d’une pluie nocturne pour jaunir la petite vigne, ou quatre pêchers que l’on croit malades, et pour mieux cacher sa venue il fait rougir les naïves arbouses qui l’ont toujours pris pour le printemps. C’est ainsi que les jours des vacances, toujours semblables à eux-mêmes, ne faisaient pas avancer le temps, et l’été déjà mort n’avait pas une ride.

Je me rends compte que cette chronique n’est absolument pas construite, et très franchement, ce n’est pas grave, car je ne pourrais guère faire mieux. Le Château de ma mère, ça touche aux émotions, à ces tiraillements, ces joies qu’abritent nos cœurs. Je l’ai préféré à son prédécesseur car le sujet de l’amitié me parle tout simplement plus que celui de la chasse, mais l’écriture est toujours aussi bonne. Je suis donc ravie que, contrairement à son plan initial, Marcel Pagnol ne se soit pas arrêté là et ait continué à écrire sa vie. Très hâte à présent de lire Le Temps des secrets.

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Marcel Pagnol, Le Château de ma mère, aux éditions Fortuno, 5€70.

L’amie prodigieuse, d’Elena Ferrante

Eh les amis, c’est l’été ! Et personnellement, chaque été, je vais en Italie, un pays que j’affectionne particulièrement. En 2017, c’est par la littérature que j’ai décidé d’y faire escale, dans une ville encore jamais visitée pour ma part : Naples. Comme d’habitude, je lis après tout le monde mais c’est tout de même avec un réel plaisir que je partage avec vous mon avis sur L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante.

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C’est une lubie subite qui m’a poussée vers ce roman que je ne pensais pas me mettre à dévorer un jour. J’avais en tête mon dernier séjour à Venise et ses quartiers méconnus, qui semblaient d’une autre époque. C’est sûrement cela qui m’a attiré vers les quartiers pauvres de Naples à la fin des années cinquante. Elena va nous raconter son enfance, son adolescence. La sienne et celle de Lila. Cette meilleure amie, cette copine, cette petite fille pleine de vie et d’affront. Elles sont toutes les deux très différentes. Lila dit tout ce qu’elle pense et ne semble pas réagir comme tout le monde : elle n’hésite pas à se mettre à danger, sans même réaliser qu’elle prend des risques. Ou alors peut-être que si, elle sait que c’est risqué, mais tente quand même le coup, comme un pied de nez permanent au destin. Elena est une suiveuse, elle est fascinée par cette fillette maigrichonne qui ne connaît pas la peur. Pourtant leur relation a l’air étrange, parfois malsaine : Lila n’a de cesse de tirer sur la corde, mais Elena accepte, Elena prend un peu plus d’assurance, Elena observe.

Les deux petites filles grandissent et leurs chemins semblent se séparer : Elena va au collège, Lila rejoint la cordonnerie de son père et de son frère Rino et devient peu à peu obsédée par un rêve, créer ses propres chaussures. Mais finalement tout ramène Elena vers Lila. Leur lien ne se rompt jamais et c’est au cœur de leur quartier que cette relation va grandir, s’affiner au gré des aléas.

L’amie prodigieuse, voici un titre bien trouvée pour parler de ce personnage intrépide et hors norme : Lila. Nous aussi, petit à petit, on ressent de la fascination pour cette fille. A la place d’Elena, difficile de dire comment on aurait réagi. Elle est méchante, mais aventureuse : faut-il la détester ou la suivre ? Faut-il la retenir ou continuer de l’ignorer ?

20130531084238951_0001-copiaJ’ai adoré nos deux héroïnes et le lien qui les unissent, comme j’ai aimé les suivre dans leur vie respective. Je me reconnais parfois en Elena : parfois passive, très bonne élève, j’ai tout de suite aimé notre narratrice. Mais il n’y a pas que ces deux personnages qui nous marquent : il y a les frères Solara, véritables clichés italiens, il y a Enzo, il y a Antonio, et Nino, et Carmela, Alfonso, etc. Il est vrai qu’on se perd parfois parmi tous ces noms, mais un index en début d’ouvrage nous aide un peu à nous y retrouver. Celui-là est le fils du menuisier, celui-ci fille de l’épicier, etc.

Naples est en ébullition : pendant la plus grande partie du roman, on dépasse peu les frontières du quartier des deux jeunes filles mais cela nous suffit. Entre l’amant poète, la veuve folle, l’ogre des contes et bien d’autres, il y a largement de quoi s’occuper ! On est complètement immergé dans cette Italie de l’après-guerre où les priorités n’étaient absolument pas les mêmes qu’aujourd’hui. L’écriture de l’auteure se confond tout à fait avec celle de la narratrice, d’autant plus qu’elles portent le même prénom. On retrouve une sincérité touchante qui donne cet aspect de véritables souvenirs partagés à ce texte. On a l’impression que c’est une amie qui nous raconte son enfance : les feux d’artifice sur les balcons le jour de la fête nationale, les corrections à l’école, les premiers rouges à lèvres, les rêves d’enfant, les questionnements de l’adolescence…

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J’ai tellement aimé ce livre, je l’ai trouvé beau, juste. Pendant plus de 400 pages, j’étais complètement ailleurs, en plein Naples et je vous invite à faire le voyage vous aussi. J’ai dévoré ce roman en deux jours et je me retiens pour ne pas dévorer la suite immédiatement. Je sens qu’il faut que je laisse un peu grandir Elena et Lila dans mon cœur pour les retrouver un peu plus tard.

Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, traduit de l’italien par Elsa Damien, aux éditions folio, 8€20.

A l’abri du monde, de Peter Rock

Moi, on me dite secte, retrouvailles, disparition, fin du monde, j’achète. Et c’est sur cette base que je me suis lancée dans la lecture d’A l’abri du monde de Peter Rock. Sauf que. Je me suis un peu sentie flouée là.

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Voici l’histoire. Colville et Francine faisaient partie dans les années 1980 d’un mouvement religieux qui prédisait la fin du monde pour 1990. La grande Messagère leur avait demandé de construire des abris sous-terrains et de rassembler des denrées, ce que la communauté faisait avec beaucoup de zèle. Mais la fin du monde n’a pas eu lieu. Colville et Francine alors adolescents se sont écartés de cette secte. A présent, Francine travaille. Elle est mariée et attend un bébé. Mais alors que le quartier est en effervescence pour retrouver une petite fille disparue, elle a la surprise de voir à sa porte Colville, son ami d’enfance.

Alors là, vous pensez : Colville agit bizarrement, est-ce qu’il y a un lien avec l’enfant recherché ? Ou va-t-il semé la zizanie dans le couple ? Cela va-t-il faire resurgir le passé et faire parler de la secte ? Moi aussi j’étais toute émoustillée à la lecture des premières pages. Mais Colville et Francine vont finalement peu se croiser dans ce roman. Le rapport à la secte est très étrange, plus nostalgique qu’inquiétant ou hypnotisant (ce qui aurait pu grandement améliorer cette lecture). Les personnages se comportent de façon très très étrange : et vas-y que je fais des battues dans les bois alors que je suis enceinte jusqu’au yeux, et vas-y que je vole le chien des voisins, et vas-y que je parle à des inconnus dans les bois. Aucune logique dans leurs faits et gestes, où, s’il y en a une, l’auteur ne nous la donne pas. Je suis bien d’accord que le lecteur a sa part du boulot dans tout ça, mais il faut quand même nous donner les clés pour qu’on puisse le mener à bien ce travail du pacte de lecture.

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C’est un roman qui repose sur les personnages mais on les connaît à peine, on ne fait qu’effleurer ce qu’ils ressentent, on les suit dans leurs actions sans avoir vraiment le choix. Ils agiraient de façon compréhensible, je ne dis pas, mais ici je cherche toujours le sens de leur raisonnement. Francine ou son mari, Colville et son lien avec la secte : tout cela m’était assez étranger même à la fin de ce livre.

Je suis complètement passée à côté des enjeux de l’histoire. Heureusement qu’il y a un petit retournement de situation à la fin, sinon j’aurais franchement eu l’impression de perdre mon temps. Et pourtant, il y avait du potentiel dans cette intrigue : l’auteur aurait pu faire naître de la tension, une menace avec le comportement bizarre de Colville, personnage insaisissable, ou la disparition de la petite fille. La plongée dans le passé de Francine, enceinte en plus, aurait pu être plus vivante, plus forte en émotion. L’aspect hypnotique ou paranoïaque, qu’on devine parfois, aurait pu être beaucoup mieux amené et exploité.

Mais malheureusement, la seule impression que me laisse ce roman, c’est de l’incompréhension mélangée à de la frustration. Peut-être que d’autres ont pu apprécié ce côté non-dit, mais sincèrement, ça n’a pas été mon cas. A aucun moment, je me suis attachée aux personnages, et pour moi, c’est rédhibitoire.

Peter Rock, A l’abri du monde, traduction de l’américain par Anne-Laure Paulmont et Frédéric H. Collay, aux éditions rue fromentin, 18€

Les questions orphelines, de Morgan Le Thiec

Encore un livre francophone, encore un livre québécois. Mais celui-ci l’est encore plus que les autres peut-être : il s’agit des Questions orphelines de Morgan Le Thiec aux éditions Pleine Lune.

L’histoire est celle de Billy. Alors qu’il a émigré à Londres, il se voit obligé de revenir à Montréal qu’il a quitté alors qu’il était tout jeune. En effet, son père se meure. Il passe donc des semaines entières dans l’ancienne maison familiale, que son père Samuel a rachetée après plusieurs années à Boston. Il rend visite à son père, rencontre des femmes avec qui rien n’est simple, fait l’inventaire de sa vie en même temps que des objets et des meubles de son enfance. Mais derrière les souvenirs se cachent un drame qu’on ne dit pas : le départ de sa mère, quand il était âgé de dix ans. Entre un frère en colère qui lui parle à peine, et un père dont l’esprit s’étiole, Billy essaie de trouver sa voie, des réponses, sans trop sombrer.

C’est un livre d’une certaine envergure que nous livre ici l’auteure. Le thème est assez banal et a déjà été écrit et réécrit des dizaines de fois à travers la littérature mais il marche toujours aussi bien. La famille, les parents, la parentalité, le secret, le mystère se marient toujours aussi bien ensemble. J’ai apprécié la profondeur psychologique des personnages de ce roman : on les découvre entièrement dans leurs failles, leurs doutes, leurs questionnements. C’est un livre très pudique et intime, qui nous retrace le quotidien de Billy comme les grands événements qui ont marqué sa vie et la marquent encore. On s’attache facilement à ce héros même si je trouve qu’il manque un peu d’épaisseur.

Le ton du roman est assez triste et monotone. Il y a des longueurs et je me suis ennuyée à certains passages. Ce livre manque de clarté et l’intrigue devrait aller plus droit au lieu de zigzaguer auprès de personnages secondaires ou de rêves étranges sur la mère disparue qui nous embrouillent et n’apportent pas grand-chose à ce récit. Ce livre résonne de sentiments forts mais il est un peu creux. J’ai trouvé le fond et la forme beaux mais je ne me suis pas sentie bouleversée ni même très intriguée par ce livre. Il n’est pas mauvais, mais disons qu’il n’est pas très passionnant. Il y a des québécismes mais rien qui ne fasse vraiment voyager la Française que je suis. Il y a des personnages intéressants mais aucun dont je me souviendrais une fois ce livre rangé. Ce roman ne m’a pas marqué, même si j’ai passé un relativement bon moment de lecture avec lui. Il est doux, mais un peu plat. Je l’ai lu jusqu’au bout en partie pour apprendre ce qu’est devenue la mère. Mais là aussi, déception. En même temps, avec un titre pareil…

Une lecture en demi-teinte, que je ne retiendrai pas, ni en bien ni en mal.

Morgan Le Thiec, Les questions orphelines, aux éditions Pleine Lune, 22$95.

La petite communiste qui ne souriait jamais, de Lola Lafon

1976, JO de Montréal. Elle a quatorze ans, elle vient d’un pays qu’on ne sait pas situer sur une carte. Elle est là pour bouleverser les guerres, la gymnastique, les ordinateurs. Prestation terminée, elle regarde sa note : 1,00. Pourtant, elle a tout réalisé de façon parfaite. C’est là qu’elle voit le juge qui, tourné vers elle, dresse ses deux mains, les dix doigts levés et écartés. Ce n’est pas 1 sur 10, mais 10, la note maximale, la perfection encore jamais atteinte, une note qu’on ne croyait pas possible, à tel point que les ordinateurs n’étaient pas conçus pour l’afficher. Le monde entier la découvre et l’adule. Elle s’appelle Nadia Comaneci, on la surnomme la petite communiste qui ne souriait jamais.

Vous l’avez compris, je vais vous parler aujourd’hui du roman biographique de Lola Lafon qui a connu un joli petit succès il y a quelques semaines à sa sortie. J’ai eu l’occasion de le lire pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie, vu que ce livre en est candidat. Et disons que je ne m’attendais pas à lire ce genre de choses.

On explore la vie de cette gymnaste de ses débuts à son départ du pays, en passant par ses entraînements, sa relation avec son coach, les JO qui l’ont révélée, les compétitions suivantes, etc. Mais on ne s’arrête pas là puisque l’on découvre aussi sa famille, la réputation qu’a acquise très rapidement cette petite et sa vie sous la politique communiste. Cela est synonyme de galas et de discours pour le « Camarade » Ceausescu, de silence et de concentration extrême, de risques et de dangers à prendre pour être la meilleure. Comaneci est devenue une vraie icône, un modèle, au-delà de ce qu’on peut imaginer aujourd’hui. Elle avait une énorme pression sur les épaules, mais s’en rendait-elle compte ? Avec les années, la petite communiste change, et devient une femme, avec des formes : un descente aux enfers dans un corps qu’elle déteste, et pourtant elle reste sur les podiums.

Il est difficile d’être très claire, ce livre foisonne d’événements et de moments de vie : Nadia n’était pas juste une gymnaste douée, c’était une jeune fille mystérieuse, à la vie difficile. Elle a du faire des sacrifices, pourtant elle est contente de ce qu’elle a vécu.

Ce livre se divise en deux parties distinctes qui se succèdent presque à chaque chapitre. Il y a la narration, cette réalité réécrite, complétée s’il le faut par la fiction, et il y a ces passages en italique où l’auteure témoigne de sa relation avec Nadia Comaneci, relate certaines de leurs discussions par téléphone. On y découvre une femme complexe, fière de ce qu’elle a été, du chemin parcouru, mais toujours aussi secrète et humble.

J’ai été très partagée par ce livre. Après réflexion, je pense que j’ai aimé le sujet de ce roman : la vie très remplie d’une gymnaste fascinante dans un pays intrigant. Cette plongée dans le monde du sport (mais pas que) est vraiment bien réalisée et agréable à lire. J’ai beaucoup moins apprécier l’écriture de Lola Lafon, qui semble parfois artificielle. Certains passages ne me semblent pas assez travaillés. Il semblerait que là où elle se débrouille le mieux, c’est quand elle colle le plus à la réalité, quand elle revêt cet habit d’enquêtrice. Mais quand elle souhaite aller vers plus d’imaginaire, voire de poésie, c’est raté (j’ai en tête les toutes premières pages du livres où elle relate de façon absolument nébuleuse le premier 10 de Nadia.)

Cet avis n’est que le mien, mais c’est ainsi que j’ai ressenti les choses à la lecture de ce livre. Globalement, il est pourtant très intéressant et mérite qu’on y jette un coup d’oeil. Toutefois, aujourd’hui, c’est le personnage de Nadia que je retiens et non pas la plume de Lola.

Lola Lafon, La petite communiste qui ne souriait jamais, aux éditions Actes Sud, 21€.

EDIT : Désolée lecteur, j’ai mal fait mon boulot. J’ai complètement envoyé aux oubliettes l’avant-propos de ce roman, mon étourderie me perdra. En effet, comme me l’ont fait remarquer l’auteure sur Twitter et lilylit en commentaire, les échanges dont je fais mention dans ce billet, entre la narratrice et la gymnaste, sont fictifs. J’ai fait un peu trop vite l’amalgame entre narratrice et auteure, ça m’apprendra à ne pas faire attention. Mea culpa.

J’aimerais revoir Callaghan, de Dominique Fabre

J’ai rencontré Dominique Fabre lors de deux semaines d’ateliers d’écriture dans le sud de la France où j’étais un peu stagiaire, un peu bénévole. Je n’avais rien lu de lui, mais déjà je m’étais fait une opinion sur ce monsieur : un gars incroyablement gentil, doux et souriant. Sincèrement, si tous les écrivains pouvaient avoir cette modestie et cette courtoisie, ce ne serait pas du luxe. Alors quand même, j’ai voulu rencontrer sa plume et j’ai commencé par son livre sans doute le plus connu : J’aimerais revoir Callaghan.

Jimmy Callaghan, c’est un anglais qui a passé son enfance et son adolescence en France, il fume des Benson, n’aime pas les fumer seul mais reste bien solitaire et mystérieux. C’est le genre de garçon aux cheveux blonds, qui a toujours la classe, et ce genre d’aura, obsédante et attirante. Un peu mauvais genre, mais pas le mauvais bougre. On veut tous être son copain, et le narrateur plus que tout. Il veut connaître la vie de Callaghan, recevoir ses confidences, et faire le mur avec lui.

Mais la vie a ses aléas, et Jimmy est le genre de garçon qui s’en va toujours, mais finit par revenir à un moment. Et ce moment, c’est vingt plus tard, quand la vie amoureuse du narrateur connaît un tournant. Callaghan a changé, bronzé et SDF, après un bout de temps en Australie. Les gestes sont naturels, comme s’ils ne s’étaient jamais quitté. Mais de l’eau a coulé sous les ponts, et même s’ils font revivre une amitié un peu ténue, dans leurs existences, rien n’est plus pareil. En partant, Jimmy laisse sa valise. Il faudra bien lui rapporter.

Très étrange cette intrigue, une relation qui unit deux garçons dès l’internat, qui se poursuit et se distance à travers les décennies. Ce n’est pas le cœur du livre puisque la vie du narrateur soulève des questionnements et remplit des dizaines de page, mais en même temps, sans Callaghan, ce livre n’aurait plus de substance. Sa présence permet de mettre en lumière des situations, des souvenirs, tout se dit en se réflétant dans le miroir de Jimmy. Un bien curieux personnage, qui trimbale son lot de passé dépressionnaire, mais avec une flegme extérieure. Un homme qui veut être dans l’ombre mais qui a une vie bien mouvementée, et fait une sacrée impression sur notre narrateur qui se rappellera de lui toujours.

C’est un petit livre assez court, avec une narration qui pourrait semblait ordinaire, mais qui pourrait seulement. Comme un mantra, des bribes de paroles d’écolier font resurgir le souvenir. Une écriture nostalgique, un peu descriptive mais juste ce qu’il faut, avec le ton grave d’une voix qui se raconte. C’est assez particulier, je ne sais pas encore si j’ai aimé, mais je peux déjà dire que j’ai trouvé cette expérience de lecture dépaysante et intrigante. Au moins, vous devriez essayer.

« Alors voilà. Nous étions tous ensemble, il y a longtemps de cela. Nous ne nous sommes jamais vraiment quittés. Nous ne sommes jamais partis pour toujours, même Jimmy. »

 Dominique Fabre, J’aimerais revoir Callaghan, Le Livre de Poche (32184), 6€10.

Black Boy de Richard Wright

Par où commencer ? Black Boy est un livre tellement riche d’émotions, les mots se bousculent, aucun ne semble suffisant ou juste. L’auteur, Richard Wright, est un des premiers hommes noirs à écrire et publier avec succès. Après Native Son, il écrit un roman autobiographique sur son enfance : c’est ce qui donnera Black Boy. Né en 1909 dans le Sud des Etats-Unis, il part vivre à Jackson dans le Mississipi. Le roman nous décrit avec précision mais aussi et surtout avec poésie et humilité la vie difficile qu’il essaie de mener.

Sa mère tombée gravement malade, son entourage familiale l’élève ou plutôt tente d’élever ce garçon rétif et intelligent. Ne comprenant pas la mauvaise foi des adultes et leurs pressantes injonctions voire menaces à devenir membre de la communauté religieuse, Richard se défend et par là-même se fait rejeter. Muré dans une solitude qui ne le quittera jamais vraiment, il essaie de suivre en pointillés sa scolarité mais est torturté tout le jour par la pauvreté et surtout la faim qui le tourmente constamment. L’auteur nous retrace ici cette enfance faite de petits jobs mais aussi de la découverte de la relation Blanc/Noir dans le Sud ségrégationniste :

 « Je devais toujours être conscient de ma condition, y songer constamment, la porter dans mon coeur, vivre avec elle, dormir avec elle, lutter avec elle. (…) Je devenais silencieux et réservé. A mesure que la nature autour de moi se révélait de façon nette et probante, l’avenir sinistre que je voyais poindre affectait ma volonté d’étudier. (…) Et le problème de la vie pour un Nègre était dur et rebutant… Qu’est-ce qui rendait la haine des Blancs pour les Noirs si constante (…) Quelle était le genre de vie possible avec cette haine ? D’où provenait-elle ? On n’enseignait rien de ce problème en classe et chaque fois que je soulevais la question avec mes camarades, ils demeuraient silencieux ou la tournaient en plaisanterie. Ils étaient loquaces à propos des petits torts individuels qu’ils subissaient, mais n’étaient pas tourmentés par le désir de connaître le tableau dans son ensemble. »

Richard prend alors la décision de quitter cette région pour rejoindre celle du Nord plus douce et plus clémente avec les « moricauds ». Dans ce but, il épargne chaque dollar, travaille dur. Mais surtout, là nait son destin d’écrivain. L’auteur nous raconte comment il a commencé à écrire, à publier des contes dans un journal nègre puis à découvrir la littérature en dévorant des dizaines de livres.

On ne peut qu’être profondément touché par ce récit vrai de vie. La lutte en silence de Richard Wright enfant, sans tomber dans le pathos, nous ramène à la réalité de la ségrégation au début du siècle dernier. Cette autobiographie, en dehors de qualités romanesques indéniables, fait preuve de justesse mais aussi d’un lyrisme plein d’espoir comme pouvait l’être cet enfant à l’époque. Tendre et poétique, Black Boy sait touché les consciences sans les bousculer. Au fil de la lecture s’immisce en nous ce sentiment de malaise mais aussi cet espoir car l’on vit avec le personnage et au même titre que lui, nous prions pour que la vie lui soit plus douce. Trimballé et emmené dans ces aventures, la vie de l’auteur nous surprend par sa richesse et sa dureté, ce témoignage ne peut nous laisser de marbre. Sensibilité de l’écriture, simplicité dans le récit, Black Boy est un des tous premiers romans qui a parlé de la condition noire au temps de la ségrégation et a ouvert la voie à d’autres écrivains et romanciers de couleur.

« En moi naissait le désir d’une sorte de conscience, d’un mode d’existence qui étaient niés et bannis par tout ce qui m’entourait et qui étaient sanctionnés par la peine de mort. Quelque part au coeur de la nuit du Sud, ma vie avait été aiguillée sur une fausse voie, et sans que j’en eusse conscience, la locomotive de mon coeur descendait à toute allure une pente raide et dangereuse, allant au-devant d’une collision, au mépris des feux rouges qui scintillaient autour de moi, des sirènes, des coups de sifflets, et des hurlements qui remplissaient l’atmosphère. »