Anniversaire #1

Cela fait un an maintenant que je tiens ce blog, et quelques mois que je suis sur Twitter (@LaCritiquante). Je n’aurai jamais pensé que j’arriverai à le tenir de façon si régulière. Ce blog et les rencontres, les échanges qu’il a engendré ont permis de faire évoluer ma relation avec la lecture (j’explore de nouveaux horizons littéraires, je lis de nouveaux auteurs, j’adopte un point de vu critique…) et l’écriture (j’essaie d’améliorer le style et la clarté des articles). C’est grâce à lui, mais aussi grâce à la formation en métiers de l’écriture et de la création littéraire que j’ai intégré cette année, que j’ai voulu aller plus loin en rédigeant quelques articles sur la littérature, l’écriture et l’univers geek : vous pouvez me retrouver tous les mercredis (sauf imprévu) sur les Plumes Asthmatiques, le site culturel 2.0.

Alors merci à vous, lecteurs, blogueurs, twitteurs, amis internautes ou IRL, de m’avoir encouragé, de m’avoir lu, d’avoir partagé mes contenus, car sans vous, le blog serait mort. Je suis seulement déçue, c’est vrai, de constater si peu de commentaires alors que le nombre de visiteurs uniques augmentent chaque jour. Mais je suis la première à ne pas avoir le temps, le courage, l’occasion de poster des remarques sur les articles que je lis donc je ne peux pas vous en blâmer…

Toutefois, je suis contente que ce blog existe, je suis fière de son évolution même si son design et sa mise en page laissent à désirer et demandent une petite révision.

A bientôt pour de nouvelles chroniques !

Ma vie d’autiste, de Temple Grandin

« J’avais six mois quand ma mère s’est rendue compte que je n’étais plus câline et que je me raidissais quand elle me prenait. Quelques mois plus tard, Maman a essayé de me prendre dans ses bras et je l’ai griffée comme un animal pris au piège. Elle a dit qu’elle ne comprenait pas la raison de mon hostilité et s’est sentie blessée. Elle avait vu d’autres bébés qui câlinaient et gazouillaient dans les bras de leur mère. Que faisait-elle de travers ? Elle se rassurait en se disant qu’elle était jeune et manquait probablement d’expérience. L’idée d’avoir un enfant autiste lui faisait peur parce qu’elle ne savait pas réagir devant un bébé qui la rejetait. Elle pensait que, peut-être, ce rejet apparent n’était pas rare et ses inquiétudes se sont dissipées. Après tout, ma santé était bonne. J’étais éveillée, intelligente et j’avais une bonne coordination. Puisque j’étais l’aînée, Maman pensait que mon repli était probablement normal, que c’était sur le chemin de la maturité et de l’indépendance. »
Voilà comment commence la vie de Temple Gradin : sur un constat qui effraie. L’autisme est une pathologie aux degrés divers dont on est très loin de connaître tous les tenants et les aboutissants. Les enfants autistes ont une compréhension du monde sensoriel complètement différents du nôtre, ce qui a pour effet de les enfermer très souvent dans une bulle ou, en tout cas, gêner parfois considérablement le contact social et la compréhension avec autrui.
A travers Ma vie d’autiste, Temple Grandin nous fait part de son parcours hors normes. Cette autiste surdouée a en effet réussi, à force de volonté et d’effort, a s’intégrer parfaitement socialement. Même si lui reste des réflexes ou des difficultés liées à sa maladie, elle a réussi à briser cet enfermement auquel bon nombre de médecins la pensait condamner : elle mène aujourd’hui une carrière professionnelle très réussie. C’est pour donner espoir et conseil qu’elle a écrit ce témoignage, pour permettre aux parents et aux familles d’enfants autistes de comprendre ce que « ça fait » de l’intérieur.
Temple Grandin ne s’érige pas du tout en spécialiste de l’autisme qui connaît des remèdes miracles pour sortir de ce cercle vicieux. Non, elle n’a que son vécu, les choses qui l’ont ralentie, aidé, les symptômes qui l’ont isolée, sa façon de les combattre. Chaque enfant autiste est bien particulier, la pathologie peut se manifester de mille façons différentes : l’auteur nous propose une vision de son parcours pour voir un des chemins qu’il est possible de parcourir, pour montrer que tout ne s’arrête pas quand le verdict de la maladie tombe comme un couperet. A travers le récit de sa vie, elle dispatche des informations scientifiques sur l’autisme, ses causes et ses traitements possibles.
Temple Grandin a la particularité d’avoir complètement conscience de ce qui est souvent un handicap. Plus que tout, elle cherche à communiquer avec le reste du monde. Tous ses efforts vont converger dans ce sens : elle veut parler, elle veut convaincre. L’auteur a parfois des obssessions qui peuvent paraître étranges voire dérangeantes pour certains ; pourtant, dans sa façon de réfléchir, qui n’appartient qu’à elle, on comprend que tous les projets qui la passionnent et la subjuguent ont leur intérêt, leur logique propre, voire une utilité indéniable.
On sent à travers cette écriture une envie sincère de partager, de donner à ces lecteurs qui parfois en attendent beaucoup. Elle souhaite aider de son mieux, à travers le partage de son expérience, ses familles qui ont des doutes, se posent des questions. Mais c’est aussi pour revenir sur ce chemin parcouru, pour se rencontrer elle-même que Temple Grandin, qui est coutumière de la remise en question personnelle, a souhaité écrire ce témoignage. Quelques détails subtils, fugaces, nous font comprendre que le mode de pensée de l’écrivain n’est peut-être pas tout à fait le même que le nôtre : elle revient, de façon peu flagrante mais certaines, sur des sujets qui furent (et sont toujours), des obssessions pour elle, sur la façon dont elle en a fait un moteur pour apprendre et avancer. Elle se concentre sur ce sujet pour ne pas se laisser éparpiller. C’est un témoignage qui se lit facilement, qui ne verse pas dans le pathétique ni dans le « regardez-moi-je-suis-exceptionnelle ». C’est écrit presque en toute modestie et on sent plus que tout cette volonté de faire un livre qui pourrait aider, faire du bien, au moins un tout petit peu. Il n’y a pas de difficulté particulière à la lecture, même si parfois les appartés scientifiques peuvent paraître être longues, mais elles ont leur place ici. En fin, vous trouverez un ajout de l’auteur qui revient de manière précise sur les causes, les différents médicaments et traitements pour informer au mieux l’entourage des personnes concernées.

L’écriture. Des hiéroglyphes au numérique.

Parfois, dans notre société consumériste et dirigée par le capitalisme, on oublie ce que c’est que donner. Donner ce n’est pas deux livres achetés = un livre offert. Donner, c’est partager sans attendre un retour, juste par envie de partager. Et ça, les éditions Perrin l’ont compris. L’initiative en question s’est déroulée en 2008 il me semble (mais le livre dont je vais parler est toujours trouvable). Imaginez-vous, vous flânez dans une librairie, vous trouvez un petit poche sympa sur l’histoire de l’écriture, vous parcourez la quatrième de couverture, moui ça a l’air pas mal. ET LA ! Réflexe de tous les lecteurs-acheteurs de France : votre regard glisse, rapide comme l’éclair, au bas de la page. Là, à côté du code-barre, vous cherchez la valeur de cet ouvrage, son prix, le combien-vous-allez-devoir-casquer-pour-acheter-de-la-culture, et ô miracle ! ô joie ! ô surprise ! « Exemplaire gratuit. Ne peut être vendu. » Comme quoi, il y a encore de l’espoir.

Ce livre, c’est un recueil de plusieurs articles et entretiens parus dans la revu L’Histoire. Oui bon, c’est vrai, ce n’est pas du neuf, ces écrits sont donc déjà parus ailleurs. Mais là où les éditions Perrin sont fortes, c’est dans ces choix éditoriaux. D’abord, les articles ont été choisis pour formé un tout cohérent, complet. Le traitement de l’évolution de l’écriture se fait de manière chronologique : ses naissances (oui, il y en a plusieurs), les manuscrits, Gutenberg et internet. Un large tour d’horizon en quelques pages pour décrypter les valeurs, la force de cet outil qui a subi moult transformations en cinq mille ans. Les auteurs de chaque article sont experts et reconnus dans leur domaine et le livre est enrichi d’un glossaire et d’une chronologie de l’écriture vraiment très utiles.

Les choses n’ont pas été fait au hasard donc. Cet ouvrage permet de revenir sur des fondamentaux de l’histoire de l’écriture (tablettes mésopotamiennes, hiéroglyphes, invention de l’imprimerie entre autres) mais s’interroge aussi, notamment au travers des entretiens, sur la symbolique de ce média à une époque donnée pour nous permettre de mieux appréhender le sens de l’évolution de l’écriture. Certain des articles nous font part d’expérience particulière ou d’évenement précis pour nous raconter l’histoire : la traduction de la pierre de Rosette pour le début de l’écriture ou les manuscrits de charte pour l’enluminure au Moyen Âge en sont des exemples. Surtout, le livre des éditions Perrin traite des sujets auquels jamais on aurait pensé : l’écriture des précolombiens ou dans le monde de l’Islam, ou encore la folie de la copie chez les Chinois.

Le style peut paraître parfois un peu froid ou difficile d’accès, il y a beaucoup de données à intégrer. Heureusement, l’alternance avec les entretiens, plus vivants et à l’aide du glossaire de fin, ce livre est vraiment à la portée de tout le monde et permet une découverte en douceur de l’histoire de l’écriture qui a érigé nos sociétés actuelles ; sans compter sur la plume vraiment agréable à lire de certains auteurs. Un ouvrage peut-être pas de référence mais que je vous recommande tout de même pour toutes les curiosités qu’il traite.