Simple, de Marie-Aude Murail

Après la lecture prenante mais lourde d’Un fils parfait, il me fallait quelque chose de plus léger pour repartir. J’ai donc trouvé là l’occasion idéale pour me plonger dans un roman qui me fait de l’œil depuis… bien trop longtemps. Il s’agit de Simple de Marie-Aude Murail.

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Si j’écris sur ce blog aujourd’hui, si j’ai fait des études de littérature et de création littéraire, si je dévore des tonnes de romans, c’est grâce à Marie-Aude Murail. Elle – et Gudule dans une moindre mesure – a façonn une lectrice dans le brouillon d’adolescente que j’étais alors. Je ne peux que l’en remercier (et encore, c’est bien trop peu). Tout a commencé quand j’étais au collège. J’étais alors en sixième ou en cinquième et le français était déjà ma matière préférée. J’ai eu la chance d’accueillir dans la classe un écrivain, un vrai, avec des livres qu’on peut toucher, acheter, emprunter en bibliothèque, dévorer sous la couette. Vous avez deviné, il s’agissait bien sûr de Marie-Aude Murail. Pour l’occasion, nous avions lu Amour, vampire et loup-garou. Plus que le roman, c’est avant tout la présence de l’auteure qui m’a complètement bouleversée. Ce jour-là, je suis tombée amoureuse – au moins. Et ce jour-là, en plus de découvrir le métier d’écrivain à travers une femme fantastique et attachante, Marie-Aude Murail a eu la gentillesse de nous dévoiler quelques lignes du nouveau roman qu’elle était en train d’écrire. Je m’étais juré à ce moment de le lire, tellement j’avais aimé. Il aura fallu attendre bien des années, mais voilà, enfin, ça y est : j’ai lu Simple, et palsambleu qu’est-ce que j’ai aimé !

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Simple c’est un surnom, Celui du frère de Kléber. Kléber a 17 ans, il est en terminale et il a décidé de déménager avec son frère dans une colocation. C’est déjà tout un programme mais rajoutez à cela que Simple, qui est techniquement plus âgé que Kléber, joue avec des Playmobils, a pour ami un lapin en peluche nommé Pinpin, et veut détruire Malicroix – un institut pour déficient mentaux où il ne veut surtout pas retourner – et là le tableau est complet. C’est justement pour lui éviter Malicroix que Kléber fait ce pari risqué, alors qu’il aimerait pleinement vivre comme un jeune homme de 17 ans, de prendre en charge son grand frère. La vie n’est pas de tout repos dans la colocation mais ce qui est sûr c’est que Simple peut arriver à chambouler la vie des gens.

Simple était matinal. Kléber lui avait appris à patienter dans son lit en regardant des albums. Mais, ce jour-là, le monde merveilleux de la colocation entrouvrait ses portes et Simple ne tenait plus en place. Sans l’avoir prémédité, il se retrouva dans le couloir, pieds nus et en pyjama. L’appartement était tout entier plongé dans la bienheureuse torpeur du petit matin. Comprenant que tout le monde dormait, Simple se dit « chut » à lui-même. Il avança jusqu’au milieu du couloir. Le silence lui parut redoutable. Il courut vers sa chambre et sauta d’un bond sur son lit.

64178774Ce que j’aime par dessus tout chez Marie-Aude Murail, juste après son humour, c’est sa sincérité. C’est une des rares auteures avec qui je m’élance les yeux fermés, quelque soit les thèmes de ses romans, car je sais qu’ils seront tous traités avec humanité, simplicité. Après tout, ces récits s’adressent aux jeunes. Pourquoi faire compliqué, pourquoi cacher certaines choses ? Faire l’amour, être attiré, être choqué par la différence… Et bien oui, ça arrive à tout le monde dans la vraie vie, pourquoi édulcorer ça dans un roman sous prétexte qu’il n’est pas réservé aux adultes ? Les mensonges de principe m’insupportent, alors voir les choses de la vraie vie tout bêtement exposées ici, ça fait sacrément du bien !

Marie-Aude Murail a un vrai talent pour dessiner des personnages touchants et profonds qui vous marquent. Même les personnages secondaires sont excellents. C’est simple (ah, ah, jeu de mots…) : il n’y a rien a jeter dans ce roman. J’aime tout. Le style limpide, les dialogues qui donnent énormément de vie à ce roman, les situations drôles mais tellement réalistes, les questionnements des personnages – de tous les personnages. C’est une tranche de vie que nous propose ici l’auteure et pas seulement une histoire basée sur « que devient une coloc quand on fait entrer un déficient mental dans tout ça ». L’histoire se lit vite, l’intrigue n’en est pas pour le moins complète et très bien construite. La narration nous mène par le bout de nez, il n’y a qu’à se laisser aller.

Alors oui, ça reste un roman pour la jeunesse. Happy end, amour, bons sentiments. Mais franchement, ça fait du bien et ça ne perd pas pour autant en saveur. Je ne peux que vous inviter à vous plonger le plus rapidement possible dans cette histoire touchante et souriante. Et même plus largement dans n’importe quel roman de Marie-Aude Murail. Car ça fait du bien tout simplement.

Marie-Aude Murail, Simple, aux éditions Ecole des Loisirs (Medium Poche), 6€80.

Un fils parfait, de Mathieu Menegaux

934704_558083267589051_470961001_nIl y a des moments comme aujourd’hui où je me pose la question du renouvellement de sa plume quand on est écrivain. Comprenez-moi bien, je saisis tout à fait qu’un auteur garde un style, une marque de fabrique au cours de sa carrière, même si bien sûr il évolue, change quelque peu – après tout, les gens changent. Je peux également imaginer qu’une fois qu’on a trouvé son genre, on y reste. Car c’est ce qu’on fait de mieux, car c’est là où on est le meilleur, là où on s’épanouit le plus tout compte fait. On aurait du mal à imaginer un Jean-Christophe Grangé écrire de la romance ou un Jean Teulé écrire un traité politique (quoique bien sûr, des tels revirements effectués de façon talentueuse existent, et je suis la première à dire qu’il ne faut pas mettre de barrières, de cloisons à la créativité).

Vous vous demandez pourquoi une introduction aussi longue ? Eh bien, parce que je me pose des questions sur ma dernière lecture : Un fils parfait de Mathieu Menegaux. Il s’agit du deuxième roman de l’auteur que je lis – encore une fois merci aux éditions Grasset pour l’envoi, merci à Mathieu Menegaux pour la dédicace. Le premier, Je me suis tue, parlait de la vie d’une femme qui a basculé d’une façon terrible, et traitait des sujets durs comme – attention, petits spoils – le viol, la grossesse, la maternité, la dépression. J’avais trouvé ce roman très juste même si vraiment à ne pas lire quand on va mal. Donc quelle surprise quand j’ai reçu ce second petit roman de trouver tant de similitudes : une femme, dont le destin a basculé, nous livre ici son récit – elle écrit à sa belle-mère pour expliquer ses actes. Une plume similaire au précédent ouvrage de l’auteur, mais ce n’est pas un mal car j’ai un vrai coup de cœur pour l’écriture de Mathieu Menegaux : simple, sincère, direct, complet, avec des sentiments, de l’émotion mais sans pathos. Un ton juste, des personnages incarnés, une héroïne à laquelle on s’attache. On comprend le dilemmes qu’elle vit et on ne peut s’empêcher de se dire : et si on avait été à sa place ?

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Si je vous écris aujourd’hui, Élise, c’est pour poser la première pierre de ma reconstruction. Je veux mettre un terme définitif à cette épouvantable parenthèse de douze ans de vie commune avec Maxime. Votre fils unique. (…) J’ai découvert l’amour avec lui. Plus dure fut la chute (…).

L’histoire, la voici, mais attention ! Je vais spoiler un élément central de l’intrigue, que l’on devine bien assez vite certes, mais si vous souhaitez vous garder toute la surprise… ne lisez pas ce paragraphe, sautez directement au suivant. Daphné et Maxime sont mariés depuis plusieurs années, tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils sont parents de deux petites filles merveilleuses. Maxime est un époux merveilleux qui a toujours encouragé sa femme, même quand ses choix de carrière l’obligent à être absente de chez elle la moitié de la semaine. Ses enfants sont alors seules avec Maxime. La vie de Daphné est complètement chamboulée le jour où l’une de ses filles la supplie de rester, de ne pas les laisser seules avec papa, car elle a peur du loup… Tout un programme. Vous avez deviné de quel tabou on parle dans ce livre : l’inceste.

Un sujet vraiment dur, qui n’est pas sans rappeler le thème du premier roman. J’ai donc eu une réelle impression de déjà-vu, et je dois avouer que cela m’a un peu lassée, je n’étais pas emballée à l’idée de me plonger dans cette histoire. Mais je l’ai fait et très sincèrement je ne regrette absolument pas. J’ai dévoré ce livre en deux jours tellement j’étais prise dans l’histoire. Je me suis beaucoup plus attachée à Daphné qu’à l’héroïne du premier roman. Sûrement car il s’agit d’une mère, la maternité est quelque chose qui me touche énormément. De plus, j’ai trouvé ici les personnages mieux construits. Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien sûr l’intrigue en elle-même. Il y a dans Un fils parfait un vrai effet de suspens : vous aurez besoin de tourner les pages de ce roman pour savoir le fin mot de l’histoire. La forme du témoignage rajoute de la force au récit, toutefois je finis vite par me lasser de ce type de narration, surtout que je n’ai pas du tout été convaincue par cette lettre adressée à la belle-mère….

Au-delà d’un titre que je trouve peu approprié (on aurait du parler de mari parfait et non de fils) et d’un côté redondant avec le roman précédent (mais je me dis que vous serez peu nombreux à lire les deux à la suite), ce récit est poignant et je vous invite à le lire. Jusqu’où doit-on aller pour protéger ses enfants ? Comment faire quand le monde entier semble se dresser contre vous alors que vous faites ce que vous jugez être juste ? Un roman à découvrir, assurément.

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Mathieu Menegaux, Un fils parfait, aux éditions Grasset, 17€50.

Réparer les vivants, de Maylis de Kerangal (lecture commune de février 2017)

Nous sommes déjà début mars et il est donc amplement l’heure de parler de la lecture commune de février. Je ne vous cache pas que j’ai inscrit ce roman car on n’arrêtait pas de me rabâcher à quel point ce livre était bien, et son adaptation au cinéma enfonça le clou. Aujourd’hui je partage avec vous mon avis sur Réparer les vivants de Maylis de Kerangal.

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Je me sentais un peu obligée de parler de ce roman. J’ai eu l’occasion de lire la plus grosse partie de la bibliographie de l’auteure puisque mon master a organisé une rencontre avec elle il y a quelques années (que le temps passe vite!). Certaines lectures m’avaient vraiment surprises (Naissance d’un pont) ou fait voyager (Tangente vers l’Est), et j’avais moins accroché avec d’autres (Corniche Kennedy). Disons que je reconnais que le style de Maylis de Kerangal mérite qu’on en parle, mais que ses histoires ne me correspondent pas toujours. Toutefois le résumé de Réparer les vivants m’avait touché, intrigué : l’histoire d’une transplantation cardiaque, une vie se termine, une autre peut ainsi continuer.

Simon Limbres est fan de surf. Alors quand il faut se lever avant 6h00 du matin pour aller chatouiller les vagues avec ses deux meilleurs potes, il n’hésite pas. Il laisse ses parents et sa petite sœur, pour plonger corps et âme dans la mer. Mais ce n’est qu’après que le danger le menace. Quand, sur le chemin du retour, épuisé de fatigue, le conducteur se laisse avoir, alors que Simon au milieu de ses deux amis n’a pas de ceinture de sécurité. Choc fatal. Il n’y a plus rien à faire. Enfin presque. La douleur de la perte, les questionnements, la possibilité de faire un don d’organe. La machine se met en route. Avec de protocoles, des règles, un anonymat, une collaboration entre hôpitaux et des hommes et des femmes derrière chaque geste, chaque décision, chaque mot.

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Ce n’est pas que l’histoire d’une cœur, d’un opération. C’est l’histoire de ce père qui survit seconde après seconde, c’est l’histoire de cette infirmière qui vient de passer la nuit avec son amant, c’est l’histoire de ce chirurgien parisien, vraie légende du milieu, etc.

Ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, depuis que sa cadence s’est accélérée à l’instant de la naissance quand d’autres cœurs au-dehors accéléraient de même, saluant l’événement, ce qu’est ce cœur, ce qui l’a fait bondir, vomir, grossir, valser léger comme une plume ou peser comme une pierre, ce qui l’a étourdi, ce qui l’a fait fondre – l’amour ; ce qu’est le cœur de Simon Limbres, ce qu’il a filtré, enregistré, archivé, boîte noire d’un corps de vingts ans, personne ne le sait au juste, seule une image en mouvement créée par ultrason pourrait renvoyer l’écho, en faire voir la joie qui dilate et la tristesse qui resserre, seul le tracé papier d’un électrocardiogramme déroulé depuis le commencement pourrait en signer la forme, en décrire la dépense et l’effort, l’émotion qui précipite, l’énergie prodiguée pour se comprimer près de cent mille fois par jour et faire circuler chaque minute jusqu’à cinq litres de sang, oui, seule cette ligne-là pourrait en donner le récit, en profiler la vie, vie de flux et de reflux, vie de vannes et de clapets, vie de pulsations, quand le cœur de Simon Limbres, ce cœur humain, lui, échappe aux machines, nul ne saurait prétendre le connaître, et cette nuit-là, nuit sans étoiles, alors qu’il gelait à pierre fendre sur l’estuaire et le pays de Caux, alors qu’une houle sans reflets roulait le long des falaises, alors que le plateau continental reculait, dévoilant ses rayures géologiques, il faisait entendre le rythme régulier d’un organe qui se repose, d’un muscle qui lentement se recharge – un pouls probablement inférieur à cinquante battements par minute – quand l’alarme d’un portable s’est déclenchée au pied d’un lit étroit, l’écho d’un sonar inscrivant en bâtonnets luminescents sur l’écran tactile les chiffres 05:50, et quand soudain tout s’est emballé.

Oui, c’est une seule phrase. Je vous rassure que tout le texte n’est pas ainsi mais c’est du même acabit. Un style vraiment hors norme donc, tout en images, métaphores, émotions, descriptions. On s’y fait. Je dirais même qu’on finit par franchement apprécier cette écriture aux frontières floues qui n’y va pas par quatre chemins. Parfois douce, parfois crue, toujours sincère, cette plume enivre et on la suit alors qu’elle retranscrit le parcours de ce cœur qui va connaître une destinée hors du commun.

Je ne sais pas encore si j’ai aimé ou non ce livre. Je ne pense pas le relire un jour, mais je m’imagine très bien l’offrir par contre. Il m’a marqué, c’est certain, il m’a profondément ému et touché. De façon plus terre à terre, j’ai beaucoup aimé en savoir plus sur tout le processus du don d’organe et de la greffe du cœur, c’est vraiment intéressant. Les personnages sont creusés et donnent vraiment du relief, de la profondeur à ce récit. Toutefois, il faut que je sois honnête : par moment, je ne peux pas m’empêcher d’être exaspérée et agacée par ce style qui finit par se regarder lui-même, qui fait des effets de manche et en rajoute souvent à mes yeux. Je suis partisane de plus de simplicité, mais c’est un goût tout personnel.

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Je vous invite à aller voir les chroniques des autres participantes de cette lecture commune de février. Petite Noisette a été gêné par le style si particulier de Maylis de Kerangal bien que le thème du don d’organes l’intéresse beaucoup. Quant à L’Aléthiomètre, elle s’est laissé « emporter par cette lecture ».

Prochaine lecture commune, celle de mars : L’Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafon. N’hésitez pas à vous inscrire 😉

Maylis de Kerangal, Réparer les vivants, aux éditions Folio, 7€70.

Le Trône de Fer (l’intégrale 2) de George R. R. Martin

Cela fait une éternité que je n’ai rien posté sur le blog. Il faut dire que des problèmes personnels m’ont fait craindre une autre panne de lecture – et d’écriture. Heureusement, je me suis remise à lire pendant les vacances et maintenant que ces dernières sont terminées, je peux reprendre mon petit rythme habituel qui inclut le blog, fort heureusement. Ce n’est donc que maintenant que je trouve le temps et le courage d’écrire une nouvelle chronique pour une lecture qui date de début janvier.

Il s’agit d’un gros pavé, d’une saga, d’une aventure chorale et épique : Le Trône de Fer (l’intégrale 2) de George R. R. Martin.

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Ce roman correspond à la saison 2 de la série télévisée ; je vais essayer de spoiler le moins possible mais je vous conseille tout de même de connaître le contenu du premier intégrale/de la première saison.

Le récit fait directement suite aux événements du tome précédent. Le royaume a sombré dans le chaos depuis que le roi au pouvoir est mort, depuis que la Main du roi a été assassinée, depuis que l’arrogant petit Joffrey Lannister est officiellement devenu souverain. A Westeros, on continue la lutte pour réclamer le pouvoir et venger la mort d’Eddard Stark. Mais les concurrents à la couronne sont nombreux et viennent de tous côtés. La guerre fait rage et dans les coulisses des conspirations naissent. Sur les îles, au-delà du Mur dans le Nord ou dans les contrées lointaines du Sud, on échafaude des plans pour reconquérir ce qu’on estime être à soi. On passe d’un camp à l’autre, on fuit, on se cache, on assassine, on attaque, on attend, on ment, on découvre la vérité… Une chose est sûre : la paix n’est pas au programme au sein des Sept Couronnes.

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Est-ce que j’ai aimé cette lecture ? Oh que oui ! Il m’a fallu quelques pages pour me remettre dans le bain, me souvenir des événements passés et me ré-habituer à cette langue si riche. Comme dans l’opus précédent, les personnages sont extrêmement nombreux. Il y en a certains que j’ai découvert ici : alors que je m’intéressais peu à eux, je me suis mise à attendre avec impatience chaque chapitre qui les annonçait – c’était notamment le cas pour Tyrion et Sansa. A l’inverse, des personnages qu’on n’a fait que croiser dans le tome précédent prennent beaucoup d’importance ici, car ils lancent de nouvelles intrigues ; ce n’est vraiment pas pour autant que je les appréciais. Il y en a même certains dont je ne me rappelais jamais !

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Mais c’est aussi ça la force de cette saga : faire vivre ce royaume des Sept Couronnes et nous y faire voyager. En passant d’un personnage à l’autre, on apprend de l’intérieur à mieux connaître les hommes et les femmes qui façonnent cet univers. On suit de façon parallèle leurs plans, leurs évolutions, les embûches sur leur chemin, on guette avec eux les dangers qui les attend. C’est très divertissant, c’est prenant. Les pages se tournent à un rythme frénétique car il y a sans cesse un événement, une phrase qui relance notre curiosité. C’est un pavé qui se dévore.

J’ai beaucoup d’interrogations pour la suite. J’ai déjà envie de savoir ce qui attend certains de mes personnages préférés et je redoute les agissements des autres. Il est sûr que je ne vais pas attendre trop longtemps avant de me lancer dans la lecture du troisième intégrale.

Le Trône de Fer (l’intégrale 2), de George R. R. Martin, traduit de l’américain par Jean Sola, aux éditions j’ai lu, 17€50.

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Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, d’Annet Huizing

Il arrive parfois que je sois prise dans une frénésie de lecture et généralement dans ces cas-là, je lis des choses que je n’ai pas l’habitude de lire – comprenez : pas de littérature française ou classique. C’est assez naturellement que, dans cette période, je me dirige vers les romans jeunesse ou young adult, histoire d’avoir un truc agréable à croquer sous la dent rapidement. Voici comment est donc arrivé dans mes mains le livre d’Annet Huizing : Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte.

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Katinka est une jeune fille qui vit seule avec son petit frère et son père. Une de ses meilleures amies est sa voisine Lidwine, une auteure qui la fascine. Avec son aide, elle va commencer à écrire des petites choses, sur sa vie et sa famille. Sur Dirkje qui vient d’entrer dans leur existence tout doucement. Sauf qu’écrire, ce n’est pas toujours facile. C’est tout un art et une technique qui demande de l’entraînement et de l’apprentissage. Chaque jour, Katinka se met devant son ordinateur et essaie de pondre un petit texte. Elle ne s’imaginait pas en se lançant dans cette aventure que cela remuerait autant de choses en elle. Imperceptiblement, elle a autant appris sur elle que sur l’écriture – et sur le jardinage aussi.

C’est une lecture très rapide. J’ai trouvé ce texte simple mais sensible et émouvant. On ne côtoie que peu de temps les personnages mais on s’attache très vite à eux, les trouvant sincères et terriblement humains. Ce sont là plus que de simples êtres de papiers. L’intrigue en soi n’est vraiment pas incroyable mais elle se laisse suivre avec plaisir tout de même. L’auteure a réussi à donner vie à sa narratrice : ce sont vraiment les mots d’une enfant, toutefois cela n’est pas un problème puisque la langue et le style sont tout de même assez bons.

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J’ai peu de choses à rajouter sur ce roman. Il m’a changé les idées, c’est une bonne lecture que je conseillerai aux pré-ados, mais je n’ai pas rêvé comme dans une saga, je n’ai pas vibré comme dans Nos étoiles contraires par exemple. Il est agréable mais je trouve globalement ce livre peu ambitieux malgré un thème très intéressant.

Annet Huizing, Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, traduit du néerlandais par Myriam Bouzid, aux éditions Syros, 14€95.

Elle s’appelait Sarah, de Tatiana de Rosnay

9782253157526-tVoilà, c’est officiel. Avec cet article vont se finir mes lectures communes 2016. Dans deux semaines, on fera le bilan de cette aventure, mais vous n’aurez qu’à attendre quelques jours pour avoir le programme des lectures communes 2017. En espérant que cela vous tente ! Ce mois-ci, c’est un roman très connu de Tatiana de Rosnay qui est à l’honneur : Elle s’appelait Sarah.

C’était une fillette, d’une dizaine d’année. Avec sa famille, ils vivaient à Paris. Petit à petit, les choses sont devenues étranges : on les a obligés à porter des étoiles jaunes sur la poitrine, sa mère ne pouvait faire ses courses qu’en fin de journée, on les regardait, les montrait du doigt. Et les rumeurs de la guerre qui envahissaient Paris… Mais un matin, tout changea. Sarah savait ses parents inquiets, elle comprit pourquoi. On toqua à leur porte. Des gendarmes français. Ils devaient partir. Direction le Vél d’Hiv. Nous sommes le 16 juillet 1942.

Soixante ans après, c’est pour faire un article dans le magazine où elle travaille que Julia Jarmond découvre l’histoire de la Rafle et des familles qu’elle a emportées. Elle est américaine, a épousé un Français et a vécu plus de la moitié de sa vie à Paris. Et c‘est par coïncidence que sa route va croiser celle de Sarah, la fillette juive. Elle découvre alors que sa famille, sa belle-famille plutôt, et cette enfant sont liées. La vie de Julia va changer à jamais : elle n’a de cesse de mener l’enquête, trouver la vérité en explorant les parts d’ombre de sa famille mais aussi celles de l’Histoire française, de l’Occupation.

Je me plantai devant la plaque, sans me soucier du trafic. Je pouvais presque voir Sarah arriver depuis la rue de Saintonge, ce petit matin étouffant de juillet, entre sa mère et son père, et les policiers. Oui, je voyais la scène. […] Le doux visage en forme de cœur était devant moi et j’y voyais l’incompréhension et la peur. Les cheveux lisses retenus par une queue-de-cheval, les yeux turquoises taillés en amande. Sarah Starzynski. Était-elle encore vivante ? Elle aurait soixante-dix ans aujourd’hui. Non, elle ne pouvait être encore de ce monde. Elle avait disparu de la surface de la terre, avec le autres enfants du Vél d’Hiv.

Très sincèrement, je misais énormément sur ce roman. J’apprécie beaucoup en effet les récits qui ont pour toile de fond ou même pour sujet principal la Seconde Guerre mondiale. J’avoue que j’ai été perplexe dès les premières pages de trouver une Américaine en héroïne. Mais pourquoi pas ? Cela sert les rebondissements de l’intrigue, mais je pense qu’un Français fouillant dans l’Histoire française aurait eu plus de poids… Qu’importe. J’ai, après tout, assez bien aimé ce personnage, touchant et sincère, elle aussi traversant une période difficile, qui résonne d’autant plus fort au fur et à mesure qu’elle découvre le destin de la petite Sarah.

On nous promet – soyons honnête – de l’enquête, et même du suspens. Et il n’est pas faux de dire qu’il y a des révélations, des retournements de situation. Mais je n’ai frémi à aucun moment. J’ai beaucoup apprécié redécouvrir l’histoire du Vél’ d’Hiv’, ce roman aide au travail de mémoire et c’est indispensable. Malheureusement, les personnages secondaires sont assez pauvres, mal travaillés. Mais le pire, c’est tout simplement l’intrigue. J’avais pratiquement tout deviné au bout d’une cinquantaine de pages. Autant dire que ça a enlevé beaucoup de charme à cette histoire. Un peu plus et je me serais ennuyée.

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Me voilà bien embêtée. D’un côté, j’ai trouvé ce roman remarquable sur des thèmes comme la culpabilité, le poids du secret, j’ai adoré les passages où l’on suit directement Sarah, j’ai aimé même le personnage de Julia Jarmond. De l’autre, je n’ai ressenti aucune grande émotion à la lecture de ce roman, trouvant que l’intrigue manquait cruellement de reliefs. Et la fin… Larmoyant, j’ai détesté au possible.

Je suis déçue, je dois l’avouer. On m’avait sûrement beaucoup trop vendu ce livre, mes attentes étaient trop hautes. Elle s’appelait Sarah n’est toutefois pas un mauvais livre. Il y a un vrai travail de documentation, la lecture est fluide, la narration bien maîtrisée malgré quelques sensibleries. Mais je ne suis pas parvenue à entrer dans le roman pour autant, je suis passée à côté de cette lecture.

Je lirai encore Tatiana de Rosnay car je sais d’expérience que sa plume arrive normalement à me faire vibrer. Et vous ?

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Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah, Le Livre de Poche, 7€10.

Le Journal de Bridget Jones, d’Helen Fielding

Je me souviens avoir vu il y a fort longtemps Le Journal de Bridget Jones (le film). J’avais alors pensé à l’époque : « C’est certain, ce n’est pas le petit bijou de cinéma d’auteur mais qu’est-ce que ça fait du bien ! ». En repassant devant le cinéma, je me rends compte que Bridget ne s’en sort toujours pas de ses déboires amoureux, mais qu’elle avance tout de même puisqu’elle va avoir un bébé ! M’est alors revenu en mémoire la promesse que je m’étais faite après le visionnage du premier film : lire le livre à l’origine de tout ça. Plus d’excuses pour reculer, la bibliothèque me l’a offert sur un plateau d’argent puisque je suis tombée dessus sans trop d’effort. Aujourd’hui, nous allons donc parler du fameux roman d’Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones.

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En effet, il s’agit bien là d’un journal intime où Bridget note son poids, les calories prises dans la journée, les cigarettes, les unités d’alcool, ses déboires au boulot, les aventures de ses amies, les discussions avec ses parents mais aussi et surtout les hommes. Enfin, tout d’abord, surtout un : son patron. Alors oui, c’est niais par moment, carrément. Oui, il y a des choses à revoir (faire un régime alors qu’on pèse 57 kg. CINQUANTE-SEPT. J’ai cru que j’allais finir par taper l’héroïne à travers les pages face à cette lubie quotidienne.) Mais on a beau dire… Je trouve décidément cette héroïne attachante. Elle vit des choses qu’on a tous vécu : la solitude, la jalousie et l’obsession amoureuse bizarre et irrépressible, la honte face aux parents et aux amis de ses parents. Mais aussi des choses plus sérieuses : la remise en question professionnelle, la peur de finir seule à un âge où tout le monde autour de soi se marie et a des enfants. Rien de lourd, le roman reste agréable et n’est jamais plombé par ce genre de sujets, toutefois ils apportent plus de profondeur au récit.

Bridget Jones Diary 2 The Edge of Reason

Ce n’est pas juste l’histoire d’une nana qui boit un peu trop facilement et met des jupes pour exciter son boss. C’est aussi et surtout l’histoire d’une femme qui veut assumer son corps pour plaire quand bien même elle se trouve des bourrelets disgracieux. C’est cette amie qui se plie en quatre pour recevoir ses potes avec un repas de roi alors qu’elle ne sait pas cuisiner. C’est cette fille qui répond à son père au téléphone en pleine nuit parce que sa mère a décidé de « vivre sa vie ».

Côté écriture, ça se lit bien et vite. Je regrette les répétitions quasi-obligatoires du nombre de cigarettes, etc. qui plombent chaque journée. J’ai parfois eu du mal également avec le style parfois trop télégraphique – même si je comprends son utilisation. Et de façon très personnelle, je me suis un petit peu perdue dans les personnages, faute d’attention, mais cela n’enlève pas grand-chose à la compréhension du récit. Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, ce n’est pas de la très grande littérature non plus, ce n’est pas une histoire comique, encore moins tragique. Disons que c’est un petit mélange de tout cela. Je ne regrette pas du tout ma lecture, mais je ne m’en serais pas beaucoup voulu non plus d’avoir fait l’impasse dessus. Je ressors de ce Journal avec le sourire et je vais courir voir le dernier film au cinéma. Et vous ?

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Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones, traduit de l’anglais par Arlette Stroumza, aux éditions J’ai lu, 6€90.