Les Outrepasseurs (T.2) : La Reine des Neiges, de Cindy Van Wilder

Je reviens enfin sur le blog. Après un mois sans nouvelle. Comprenez-moi bien, j’étais occupée jusqu’au cou par le NaNoWriMo (je vous en reparlerai bientôt) et écrire autre chose était bien au-dessus de mes forces. Mais me revoilà. Mieux vaut tard que jamais. Et demain déjà je m’envole pour Paris, pour visiter le Salon du Cheval (un rêve de gamine qui se réalise) et, bien évidemment, le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil, de son petit nom SLPJ. L’article d’aujourd’hui est d’ailleurs un peu en lien avec cet événement puisque la lecture que je vais vous présenter, je l’ai faite pour ce salon. En effet, je vais y retrouver la choupinette Cindy Van Wilder, auteure des Outrepasseurs. J’avais adoré le tome 1, je me suis donc empressé de lire le tome 2 avant de la rencontrer (et afin d’acheter et de me faire dédicacer le tome 3 :p).

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Le tome 2 des Outrepasseurs s’intitule La Reine des Neiges. A l’inverse du premier opus, pas de flashback ici, on reste dans le présent avec les Héritiers qu’on nous a présenté auparavant. Et bien sûr, on retrouve notre héros, Peter. Peter, qui supporte de moins en moins d’obéir aux Outrepasseurs, et surtout à leur chef, Noble. Peter qui se pose beaucoup de questions sur le bien fondé de sa mission, sur la légitimité de celle-ci au fur et à mesure qu’il découvre le pouvoir de son clan sur les fés, et la façon dont on traite ses derniers. Il ne sait pas alors qu’une figure du passé va ressurgir pour semer le trouble dans leurs vies et qu’une malédiction est en route, les menaçant tous.

C’est un moment charnière pour les Outrepasseurs, là où tout peut changer.

L’auteure nous a pondu là un vrai page-turner qu’on ne peut pas lâcher. Pourquoi ? Grâce à ces intrigues puissantes et addictives qui s’entrecroisent et se rejoignent, grâce à ces personnages principaux complexes et attachants qu’on veut suivre jusqu’au bout. A vrai dire, je ne pensais pas du tout que cette histoire, cette saga prendrait ce chemin-là, en tout cas pas dès le deuxième tome ! Cindy Van Wilder y va fort, et on en redemande.

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Dans le premier tome, on a appris la genèse des Outrepasseurs. Ici, on découvre avec délice leur fonctionnement de nos jours, la façon dont ils ont évolué. Eux, mais aussi la société des fés, dont la dernière représentante libre a été capturé. Et comme dans chaque système, il y a des failles. Des dangers qui viennent de là où on ne s’attend pas. Des retournements de situation époustouflants.

Il est vrai qu’il faut parfois s’accrocher. Les Outrepasseurs sont nombreux, je me suis un peu perdue à travers cette multitude de personnages mais au fil des pages, ils gagnent en épaisseur et on les reconnaît de mieux en mieux. De façon globale, le roman gagne en visibilité à chaque chapitre. On rentre plus dans l’action, moins dans l’exposition un peu mystérieuse des faits.

En une cinquantaine de pages, on devient accro. Sans compter sur une petite touche de romance que je n’ai pu qu’approuver au vu de mes sourires niais et béats ! Je me suis vraiment sentie dans mon éléments avec ce tome-là, plus que dans le premier, et suivre Peter dans ses aventures, dans ses choix a été un réel bonheur. Il faut toutefois avoir lu le tome 1 et l’avoir un peu en tête pour retomber facilement sur ses pieds dans cette lecture. Elle vous perdra peut-être un peu au début, mais vaut assurément le coup de persévérer ! Je n’ai qu’une hâte : lire le tome 3.

Et vous, avez-vous déjà lu cette trilogie ?

J’espère vous croiser au SLPJ 2016 ! Faites signe par mail, commentaire ou tweet si vous souhaitez boire un café 😉

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Cindy Van Wilder, Les Outrepasseurs, tome 2 : La Reine des Neiges, dans la magnifique édition Gulf Stream, 18€.

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Eragon (tome I), L’héritage, de Christopher Paolini

Voilà, c’est avec un immense bonheur que je vous annonce que ma panne de lecture est terminée ! J’ai dévoré un roman, chose qui ne m’était plus arrivée depuis des mois, et j’ai cette petite excitation au fond de moi, celle que je ressens quand je dois choisir ma prochaine lecture. J’espère bien rattraper mon monumental retard dans mes chroniques et redonner un peu de vie à ce blog qui faisait grise mine depuis des semaines.

Chaque mois sur ce blog ont lieu des lectures communes. Nous sommes presque mi-août et je n’ai toujours pas parlé de celle qui s’est déroulé en juillet, honte à moi ! En même temps je viens juste de terminer cette lecture. Il s’agit du premier tome de la saga de Christopher Paolini : Eragon (tome I), L’héritage.

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C’est une saga que j’avais dévoré adolescente, mais il est vrai qu’elle m’a laissé moins de souvenirs qu’Harry Potter (en même temps, peu de choses arrivent au même niveau que le petit sorcier de J.K. Rowling dans mon cœur…). Eragon est la première saga fantastique, je pense même que c’est le tout premier roman fantastique que j’ai lu de ma vie. Et même s’il s’adresse à un public jeunesse/young adult, il faut avouer qu’il a gardé toutes ses qualités ! C’est ça l’avantage avec des histoires se déroulant dans un tout autre univers, un peu médiéval : ça se gâte rarement avec le temps.

Eragon est un jeune garçon élevé par son oncle dans sa ferme de Carvahall, un petit village au nord ouest de l’Alagaësia. Même si le quotidien est parfois rude, la vie est simple dans ce coin de l’Empire. On ne se préoccupe plus de Galbatorix, leur soit-disant chef qui a volé le pouvoir il y a fort longtemps, et qui n’a plus bougé de la capitale Urû’baen depuis des années. Mais alors qu’il chasse sur les montagnes de la Crête, Eragon découvre un grosse pierre ovale et bleue. C’est alors que toute sa vie qui bascule : cette pierre est un œuf, d’où éclot un dragon. Eragon devient dragonnier. Obligé de quitter les siens, il part aux confins de l’Alagaësia dans une quête ancestrale et dangereuse. Aidé par Brom, il apprendra la magie rencontrera des ennemis et des alliés puissants et mystérieux, affrontera les pires dangers aux côtés de sa dragonne, Saphira.

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Il se passe beaucoup de choses dans ce premier tome, et je ne fais ici qu’en effleurer la surface. Il y a de nombreux personnages importants (Ah, Murtagh !) que je ne peux même pas évoquer pour vous garder un peu de suspens. La trame de fond, le décor, l’histoire de l’Alagaësia et de ses peuples sont très bien amenés et expliqués : c’est passionnant, ça intervient au bon moment sans jamais nous ennuyer.

Il faut dire que le rythme de l’intrigue et de la narration a été assez soigné dans ce premier tome. Les personnages voyagent pendant une grosse partie du bouquin, il est vrai qu’on a un peu l’impression d’être dans un jeu vidéo parfois : aller jusqu’au prochain checkpoint, y combattre l’ennemi et recommencer jusqu’à la bataille finale. Heureusement, l’histoire est bien plus riche que cela malgré ce schéma sous-jacent.

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Eragon (tome I), L’héritage est un magnifique premier tome : on s’attache fort à ses personnages, on croit à cette histoire, on est transporté dans ces nouveaux territoires et on vit chaque combat. Il y a de l’amitié, des sentiments, de l’honneur, de la souffrance, des découvertes, des rencontres, des regrets, de l’espoir ! Je me demande si l’auteur arrive à tenir la distance dans ses autres tomes : il sera dur de ne pas s’essouffler après ce premier opus !

Dans tous les cas, ce livre fait très bien son travail : c’est un gros pavé qu’on ne veut pas lâcher, il est divertissant et immersif. L’écriture très fluide est maniée avec talent.

Cette lecture commune a été pour moi l’occasion d’une vraie redécouverte et j’ai hâte de me plonger dans les tomes suivants.

Vous pouvez également aller voir l’avis de Virginy  et de L’Aléthiomètre !

Christopher Paolini, Eragon (tome I), L’héritage, traduction de l’anglais (États-Unis) par Bertrand Ferrier, aux éditions Bayard Jeunesse, 19€90 (existe aussi en poche).s

Le Trône de Fer (L’Intégrale I), de George R. R. Martin

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L’hiver vient. Winter is coming.

C’est la devise des Stark, qui règnent à Winterfell, l’une des contrées du Royaume des Sept Couronnes. Eddard Stark (Ned pour les intimes), est nommé Main du Roi Robert. Chance ou malédiction ? La question se pose alors que des soupçons pèsent sur les Lannister, seigneurs de Castral Roc : certains disent qu’ils auraient tué l’ancienne Main. Mais ce n’est pas la seule menace qui guette Westeros : dans d’autres contrées, une princesse déchue au sang de dragon épouse un dirigeant Dothrakis (un peuple de forts guerriers, qui ne jurent que par le cheval) et au Nord, la menace des Autres et des sauvageons par-delà le Mur effraie.

Mais l’hiver vient. Partout les prémices de la fin de ce très long été se font sentir. Et avec elles des menaces nouvelles et obscures.

84237154_oComplot, manipulation, corruption, secret. Une course au pouvoir diabolique et mortelle se joue à Westeros. Mort, sang, guerre, sexe : les pages de ce livre en sont imprégnées. Le Trône de FerL’intégrale I de George R. R. Martin est indéniablement un livre que l’on ne peut mettre qu’entre les mains d’un lecteur averti. Commencer cette lecture, c’est une immersion totale dans un autre univers qui vous happera au total pour sept très gros volumes (dont seuls les cinq premiers sont déjà sortis). J’avoue, les 100 premières pages, vous ferez des allers-retours entre le texte et la carte ou la liste des personnages principaux, histoire de mieux vous repérer. Et vous serez peut-être désarçonné par la langue (en tout cas avec cette traduction) à la fois très archaïque et recherchée, et qui devient d’un coup familière et vénale sans qu’on ne sache pourquoi. Mais on s’y fait très rapidement. C’est une vraie aventure où vous frissonnerez, vous vous enthousiasmerez, en même temps que les personnages.

Ah… ces personnages, c’est vraiment tout ce qui fait le sel de cette saga. Plus que la création d’un nouvel univers si riche et complet, plus que cette intrigue aux mille ramifications si bien travaillée. Plus même que cet art de la narration qui fait qu’on tourne les presque 800 pages avec frénésie. Chaque personnage principal (et il y a en beaucoup) est très bien développé : description du physique, habitudes, façon de parler, relation aux autres, etc. On ne s’ennuie jamais en leur compagnie et on apprend à les connaître de manière efficace et empathique. Même s’il y a peu de chance qu’on croise dans la vie une princesse Sansa ou un Tyrion Lannister, ils sont tout à fait crédibles, et cela apporte un vrai plus à l’histoire. Ils ont une vraie profondeur psychologique, une vraie épaisseur, mais surtout, ils évoluent. Et de façon réaliste.

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Chaque chapitre fait le zoom sur l’un d’eux : ce qu’il est en train de vivre, ce qu’il éprouve aussi. Une façon très originale et diablement efficace pour faire avancer une histoire-poulpe (comprenez : avec plusieurs bras). En effet, tout ne se résume pas à une lutte pour la couronne, oh que non ! Les egos, les alliances, les sentiments, le calcul entrent en jeu : on ne sait plus qui croire, même si on repère assez facilement qui sont les gentils, qui sont les méchants (quoique… on peut parfois hésiter!). Dans ce roman où la politique seigneuriale joue un rôle presque central, des valeurs humaines et authentiques comme la famille ou l’honneur sont aussi extrêmement importantes et ont leur place ici. Et je ne vous parle même pas des menaces extérieures, des rebondissements, etc. qui nous occupent une bonne partie du récit.

game-of-thrones-season-1-32145_00Une écriture virtuose, un traitement des personnages juste parfait, un monde fantastique riche et intéressant, une saga qui promet des surprises… Bref, que dire de plus ? C’est juste un immense coup de cœur et une très belle découverte. Je suis vraiment ravie d’avoir franchi le pas, et de m’être plongée dans cette saga. Je vais très vite continuer cette lecture, c’est certain. L’Intégrale 2 figure déjà dans ma PAL… J’avais vu la saison 1 de la série donc je connaissais déjà les péripéties de ce premier volume, et j’ai quand même pris énormément de plaisir à la lecture. Mais je suis contente de m’être retenue de voir les saisons suivantes pour me garder le bonheur entier d’une lecture faite de découvertes.

George R. R. Martin, Le Trône de Fer, L’Intégrale 1, traduction de l’américain par Jean Sola, aux éditions J’ai lu, 15€90.

Avec ce livre, je participe au challenge 1 pavé par mois et au RAT a Week Edition Winter.

La Malédiction de l’Epouvanteur (T. 2), de Joseph Delaney

Le premier tome de cette saga m’avait séduite, je reviens donc vous parler du tome 2 que j’ai dévoré également : La Malédiction de l’Epouvanteur de Joseph Delaney.

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fleauTom Ward continue son apprentissage d’épouvanteur auprès de son maître, M. Gregory. Tout deux doivent se rendre à Priestown, ville d’églises et de prêtres, pour participer à un enterrement. Dans une ville où être épouvanteur est très mal vu, où l’Inquisiteur s’amuse à brûler vif et à torturer des gens parce que soi-disant ils sont sorciers, Tom et son maître vont pourtant réussir à se mettre encore plus en danger, mais c’est pour la bonne cause. En effet, dans les catacombes sous la cathédrale réside le Fléau, une force obscure capable de manipuler les esprits. Et ce mal reprend des forces, trop : cela en devient dangereux, il pourrait réussir à sortir de sa prison et recouvrir le Comté des ténèbres. Il faut le combattre. Une autre aventure pour nos héros, mais celle-ci s’avère vraiment dangereuse.

Encore une fois une écriture très divertissante, mais toutefois plus profonde que le tome 1 : on découvre des pans du passé du M. Gregory et on apprend à mieux connaître Tom. Face à un danger tel, pernicieux et mortel, ils ne seront pas toujours d’accord, mais heureusement, ils auront quelques alliés pour les aider dans leur tâche. C’est un roman d’aventure jeunesse, mais là encore, c’est réserver à des lecteurs avertis : des scènes peuvent faire peur, des gens meurent dans ce livre et ce genre de choses peut effrayer les plus jeunes (je rigole pas, les parents, lisez-le avant de le mettre dans les mains de vos marmots, OK ?). Toutefois, si le lecteur est « averti » comme le demande la quatrième de couv’, ce livre est vraiment prenant. Il y a parfois quelques longueurs et un manque d’explications sur les faits et gestes des personnages (on a par moment du mal à visualiser ce qu’ils font vraiment), mais les péripéties sont vraiment surprenantes. L’auteur fait souvent appel à un élément extérieur pour résoudre les situations, on pourrait le regretter, toutefois cela est très bien amené et les personnages principaux sont régulièrement preneurs d’initiatives. Il y a là un bon équilibre.

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J’aurai souhaité qu’il y ait un peu plus de lien entre le tome 1 et le tome 2 mais j’imagine toutefois que cela sera corrigé dans les prochains tomes au vu de ce que j’ai pu lire dans celui-là. En effet, des indices sont disséminés un peu partout pour savoir sur quoi reposera la future intrigue (du tome suivant, ou d’un tome encore ultérieur). On sent une trame de fond qui se développe et c’est vraiment à partir de ce livre que j’ai senti « l’esprit saga ». C’est à partir de ce roman qu’on se dit qu’il faut lire les autres, qu’on doit savoir la suite.

Comme je l’ai dit plus haut, les personnages sont plus explorés et ce traitement est vraiment bénéfique pour l’œuvre, on ne lit plus le roman que pour l’aventure mais aussi pour connaître le destin et le passé des différents protagonistes. On se prend vraiment à ce jeu de puzzle à reconstituer, d’énigmes à résoudre sur la vie de tel ou tel personnage et cela ne présage que de bonnes choses.

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On dit merci à Joseph Delaney pour cette excellente saga !

Je ne vais pas épiloguer plus pour ne pas faire redite avec l’article sur le tome 1, mais je ne peux que vous inviter à découvrir la saga. Il vous faudra commencer par le premier roman, sans cela, beaucoup d’éléments seraient incompréhensibles ou perdraient de leur saveur. J’espère vraiment que vous succomberez à L‘Epouvanteur et n’hésitez pas à me donner votre ressenti en commentaire si c’est déjà le cas (sans spoiler les autres tomes, par pitié!).

Joseph Delaney, La Malédiction de l’Epouvanteur, Bayard Jeunesse, 11€90.

Sous les couvertures, de Bertrand Guillot

De retour après le NaNoWriMo (il faudra que je vous raconte ça) et une angine du tonnerre, je profite d’un moment de libre (ce qui se fait rare en ce moment) pour enfin partager avec vous ma chronique pour les matchs de la rentrée littéraire de Price Minister.

Le livre en question : il s’agit de Sous les couvertures de Bertrand Guillot à la maison d’édition rue fromentin. Je ne connais ni l’auteur ni l’éditeur mais j’ai le goût de la découverte il faut croire. Le livre est très élégant que ce soit l’image qui illustre la couverture ou le texte de la quatrième, mais aussi l’intérieur : qualité du papier, gris typographique, etc. Bref, un bel ouvrage qui donne déjà envie de lire mais le meilleur, c’est le sujet de ce roman : un livre qui parle de livres.

Plus particulièrement, un livre dont l’action a lieu dans une petite librairie de quartier où les ouvrages attendent que les derniers clients s’en aillent et que le store soit baissé pour prendre vie. Oui, un peu comme dans le film Une nuit au musée, mais là, le gardien des lieux – autrement dit : le libraire – n’est au courant de rien. Sous les couvertures, prennent vie des personnalités encrées, des destins romanesques, des voix de personnages, des styles d’auteurs. Les classiques qui ont tout vu, l’académicien qui entend bien imposer son avis, la fougue des premiers romans… Tout ce petit monde passe ses journées à séduire au mieux les potentiels lecteurs et ses nuits à discuter. Un sujet empoisonne toutes leurs conversations mais aussi leur vie au quotidien, une peur insidieuse et un risque bien présent : l’arrivée des nouveautés et donc le départ pour une destination funeste de ceux qui n’ont pas trouvé preneur depuis trop longtemps…

Les romans du fond en ont assez et veulent renverser ce système tyrannique de l’horreur. Ils visent la table bien présentée près de l’entrée. Mais pour cela, il faudra se battre avec les best-sellers. Une révolution au pays des livres qui ne met pas tout le monde d’accord mais qui représente à coup sûr un tournant dans l’histoire de cette librairie.

Comment j’ai trouvé ce livre ? Délicieusement bon. J’ai ralenti au maximum ma lecture pour le faire durer. Le thème du roman en soi est inventif, original et donne une autre vision fantastique des coulisses d’une librairie. Il permet de mettre en avant ce turn-over perpétuel et sans pitié qui a lieu dans le monde des livres mais traite cela d’une façon merveilleuse. Avec humour, l’auteur a donné à chaque ouvrage une personnalité qui est le mélange entre la manière dont il a été écrit, le style et l’humeur de son auteur, le sujet qu’il aborde et le ton utilisé pour cela. Les personnages sont vraiment attachants et ont suit avec bonne humeur, enthousiasme leurs péripéties, leurs prises de décisions, leurs altercations.

L’histoire, l’intrigue est un vrai bonheur mais il faut rajouter à cela le plaisir évident que prend l’auteur Bertrand Guillot dans l’écriture. Son style est fluide et prenant, son écriture est pleine de clins d’oeil et de jeux de mots vraiment savoureux. C’est un réel plaisir de lecture.

Sincèrement, je ne trouve rien d’autre à rajouter à propos de cet ouvrage. Je lui donne la note de 5 sur 5 et en faisant cela, je suis honnête avec moi-même et avec vous : c’est un vrai, VRAI coup de cœur.

Bertrand Guillot, Sous les couvertures, rue fromentin, 16€.

Les Grandes Blondes, de Jean Echenoz

Après Un An, j’ai voulu en savoir un peu plus sur l’oeuvre de Jean Echenoz. C’est pourquoi j’ai décidé de lire Les Grandes Blondes, publié en 1995, qui a obtenu le prix Novembre. C’est un livre décalé et fin qui est, je trouve plus facile à lire que le premier ouvrage de cet auteur que j’ai découvert.

Très vite, la situation nous est exposée. Salvador, qui travaille pour la télévision, veut mettre sur pied avec son assistante Donatienne une émission sur les grandes blondes, naturelles ou colorées, chaudes ou froides. Pour cela, il a pensé à inviter sur son plateau une star de la chanson déchue, Gloire Abgrall, qui après avoir ravi les magazines s’est retrouvé dans la colonne « Faits divers » puis « Justice », accusée de meurtre. Mais voilà : depuis sa libération, la jeune femme n’a plus donné aucun signe de vie et use de toute son intelligence pour se cacher des yeux de tous. Salvador fait donc appel à Jouve pour partir à la recherche de la donzelle, cet enquêteur va faire en sorte d’envoyer ses meilleurs éléments sur le terrain pour remplir sa mission : Kastner, Boccara et Personnettaz se relaieront avec plus ou moins de succès. Mais Gloire est insaisissable et pleine de ressource et la trouver ne va pas du tout être une partie de plaisir.

Ce n’est pas un thriller ou un roman d’enquête, c’est beaucoup plus léger que cela dans l’écriture ainsi que dans certains éléments très « imaginatifs ». Echenoz a inventé une nouvelle façon d’évoquer la recherche de personne disparue et l’univers des détectives privés en incluant des éléments drôles, fantastiques ou à l’inverse morbide mais cela est dit avec un ton et une manière tellement décalée que le côté glauque de la chose n’est pas présent. Poétique, saugrenu, Les Grandes Blondes se lit vite car cette oeuvre saist nous ravir que ce soit dans le sens de nous plaire ou dans celui de nous enlever, de nous kidnapper. Un suspens, très présent sans être oppressant, et un humour toujours renouvelé et sur la limite font que ce livre n’est jamais ennuyeux mais au contraire, il rend accro !

On aimerait voir plus souvent lire ce genre d’ouvrage qui, sans nous prendre pour des idiots, sait nous caresser dans le sens du poil. L’écriture légère mais authentique nous envoie dans un monde où le réel est différent du nôtre, où même les actes les plus affreux sont peut-être admis avec plus de désinvolture. Je vous conseille donc vivement d’aller vous plonger dans ce roman tout à fait extra-ordinaire où les grandes blondes ne sont qu’un prétexte insolite mais terriblement grinçant pour explorer les possibilités poétiques et humoristique que nous donne le roman.

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Le K (Il Colombre) de Dino Buzzati

Peut-être l’ignorez vous mais j’ai toujours eu un amour particulier pour l’Italie mais aussi et surtout sa littérature et sa langue si chantante. Quel a donc été mon bonheur d’être l’ange gardien de Carlo Lucarelli, de rencontrer Antonio Penacchi, à l’occasion de mon bénévolat au Marathon des Mots de Toulouse, édition 2012. Ridicule avec mon faible niveau en italien, j’espère que mon enthousiasme m’a sauvé. Car on n’a qu’à prononcer « pasta » ou « dolce vita » pour qu’un sourire éclaire mon visage.
Je voulais donc aujourd’hui vous faire découvrir un auteur italien que j’apprécie particulièrement, Dino Buzzati, mais autant faire d’une pierre deux coups. Je vais donc également en profiter pour parler un peu d’une collection bilingue juste géniale.
Le livre en question est un recueil constitué en 1966 de 13 nouvelles réunies sous la titre de la plus connue : Le K (Il Colombre en VO). Elles évoquent de façon poétique des événements plus ou moins fantastiques : la Tour Eiffel faisait bien plus de 300 mètres de haut avant qu’on la rabaisse, un veston ensorcelé permet de devenir riche, une femme fatale transforme les hommes en chien, tomber volontairement d’un immeuble est courant et trèèèès long. Des situations loufoques que Buzzati apprivoise, des grands sujets de la littérature fantastique ou des thèmes banals d’une vie quotidienne pimentée par la magie, la bêtise, le génie. L’auteur maîtrise son art et sait jongler parfaitement entre l’émotion et l’humour, faire naître en nous la peur ou la joie, créer la surprise. Mais on sent en fond un certain sentiment de déception ou du moins de pragmatisme face à la vie : ses histoires finissent bien souvent à la façon de points de suspension, laissant au lecteur la libre interprétation du sens profond de cette nouvelle. Certaines révèlent l’imbécilité des hommes, mais c’est avant tout leur solitude et leur marche inexorable vers la mort que l’on peut déceler derrière ces récits magiques. Mais on peut quand même trouver une lueur d’espoir, une conscience de ce phénomène pour relativiser.
L’écriture de Buzzati ne nous brusque pas mais ne nous prend pas pour des idiots non plus. Il nous fait voyager, il nous met en colère ou nous éblouit à coup de paroles très travaillées et bien trouvées. Un auteur pour qui tout paraît trop facile, son écriture est tellement géniale. Bien évidemment, si vous lisez un peu d’italien, je ne peux que vous conseillez de le lire en version originale, ainsi il ne perdra pas du tout sa saveur. Heureusement, les traductions françaises sont assez bien réalisées. Mais pour ceux qui ne sont pas bilingues et qui ont quelques difficultés, rassurez-vous : l’écriture de Buzzati, une fois qu’on s’est habitué aux constructions des phrases, est simple, le voculaire aussi… en général. En effet, dans certaines nouvelles, on trouve des néologismes, des mots peu utilisés ou anciens, des tournures difficiles ; c’est là qu’intervient cette collection bilingue, pour conjuguer plaisir de lecture originale et compréhension parfaite.
Il s’agit de la collection « Les langues modernes / bilingue » et, dans le cas présent, de la série italienne dirigée par Christian Bec. C’est édité chez Le Livre de Poche, vous vous doutez bien alors de son petit prix. Question mise en page, cette collection se présente ainsi : page de gauche, le texte en version orginale ; page de droite, en correspondance, la traduction fidèle sans être littérale. Des notes très complètes, de vocabulaire surtout mais aussi des notes plus littéraires, nous éclairent sur certains points un peu compliqués. Et dans le cas de Buzzati, cela est réalisé de manière remarquable : des points linguistiques expliqués pour comprendre le parti pris de la traduction, des notes pour saisir le sens sous-jacent de certaines phrases qui nous échappe, trop occupés à comprendre l’italien. A la limite, la seule chose que j’ai à redire c’est le décalage de lignes parfois important entre VF et VO ; mais ça, on n’y peut pas grand chose, en effet l’italien est beaucoup plus économe de mots que le français. Enfin, une introduction permet d’en apprendre plus sur l’auteur, le sens profond de son oeuvre (d’ailleurs quelqu’un peut m’éclairer : pourquoi faire systématiquement ça en introduction ? Ils ne comprennent pas que ça nous spoile ?).
J’ai été charmée, emportée par cette écriture si facile et si joueuse. Cette collection bilingue m’a permis de passer un moment inoubliable de lecture, que je renouvellerais avec plaisir. De grands auteurs sont disponibles en version bilingue et pas qu’en italien bien sûr. Un bon moyen de s’entraîner à dompter une langue étrangère tout en découvrant des auteurs sous leur vrai jour, sans aucun truchement du à la traduction. Si vous débutez, je vous conseille les recueils de nouvelles ou de courts récits comme c’est le cas pour Buzzati : les histoires sont bien sûr plus rapides à lire, les sujets (et donc le vocabulaire) plus divers et le style reste simple, un bon compromis donc. Je vous laisse avec un passage de « Ragazza che precipita » (« Jeune fille qui tombe… tombe ») :
« Il grattacielo era d’argento, supremo e felice in quella sera bellissima e pura, mentre il vento stirava sottili filamenti du nubi, qua e là, sullo sfondo di un azzurro assolutamente incredibile. Era infatti l’ora che le città vengono prese dall’ ispirazione e chi non è cieco ne resta travolto. Dall’aereo culmine la ragazza vedeva le strade e le masse dei palazzi contorcesi nel lungo spasimo del tramonto e là dove il bianco delle case finiva, cominciava il blu del mar che visto dall’alto sembrava in salita. E siccome dall’oriente avanzavano i velari della notte, la città divenne un dolce abisso brulicante di luci ; che palpitava. »
« Le gratte-ciel était d’argent, suprême et heureux en ce beau soir très pur, tandis que le vent étirait de légers flocons de nuages, ça et là, sur un fond d’azur absolument incroyable. C’était en effet l’heure à laquelle les villes sont saisies par l’inspiration et celui qui n’est pas aveugle en a le souffle coupé. De ce faîte aérien la jeune fille voyait les rues et la masse des immeubles se contorsionner dans le long spasme du crépuscule et là où finissait la blancheur des maisons, commençait le bleu de la mer qui d’en haut semblait en pente. Et comme de l’orient venaient les voiles de la nuit, la ville devint un doux abîme grouillant de lumières ; et qui palpitait. »