Le Diable s’habille en Prada, de Lauren Weisberger (lecture commune de juillet 2017)

le-diable-s-habille-en-pradaDe la lecture sans prise de tête : voilà ce que je voulais pour l’été, pour les vacances, pour la lecture commune de juillet 2017. Cela faisait un petit moment déjà que j’avais envie de lire ce roman, qui a donné naissance à un de mes films préférés (ne me jugez pas) : Le Diable s’habille en Prada de Lauren Weisberger.

Andrea rêve d’être une grande journaliste, et pour cela elle est prête à tout, même à postuler pour le plus célèbre magazine de mode au monde : Runway. Et sans trop savoir comment, elle parvient à décrocher ce job qui fait tant d’envieuses : elle devient la seconde assistante personnelle de la rédactrice en chef, Miranda Priestly. Andrea va vite apprendre que derrière les talons aiguilles et les défilés de mode, elle et son style dépareillé vont devoir faire beaucoup de concessions. Entre les horaires de dingue, les demandes impossibles de sa patronne plus qu’exigeante, les langues de vipères qui peuplent les couloirs de la rédaction, la jeune fille est sur un chemin semé d’embûches. Mais si elle tient le coup, ne serait-ce qu’un an, on lui a dit, on lui a promis : elle pourra aller là où elle veut, y compris au très prestigieux New Yorker ! Et si à force de vouloir bien faire, notre héroïne finissait par se perdre elle-même dans les strass et les paillettes ?

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C’est à cet instant que j’ai commencé à vouloir ce poste, de toute la force de mon âme. À le vouloir comme on peut vouloir quelque chose que l’on considère hors de sa portée. Dans mon esprit affamé de succès, obtenir ce poste relevait d’un vrai défi – parce que j’étais un imposteur, et pas des plus doués, de surcroît à ce jeu-là. À la minute où j’avais foulé la moquette de Runway, j’avais su que je n’appartenais pas à ce monde-là. Mes vêtements, ma coiffure étaient certes décalés dans cet univers, mais mon état d’esprit – cela crevait les yeux – l’était encore davantage.

Ce livre nous donne tout ce qu’on attend de lui, et c’est juste parfait. On sourit, on râle, on est fatigué ou enivré avec Andrea. Même si elle semble parfois naïve, on la trouve finalement assez courageuse et on s’attache à cette working girl qui veut juste aller au bout de ses rêves. On la voit tomber dans des pièges, on la voit se débrouiller comme une chef et j’ai pris un immense plaisir à la suivre dans ses déboires. Son nouveau job regorge de surprise, on imagine tout de suite une copie de Vogue et d’Anna Wintour. Cette rédactrice en chef croquée dans le roman est redoutable… et on adore la détester. Cette femme-dragon suscite de la fascination et de l’admiration : elle s’est hissé là à la seule force de sa volonté. Comme Andrea qui lutte pour survivre et s’imposer dans cet univers redoutable qu’est Runway.

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Les personnages et le décor de cette histoire, dans un New York à mille à l’heure, sont vraiment les points forts. On a du mal à lâcher le livre, même si la traduction parfois peu naturelle ou des sous-intrigues plus inintéressantes viennent parfois polluer le récit.

Le Diable s’habille en Prada (le livre comme le film d’ailleurs) vous fera assurément passer un bon moment, si vous avez envie d’une littérature grinçante, furieusement tendance et facile. Bref, c’est une histoire divertissante, aux personnages très bien rendus, à avoir lu et/ou regardé au moins une fois dans sa vie, pour le plaisir !

Lauren Weisberger, Le Diable s’habille en Prada, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Barbaste, aux éditions Pocket, 7€40.

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La Vague, de Todd Strasser (lecture commune d’avril 2017)

Ce mois-ci, pour la première fois, j’ai explosé le compteur. J’ai lu la lecture commune d’avril en une journée et ça…. avant la fin de mois, un vrai exploit en soi. Il faut dire que je suis extrêmement contente de mon choix ! La Vague de Todd Strasser a donné un film que j’avais tout simplement a-do-ré, qui m’avait époustouflé, et j’attendais un peu la même chose du livre.

la-vagueRésultat atteint : j‘ai été incroyablement heureuse et émue de retrouver cette histoire qui a encore eu cet effet coup de poing sur moi. Aux États-Unis, un professeur d’histoire, Ben Ross, est un peu embêté quand ses élèves lui posent cette question à laquelle il peine à répondre : pourquoi les Allemands ne se sont pas rebellés face aux atrocités nazies ? Un sujet délicat dont la réponse dépasse les mots. C’est alors que l’idée d’une expérience lui vient en tête. Faire comprendre à ces lycéens ce que chacun peut trouver d’enthousiasmant dans un tel mouvement où l’individu s’oublie pour le groupe. Démontrer comment on peut être embrigadé et amené à faire des choses qui nous semblaient impossibles auparavant. Et son expérience va de très loin dépasser les murs de sa classe et ses espérances les plus folles. Et si celle-ci lui échappait ? A partir de quel moment est-il devenu le leader de ce mouvement, la Vague ? A partir de quel moment les événements ont pris une telle ampleur ? « La Force par la Discipline, la Force par la Communauté, la Force par l’Action. »

Inspiré de faits réels, cette histoire vous prend aux tripes. On comprend cet emballement collectif, cette puissance du groupe, cette discipline qui renforce. On comprend pourquoi se réunir devient presque vital pour ces jeunes ébahis des effets positifs de cette expérience qu’ils se sont complètement appropriés : effacer les clivages au sein de la Vague. Mais peu nombreux sont ceux qui réalisent les effets pervers de ce mouvement. Alors que parents, corps enseignants et quelques élèves s’inquiètent et pâtissent de ce parti à l’intérieur du lycée, les participants eux ne réalisent pas encore que dans cette quête du pouvoir, ils y perdent leur libre arbitre, leur volonté de réfléchir par eux-mêmes.

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Dans la salle, les cinq rangées de sept bureaux individuels étaient impeccables. A chaque bureau se tenait assis un lycéen bien droit, dans la position que Ben leur avait apprise la veille. Le silence régnait. Ben balaya la pièce du regard, mal à l’aise. S’agissait-il d’une blague ? Ici et là, certains réprimaient un sourire, mais ils étaient en minorité face au nombre de visages sérieux regardant droit devant d’un air concentré. Quelques-uns lui lancèrent des regards interrogateurs, attendant de voir s’il irait plus loin encore. Le devait-il ? C’était une expérience tellement hors normes qu’il était tenté de la poursuivre. Que pouvaient-ils en apprendre ? Et lui-même, qu’en retirerait-il ? L’appel de l’inconnu fut le plus fort, il se devait de découvrir où tout cela les mènerait.

Todd Strasser va droit au but, sans grandes réflexions et c’est tant mieux. Le lecteur observe et c’est à lui de se poser des questions en même temps que les lycéens qui découvrent par a + b ce qu’a pu être l’embrigadement des Allemands dans le nazisme. C’est vraiment un récit fort, direct. On s’attache aux personnages et les voir évoluer de cette façon nous surprend, nous désarçonne. Ben Ross est d’une profondeur psychologique incroyable, tracée seulement en quelques lignes dans ce court roman. Clairement, la narration est menée d’une main de maître entre des dialogues qui font avancer l’intrigue et des péripéties qui s’enchaînent avec liant. Il y a une belle énergie dans ce roman, un élan qui mène vers l’inéluctable et que l’on suit, presque dépendant : on veut savoir comme cet organisme nouveau et incroyable au sens premier du mot va finir : grandir encore et encore en avalant tous ceux qui sont autour de lui, ou échouer en se heurtant enfin à la conscience de ceux qui ne se sont pas fait avoir par cet appel des sirènes ? Est-ce que cela va rester un jeu ou virer en dictature ?

logo_la_vagueL‘écriture est parfois trop hâtive, c’est vrai. Et certaines conversations ne m’ont pas entièrement convaincue. Et même si j’ai globalement beaucoup aimé ce roman, que je vous conseille vivement de découvrir, j’ai été très déçue par la fin en queue de poisson. Ils l’ont modifié dans le film et ils ont bien eu raison ! Le film conclut mille fois mieux cette histoire que le livre. Mais peu importe, regardez le film, lisez le livre ! Vraiment, j’insiste !

Todd Strasser, La Vague, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Aude Carlier, aux éditions Pocket, 6€20.

Le Journal de Bridget Jones, d’Helen Fielding

Je me souviens avoir vu il y a fort longtemps Le Journal de Bridget Jones (le film). J’avais alors pensé à l’époque : « C’est certain, ce n’est pas le petit bijou de cinéma d’auteur mais qu’est-ce que ça fait du bien ! ». En repassant devant le cinéma, je me rends compte que Bridget ne s’en sort toujours pas de ses déboires amoureux, mais qu’elle avance tout de même puisqu’elle va avoir un bébé ! M’est alors revenu en mémoire la promesse que je m’étais faite après le visionnage du premier film : lire le livre à l’origine de tout ça. Plus d’excuses pour reculer, la bibliothèque me l’a offert sur un plateau d’argent puisque je suis tombée dessus sans trop d’effort. Aujourd’hui, nous allons donc parler du fameux roman d’Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones.

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En effet, il s’agit bien là d’un journal intime où Bridget note son poids, les calories prises dans la journée, les cigarettes, les unités d’alcool, ses déboires au boulot, les aventures de ses amies, les discussions avec ses parents mais aussi et surtout les hommes. Enfin, tout d’abord, surtout un : son patron. Alors oui, c’est niais par moment, carrément. Oui, il y a des choses à revoir (faire un régime alors qu’on pèse 57 kg. CINQUANTE-SEPT. J’ai cru que j’allais finir par taper l’héroïne à travers les pages face à cette lubie quotidienne.) Mais on a beau dire… Je trouve décidément cette héroïne attachante. Elle vit des choses qu’on a tous vécu : la solitude, la jalousie et l’obsession amoureuse bizarre et irrépressible, la honte face aux parents et aux amis de ses parents. Mais aussi des choses plus sérieuses : la remise en question professionnelle, la peur de finir seule à un âge où tout le monde autour de soi se marie et a des enfants. Rien de lourd, le roman reste agréable et n’est jamais plombé par ce genre de sujets, toutefois ils apportent plus de profondeur au récit.

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Ce n’est pas juste l’histoire d’une nana qui boit un peu trop facilement et met des jupes pour exciter son boss. C’est aussi et surtout l’histoire d’une femme qui veut assumer son corps pour plaire quand bien même elle se trouve des bourrelets disgracieux. C’est cette amie qui se plie en quatre pour recevoir ses potes avec un repas de roi alors qu’elle ne sait pas cuisiner. C’est cette fille qui répond à son père au téléphone en pleine nuit parce que sa mère a décidé de « vivre sa vie ».

Côté écriture, ça se lit bien et vite. Je regrette les répétitions quasi-obligatoires du nombre de cigarettes, etc. qui plombent chaque journée. J’ai parfois eu du mal également avec le style parfois trop télégraphique – même si je comprends son utilisation. Et de façon très personnelle, je me suis un petit peu perdue dans les personnages, faute d’attention, mais cela n’enlève pas grand-chose à la compréhension du récit. Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, ce n’est pas de la très grande littérature non plus, ce n’est pas une histoire comique, encore moins tragique. Disons que c’est un petit mélange de tout cela. Je ne regrette pas du tout ma lecture, mais je ne m’en serais pas beaucoup voulu non plus d’avoir fait l’impasse dessus. Je ressors de ce Journal avec le sourire et je vais courir voir le dernier film au cinéma. Et vous ?

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Helen Fielding, Le Journal de Bridget Jones, traduit de l’anglais par Arlette Stroumza, aux éditions J’ai lu, 6€90.

Le Parfum, de Patrick Süskind

9782253098959-001-tCela fait bien trop longtemps que je n’ai pas publié de chroniques lecture. Avec presque une semaine de retard, voici donc mon billet pour la lecture commune du mois de mai 2016 : il s’agit du Parfum de Patrick Süskind. Encensé par les critiques, révélé au grand public par un film grandiose, je percevais ce livre comme un roman remarquable et mystérieux. Jamais pourtant l’histoire de Jean-Baptiste Grenouille ne m’avait attirée. Il a fallu attendre la belle couverture de Christian Lacroix chez Le Livre de Poche pour que je me décide à l’acheter.

Grenouille est né dans la misère – nous sommes au XVIIIe siècle. Il vit solitaire une existence qui ne tourne autour que d’une seule chose : les odeurs. Il a un nez unique : il sait reproduire toutes les odeurs, même celle de l’être humain. Après avoir vécu en ermite, après s’être initié à l’art de la confection des parfums, il découvre que les odeurs ont un pouvoir inouïe : certaines peuvent contrôler les hommes, les asservir. Il a alors un nouveau projet : trouver cette senteur ultime, la filtrer, même si pour cela il doit prendre quelques vies au passage.


Grenouille est un personnage abject
. On ne s’y attache vraiment pas : il est trop loin de nous pour qu’on puisse le comprendre. Mais il est vrai qu’il a du génie en ce qui concerne les odeurs, s’en est presque surnaturelle. Ce héros n’a pas grand-chose d’humain, on peut le comparer facilement à un monstre : aucune empathie, aucun raisonnement « humain ». Il fait peur, il effraie, peut-être que certains peuvent ressentir une certaine fascination pour ce genre de personnages. Ça n’a clairement pas été mon cas.

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La mer sentait comme une voile gonflée où se prenait l’eau, le sel et un soleil froid. Elle avait une odeur toute bête, la mer, mais c’était en même temps une grande odeur et unique en son genre, si bien que Grenouille hésitait à la scinder en odeurs de poisson, de sel, d’eau, de varech, de fraîcheur, et autres. Il aimait mieux laisser entière l’odeur de la mer, la conserver tout d’une pièce dans sa mémoire et en jouir sans partage. L’odeur de la mer lui plaisait tant qu’il souhaita l’avoir un jour dans toute sa pureté et e quantités telles qu’il puisse s’en soûler.

J’ai donc suivi un peu à contre-coeur ce héros tout au long de sa vie. Oh, c’est bien écrit, riche de psychologie, de profondeur, de détails, d’images. L’écriture des odeurs est vraiment virtuose, incroyable, surprenante. Un vrai coup de maître, un talent d’écrivain comme on en croise peu. Toutefois… près de 300 pages pour tout ça ! J’ai trouvé le temps très long. Il y a pourtant des rebondissements de poids, des retournements de situation même, mais, j’ignore comment, l’auteur arrive à amener ça d’un ton monocorde. L’action perd toute sa saveur, on a l’impression de lire la description d’un tableau. Cette lecture peut clairement devenir ennuyeuse à la longue malgré la beauté et la richesse du style. La narration ici a clairement un problème ce qui m’invite à penser que Le Parfum est plutôt un livre à savourer, un chapitre de temps en temps entre d’autres lectures. Sinon, vous serez sans doute comme moi : en overdose, pour finir en panne de lecture.

Je me demandais sans cesse : à quel moment l’intrigue va-t-elle commencer ? Je n’ai jamais eu ma réponse. Il manque dans ce roman du piquant, de la vivacité. Et pourtant ce ne sont pas les sujets et les occasions qui manquent ! Et cette fin… Je n’ai vraiment pas accroché. Bref, une petite déception pour moi : personnage que j’ai détesté et subi tout au long de ma lecture, une intrigue au point mort quand bien même il y a une vraie histoire là-dessous – quel paradoxe !

Heureusement, il y a cette langue merveilleuse pour retranscrire les parfums, et rien que pour cela, je vous invite à vous faire votre propre opinion.

Les avis de Virginy, L’Aléthiomètre, Hélène.

Patrick Süskind, Le Parfum, aux éditions Le Livre de Poche, traduit de l’allemand par Robert Lotholary, 7€90.

Jurassic Park, de Michael Crichton

jurassic_park_logoNiveau cinéma, je n’y connais pas grand-chose, je suis plutôt bon public : je regarde de tout. Si on met de côté les films Disney (souvenirs d’enfance chéris) et ceux du studio Ghibli (fascination du Japon), les films que j’aime au point de les revoir des dizaines de fois sont extrêmement rares, surtout si on zappe ceux que je regarde parce qu’ils sont des adaptations de livres que j’adore. Mais il y a une licence, que j’aime pour ce qu’elle est, que je connais par cœur, que je regarde tout le temps : Jurassic Park.

Alors, je préviens de suite, cet article n’est pas là pour parler de la qualité des films Jurassic Park, ou même de Jurassic World : de très bons youtubeurs ou blogueurs s’en sont déjà bien occupés avant moi.

41jcdhw2bmrl-_sx299_bo1204203200_J’ignore ce qui a fait que j’ai tant et tant aimé le premier film. Je l’ai vu assez jeune et depuis je ne m’en lasse pas. J’ai appris très tard qu’à l’origine de tout cela il y avait un livre. Il est vrai que je ne m’étais jamais posé la question auparavant : d’où venait cette idée ? Vous vous doutez bien qu’il me fallait me procurer ce livre. Et pour avancer dans mon RAT Edition Winter, rien de mieux que de passer à la lecture de Jurassic Park de Michael Crichton.

Pour la faire courte, Alan Grant (paléontologue), Ellie Sattler (paléobotaniste) et Ian Malcom (mathématicien spécialiste de la théorie du chaos) sont invités à rejoindre Hammond sur son île proche du Costa Rica – Isla Nublar – pour évaluer son parc. Tous pensent à un parc de loisir ou zoologique. Mais quelle surprise quand ils découvrent que l’attraction ici, ce sont les dinosaures. Des dinosaures recréent grâce à la génétique en plein essor dans ces années-là. Hammond a également invité ses deux petits-enfants pour visiter son île. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu. Entre un informaticien peu loyal, la mauvaise idée d’avoir créer des vélociraptors, un gène de grenouille qui met le bazar, et une coupure d’électricité, les dangers sur cette île sont nombreux.

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Alors, tout d’abord, pour évacuer dès maintenant cette question : le film se rapproche beaucoup du livre même si certains points sont modifiés. Des scènes ont été supprimées ou rajoutées pour rendre l’histoire plus télégénique mais aussi un peu moins chère à tourner (il y a notamment toute une scène avec une rivière… bref). Mais pour le fan, c’est absolument génial car certains éléments du livre qui n’ont pas été mis dans le premier film, et ont été insérés dans les films suivants. On enquête sur la trace de ces petites choses avec un grand sourire.

Concernant les personnages, on les retrouve pour la plupart, même si un ou deux secondaires n’ont pas été retransmis sur grand écran. La grande différence reste le traitement des personnages : Hammond n’est plus juste inconscient et drôle mais manipulateur, avare de pouvoir et toujours à la recherche de fric.

Si on s’éloigne du film, pour ne parler que du livre, je vais être franche : ce n’est pas très bon. En premier lieu, les personnages manquent cruellement de profondeur psychologique. Ils sont nombreux, on s’y perd un peu. Mais surtout, on ne comprend pas les relations entre eux, on ne sait rien de leurs peurs, de leurs caractères… On les regarde faire des actions, parler entre eux mais on ne se sent à aucun moment proche d’eux.

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Pire que cela ! On n’arrive pas à s’imaginer les scènes du livre. Personnellement, je pense que quand on lit, notre imagination crée des images mentales de ce qu’on découvre : mais là impossible. C’est le bazar. Dès qu’il y a une scène d’action, on est complètement perdu, on ne voit pas du tout où veut en venir l’auteur. C’est le brouillard total. Et comme ce roman est censé être un thriller d’action, vous imaginez le problème…

Les personnages ne vont pas, l’action ne va pas (ce qui nous empêche vraiment de suivre l’intrigue), mais même le contexte, qui lui est logique, n’est pas agréable à lire. Tout le baratin sur la génétique au-début du roman fait penser à un essai journalistique qui n’aide pas vraiment à entrer dans le vif du sujet. Je lui ai trouvé un petit côté moralisant qui m’a complètement empêchée de rentrer dans le récit. Et je ne parle même pas de la traduction française parfois vieillotte qui refuse tout emprunt à l’anglais (bienvenue, donc, au Parc jurassique). Quant au style, à l’écriture, rien de bien intéressant ou de positif à rajouter : c’est mécanique, sans émotion. En fait, j’ai l’impression que l’auteur a oublié qu’il s’adressait à un lecteur, et qu’il a fait ça pour lui avant tout.

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Ce livre vaut-il alors le coup ? Clairement non. C’est une déception. A moins que soyez un grand fan du film, je vous déconseille vraiment ce roman qui n’a pour seules qualités que les dinosaures et son adaptation au cinéma.

Michael Crichton, Jurassic Park, traduit de l’américain par Patrick Berthon, aux éditions Pocket, 7€70.

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Ciné-roman, de Roger Grenier

« Dans la rue du Midi, de nombreux commerçants avaient collé sur leur porte ou leur vitrine l’affichette du cinéma. On les payait en place gratuite. L’affichette était imprimée en bleu, entourée d’une bande d’étoiles blanches sur fond bleu. Ces étoiles, quel symbole ! Pourquoi suffisent-elle à suggérer toute la magie du spectacle ? Que voulaient-elles représenter, au début ? Les artistes, les feux de la rampe, l’Amérique ? Ou bien la nuit, car le spectacle ne peut commencer sans elle qui lui permet de créer à la guise ses propres lumières, ses feux qui sont, à proprement parler, d’artifice ? Et le cinéma n’est-il pas, avant toute chose, un lieu où l’on commencé par reconstituer la nuit ? Il y avait déjà des étoiles jadis sur le chapeau pointu des magiciens. Le cinéma, lui, en avait hérité des vieux cirques et, malgré tous les efforts pour être moderne, les étoiles reparaissaient toujours sous la plume des dessinateurs, quand il fallait désigner le Septième Art. Au fronton même du Magic, surmontant la marquise, deux grandes étoiles en tôle encadraient les mots « Magic Palace ». L’intérieur des étoiles et de chaque lettres étaient garnis d’ampoules électriques. »

Ciné-roman est une œuvre plutôt étonnante. Je vous avais prévenu : l’auteur est encore une fois Roger Grenier (mais promis, la prochaine chronique portera sur un autre écrivain). Cette fois, il s’agit donc d’un roman sur le cinéma comme l’indique le titre, mais plus précisément sur un cinéma, le Magic Palace.

Le Magic Palace, c’est l’œuvre de Monsieur La Flèche, un hyperactif entrepreneur dans le milieu du spectacle. Son nouveau projet est un duo : une salle de cinéma de banlieue et un dancing. Si ce dernier réussit assez bien, le premier a plus de mal à faire venir les foules, il le vend donc à la famille Laurent. On retrace alors la route de ce petit bout du Septième Art : les représentations, la concurrence, la mauvaise réputation, les affiches, l’implication du jeune fils, François.

On ressent beaucoup d’amour pour ce bâtiment un peu miteux qui passe des films déjà vus et des infos de troisième semaine. Le muet venait de laisser place au parlant, une nouvelle vague d’acteurs et de prodiges techniques bouleversait ce petit univers où l’argent est le nerf de la guerre. Et même si le Magic Palace est très loin de rouler sur l’or, même s’il est en banlieue, après ce pont qui représente une limite fatidique… eh bien, il continue coûte que coûte, avec sa peinture rose et sa machinerie vieillissante à ravir quelques dizaines de fauteuils vides, plus quelques spectateurs. Mais le Magic Palace, c’est aussi le voisinage du bruyant dancing, et une équipe d’ouvreuses et de portiers de second main mais soudée.

Roger Grenier s’attarde surtout sur le petit jeune, François, qui va peu à peu se sentir chez lui au cinéma et voir une passion naître en lui. Il prend possession des lieux, d’abord par obligation, puis par plaisir. En quelques mois, le Magic Palace est devenu sa vie. Cet engouement est beau à lire, un peu triste mais très sincère.

On sent un attachement profond de Roger Grenier pour ce cinéma. Qu’il l’est connu personnellement ou bien que ce soit un établissement fictionnel mais représentatif de bien d’autres plus réels, on ne cesse de naviguer entre la biographie authentique et les faits imaginés. Grâce à l’auteur, on a pu redécouvrir cette époque du cinéma en noir et blanc, de Laurel et Hardy et d’autres acteurs aujourd’hui oubliés. Roger Grenier a fait revivre tous les personnages qui font exister à force de sueur et de sang cet établissement. Et même s’il ne s’attarde pas sur ces êtres, il lui suffit de quelques traits pour leur redonner toute leur humanité.

Au début, je pensais que ce récit allait m’ennuyer, mais les personnages sont vraiment divers et attachants, et finalement, Roger Grenier arrive à rendre passionnante la vie et le fonctionnement de cet établissement. Comme toujours ses phrases sont efficaces bien que beaucoup plus travaillées et réfléchies que dans les deux autres œuvres précédemment chroniquées. L’auteur manie la langue avec naturel et naît alors un roman très attachant.

P. S. : Après quelques recherches, voici ce que dit Roger Grenier sur sa propre expérience au cinéma, bien proche de celle de François Laurent, le héros du roman.

« Mes parents ont acheté un cinéma de quartier. Et, comme il n’a pas tardé à péricliter, j’ai remplacé un projectionniste. Je révisais mes cours de philo, un livre posé sur un ampli, tout en assurant la projection, les changements de bobine… On retrouve tout cela dans Ciné-Roman. Bien des années plus tard, comme j’ai travaillé à quelques scénarios, j’ai été pendant deux semaines salarié de la Metro-Goldwyn-Mayer. Quelle aventure, pour l’adolescent qui, dans son cinéma aux banquettes vides, rêvait à la magie de Hollywood ! » (source)

Roger Grenier, Ciné-roman, Folio (667), 8€70.