A l’aide, ou le rapport W, d’Emmanuelle Heidsieck

Et si la gentillesse était un délit ? Emmanuelle Heidsieck imagine un monde où rendre service sans rien attendre en retour est interdit et dangereux.

A l’aide ou le rapport W nous évoque la rédaction de fameux dossier qui va radicalement changer l’image de la société et son fonctionnement. Donner un coup de main gratuitement est depuis longtemps devenu un signe d’inégalité, celui qui aide se plaçant en supérieur à celui qui est aidé. Pour plus de justice et d’équité, chaque service, conseil, aide doit être acheté auprès d’entreprises spécialisées pour éviter toute concurrence déloyale. C’est seulement ainsi qu’un pays capitaliste comme le nôtre peut réussir, en tout cas dans l’univers de ce roman.

L’écriture est âpre et difficile à suivre tellement elle est sèche. On est au-delà de l’émotionnel dans ce livre qui décrit une société effrayante et déshumanisé. C’est un livre court, et heureusement car le style comme le thème sont épuisants. Ce n’est pas simple d’affronter un monde où l’altruisme est un défaut inqualifiable.

A travers des « cas pratiques » et la relation hiérarchique entre les deux hommes du gouvernement qui rédigent le rapport remettant tout en question, les pages défilent avec heurts. Ce n’est pas l’écriture qui est à remettre en cause mais peut-être plus la construction et le choix de la voix narrative tellement extérieure au récit que l’on a du mal à s’y couler. Toutefois, il faut remarquer que cela colle bien au texte…

Une langue acerbe rend ce roman d’anticipation d’autant plus terrible : on pourrait presque croire que ce monde où l’aide à personne est une grave faute menant à d’importantes amendes et peines de prison est possible. Juste pour vivre cette expérience qui donne à réfléchir, tentez cette lecture.

Emmanuelle Heidsieck, A l’aide ou le rapport W, aux éditions Inculte Laureli, 14€90.

L’atelier des miracles, de Valérie Tong Cuong

Tout doucement, je réapparais sur ce blog après trois semaines de calme, avec peu d’articles. Mon rythme de lecture commence à revenir à la normale mais les billets vont se faire de plus en plus nombreux, comme avant.

Depuis quelques semaines ( mois ? je suis toujours la dernière à lire), la blogosphère et le Twitter littéraires sont agités par un livre qui fait des merveilles : L’atelier des miracles de Valérie Tong Cuong. Je ne pouvais pas échapper à ce raz-de-marée et j’ai donc cédé : je me suis procurée ce roman que j’ai dévorer en une journée.

C’est l’histoire croisée de trois personnages à un tournant dangereux de leur vie qui vont rencontrer Jean, le responsable de l’association pour personnes vulnérables, l’Atelier. A Monsieur Mike, ancien militaire qui crèche dans la rue, il va proposer un poste de responsable de la sécurité. A Mariette, une professeure d’histoire-géographie qui, à bout de nerfs, a mis une claque à un élève, il va l’aider à surmonter cette dépression profondément ancrée et aggravée par un mari député pas très conciliant. A Milie qui a souhaité devenir amnésique après un incendie pour changer de peau, il va lui permettre de se construire une autre vie et de devenir plus forte.

Dans cet Atelier, on fait des miracles paraît-il. Mariette commence à prendre sa vie en main, Milie trouve un très bon emploi, Monsieur Mike se sent utile. Ces trois personnages vont chacun à leur façon bouleverser cette association, quitte à en découvrir quelques côtés cachés.

Enfin un livre qui peut traiter de l’espoir et de la bonté d’âme sans être manichéen. Car un être humain ne peut pas être ou tout gentil, ou tout méchant. En chacun d’entres nous il y a un mélange subtil des deux, qui le plus souvent s’équilibre, même si parfois la balance penche plus d’un côté ou d’un autre. Jean est sur un fil sur lequel il se tient debout grâce à moult acrobaties. Ses protégés ont décidés grâce à lui de tourner la page et de se diriger vers autre chose, une nouvelle existence qui leur sera plus profitable. Mais ils ne devinent pas encore que des choses se trament sur le dos de leur revirement.

Un livre somptueusement écrit : chaque personnage a sa propre voix et les chapitres leur donne la parole à tour de rôle. De points de départ complètement différents, ils se retrouvent dans un même but qui va les rapprocher et les faire se rencontrer. C’est un livre qui se lit facilement mais dont le sujet n’en est pas moins intéressant et beau. Quand on termine la dernière page, on soupire d’aise : ce n’est pas une belle histoire, pas vraiment, mais cela nous redonne confiance en la vie, dans les hommes, car il faut continuer coûte que coûte à avancer, et affronter les difficultés. C’est un roman qui parle d’amour, de solidarité, de psychologie, d’entraide, d’affection.

L’atelier des miracles, c’est une petite pépite, un trésor qui reflète le visage de l’humanité, à avoir absolument dans sa bibliothèque !

Valérie Tong Cuong, L’atelier des miracles, aux éditions JC Lattès, 17€.