L’histoire d’un mariage, d’Andrew Sean Greer

Encore du challenge aujourd’hui avec ma première participation à « Marry me », proposée par George (décidément). Le but est de lire des romans en rapport avec l’amour, le mariage qui portent dans leur titre des mots comme « noces », « époux » ou encore « mariage ». Le mien est en plein dans le sujet et s’intitule L’histoire d’un mariage. Il a été écrit par l’auteur américain Andrew Sean Greer.

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La quatrième de couverture ne dévoile absolument rien de cette histoire qui pourtant regorge de surprise. Je ne vais pas tout dévoiler ici, mais je vais quand même en dire en peu plus que ce résumé d’éditeur, sinon vous n’allez pas bien me comprendre quand je vous dirai que ce roman est bien original dans son thème.

L’histoire d’un mariage parle de l’union de Pearlie avec Holland Cook. Ils s’étaient rencontrés au lycée et s’étaient aimés au premier regard. Malgré bien des efforts pour passé inaperçu, le jeune homme doit quand même partir pour la guerre de Corée. Laissée sans nouvelle, la vie continue pour Pearlie, jusqu’à ce jour de 1949 à San Francisco où ils se retrouvent par hasard sur la plage. Ils se marient, la jeune femme vit de façon tranquille et apaisée avec ce mari au cœur fragile qu’il faut protéger et leur fils Sonny. Mais après quatre ans de doux bonheur, un ami de Holland vient frapper à leur porte : Charles Dummer, homme d’affaires, dit avoir rencontré le mari à la guerre. En fait, leur passé de soldats est un peu plus complexe que cela. Mais le fait est là : ils se sont aimés. Dans cette Amérique des années 50, ils sont « différents » des autres. Le monde s’écroule pour Pearlie : tout ce qu’elle pensait de son mari n’était que mensonge, il n’est pas l’homme qu’elle s’imaginait. Mais leur amour est sincère, on ne peut le nier, comme celui de Charles pour Holland. Et cet étranger veut que ce dernier soit à nouveau à ses côtés : il propose alors un étrange marché à Pearlie. Oui, bon c’est un brouillon, il y a de l’amour et du secret dans tous les sens, c’est un peu dur à expliquer sans tout dévoiler.

Original ce roman car évidemment il parle d’une bisexualité qui pose problème dans ce pays, à cette époque, mais aussi et surtout dans ce couple portant solide que forment Holland et Pearlie. Mais il n’y a pas que ça : la relation étrange qui naît entre Charles et la jeune femme, le fort contexte de ségrégation raciale, les guerres qui n’épargnent aucune famille, la polio en fond de toile qui fait des ravages chez les enfants, l’affaire Rosenberg… toute une société de préjugés, de problèmes sociaux, et de peurs qui fait partie intégrante de ce roman, qui le sculpte et le modèle. L’intrigue est hors du commun et elle nous interroge sur nos propres choix de vie, sur les événements qui pourraient la modifier en profondeur et à notre réaction face aux aléas de la vie. Cette histoire fait relativiser.

Andrew Sean Greer nous embarque pour les années 50, les bals, les meurtres, les condamnations anti-communistes, les nouvelles cités pavillonnaires près de la mer, les prothèses de jambes des petits malades de la polio, la vie métro-boulot-dodo, le formica, les cravates et les mocassins, la joie simple d’avoir un chien. Le decorum est stupéfiant, il se crée par petites touches pour nous faire apparaître un lieu encore inconnu. L’auteur sait s’y prendre pour faire surgir un passé douloureux et propre aux interrogations.

La situation de Pearlie est très touchante, mais aussi sincère. Jamais un mot de trop ne vient appesantir cette histoire très sensible. Dans L’histoire d’un mariage, on parle avant tout d’amour, partout, chez tous, un amour à sens unique, à sens multiple, ou réciproque, un amour caché, secret, manipulé, brisé, oublié… Le sentiment amoureux est partout et rempli les pages discrètement, sans trop oser se découvrir.

Ce n’est pas un roman à l’eau de rose, c’est beaucoup plus complexe et profond que cela. C’est une fresque de l’Amérique à l’un de ses tournants, ce sont des histoires d’amour qui demandent une revanche, ce sont des êtres faits de sentiments contradictoires et de pensées sombres, ce sont des sacrifices et des renoncements. L’écriture est somptueuse même si on peut la trouver lente à démarrer : le choix du récit rétroactif par Pearlie met un peu de temps pour avoir toute sa saveur à la lecture mais finalement, on ne pouvait pas choisir mieux pour ce roman.

Bref, c’est un livre que je vous conseille, captivant et envoûtant, généreux et foisonnant.

Andrew Sean Greer, L’histoire d’un mariage, traduit de l’anglais (États-Unis) par Suzanne V. Mayoux, aux éditions de l’Olivier, 21€.

Différente, de Sara Lövestam

 

Il me semble que ça fait bien longtemps que je n’ai pas un peu parlé de littérature nordique. Je vous ai donc choisi un roman en langue suédoise, admirablement traduit en français. Le livre s’intitule Différente, il a été écrit par Sara Lövestam. J’ai lu ce bouquin en regardant en parallèle la première saison de Dexter, sans le faire exprès, j’y ai vu plein de parallèles assez drôles. Toutefois, contrairement à la série télévisée, pas de meurtre dans ces pages.

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Martin réussit à convaincre Paula de passer des échanges virtuelles à une vraie rencontre. Il est très impatient et quand enfin, il la voit, c’est le coup de foudre immédiat. C’est que Martin a des attirances sexuelles assez atypiques : il aime les femme amputées ou aux membres manquants, surtout les jambes, et c’est le cas de Paula. La jeune fille a été abandonnée à la naissance, ce qui ne l’a pas empêché de réussir : elle est linguiste à l’université. Elle n’a jamais vraiment connu l’amour, et elle a toujours refusé de subir son handicap : deux choses qui changent au contact de Martin, un peu trop enthousiaste à son goût.

Mais ce n’en est pas fini pour Paula : rapidement elle rencontre Leo, meilleure amie de Martin et lesbienne revendiquée qui aime bien cumuler les histoires. C’est un peu électrique entre les deux femmes : c’est vrai Leo n’a pas la langue dans sa poche. Mais elles apprendront à se connaître et à vraiment s’apprécier.

Pour Paula, c’est une nouvelle période de sa vie qui s’ouvre, riche en émotions, peut-être trop, trop bouleversante. Et quand en plus des amours, les histoires de familles se croisent et refont surface, ce sont de lourdes révélations qui voient le jour.

Beaucoup de choses déballées dans ce roman à la fois rythmé et grave, drôle et sincère. Peut-être trop de choses, au point que ça en devient parfois surréaliste. Toutefois, Sara Lövestam a réussi à exprimer dans ce tourbillon de sentiments des thèmes universels et touchants, qu’elle traite avec humanité. Toute envie, tout caractère peut s’expliquer par un passé parfois pas facile, même si on l’ignore encore. Dans Différente, on explore des situations inhabituelles, curieuses avec une envie, peut-être malsaine, de voyeurisme, d’en savoir plus sur la vie et l’histoire de ces personnages pas banals.

On ne s’ennuie jamais avec ce livre mas je dois avouer que parfois on s’y perd. L’auteure donne la parole à chacun de ses personnages, souvent de façon rapide : le plus souvent on comprend assez vite de quelle voix il s’agit mais on peut également s’y perdre très facilement, c’est un mode de fonctionnement très dynamique et inhabituelle, surtout pour un lectrice franchouillarde comme moi ! C’est vrai que ça dépayse bien, ça revigore de lire de tels romans mais quand les personnages ne sont pas identifiés ou qu’on n’explique pas ce qu’ils ont à faire là, il est parfois dur de suivre la narration… Et personnellement, j’ai eu beaucoup de mal à intégrer que Leo était bien une fille, malgré un prénom (un diminutif en fait) masculin. Mais heureusement, à la fin, toutes les pièces du puzzle s’assemblent, et notre cœur bat à cent à l’heure, et on est à fleur de peau, et on vibre au même rythme que toutes ces figures si attachantes, et on n’en peut plus, on veut savoir, et c’est exquis. Bref, un livre hors du commun, très agréable bien que bizarre (mais jamais vulgaire), que je vous conseille vivement !

Sara Lövestam, Différente, traduit du suédois par Esther Semage, aux éditions Actes Sud, 22€.