Simple, de Marie-Aude Murail

Après la lecture prenante mais lourde d’Un fils parfait, il me fallait quelque chose de plus léger pour repartir. J’ai donc trouvé là l’occasion idéale pour me plonger dans un roman qui me fait de l’œil depuis… bien trop longtemps. Il s’agit de Simple de Marie-Aude Murail.

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Si j’écris sur ce blog aujourd’hui, si j’ai fait des études de littérature et de création littéraire, si je dévore des tonnes de romans, c’est grâce à Marie-Aude Murail. Elle – et Gudule dans une moindre mesure – a façonn une lectrice dans le brouillon d’adolescente que j’étais alors. Je ne peux que l’en remercier (et encore, c’est bien trop peu). Tout a commencé quand j’étais au collège. J’étais alors en sixième ou en cinquième et le français était déjà ma matière préférée. J’ai eu la chance d’accueillir dans la classe un écrivain, un vrai, avec des livres qu’on peut toucher, acheter, emprunter en bibliothèque, dévorer sous la couette. Vous avez deviné, il s’agissait bien sûr de Marie-Aude Murail. Pour l’occasion, nous avions lu Amour, vampire et loup-garou. Plus que le roman, c’est avant tout la présence de l’auteure qui m’a complètement bouleversée. Ce jour-là, je suis tombée amoureuse – au moins. Et ce jour-là, en plus de découvrir le métier d’écrivain à travers une femme fantastique et attachante, Marie-Aude Murail a eu la gentillesse de nous dévoiler quelques lignes du nouveau roman qu’elle était en train d’écrire. Je m’étais juré à ce moment de le lire, tellement j’avais aimé. Il aura fallu attendre bien des années, mais voilà, enfin, ça y est : j’ai lu Simple, et palsambleu qu’est-ce que j’ai aimé !

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Simple c’est un surnom, Celui du frère de Kléber. Kléber a 17 ans, il est en terminale et il a décidé de déménager avec son frère dans une colocation. C’est déjà tout un programme mais rajoutez à cela que Simple, qui est techniquement plus âgé que Kléber, joue avec des Playmobils, a pour ami un lapin en peluche nommé Pinpin, et veut détruire Malicroix – un institut pour déficient mentaux où il ne veut surtout pas retourner – et là le tableau est complet. C’est justement pour lui éviter Malicroix que Kléber fait ce pari risqué, alors qu’il aimerait pleinement vivre comme un jeune homme de 17 ans, de prendre en charge son grand frère. La vie n’est pas de tout repos dans la colocation mais ce qui est sûr c’est que Simple peut arriver à chambouler la vie des gens.

Simple était matinal. Kléber lui avait appris à patienter dans son lit en regardant des albums. Mais, ce jour-là, le monde merveilleux de la colocation entrouvrait ses portes et Simple ne tenait plus en place. Sans l’avoir prémédité, il se retrouva dans le couloir, pieds nus et en pyjama. L’appartement était tout entier plongé dans la bienheureuse torpeur du petit matin. Comprenant que tout le monde dormait, Simple se dit « chut » à lui-même. Il avança jusqu’au milieu du couloir. Le silence lui parut redoutable. Il courut vers sa chambre et sauta d’un bond sur son lit.

64178774Ce que j’aime par dessus tout chez Marie-Aude Murail, juste après son humour, c’est sa sincérité. C’est une des rares auteures avec qui je m’élance les yeux fermés, quelque soit les thèmes de ses romans, car je sais qu’ils seront tous traités avec humanité, simplicité. Après tout, ces récits s’adressent aux jeunes. Pourquoi faire compliqué, pourquoi cacher certaines choses ? Faire l’amour, être attiré, être choqué par la différence… Et bien oui, ça arrive à tout le monde dans la vraie vie, pourquoi édulcorer ça dans un roman sous prétexte qu’il n’est pas réservé aux adultes ? Les mensonges de principe m’insupportent, alors voir les choses de la vraie vie tout bêtement exposées ici, ça fait sacrément du bien !

Marie-Aude Murail a un vrai talent pour dessiner des personnages touchants et profonds qui vous marquent. Même les personnages secondaires sont excellents. C’est simple (ah, ah, jeu de mots…) : il n’y a rien a jeter dans ce roman. J’aime tout. Le style limpide, les dialogues qui donnent énormément de vie à ce roman, les situations drôles mais tellement réalistes, les questionnements des personnages – de tous les personnages. C’est une tranche de vie que nous propose ici l’auteure et pas seulement une histoire basée sur « que devient une coloc quand on fait entrer un déficient mental dans tout ça ». L’histoire se lit vite, l’intrigue n’en est pas pour le moins complète et très bien construite. La narration nous mène par le bout de nez, il n’y a qu’à se laisser aller.

Alors oui, ça reste un roman pour la jeunesse. Happy end, amour, bons sentiments. Mais franchement, ça fait du bien et ça ne perd pas pour autant en saveur. Je ne peux que vous inviter à vous plonger le plus rapidement possible dans cette histoire touchante et souriante. Et même plus largement dans n’importe quel roman de Marie-Aude Murail. Car ça fait du bien tout simplement.

Marie-Aude Murail, Simple, aux éditions Ecole des Loisirs (Medium Poche), 6€80.

Complètement cramé ! de Gilles Legardinier

Pour la lecture commune de septembre 2016, j’ai proposé un roman qui sort de l’ordinaire chez moi : un roman français feel good. Ma maman s’est remise à la lecture en zieutant mon blog, je ne pouvais que lui rendre la pareille. Alors quand elle a commencé à me parler sans arrêt de cet auteur qui la faisait sourire et dévorer des bouquins en une nuit, je n’ai pu être que curieuse. Bref, aujourd’hui, je vais vous parler de Gilles Legardinier et de son roman Complètement cramé !

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Je ne suis vraiment, mais alors vraiment pas fan de cette couverture vert fluo avec un chat bizarre dessus. Il a vraiment fallu que je me répète l’adage « on ne juge pas un livre à sa couverture » pour entrer dans cette lecture. Mais je ne regrette pas ! Après l’épreuve qu’a été Vingt mille lieues sous les mers pour moi, je n’ai fait que deux bouchées de ce livre. Et ça fait sacrément du bien.

Andrew Blake déprime. Veuf, sa fille au loin, des asticoteurs au boulot… il est lassé. Il lâche tout et quitte Londres pour se faire embaucher comme majordome en France. Un petit domaine où règne sa patronne (une dame touchante et mystérieuse), accompagnée par la cuisinière pleine de vie Odile, le régisseur un peu naïf Philippe, et la jeune et amoureuse Manon, femme de ménage. On pourrait penser que tout roule au domaine, mais entre les secrets, les soucis financiers et personnels, les petites piques, il y a de quoi faire. Notre pétillant personnage pensait prendre sa retraite d’une vie de soucis, mais il se rendra vite compte qu’on a besoin de lui au Domaine de Beauvillier.

Andrew est un personnage très touchant qui ne cesse de nous surprendre. Loyal, généreux, altruiste, on aimerait tous l’avoir comme grand-père. Malgré les problèmes de chacun, il sait qu’il y a des solutions pour tout, et il se rend surtout compte que ce n’est pas dans la solitude qu’on trouve des réponses.

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Avec des personnages secondaires très savoureux, des péripéties nombreuses et des dialogues à savourer, c’est vraiment un livre agréable. Mais c’est aussi un livre léger, un livre « téléfilm du dimanche avec happy-end ». Ne vous attendez pas non plus à autre chose. L’écriture est de qualité, l’auteur prend le temps de bien développer ses personnages. Le seul hic que j’ai eu, c’est avec un ressort de l’intrigue : Andrew est un peu frileux à l’idée d’annoncer une certaine vérité à sa patronne, il y a une petite tension narrative autour de cela… que je ne comprenais absolument pas ! Pour moi, il n’y avait aucune raison pour en faire tant à ce propos. Toutefois, je pardonne assez facilement ce petit défaut pour toutes les fois où j’ai ri de bon cœur à la lecture de ces pages.

J’ai passé un excellent moment et je n’hésiterai plus une seconde à relire cet auteur dès que j’ai un coup de barre ou une panne de lecture. Je vous conseille d’essayer aussi !

Vous pouvez également aller lire les avis de Virginy et de L’Aléthiomètre.

Gilles Legardinier, Complètement cramé !, aux éditions Pocket, 7€80.

« Chéri(e), je pars faire une course », de Gérard Ejnès

9782916400938_w250J’aime assez la course – enfin, la course pour les petites jambes, le jogging quoi – même si je ne pratique pas assez (mais alors vraiment pas assez). Je répète souvent qu’on trouve toujours des excuses pour ne pas écrire, mais je pense aussi que c’est un peu vrai pour se mettre sérieusement à un sport d’endurance comme le footing. Même si on ne vise pas le marathon, on n’a jamais les bonnes chaussettes, ou le temps est un peu trop gris, quand ce ne sont pas les « je ne trouve pas le temps » et les « je n’aime pas courir seul » qui prennent le relais. Heureusement, il y a des méthodes pour se booster et l’une d’entre elles qui fonctionne assez bien pour moi, c’est lire des ouvrages punchy sur la course. J’avais déjà testé cela avec Murakami (et je m’étais remise sérieusement à courir). Et aujourd’hui, j’essaie de remettre le couvert avec « Chéri(e), je pars faire une course », dictionnaire absurde du footing et du marathon de Gérard Ejnès.

Ce petit ouvrage, dont la conception est très réussie, vous fera parcourir l’univers de la course d’endurance en des termes bien choisies. Sourire, jeux de mots à chaque page, le livre se lit en un tour de main, puisqu’on dévore le dictionnaire tout en une fois tellement on se prend au jeu. Si vous ne connaissez pas du tout l’univers de la course, ce sera une petite découverte drôle, et si vous êtes vous-même coureur, je ne doute pas que vous vous reconnaîtrez dans ces quelques pages. Mais ce qui a joué le plus dans mon appréciation de ce livre, c’est le ton sans cesse décalé et les jeux de mots perpétuels. Tout vaut le coup d’être lu que ce soit la prononciation du mot, ses synonymes, sa définition et son exemple d’illustration. Une citation vaut mieux que mille mots :

Résistance [raie-zisse-tensse] n.c.f.

Si en course à pied l’endurance permet de durer, la résistance permet de sister (rien à voir avec sa propre sœur), vieux verbe moyenâgeux qui signifie peu ou prou « crever la gueule ouverte à la recherche d’oxygène ».

Syn. : souffrance, tragique occupation, sabotage.

Ex. : Eric avait programmé une petite séance pépère d’endurance sur son parcours secret, dans cette sombre forêt où, pour son plus grand bonheur, il ne croisait jamais personne. Il trottinait joyeusement quand, à sa grande stupeur, il se fit doubler par un bel éphèbe blond qui n’amusait pas la galerie et fonçait vers on ne sait quelle destinée. Si Eric avait prévu de faire quatre tours, son sang n’en fit qu’un. L’heure était à la rébellion. On ne pouvait pas tout laisser faire. Il décida illico presto d’entrer en résistance et de faire la peau à cette espèce de nazi qui avait envahi son territoire à toute allure.

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Bon, il est vrai que parfois l’humour est un peu lourd et bancal mais de façon général, je me suis beaucoup amusé à lire chaque définition et ce dictionnaire loufoque m’a refait penser à l’esprit de la course : à la fois compétition, douleur qu’on aime parce qu’elle nous fait du bien, et défi qu’on se lance à soi-même. Idéal pour se remettre en jambe ou pour se motiver la veille d’un marathon, car même les difficultés de ce sport sont traitées ici avec humour, et ça fait du bien. Une lecture légère et rapide que je vous conseille !

Gérard Ejnès, « Chéri(e), je pars faire une course », aux éditions Prolongations, 12€.

L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, de Romain Puértolas

Alors que je tapote frénétiquement sur mon clavier pour aligner mes 1667 mots du jour – NaNoWriMo oblige –, j’ai tout de même pris le temps d’écrire une petite chronique pour le blog. Je vais vous parler d’un livre qui a habillé les devantures des librairies et qui a fait le tour de la blogosphère il y a plusieurs semaines (oui, j’arrive encore en retard) : L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea de Romain Puértolas (et du lobby des titres à rallonge).

Petit résumé rapide : Ajatashatru est venu à Paris pour venir chercher un lit à clous, voyage financé par son village. Cet homme mi-fakir, mi-illusionniste n’a pas trouvé de meilleure idée que de dormir directement dans le magasin Ikea pour repartir tranquillou en Inde chez lui dès le lendemain matin. Sauf que, les choses ne se passent pas exactement comme prévu. Déjà, il se met à dos un conducteur de taxi gitan qui l’a mauvaise de s’être fait arnaqué de 100 euros, et surtout, Ajatashatru se retrouve coincé dans une armoire Ikea (fallait bien que ça arrive) jetée directement dans un camion. De là, une grande aventure commence, à la fois farfelue, décalée, riche en émotions et en rencontres, une aventure qui lui fera traverser plusieurs pays et dangers.

Ce livre est complètement barré. L’histoire part en cacahuète dès les premières pages et on se demande sous quelle drogue ce roman a été écrit. Un fakir qui fuit un gitan en Italie en montgolfière… mais bien sûr, mais c’est logique ! Bref, les aventures d’Ajatashatru sont tirées par les cheveux, mais cela c’est un parti pris, on n’a qu’à suivre le mouvement et voir ce qui se passe. L’avantage, c’est qu’on est constamment surpris. Cette histoire est très rafraîchissante et ça change des romans linéaires et peu étonnants qu’on peut lire le reste du temps.

Toutefois, j’ai eu beaucoup beaucoup de mal à aimer ce livre. Déjà parce que le personnage principal n’est pas humainement réaliste, ni attachant, et ne pas pouvoir aimer ce héros a enlevé énormément d’intérêt pour la suite de l’histoire. Mais surtout parce que l’écriture m’a hérissé le poil (mais c’est un avis très personnel, qui va sûrement à l’encontre de beaucoup d’autres opinions, hein, pas la peine de me sauter à la gorge). L’humour est artificiel, je n’ai ri à aucun moment. Les jeux de mots sur les noms des personnages sont lourds, cassent le rythme, et ont vraiment perturbé ma lecture. Mais plus profondément, c’est ce terrible décalage entre les magnifiques pages sur l’immigration et les migrants, et les situations trop ubuesques et sentant le papier mâché pour être un seul instant drôles qui m’a perdu.

Je ne sais vraiment vraiment pas quoi penser de ce livre. J’ai déjà lu d’autres romans décalés qui m’avaient amusé, étonné, enthousiasmé. Et ça a été le cas par moment ici, mais les nombreux autres moments où j’ai été mal à l’aise ou déçue contrebalancent tout cela. J’ai conscience d’être un peu dure dans cette chronique, je rappelle donc que c’est tout à fait subjectif et personnel. Je ne suis peut-être pas faite pour être lectrice de ce genre d’ouvrage et s’il a pu faire sourire d’autres personnes, c’est vraiment le principal. Il en faut pour tous les goûts, et rien que le fait d’écrire quelque chose d’aussi « hors normes » mérite d’être salué.

« S’il ne savait pas ce qu’il allait lui arriver dans les dix prochaines minutes, l’Indien était content d’être là. À cette heure-ci, il aurait du se trouver dans l’avion, de retour chez lui. Et aussi étrange que cela puisse paraître, cela ne lui manquait pas. Du moins maintenant, là, tou de suite, car le pression venait de retomber un peu. Il se dit qu’il était en train de faire un voyage incroyable et qu’il rencontrait des personnes merveilleuses. Il fallait profiter de cet élan de joie, car dans quelques instants il serait sûrement en train de se morfondre dans son lit, seul, en proie à la plus vive des dépressions, celle des exilés, des instables, celle des sédentaires qui se retrouvent parachutés loin de chez eux, qui ont le mal du pays, le manque dans les veines et qui n’ont plus aucune branche à laquelle s’accrocher. »

Romain Puértolas, L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, aux éditions La Dilettante, 19€.

Maudit best-seller, de Cyril Gramenk

Je reviens vous parler d’un livre qui parle d’écriture et d’édition, un roman hors du commun, drôle, incisif, surprenant et très prenant : Maudit best-seller de Marc Kryngiel.

Le héros s’appelle Cyril Gramenk (joli jeu de lettres ;p ). C’est un écrivain qui a publié plusieurs ouvrages mais qui n’a jamais connu la gloire ni le chiffre de ventes qui va avec. Pour se débarrasser d’un contrat d’exclusivité et suivre son éditeur parti fonder sa propre maison, il décide de donner à son nouveau éditeur – plus amoureux du succès commercial que de littérature – un manuscrit assez mauvais et impubliable, envoyé par un admirateur. Et là, malheur, il est finalement édité, à sa grande surprise. Pire encore, ce roman est même un vrai best-seller ! Interview, dédicaces, rencontres… il signe de son nom un livre qu’il n’a pas écrit. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais les ennuis ne font que commencer ! Entre menaces énigmatiques par courrier, le retour de sa maîtresse et d’un fils dont il ignorait l’existence et la polémique autour d’une scène de ce livre qui porte son nom, rien ne s’arrange et Cyril va de problème en problème.

La narration est la première personne et il faut avouer que notre romancier n’a pas sa langue dans sa poche, concernant les femmes, ses déboires, les journalistes, son éditeur… Il est franc, direct, autant dire qu’on le lit sans se forcer. L’action va vite, tout en étant claire, l’écriture est fluide et ne s’embarrasse pas des conventions du genre. L’intrigue n’en finit pas de rebondir, mais il faut dire que les décisions de notre héros sont parfois… prises par la force des choses ou sous le coup de l’émotion. A plusieurs reprises, j’ai eu envie de lui taper sur la tête en criant de ne pas faire ça, mais cause perdue, il n’écoute personne et garde tout pour lui. Et malgré les aléas de la vie qui n’est vraiment pas cool avec Cyril, on l’aime notre écrivain, on se prend d’affection pour lui, et surtout on se régale à lire ses mésaventures.

Car c’est surtout ça qu’il faut retenir de ce livre : même s’il vient avec de gros sabots, que le style n’est pas discret, que la langue n’est pas tirée à quatre épingles, eh bien on passe quand même un excellent moment. On grince des dents, on croise les doigts et à chaque page on réprime un sourire face aux péripéties extravagantes et à l’écriture vive. Ce livre n’est pas parfait, mais il est rafraîchissant et jubilatoire. Il arrive même à nous tenir en haleine et on tourne les pages à une vitesse ahurissante.

Lire ce Maudit best-seller m’a vraiment fait du bien entre deux romans plus sérieux, à l’écriture plus ciselée ou poétique. Un peu de simplicité et de littérature abracadabrantesque, ça fait drôlement du bien. On lit chaque mauvais tour du destin en trépignant, et on en redemande !

Cyril Gramenk, ah non, pardon, Marc Kryngiel, Maudit best-seller, aux éditions du Seuil, 16€.

Les mots qu’on ne me dit pas, de Véronique Poulain

Pour son premier livre, Véronique Poulain a décidé de parler du silence qui règne dans sa famille où elle est la seule source de bruit. Et pour cause, une mère et un père sourds. Elle a appris à signer avec ses parents, à parler avec ses grands-parents. Cette surdité la blesse, l’amuse, l’indiffère, l’émeut, l’attriste. Elle raconte ça dans Les mots qu’on ne me dit pas, petite autobiographie soignée et touchante.

Je veux des parents qui parlent, qui ME parlent, qui entendent, qui M’écoutent. Et j’ai l’impression qu’ailleurs c’est mieux. Evidemment, je me trompe. Aucune famille n’est normale. J’aurais pu naître au sein d’une famille qui m’aurait inculqué la haine des autres. Une famille d’alcooliques, une famille lourde de secrets, une famille où papa joue à touche-pipi avec sa petite fille, une famille où les apparences comptent, une famille, quoi ! Ce n’est qu’une fois partie de chez eux que j’ai pu me dire que mes parents avaient des circonstances atténuantes. Ils avaient une bonne raison de ne pas me parler. La meilleure, même.

La surdité, on la voit, on la devine, on la côtoie de loin parfois. On va voir La famille Bélier au cinéma et on croit tout savoir. Mais on ne s’imagine pas. Les parents bruyants qui grognent dans le bus ou dans leur lit et ne s’aperçoivent pas qu’ils font du bruit. La nécessité absolue d’arrêter tout pour parler, pour signer, gestes qui mobilisent les mains, le corps, les yeux, le cerveau. Les prénoms en langue des signes, cette langue qui va au plus court, au plus direct, et réinvente les conjugaisons. On peut comprendre les regards des autres, les exclamations des copains incrédules, les astuces lumineuses pour imiter les différentes sonneries, les embrayages de voiture qui cassent faute d’avoir été attentif, de leur avoir prêter l’oreille.

Mais ce que Véronique Poulain partage avec nous, au-delà des ras-le-bol, des mésaventures drôles ou tragiques, c’est une vie qui avance malgré tout, c’est l’intégration, c’est le sens de la famille. Rien ne peut empêcher d’aller plus loin, de réaliser ses projets, de s’épanouir. Même ce qu’on peut considérer comme un handicap ne peut pas empêcher cela. Il suffit de le savoir, de l’intégrer, de faire avec.

L’auteure fait preuve d’humour grinçant et de sincérité. Son récit d’une vie pas comme une autre révèle les manques qui la ronge, et ces petites choses en plus qui la rendent unique. C’est une histoire touchante, belle et vraie, sans tomber dans le pathos. Véronique Poulain est pudique mais franche, et livre ici un témoignage admirablement écrit, concis et construit.

Véronique Poulain, Les mots qu’on ne me dit pas, aux éditions Stock, 16€50.

Salut Marie, d’Antoine Sénanque

« La Vierge m’est apparue le 1er avril 2008. La date était mal choisie. Je sais qu’humour et spiritualité sont pas toujours antagonistes mais sincèrement, j’aurais préféré le 31 mars.
Comme prévu, mes proches ont reçu la nouvelle comme un canular. Mon frère m’a précisé qu’il déjeunait le jour même avec sainte Thérèse. La conversation a tourné court.
Je l’ai vue. C’est vrai. »

On commence le récit in medias res. Tout de suite, on est mis face à ce fait : la Vierge, l’Immaculée Conception, la Mère de Jésus est apparue à Pierre ce jour d’avril 2008. Et ça ne pouvait pas tomber vraiment plus mal. Pierre pense que la femme sainte a parié sur le mauvais cheval. Veuf, la cinquantaine, vétérinaire, il est tout sauf spirituel. La raison, non, le rationalisme incarné. Evidemment, quand ces proches comprirent que ce n’était pas une simple farce, ils ont réagi : son frère l’a forcé à pratiquer des examens médicaux, à passer une IRM, sa famille l’a poussé à aller voire un psychiatre, ses amis lui ont conseillé de pousser la porte de l’Eglise pour éclaircir ses idées. Des solutions que Pierre va toutes tester car, quand même, il sait que c’est vraiment la Vierge qu’il a vu. Pas une hallucination mais bien une vision, une visitation. La grande question est « pourquoi ? ». Notre héros va essayer de comprendre pour quelles raisons c’est dans sa vie à lui qu’elle a débarqué. Surtout qu’elle n’avait aucune demande, elle n’a fait aucun geste. Non, elle est juste apparu.
Cette rencontre surprise va faire surgir en Pierre des tas de questions, pratiques, théologiques, spirituelles. Alors qu’il souhaite en vain que sa vie redevienne comme avant, clore cette aventure, il ne perçoit pas encore que cette visite aura bien eu quelque effet positif. Qu’il le veuille ou non, la vie de notre vétérinaire va changer.
Antoine Sénanque dans son livre Salut Marie (il était quand même temps de vous donner le titre !) évoque bien sûr la question de la religion mais c’est surtout la foi, la croyance en quelque chose de bénéfique et supérieur qui est le thème central du livre. La Vierge aurait aussi bien pu être Bouddha ou Mahomet, ça aurait été la même chose. Tout le livre tend vers une question finale, la question que cherchait Pierre et auquel il trouvera enfin une réponse. La question que toute religion, superstition, croyance pose.
Mais au-delà de ce thème trop sérieux, c’est l’écriture d’Antoine Sénanque qui tout de suite ressort de ce roman : une plume acérée qui ne manque ni de mordant ni d’ironie. Les personnages qu’il a choisi de nous exposer sont des êtres atypiques qui affrontent tous la vie d’une manière différente. On rentre dans ce petit cercle fermé que forme Pierre, sa famille et ses amis proches pour en toucher du doigt les relations parfois complexes qu’ils entretiennent entre eux, sans jamais se départir d’une pointe d’humour.
Salut Marie fait partie de la sélection pour le Prix Femina et on comprend pourquoi. Après avoir découvert cet auteur avec Blouse publié en 2004, Antoine Sénanque continue de nous réjouir de son écriture si fine et si jouissive pour nous offrir encore une fois un livre d’une redoutable efficacité, que vous pouvez retrouver chez Grasset.