Raison et Sentiments, de Jane Austen (lecture commune d’août 2017)

9782264023810Au début du mois, je me disais « Pfff, la lecture commune d‘août, ça me tente pas… » En effet, au premier abord, lire un bouquin anglais d’une autre époque, ça ne m’emballait pas vraiment. Et puis je me suis souvenue que j’avais littéralement adoré mes autres lectures de Jane Austen. Et la magie est réapparue, je me suis plongée corps et âme dans Raison et Sentiments et quel bonheur !

Le roman débute par la mort de M. Dashwood. Il laisse sa femme et ses trois filles aux bons soins de son fils, issu d’un précédent mariage. C’est sans compter sur la femme de l’aîné, qui ne veut pas voir sa maison et sa fortune dans les mains des sœurs une seule seconde de plus. Elles s’installent alors dans un modeste cottage en pleine campagne anglaise. Elinor, la plus grande, est la raison : elle sait mettre ses émotions de côté et jauger les situations avec beaucoup de tact et de neutralité. Elle fait la part des choses et ne désire que le bonheur de sa famille. Sa petite sœur Marianne ressemble plus à sa mère : elle vit ses sentiments profondément, sincèrement et sans faux-semblants, quitte à paraître un peu brusque ou audacieuse en société. Elle joue du piano et chante, se passionne pour mille choses, aime immodérément. Les deux sœurs pensent toutes deux à se marier prochainement. Mais avec qui ? L’emménagement dans le cottage leur permettra de faire la connaissance d’une nouvelle société propice aux rencontres. Le colonel Brandon, loyal mais peu chaleureux, le séduisant Willoughby, les deux pétillantes sœurs Steele, la bavarde Mrs Jennings, etc. Mais c’est aussi l’occasion, étrangement, de recroiser des membres de la famille : Edward, le frère de la nouvelle Mrs Dashwood, et même le grand-frère et la mère de celui-ci.

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Les sentiments se déploient, se devinent, se cachent, se rompent et on se prend d’une affection débordante pour les deux sœurs qui, bien qu’elle soient foncièrement différentes, sont toutes deux profondément gentilles et généreuses. Les romances Harlequins n’ont qu’à bien se tenir ! Jane Austen arrive à nous passionner par de simples histoires de cœur, rendez-vous compte ! On vibre tellement fort aux côtés d’Elinor et de Marianne. On suit avec ferveur le moindre échange, le moindre geste.

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Il faut dire que c’est un roman d’époque : l’étiquette est de rigueur, le mariage sert à entretenir son image et à s’enrichir. L’amour peut y avoir sa place, mais la froide raison également. Des projets imminents ne se réalisent plus car la réputation ou l’épargne ne suit pas. C’est le couperet de la société, une épée de Damoclès au-dessus de chaque couple. Jane Austen a su retranscrire les manières de faire, de vivre d’une société passionnante, c’est aussi cela qui explique son succès. L’écriture est soignée mais à la portée de n’importe quel lecteur. Elle change de ce qu’on peut lire aujourd’hui bien sûr, mais une petite dizaine de pages et on s’y fait très très vite, d’autant plus que les traductions françaises sont très bien. On peut reprocher à l’auteur quelques raccourcis narratifs, mais cela nous permet d’avancer plus vite dans l’action, vers ce que l’on veut absolument savoir donc on lui pardonne aisément.

Lire Jane Austen, c’est vraiment plonger dans un autre monde et vivre aux côtés de personnalités incroyables. Raison et Sentiments n’est peut-être pas à mes yeux ma meilleure lecture de l’auteure mais il reste indéniablement un chef-d’œuvre que je vous invite à découvrir !

Et pour aller plus loin, je vous conseille l’article de Virginy sur Persuasion de Jane Austen.

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Jane Austen, Raison et Sentiments, traduction par Jean Privat, aux éditions 10/18, 6€60.

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Orgueil et Préjugés, de Jane Austen

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Les lectures communes 2016 continuent ! Et ce mois-ci, j’ai lu avec L’Aléthiomètre un fameux classique anglais : Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Je l’avais lu au lycée, et je me faisais une joie de retrouver Darcy et Lizzie. Et ce n’est une surprise pour personne : ce roman est tellement génial que je n’ai pu qu’aimer ma lecture.

Si vous ne savez pas de quoi cela parle, suivez le guide. Elizabeth Bennet est la deuxième fille d’une famille de cinq enfants. Sa mère n’a qu’un désir, voir toutes ses filles mariées. Alors quand un gentleman de Londres s’installe dans la demeure voisine, c’est l’effervescence. M. Bingley fait de l’effet à tout le monde : il est agréable, bel homme, chaleureux. On ne dit par contre pas du tout la même chose de son ami Darcy : trop hautain, trop silencieux, vraiment antipathique. Très vite, Elizabeth se détourne des deux hommes : le premier est plutôt intéressé par sa grande sœur, et le second n’est vraiment pas un choix agréable selon elle. Elle s’amourache alors d’un officier de la ville voisine : en effet, une garnison y est stationnée. À l’occasion d’un bal, elle fait donc la connaissance du jeune Wickham qui lui donne la meilleure des impressions. Mais dans un monde de convention et de ragots, il ne faut pas toujours se fier à ses premières impressions, surtout quand l’attirance et l’amour entrent en jeu.

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Premières impressions, c’était d’ailleurs le premier titre choisi par l’auteure pour son roman. Mais on ne peut pas dire qu’Orgueil et Préjugés soit faux : Darcy a trop d’orgueil, Elizabeth trop de préjugés. Et cela, on s’en rend compte de plus en plus au fur et à mesure de notre lecture. J’ai adoré découvrir les personnages au fil des pages : les secrets ne sont plus secrets, les manigances sont mises au jour et les personnalités se dévoilent. Il est vrai que l’histoire, sans être banale, n’est pas très étonnante. Mais je vous prierai de ne pas résumer ce livre à une romance, il est beaucoup mieux que ça. C’est une histoire intelligente, rusée. Bref, c’est un classique anglais.

orgueil-et-prejuges-83375Quand je pense que Jane Austen a écrit ce roman alors qu’elle n’avait qu’une vingtaine d’années, je suis stupéfaite. Son écriture est virtuose, elle se lit encore aujourd’hui avec facilité et surtout un plaisir jouissif. En effet, l’humour et l’ironie sont légions dans ces pages et lire les chassés-croisés de lettres ou les dialogues est tout simplement addictif. Concernant l’intrigue, elle avance à un bon rythme : on ne s’ennuie pas, de nouveaux éléments viennent régulièrement remettre l’action sur le tapis. Cela s’accompagne d’une évolution des personnages très intéressante et surtout très juste. En effet, l’auteure a beaucoup travaillé ses personnages, leur profondeur psychologique et leurs relations. C’est normal, me direz-vous, puisque ce roman repose sur eux. Mais tout de même ! Pondre une Elizabeth Bennet, il faut le faire. C’est une jeune femme intelligente, intéressante, forte. Elle se conforme aux mœurs de son temps mais garde tout de même une forme d’indépendance qu’on admire : son répondant, ses traits d’esprits… Ah, je l’adore !

pride-and-prejudice-2Ce roman est une œuvre à lire, et c’est une porte d’entrée vraiment idéale pour découvrir les classiques anglo-saxons. Il est captivant, éblouissant, poignant, drôle et la plume de Jane Austen est d’une justesse absolument brillante. Un gros coup de cœur pour cette histoire que je redécouvre et je vous invite grandement à vous plonger dans cette lecture.

Jane Austen, Orgueil et Préjugés, traduction de l’anglais par Pierre Goubert, aux éditions folio classique, 9€20.

Emma, de Jane Austen

On ne présente plus Jane Austen, véritable figure de la littérature anglaise. Auteure réputée, admirée, adulée, elle s’est fait connaître grâce à ses critiques sociales mordantes et ironiques, son humour parfois décalé mais toujours british. Le réalisme de ses textes et l’évolution de ses personnages dans un monde aux codes et à l’étiquette strictes ont séduits des millions de lecteurs. Aujourd’hui, je vais vous parler d’un de ces romans les plus aboutis et pourtant pas aussi connu qu’Orgueil et Préjugés ou Raison et Sentiments : Emma est publié en décembre 1815, à 2000 exemplaires tout d’abord. L’accueil qui lui est réservé est mitigé, comme le prévoyait Jane Austen qui disait de son héroïne « en dehors de moi, personne ne l’aimera vraiment ». Toutefois, la critique s’accorde à dire qu’ici est né un « nouveau genre de roman ». Satire sociale, personnages touchants, réalisme et soucis du détails, et une écriture fine… voilà les clés du sccuès de cette ouvrage.

« Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d’un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l’existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu’une souffrance même légère l’eût effleurée. » Elle habite seule avec son père : sa mère est décédée quand elle était enfant, sa soeur aînée ainsi que sa gouvernante et amie se sont toutes les deux mariées et ont quitté la résidence familiale d’Hartfield. Pour combler son ennui, Emma forme des couples dans son entourage restreint : jouer l’entremetteuse est son passe-temps favori alors qu’elle-même refuse de se marier un jour. Mais Emma est jeune et naïve, à plusieurs reprises, il lui arrive de se méprendre sur les sentiments des autres. Elle doit apprendre alors à mieux connaître le coeur de ses amis mais aussi le sien. Connaître les émotions de l’être humain est un apprentissage difficile et parfois trompeur. Les quiproquos et les malentendus sont nombreux ; la bienséance ordonnée ne fait que les rendre plus piquants. La jeune fille ne réalise pas encore que faire l’entremetteuse n’est qu’un moyen détourner de vivre l’amour et le bonheur conjugal, par procuration. Elle doit encore grandir, mûrir pour devenir une femme accomplie.

Les rangs sociaux, toujours présents dans les romans de moeurs de Jane Austen, sont ici extrêmement mis en avant, par la volonté de l’héroïne même : pour elle, au même titre que l’accord entre deux sensibilités, un mariage doit respecter ces rangs et dans l’idéal même, élever socialement la demoiselle. Emma vise ce but avec ténacité, quitte à passer à côté de signaux pourtant évidents sur les réels sentiments de ses amis qui eux, voient les choses autrement. La jeune fille, même si elle se comporte de façon exemplaire en société, ne brille pas : c’est un personnage en demi-teinte, sa vie n’est pas très attrayante, elle ne vit pas de splendides aventures de coeur, son existence est simple et douce. Elle essait de rattraper ses bévues, parfois gauchement, procède à des interprétations psychologiques, souvent ratées. Certains lecteurs la trouvent ennuyeuse, trop naïve ; pour ma part, je la trouve attendrissante. Je lui pardonne sa jeunesse et donc cette expérience qui lui manque cruellement. Emma saura au final apprendre de ses erreurs, la jeune fille devient femme : je pense que c’est cette évolution le vrai sujet du roman, l’épine dorsale.

Côté écriture, j’ai toujours préféré celle de Jane Austen à celle des soeurs Brontë (que l’on met toujours dans le même sac chez les lecteurs du dimanche comme moi. Non, ne me lapidez pas !) : moins de description, plus « d’action psychologique », un réalisme qui n’est pas pesant mais précis. Arthur Conan Doyle dira même que c’est le premier grand roman policier sans cadavre ! Le livre est partagé en une multitude de petits chapitres, de moins de 3 pages en général : certains n’apprécieriont peut-être pas cette lecture fractionnée, pour ma part, ça m’a plutôt arrangée, je déteste devoir m’arrêter entre deux phrases ! C’est un livre qui sent bon la campagne anglaise sous la pluie, les convenances, le thé, le feu de la cheminée ; je l’ai dévoré. On y rencontre une multitude de personnages, certains attachants, d’autres agaçants voire détestables : on voit bien ici tout le spectre d’humeur et de caractère du genre humain en société. C’est une agréable promenade, peut-être pas aussi fraîche et revigorante que d’autres lectures, mais néanmois bien sympathique ; vous prendrez bien un biscuit avec votre thé ?