Paroles du Japon

Quand j’ai une panne de lecture, le seul moyen que j’ai pour ne pas rompre tout contact avec les livres, c’est de lire du court, principalement de la poésie. Je dirai même très court parfois. Et un de mes derniers remèdes utilisés est bougrement efficace : le haïku. Exotique, tranchant, drôle, concis, simple, naturel, beau.

C’est donc avec une certaine évidence que j’ai emprunté à la médiathèque Paroles du Japon (des haïkus présentés par Jean-Hugues Malineau) quand je l’ai croisé au détour d’une allée. Je suis tombée sous le charme de ce minuscule ouvrage qui se dévore en quelques minutes ou se savoure sur plusieurs journées, c’est selon votre bon plaisir.

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On retrouve bien sûr les célèbres haïkus de Basho mais vous découvrirez également ceux d’Issa, de Ryôkan et d’autres nombreux auteurs japonais des siècles passés. Ils sont rassemblés selon des thématiques semblables (un oiseau, la rosée…). Tous ont un lien plus ou moins ténu avec la nature, et on ressent à leur lecture une douce zénitude s’installer. Le rythme, les sons, les mots ? On ne sait lesquels des trois nous bercent le plus. Les traductions sont très bien réalisées, mais ma curiosité aurait beaucoup apprécié pouvoir en voir au moins certains dans leur langue originale.

Toutefois, ce petit recueil a un autre avantage de poids : les illustrations. Toujours à propos et magnifiques, elles prennent une large place dans cet ouvrage sans voler la scène aux haïkus. Pour notre plus grand bonheur, les deux se complètent et s’unissent à merveille. Les estampes de Hokusai et Hiroshige sont connues dans le monde entier, et sont utilisées à très bon escient dans ce livre.

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Cet ouvrage m’a vraiment fait du bien et a apporté une touche de douceur et d’originalité dans mes lectures. On oublie souvent que les écrits les plus simples et les plus courts sont aussi ceux qui peuvent nous toucher le plus. Je ne peux que vous inviter à découvrir ce recueil que, j’espère, vous apprécierez autant que moi.

Paroles du Japon, haïkus présentés par Jean-Hugues Malineau, Carnets de sagesse, aux éditions Albin Michel, 10€.

Kaïken, de Jean-Christophe Grangé

Oui cela fait longtemps, cela fait très longtemps. Et j’ai l’impression de commencer toutes mes chroniques de la même façon depuis des semaines. Il faut dire que quand ce n’est pas la panne de lecture, quand ce n’est pas le travail, c’est le déménagement impromptu qui emploie tout mon temps. Mais pendant les jours qui vont venir, je prends du temps pour moi. Pas vraiment pour lire, pas vraiment pour le blog. Je vais écrire. Comme l’année dernière en effet, je participe à un atelier d’écriture. Pendant une semaine, je ne vis que pour ça, et cette parenthèse fait vraiment du bien. Toutefois, j’en profite quand même pour vous rédiger une chronique qui est déjà bien trop en retard. Il s’agit de la lecture commune de juin : Kaïken de Jean-Christophe Grangé.

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C’est un auteur que je commence à connaître. Disons que, sans m’éblouir, je prends la plupart du temps un plaisir certain à lire ses romans. Aujourd’hui encore, l’intrigue ne m’a pas autant emballée que dans d’autres thrillers, mais j’ai quand même apprécié ma lecture.

Pourtant, j’ai été un peu flouée. Avec ce titre et cette quatrième de couverture, je m’attendais à un thriller au Japon avec toutes les caractéristiques, tous les paradoxes culturels de ce pays. Alors, oui, il y a un peu de Japon dans ce roman, mais pendant une grande partie de l’histoire, nous restons en France, on côtoie des français et notamment de bons policiers et enquêteurs franchouillards. Les personnages sont assez stéréotypés, sauf peut-être l’unique femme-personnage principale qui est japonaise et que l’on suit dans tout le roman.

Passan est son mari. Mais dans leur couple, rien ne va plus : il faut se séparer, mais en essayant de ne pas faire souffrir leurs deux enfants. Au même moment, Passan travaille sur une enquête qui le ronge : un tueur de femmes enceintes. Le jour où sa vie de policier vient menacer sa vie de père, Passan comprend alors que c’est devenu une affaire personnelle.

L’intrigue n’est pas inintéressante, mais je n’ai pas vraiment aimé la façon dont elle évolue. Beaucoup trop de coïncidences qui arrangent l’auteur, je n’ai pas trouvé cette histoire crédible ou réaliste. C’était trop. Trop de fausses pistes qui ont pourtant leur fond de vérité, trop de clichés aussi (un sabre, oulah, quelle innovation). La narration n’est pas assez bien rythmée à mon goût sauf vers la fin où enfin intervient un petit suspens. Il faut dire qu’on ne s’attache pas nécessairement au personnage. Passan est l’image déjà vue et revue du flic trop impliqué dans ses affaires qui ne veut rien lâcher. Naoko, sa femme, est trop insaisissable pour qu’on la comprenne vraiment.

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J’ai lu ce livre avec un certain détachement. Ça n’a pas été pour moi un page-turner, toutefois je voulais connaître la fin de l’histoire. Car ce n’est pas un mauvais livre. L’intrigue tient debout, l’écriture est fluide et agréable, les personnages sont assez bien construits, les rebondissements sont originaux. Mais parallèlement, c’est très loin d’être un coup de cœur.

L’avis de L’Aléthiomètre et de Carnet de texte.

Jean-Christophe Grangé, Kaïken, aux éditions Le Livre de Poche, 8€30.

L’homme qui avait soif, d’Hubert Mingarelli

J’avais été très touchée par ma première lecture d’Hubert Mingarelli avec Quatre soldats. Au détour des rayons d’une bibliothèque, j’ai voulu réitérer cette rencontre avec l’auteur, avec son dernier roman : L’homme qui avait soif.

L’histoire se déroule au Japon pendant l’occupation américaine. Hisao a été démobilisé. Pendant des mois et des mois il a travaillé dans la montagne, à creuser des tunnels pour fuir la guerre. A ses côtés, il y avait Takeshi, ami d’arme qui chantait chaque soir à son oreille pour lui permettre de s’endormir. Puis tout a basculé avec la bataille de Peleliu qu’Hisao ne peut s’empêcher de revivre chaque nuit.

De retour « parmi les hommes », Hisao s’embarque dans un voyage en train pour rejoindre la mystérieuse Shigeko, sa fiancée. Dans sa valise, il y a l’œuf de jade qu’il souhaite lui offrir pour la demander en mariage. Alors que le train s’arrête en pleine voie, Hisao descend pour boire car depuis la terre de montagne qui a englouti Takeshi, notre héros a une soif insatiable, qui le rendrait presque fou. Mais Hisao réalise trop tard que le train s’en va, et avec lui sa valise et l’œuf de jade.

On suit alors notre personnage dans ses péripéties pour retrouver sa valise, dans son monde peuplé des chansons de Takeshi.

Ce récit est très troublant. Il est à la fois terriblement simple sur la forme – les phrases sont faciles, la lecture est fluide, le rythme doux – mais aussi intense et puissant, riche. Encore une fois l’écriture de Mingarelli est magique et unique, à la fois dépouillée et poétique. L’auteur sait nous embarquer dans son univers doux et tragique : c’est la même recette que dans Quatre soldats, une sorte de mélancolie, mais sans aucun défaitisme. Ici le passé revient hanter notre personnage et nous montre un Japon meurtri par la guerre, mais aussi et surtout une amitié profonde qui laisse des traces au-delà de la mort.

C’est un livre très touchant, qui m’a laissée une impression très étrange : j’ai apprécié cette lecture car le style est vraiment à part et on ne le retrouve nul part ailleurs. Ça m’a vraiment transportée. On devient très proche de ce héros un peu énigmatique que l’on découvre par petites touches, il est sincère et un peu naïf, il se laisse porter par la vie sans lui courir après. La seule chose que l’on pourrait reprocher à l’auteur c’est ce « mystère Shigeko » qui est une partie de l’intrigue absolument pas exploitée. Mais cela ne change en rien l’élégance du récit et sa teneur, j’ai même trouvé que cela faisait partie du jeu.

Lire un Mingarelli, c’est rentré dans un univers à part, un cocon d’écriture, pas forcément doux, mais toujours beau même dans la tristesse et la violence. Vraiment un auteur à découvrir pour ceux qui ne l’auraient jamais lu. Un vrai coup de cœur.

Hubert Mingarelli, L’homme qui avait soif, aux éditions Stock, 16€.

La Maison d’une autre, de François Gilbert

François Gilbert est l’auteur du roman dont je vais vous parler ici. Il a déjà publié en 2012 un premier livre – Coma – qui a remporté le prix Canada-Japon. Encore une fois, pour ce deuxième ouvrage, l’écrivain va nous parler de Japon puisque l’action s’y passe. Il s’agit de La Maison d’une autre aux éditions Leméac.

Nanami va se marier avec Hiro. Un mariage qui s’annonce tranquille, un amour simple. Quand un jour, son ex réapparaît dans sa vie, paniqué, la suppliant de l’aider. Ennuyée dans sa vie quotidienne, Nanami ne peut pas résister aux frissons et décide de rendre service à Olivier. Ce dernier cache un lourd secret, qui va bouleverser leurs vies pour toujours. Mais ce sera surtout l’occasion pour Nanami de se rendre compte de cette partie sombre d’elle-même qu’elle préférait ignorer. Une détresse psychologique la déséquilibre au quotidien alors qu’elle doit apprendre à mentir et à jouer la comédie tout en s’assurant que son plan de sauvetage fonctionne. Elle n’était pas prête pour ça, et transgresser la morale à ce point la bouleverse et la fait se questionner sur sa liberté et sa vie en générale.

« Nous avons quitté la gare sans échanger une parole. Je voulais le confronter, revenir sur nos derniers instants, mais le fait d’être collée à lui me pacifiait. Nous nous sommes installés dans le café en face de la gare. Il prit une bière et moi un jus de fruits. Rien n’avait changé. Ou presque. »

Ce roman a beaucoup de promesses : un voyage au Japon pour le lecteur, du suspens, de l’émotion, des personnages forts qui portent le roman, un rythme trépidant. Malheureusement, il a beaucoup de mal à toutes les tenir. On ne voit presque rien du Japon, on n’est pas du tout immerger dans ce pays si inconnu pour nous (enfin pour moi en tout cas). Le suspens, la tension sont peu présents, mais heureusement qu’on peut les percevoir sinon je n’aurais pas fini le livre. Je voulais savoir quel allait être le dénouement de leur histoire, et même sur ce point j’ai été déçue. Le danger est pourtant présent mais jamais bien utilisé, et le lecteur a du mal à frissonner.

Quant aux personnages, on ne nous en dit pas assez sur Hiro et Olivier, alors que ces deux hommes mériteraient vraiment qu’on s’attarde sur eux. On les découvre un peu, notamment grâce à leur relation avec Nanami mais ça reste très superficiel. On sent juste qu’ils ont du potentiel dans le cadre d’un roman, et qu’on est passé à côté. Concernant l’héroïne, le lecteur ne s’attache pas du tout à elle. Elle reste très distante et assez incompréhensible. Sa psychologie est riche et complexe, mais elle nous est livrée de très mauvaise façon, si bien qu’on ne comprend pas tout. Il y a de grandes phrases sur ce qu’elle ressent mais cela a l’air un peu maladroit, plus là pour la forme que pour le fond. Le rythme en est très alourdi.

De façon générale, ce livre ne va pas assez loin, dans les descriptions, la clarté, le travail, le talent. Il a failli me tomber des mains plus d’une fois quand bien même l’intrigue seule, bien qu’imparfaite, est assez intéressante. Une déception pour ce petit roman.

François Gilbert, La Maison d’une autre, aux éditions Leméac, 18$95.

La Démantèlement du coeur, de Daniel de Roulet

Shizuko et Max se sont connus il y a quarante ans. De l’union entre ce Français architecte et cette Japonaise née le jour de la bombe atomique est né un fils.

Aujourd’hui, après des décennies sans s’être vus, ils se sont donné rendez-vous. Max est alors censé venir en Europe pour assister à la dynamitation d’un immeuble londonien de sa création et Shizuko est envoyée par les hautes autorités de la surveillance nucléaire pour superviser le démantèlement du cœur du surgénérateur de Malville, en France. Quant à leur fils, il est à l’autre bout du monde, il travaille, grâce à la mafia, dans la centrale de Fukushima.

Tout pourrait bien se passer, mais c’est sans compter sur les caprices de notre Terre. Un tremblement de terre et un tsunami plus tard, Shizuko se rend en urgence dans son pays d’origine, ignorant que son propre fils, qui croit aveuglément en Tepco et en la sûreté du nucléaire, s’est porté volontaire pour aller dans la salle de contrôle du réacteur, afin d’éviter la fusion d’un autre cœur.

Voici en quelques lignes ce qui vous attend dans Le Démantèlement du cœur (quel beau titre!) de Daniel de Roulet. J’ai vu cela comme une succession de rencontres manquées. La mère et son fils, Max et Shizuko, Mirafiori – le fils – et son père, l’architecte et sa tour, et encore, je n’évoque pas les multiples personnages secondaires.

J’ai été un peu surprise en lisant ce roman car je m’attendais à quelque chose de plus concerné par l’action, pour la situation catastrophique de Fukushima, mais en réalité l’auteur consacre essentiellement son histoire à ces personnages, c’est l’essence même de ce récit. Pour mieux comprendre cela, il faut remettre ce livre dans son contexte (ce que je n’avais pas fait avant de l’entamer) : ce récit est le dernier opus d’un cycle de dix romans, commencé il y a vingt ans par Daniel de Roulet. Il y a même un petit arbre généalogique pour replacer les personnages. Avoir lu les précédents livres n’est pas nécessaire pour comprendre cette histoire. Il ne s’agit pas de tomes qui se suivent, mais les personnages, leur passé, leur évolution se découpent dans ces récits. Commencer par la fin est assez perturbant (même si pas impossible), j’ai eu l’impression de manquer de clés pour bien tout comprendre. Heureusement, l’auteur prend son temps.

Je dirais même qu’il prend beaucoup son temps en comparaison de l’urgence de la situation due à cette catastrophe japonaise. Je me suis ennuyée par moment, même si l’écriture et le style ne sont pas dénoués d’un certain intérêt : une écriture assez descriptive, mais douée d’une certaine émotion, une sorte d’empathie envers ses personnages.

A la radio, informations dramatiques, Max augmente le volume : il est question de l’océan contaminé, de populations évacuées, de traces de césium, de strontium et d’un combustible livré par la France, enrichi au plutonium. Shizuko ne commente pas, Max non plus, ils échangent leurs points de vue sur les années passées chacun pour soi, à essayer de s’oublier l’un l’autre, mais voilà, pas si simple. Ils l’avouent à tour de rôle : à l’échelle d’une vie leurs rencontres munichoises ne représentaient que quelques heures, mais du point de vue des sentiments, ça remplissait tout.

L’œuvre de Daniel de Roulet est très impressionnante : une telle « saga », à raison d’un roman tous les deux ans, qui suit l’évolution de notre monde, qui fait grandir ses personnages sans en perdre le fil… ça mérite d’être applaudi. Toutefois, en ce qui concerne ce dernier roman, lu seul, je ne lui ai pas trouvé un intérêt vertigineux. Il est agréable à lire mais les longueurs à chaque chapitre gâchent souvent ce plaisir. Un avis mitigé, donc.

Daniel de Roulet, Le Démantèlement du cœur, aux éditions Buchet Chastel, 16€

Stupeur et tremblements, d’Amélie Nothomb

 

J’ai retenté une expérience dont le premier résultat fut mitigé : lire Amélie Nothomb. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’ai choisi Stupeur et Tremblements, que l’on m’avait conseillé et dont le cadre nippon était censé renforcé mon plaisir de lecture.

Il s’agit d’une récit visiblement autobiographique, de la belge Amélie qui se rend travailler au Japon où elle a quelques attaches. Elle se fait embaucher dans une grande entreprise et se démarque par son teint européen. Elle va découvrir à ses dépens que l’univers des affaires dans ce petit pays est régie par une hiérarchie puissante et très marquée, qui ne respecte pas forcément la logique si cela peut aider à faire respecter chaque ligne de chaque petit règlement. Le respect inconsidéré – et l’admiration – sont presque des obligations pour tout employé qui doit considérer son entreprise comme sa famille, à qui il faut rester à sa place.

Mais avec des supérieurs pas très commodes, il est parfois difficile de rester à sa place, surtout quand on ne sait pas trop ce que l’on doit faire dans l’entreprise en question. C’est le cas d’Amélie qui d’un poste de bureau, passe à un temps de plein de photocopieuse pour finir de faire un travail parmi les plus dégradants et abaissant en comparaison de son CV. Ici, les compétences ne sont pas primordiales mais plutôt l’ancienneté et la ténacité.

C’est une peinture sans faux semblants de l’entreprise nippone, dans sa dureté et sa rigueur. Il faut quand même dire que l’héroïne n’a vraiment pas eu de chance pour être si mal traitée, mais je dois avouer que je ne l’ai pas trouvée si dégourdie non plus… Elle reste en extase devant sa chef à la beauté angélique, alors que celle-ci prend un malin plaisir à la harceler, elle ne renâcle pas à la tâche et fait semblant d’être déficiente mentale pour coller à l’étiquette que l’entreprise lui a donné. J’ai détesté cette Amélie-là, sans volonté, sans force, qui se paraît de belles réflexions et d’une fausse distance pour ne pas perdre la face. On met ce que l’on veut dernier les mots.

Le style est… ni bien, ni mal, parfois incohérent mais sans jamais valoir le détour. C’est une écriture du quotidien où les descriptions et le vocabulaire prennent le dessus sur une autre richesse de langue, plus belle, plus sublime, et donc plus difficile à manier. Vous comprenez facilement en me lisant que décidément, je n’accroche pas avec cette auteure. Mais je pense qu’il y a une part de subjectif dans tout ça, car ses romans ne sont pas mauvais pour autant (je préfère amplement la lire elle que de devoir parcourir un Musso). On doit lui reconnaître une facilité de lecture et de divertissement qui n’est pas donné à tout le monde.

Encore une fois, un bilan mitigé.

Amélie Nothomb, Stupeur et tremblements, Albin Michel, 13€60.

 

1Q84, Livre 1, de Haruki Murakami

J’avais déjà croisé Haruki Murakami dans Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, un traité de littérature en baskets qui m’avait beaucoup plus. Aujourd’hui, je découvre son écriture romanesque avec une de ses dernières œuvres : 1Q84 (je suis bien contente de ne pas à avoir prononcé ça à l’oral). Je vais vous parler dans cette chronique du livre 1 uniquement (puisqu’il y en a trois) c’est-à-dire avril-juin.

On suit deux personnages parallèlement, tous les chapitres, le point de vue change. D’un côté, il y a Aomamé, une jeune femme étange, douce et détachée du monde, capable d’une précision meurtrière. Elle ne rencontre des hommes que pour une nuit, donne des cours de self-défense et accepte d’autres missions, plus particulières… De l’autre côté, il y a Tengo, un homme qui écrit mais ne publie jamais. Un jour, son éditeur et ami lui propose de réécrire l’œuvre d’une jeune fille, troublante et mutique, de 17 ans. C’est le prochain bestseller.

Nous sommes en 1984 quand nous entrons dans la vie de ces deux personnes. Mais au fur et à mesure que des pages défilent, se dessinent des éléments troublants, la réalité est distordue, voilée.

Il n’est pas facilement d’en dire plus, déjà pour ne pas vous spoiler, mais surtout car je n’en sais pas plus que les personnages. C’est un roman assez hypnotique. On retrouve les choses habituelles comme l’amour, la mort, la justice, la timidité, le risque mais le fantastique, le secret viennent faire leurs apparitions presque sans raisons, comme par magie.

Tengo et Aomamé se frôlent dans ce monde qui n’est plus 1984, mais bascule en 1Q84, le Q pour Question. Car dans cet univers qui n’est pas tout à fait le même, c’est la seule chose qu’on peut faire, questionner, et essayer de trouver des réponses qui vont au-delà du simple pragmatisme cause-conséquence.

Quant à l’écriture, c’est un livre qui va un rythme plutôt doux, berçant ce qui accentue cette douce aura de mystère qui s’installe au fil des chapitre. La lecture se fait très naturellement puisque, au-delà de quelque ésotérisme et bizarrerie, on touche à du concret, à des choses quotidiennes (enfin qui s’inscrivent dans le quotidien des personnages), on n’est pas totalement déconnecté de notre monde : on a des repères familiers même si l’histoire se déroule au Japon. J’ai apprécié ce style travaillé dans la longueur et la légèreté, mais si on peut regretter quelques pages ennuyeuses. Toutefois, aucun épisode est inutile, comme on finit par le découvrir.

J’ignore si je continuerais à lire 1Q84. On ne peut pas dire que Murakami soit le spécialiste du suspens et des cliffhanger. L’envie de poursuivre avec le deuxième tome est présente, mais je ne sais pas encore si j’en aurais la patience, car chaque livre contient environ 500 pages. De quoi occuper les weekends et les soirées !

Haruki Murakami, 1Q84, Livre 1, Avril-Juin, traduit du japonais par Hélène Morita avec la collaboration de Yôko Miyamoto, aux éditions Belfond, 23€50.