Les sagas jeunesse qu’on ne peut pas louper

Il y a des sagas jeunesse vraiment indéboulonnables. Certaines restent des grands classiques qu’on ne peut pas mettre au placard, d’autres des petites nouvelles qui envahissent les cours de récréation – et croyez-moi, je travaille tous les jours avec les enfants, je sais de quoi je parle. Mais qu’est-ce qui fonctionne bien aujourd’hui ? Pas de découvertes dans cet article : non, je vais plutôt vous parler des sagas jeunesses fantastique/fantasy qui sont indétrônables. Il y aura peut-être des livres plutôt young-adult par moment pour la simple raison qu’ils atteignent également une cible plus jeune.

1. Harry Potter de J. K. Rowling

9782070584628_1_75Mais bien sûr que c’est le premier que j’allais mettre, évidemment ! On ne peut pas parler de saga, on ne peut pas parler de jeunesse, on ne peut pas parler de fantastique sans évoquer Harry Potter. Est-il vraiment besoin de présenter à nouveau son histoire ? Honnêtement, je crois que je peux m’en dispenser.

2. Eragon de Christopher Paolini

51q1pmwddwl-_sx344_bo1204203200_Si vous n’avez jamais lu Eragon, j’espère de tout cœur que vous ne vous êtes pas arrêté au film. Ce dernier ne rend pas du tout justice à cette grande œuvre d’aventure, de courage, d’action, de dragons, de grands espaces, de combat, de découverte… Notre héros découvre par hasard un œuf de dragon. De fil en aiguille, il devient le dragonnier de Saphira et apprend son nouveau rôle auprès du vieux Brom. Mais les dragonniers, il n’en restait plus et le tyran Galbatorix est sur ses traces ! Difficile de résumer l’oeuvre en deux mots, mais globalement c’est son point de départ. Je trouve personnellement les tomes un peu gros et riches… mais j’imagine que les passionnés du genre ne voient même pas les pages défiler.

3. Le Monde de Narnia de C. S. Lewis

510r5kj659l-_sx319_bo1204203200_Noël approche, c’est le moment de lire Narnia. Les films que vous connaissez peut-être ne représentent qu’une partie de cette grande saga jeunesse – il existe d’ailleurs un très bel intégrale ! Mais le noyau de l’histoire, ce sont ses frères et sœurs, catapultés dans l’univers de Narnia qui tombe petit à petit aux mains de la sorcière blanche. Nouvel univers, nouvelles créatures, un monde très enfantin où là aussi courage et aventures sont de mises. On a souvent reproché à Narnia son côté « bon sous tous rapports » (avec un auteur aux fortes valeurs chrétiennes apparemment) : cela a au moins pour avantage de mettre en avant de belles valeurs comme la fidélité, l’amitié, l’altruisme. Je vous conseillerai cependant de ne pas vouloir tout vous enquiller d’un coup car l’intensité des différentes histoires est inégales et il se peut que vous décrochiez – comme ça a été mon cas.

4. A la croisée des mondes de Philip Pullman

71a7gfn5vdlSaga incontournable elle aussi, qui figure dans ma PAL depuis très très longtemps – là aussi, l’intégrale est vraiment un bel objet. Je ne l’ai pas lu – pas encore ! – mais de ce que j’ai pu zieuter un peu partout, on apprécie dans cette œuvre son rythme, ses personnages forts, son univers (au départ pas si éloigné du nôtre) et ses créatures originales. Dans le premier tome, on suit la jeune Lyra qui part dans le Grand Nord pour tenter de retrouver son ami Roger. Là-bas, elle fera des découvertes sur son destin et arrivera aux limites d’un autre monde.

5. Le seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien

5142bap2bsz2bl-_sx349_bo1204203200_Même si plus ardue, plutôt lue par des adolescents et jeunes adultes, je ne pouvais pas ne pas inclure cette saga. A ma grande surprise – je trouve personnellement cette saga indigeste – elle a un certain succès même chez les plus jeunes, sûrement un contre-coup des films qu’ils ont tous vus. Très sincèrement, j’invite plutôt les enfants dont je m’occupe à lire Bilbo le Hobbit – qui, pour le coup, a vraiment été écrit à destination des enfants – avant de sauter dans le bain du Seigneur des Anneaux mais s’ils sont passionnés de fantasy, ils finissent tous par craquer. Euh… faut-il vraiment que je résume cette exaltante et dangereuse épopée de notre jeune hobbit Frodon qui doit par tous les moyens détruire l’anneau pour combattre Soron ?

6. La Guerre des Clans d’Erin Hunter

retour-a-l-etat-sauvageUne saga qui envahit ma cours de récré : tous les jours, un nouvel enfant vient me montrer son nouveau tome de La Guerre des Clans, à tel point que je vais finir par m’y mettre à cette saga qui comporte des dizaines de tomes, plusieurs cycles et des hors-séries… Il faut dire que l’histoire est taillée pour les enfants : Rusty, un chat tout ce qu’il y a de plus normal, découvre qu’ils existent des clans de chats, certains étant ennemis de longue date. De fil en aiguille, il va lui-même rejoindre l’un de ces clans et devenir un valeureux guerrier. Je suis très séduite du choix de l’auteur pour les chats : pas mal de courage et de brio, bravo ! Apparemment, même si cette série semble redondante parfois, l’univers est si riche et étendue qu’on ne s’ennuie pas. Une histoire surprenante et rafraîchissante !

7. L’Epouvanteur de Joseph Delaney

51lmkd4dkjl-_sx335_bo1204203200_Ah… mon vrai coup de cœur ! Cette saga frissonnante nous emmène suivre l’aventure de Thomas Ward, apprenti épouvanteur, qui va devoir, en plus d’apprendre son métier, combattre sorcière et fantôme, faire face aux secrets de sa famille et à mille dangers dans une saga d’une dizaine de tomes. La taille de chaque livre est idéal pour la jeunesse mais attention ! Ça fait peur, très peur même et c’est réservé aux lecteurs avertis et aguerris, sinon attention aux cauchemars la nuit ! L’histoire fait renaître la tension et la peur à chaque tome. Rien à dire : un petit bijou !

8. La Quête d’Ewilan de Pierre Bottero

QUETE D_EWILAN T01[BD].indd.pdfJe ne connais pas du tout cette trilogie mais vu les petites recherches que j’ai du faire pour cet article, je me dis qu’il faudrait vite que je résolve ce problème. J’ai lu énormément de critiques positives sur cette saga qu’on ne peut pas lâcher ! Camille, une ado, découvre un jour un monde parallèle où on semble la connaître sous le nom d’Ewilan. Elle possède un pouvoir, celui du Dessin, et réalise qu’elle peut aider tout un peuple à retrouver sa liberté. La trame habituelle du destin à accomplir mais ça fonctionne bien : beaucoup d’action, un monde complet, des personnages attachants. La Quête d’Ewilan charme toujours ses lecteurs !

9. Tara Duncan de Sophie Audouin-Mamikonian

les-sortceliersUne saga française ! Cette décalogie met en scène une jeune « sortcelière » au pouvoir extraordinaire et qui la dépasse parfois un peu. Dans le premier tome, notre héroïne part à la recherche de sa mère, affrontant au passage plusieurs créatures et un complot la visant. Autant vous dire qu’on n’a pas le temps de souffler dans cette saga, elle va à mille à l’heure avec une imagination débordante. J’ai eu l’occasion de lire que la qualité se dégradait un peu de tome en tome, mais ça reste tout de même une incontournable des sagas jeunesse.

10. Gardiens des cités perdues de Shannon Messenger

51kuevvzyhl-_sx303_bo1204203200_Petite dernière des sagas jeunesse puisque les grands formats sont sortis il y a seulement 4 ans. J’avais même entendu dire à l’époque que cette série allait être aussi forte que nos chers Harry Potter ! On fait la connaissance de Sophie, une jeune fille qui ne se  sent pas comme les autres : elle possède une mémoire photographique mais surtout elle peut percevoir les pensées des autres ! On lui apprend un jour qu’elle ne fait pas partie du monde des humains : elle doit tout quitter et partir dans un autre univers. Ralala, c’est fou comme on se renouvelle pas vraiment en saga jeunesse niveau concept de base… Mais ça fonctionne ! Le premier tome a été un coup de cœur pour beaucoup de lecteurs : ils ont trouvé l’héroïne touchante, le cadre féérique. D’autres, par contre, trouvent parfois le rythme un peu lent. A vous de voir donc, mais je testerais bien cette nouvelle saga qui fait beaucoup parler d’elle !

Mais aussi (avec pas mal de young adult) : Les Chevaliers d’Émeraude d’Anne Robillard, La Passe-Miroir de Christelle Dabos, Artemis Fowl d’Eoin Colfer, La Trilogie des Gemmes de Kerstin Gier, Percy Jackson de Rick Riordan, Miss Peregrine et les Enfants particuliers de Ramson Riggs, Twilight de Stephenie Meyer, A comme Association de Pierre Bottero et Erik L’Homme, Oksa Pollock d’Anne Plichota et Cendrine Wolf… Promis, ils auront droit à un article eux aussi.

Un petit quelque chose en plus, de Sandie Hall

Ah, ça fait du bien de réécrire des chroniques. Aujourd’hui, un roman young-adult, une romance même. Bref une histoire bien à l’eau de rose qui fait du bien : Un petit quelque chose en plus de Sandy Hall.

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Lea vient de débarquer à la fac. A son cours d’écriture créative, elle rencontre Gabe, un drôle de garçon qui agit bizarrement et est très mystérieux. Tout de suite, toutes les personnes dans leur entourage comprennent qu’il y a quelque chose entre eux. Enfin, qu’il pourrait y avoir quelque chose entre eux.

c3a9cureuil-mangeant-des-c3a9crous-sur-un-banc-82810058La narration est très particulière : nos deux héros n’ont pas la parole, on ne voit leur histoire qu’à travers les autres. A tour de rôle, leurs camarades de classe, leur prof, le chauffeur du bus, leurs amis nous parlent d’eux. La parole est même donnée à un banc et à un écureuil. Ce principe est très sympathique, mais il donne très vite l’impression d’être artificiel. Heureusement, l’auteur réussit à caractériser chacun de ses personnages secondaires – même si c’est un peu caricatural, difficile de faire mieux dans un roman assez court comme celui-ci qui se centre sur une amourette. Mais ça a ses limites. Clairement, l’écureuil et le banc, ce sont des mauvaises idées, ça nous sort complètement de l’histoire : un tour de passe-passe grossier que l’auteure a utilisé pour faire avancer son intrigue.

Pourtant, il y a du bon dans ce roman. Au début, voyant le principe, je me sentais mal à l’aise : grossièrement, tout le monde voulait les mettre en couple, alors qu’ils ne se connaissaient presque pas. Mais au fil des pages heureusement, on comprend qu’il y a une vraie attirance entre Lea et Gabe. Et on tombe d’accord avec tous les autres personnages : ils seraient sûrement très heureux ensemble. C’est juste une timidité maladive, quelques discrétions et malentendus qui ont empêché le charme d’agir.

Je suis juste un peu déçue que le décor ne soit pas mieux planté : ç’aurait ajouté un vrai plus à l’histoire. La toile de fond est ici complètement effacée, ça donne une impression de flou très étrange, j’avais du mal à situer les scènes. Heureusement que les répliques vives et les personnages bien travaillés rattrapent ça.

Écriture efficace, dialogues (ça représente la plus grosse partie du roman) qui fonctionnent bien, l’auteure arrive même à mettre un peu de suspens. Un dosage idéal pour un livre qui fait résolument du bien. Il se lit très vite et vous donnera le sourire !

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Sandy Hall, Un petit quelque chose en plus, traduit de l’anglais (États-Unis) par Pauline Vidal, aux éditions Hugo Roman, 17€.

Monumental, records et merveilles de l’architecture, de Sarah Tavernier et Alexandre Verhille

Au hasard des rayonnages de ma médiathèque, mon œil a été attiré par un très grand livre à l’espace jeunesse. Il s’agit de Monumental, records et merveilles de l’architecture de Sarah Tavernier et AlexandreVerhille.

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Ce magnifique ouvrage est un atlas qui parcoure cinq continents et 80 pays. Les dessins sont très colorés et soignés, la maquette et l’édition sont vraiment superbes. Au fil des pages, les auteurs nous invitent à découvrir de très nombreux monuments, incroyables par leur construction (des prouesses techniques), leur beauté, leur fonction…

Évidemment, on retrouve des incontournables comme les pyramides de Gizeh, la tour Eiffel ou celle de Pise, la Statut de la Liberté, on retrouve les plus grands buildings du monde, etc. Ces édifices ont tous été bâtis par la main de l’homme et c’est fou de voir toutes ces constructions, tous ces records techniques. Au-delà des monuments les plus célèbres, j’ai vraiment énormément apprécié de découvrir des édifices provenant de tous les pays, de tous les continents et de toutes les époques. Les édifices religieux (toutes religions confondues d’ailleurs) puis les monuments politiques sont les plus nombreux bien sûr mais on retrouve également des hôtels, des bibliothèques et même une école maternelle ! A chaque monument correspond une petite vignette avec les éléments les plus importants à savoir : la localisation, la date de construction, les architectes, la taille…

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A picorer ou à lire scrupuleusement, cet atlas saura vraiment ravir vos yeux et votre curiosité, c’est vraiment une petite merveille ! Je vais sans aucun doute le partager avec les enfants de mon école et j’ai hâte de voir leur réaction !

Sarah Tavernier et Alexandre Verhille, Monumental, Records et Merveilles de l’architecture, aux éditions Milan, 19€90.

Le Hobbit, de J. R. R. Tolkien (lecture commune de septembre 2017)

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Les lectures communes sont pour moi l’occasion de me plonger enfin dans l’œuvre d’auteurs cultissimes que je n’ai toujours pas découvert. Ce mois-ci, j’ai donc lu Le Hobbit de J. R. R. Tolkien. J’avais ouïe dire que c’était l’idéal pour commencer avec cet écrivain : ce roman est en effet destiné à la jeunesse, il est vivant, assez court en comparaison des gros pavés qui suivent, sans compter que chronologiquement c’est ici que commence l’histoire de l’anneau.

Je vais vous demander d’ignorer les films qui correspondent à ce roman. Pitié. Même si l’adaptation au cinéma reprend pas mal d’éléments de l’intrigue, toutes ressemblances s’arrêtent là. Bilbo Bessac vit tranquillement sa vie de hobbit dans sa maison sous la colline quand il voit cette dernière envahie par une dizaine de nains, invités sans son autorisation par le magicien Gandalf. Bon gré, mal gré, il se voit bien obligé de les accueillir, d’écouter leurs récits et leurs chansons. Il finit alors par comprendre que ces nains vont partir pour un long périple jusqu’à la Montagne solitaire. C’est en effet à l’intérieur de cette montagne que leur immense trésor est caché. C’est le dragon Smaug qui garde farouchement et égoïstement ces richesses qui reviennent de droit aux nains. L’héritier légitime, Thorin Lécudechesne, veut retrouver sa place de Roi sous la Montagne. Et notre Bilbo a été désigné comme le dernier membre de la troupe : il sera le cambrioleur.

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Au fond d’un trou vivait un hobbit. Non pas un trou immonde, sale et humide, rempli de bouts de vers et de moisissures, ni encore un trou sec, dénudé, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni pour se nourir : c’était un trou de hobbit, d’où un certain confort. […] Ce hobbit était un hobbit fort bien nanti, et il s’appelait Bessac. Les Bessac habitaient les environs de la Colline de temps immémorial, et ils étaient vus comme des gens très respectables, non seulement parce que la plupart d’entre eux étaient riches, mais aussi parce qu’ils ne partaient jamais à l’aventure et ne faisaient jamais rien d’inattendu : on savait ce qu’un Bessac dirait de telle ou telle chose sans être obligé de lui poser la question. Cette histoire raconte comment un Bessac se trouva mêlé à une aventure, à faire et à dire des choses tout à fait inattendues. Il a peut-être perdu le respect de ses voisins, mais il a gagné… enfin, vous verrez s’il a gagné quelque chose à la fin du compte.

 

A ma grande surprise, j’ai beaucoup aimé cette histoire. Il s’agit là vraiment d’un roman destiné à la jeunesse et même s’il a été publié il y a soixante-dix ans, ce livre garde tout son intérêt et sa modernité – sans compter qu’il est servi par une très bonne traduction. Le voyage est périlleux, nos héros vont croiser des gnomes, des trolls, des portes magiques. Ils vont découvrir des paysages désertiques, des grottes obscures, des villes étranges. Je me suis beaucoup attachée à cette troupe de personnages, mais je regrette de ne pas mieux les connaître : ils sont en effet quatorze ! Pour la plupart, ils passent inaperçus et j’avoue ne pas avoir compris ce choix. Pourquoi mettre autant de héros ? Le lecteur se perd dans cette multitude !

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Les aventures traversées par les nains et le hobbit sont très divertissantes et originales, on ne s’ennuie pas une minute. J’ai tout de même trouvé que certaines péripéties n’étaient pas… héroïques. J’ai eu de temps en temps du mal à comprendre les choix de l’auteur en terme d’histoire. C’est parfois assez brouillon ou ennuyeux, on ne sait pas quoi en penser, on ne comprend pas où l’auteur veut nous emmener. Concernant l’écriture, elle est très fluide : le vocabulaire est simple, le style direct. Cela nous permet de rentrer directement dans l’univers de Tolkien et de découvrir cette histoire. Je vous invite donc à essayer cette lecture, c’est vraiment l’idéal pour commencer !

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J. R. R. Tolkien, Le Hobbit, traduit de l’anglais par Daniel Lauzon, aux éditions Le Livre de Poche (33837), 6€.

Simple, de Marie-Aude Murail

Après la lecture prenante mais lourde d’Un fils parfait, il me fallait quelque chose de plus léger pour repartir. J’ai donc trouvé là l’occasion idéale pour me plonger dans un roman qui me fait de l’œil depuis… bien trop longtemps. Il s’agit de Simple de Marie-Aude Murail.

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Si j’écris sur ce blog aujourd’hui, si j’ai fait des études de littérature et de création littéraire, si je dévore des tonnes de romans, c’est grâce à Marie-Aude Murail. Elle – et Gudule dans une moindre mesure – a façonn une lectrice dans le brouillon d’adolescente que j’étais alors. Je ne peux que l’en remercier (et encore, c’est bien trop peu). Tout a commencé quand j’étais au collège. J’étais alors en sixième ou en cinquième et le français était déjà ma matière préférée. J’ai eu la chance d’accueillir dans la classe un écrivain, un vrai, avec des livres qu’on peut toucher, acheter, emprunter en bibliothèque, dévorer sous la couette. Vous avez deviné, il s’agissait bien sûr de Marie-Aude Murail. Pour l’occasion, nous avions lu Amour, vampire et loup-garou. Plus que le roman, c’est avant tout la présence de l’auteure qui m’a complètement bouleversée. Ce jour-là, je suis tombée amoureuse – au moins. Et ce jour-là, en plus de découvrir le métier d’écrivain à travers une femme fantastique et attachante, Marie-Aude Murail a eu la gentillesse de nous dévoiler quelques lignes du nouveau roman qu’elle était en train d’écrire. Je m’étais juré à ce moment de le lire, tellement j’avais aimé. Il aura fallu attendre bien des années, mais voilà, enfin, ça y est : j’ai lu Simple, et palsambleu qu’est-ce que j’ai aimé !

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Simple c’est un surnom, Celui du frère de Kléber. Kléber a 17 ans, il est en terminale et il a décidé de déménager avec son frère dans une colocation. C’est déjà tout un programme mais rajoutez à cela que Simple, qui est techniquement plus âgé que Kléber, joue avec des Playmobils, a pour ami un lapin en peluche nommé Pinpin, et veut détruire Malicroix – un institut pour déficient mentaux où il ne veut surtout pas retourner – et là le tableau est complet. C’est justement pour lui éviter Malicroix que Kléber fait ce pari risqué, alors qu’il aimerait pleinement vivre comme un jeune homme de 17 ans, de prendre en charge son grand frère. La vie n’est pas de tout repos dans la colocation mais ce qui est sûr c’est que Simple peut arriver à chambouler la vie des gens.

Simple était matinal. Kléber lui avait appris à patienter dans son lit en regardant des albums. Mais, ce jour-là, le monde merveilleux de la colocation entrouvrait ses portes et Simple ne tenait plus en place. Sans l’avoir prémédité, il se retrouva dans le couloir, pieds nus et en pyjama. L’appartement était tout entier plongé dans la bienheureuse torpeur du petit matin. Comprenant que tout le monde dormait, Simple se dit « chut » à lui-même. Il avança jusqu’au milieu du couloir. Le silence lui parut redoutable. Il courut vers sa chambre et sauta d’un bond sur son lit.

64178774Ce que j’aime par dessus tout chez Marie-Aude Murail, juste après son humour, c’est sa sincérité. C’est une des rares auteures avec qui je m’élance les yeux fermés, quelque soit les thèmes de ses romans, car je sais qu’ils seront tous traités avec humanité, simplicité. Après tout, ces récits s’adressent aux jeunes. Pourquoi faire compliqué, pourquoi cacher certaines choses ? Faire l’amour, être attiré, être choqué par la différence… Et bien oui, ça arrive à tout le monde dans la vraie vie, pourquoi édulcorer ça dans un roman sous prétexte qu’il n’est pas réservé aux adultes ? Les mensonges de principe m’insupportent, alors voir les choses de la vraie vie tout bêtement exposées ici, ça fait sacrément du bien !

Marie-Aude Murail a un vrai talent pour dessiner des personnages touchants et profonds qui vous marquent. Même les personnages secondaires sont excellents. C’est simple (ah, ah, jeu de mots…) : il n’y a rien a jeter dans ce roman. J’aime tout. Le style limpide, les dialogues qui donnent énormément de vie à ce roman, les situations drôles mais tellement réalistes, les questionnements des personnages – de tous les personnages. C’est une tranche de vie que nous propose ici l’auteure et pas seulement une histoire basée sur « que devient une coloc quand on fait entrer un déficient mental dans tout ça ». L’histoire se lit vite, l’intrigue n’en est pas pour le moins complète et très bien construite. La narration nous mène par le bout de nez, il n’y a qu’à se laisser aller.

Alors oui, ça reste un roman pour la jeunesse. Happy end, amour, bons sentiments. Mais franchement, ça fait du bien et ça ne perd pas pour autant en saveur. Je ne peux que vous inviter à vous plonger le plus rapidement possible dans cette histoire touchante et souriante. Et même plus largement dans n’importe quel roman de Marie-Aude Murail. Car ça fait du bien tout simplement.

Marie-Aude Murail, Simple, aux éditions Ecole des Loisirs (Medium Poche), 6€80.

Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, d’Annet Huizing

Il arrive parfois que je sois prise dans une frénésie de lecture et généralement dans ces cas-là, je lis des choses que je n’ai pas l’habitude de lire – comprenez : pas de littérature française ou classique. C’est assez naturellement que, dans cette période, je me dirige vers les romans jeunesse ou young adult, histoire d’avoir un truc agréable à croquer sous la dent rapidement. Voici comment est donc arrivé dans mes mains le livre d’Annet Huizing : Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte.

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Katinka est une jeune fille qui vit seule avec son petit frère et son père. Une de ses meilleures amies est sa voisine Lidwine, une auteure qui la fascine. Avec son aide, elle va commencer à écrire des petites choses, sur sa vie et sa famille. Sur Dirkje qui vient d’entrer dans leur existence tout doucement. Sauf qu’écrire, ce n’est pas toujours facile. C’est tout un art et une technique qui demande de l’entraînement et de l’apprentissage. Chaque jour, Katinka se met devant son ordinateur et essaie de pondre un petit texte. Elle ne s’imaginait pas en se lançant dans cette aventure que cela remuerait autant de choses en elle. Imperceptiblement, elle a autant appris sur elle que sur l’écriture – et sur le jardinage aussi.

C’est une lecture très rapide. J’ai trouvé ce texte simple mais sensible et émouvant. On ne côtoie que peu de temps les personnages mais on s’attache très vite à eux, les trouvant sincères et terriblement humains. Ce sont là plus que de simples êtres de papiers. L’intrigue en soi n’est vraiment pas incroyable mais elle se laisse suivre avec plaisir tout de même. L’auteure a réussi à donner vie à sa narratrice : ce sont vraiment les mots d’une enfant, toutefois cela n’est pas un problème puisque la langue et le style sont tout de même assez bons.

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J’ai peu de choses à rajouter sur ce roman. Il m’a changé les idées, c’est une bonne lecture que je conseillerai aux pré-ados, mais je n’ai pas rêvé comme dans une saga, je n’ai pas vibré comme dans Nos étoiles contraires par exemple. Il est agréable mais je trouve globalement ce livre peu ambitieux malgré un thème très intéressant.

Annet Huizing, Comment j’ai écrit un roman sans m’en rendre compte, traduit du néerlandais par Myriam Bouzid, aux éditions Syros, 14€95.

Matilda, de Roald Dahl

Depuis plusieurs mois, traînait sur mes étagères un roman pour enfant piqué dans la bibliothèque de mon école : Matilda de Roald Dahl. Je me suis dit que mes multiples trajets en métro seraient une très bonne occasion pour me lancer dans cette lecture et je n’ai pas hésité.

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Matilda est une petite fille de cinq ans très très douée. Elle a appris à lire toute seule et a dévoré tous les classiques de la littérature mais aussi plein d’autres livres. Si bien qu’elle connaît énormément de choses pour son jeune âge. Mais Matilda est loin de vivre dans la plus parfaite des famille : elle y est transparente, entre un père garagiste malhonnête et une mère qui se drogue à la télévision. Quand elle rentre en classe pour la première fois, elle surprend immédiatement sa douce maîtresse par ses compétences. Mais là non plus la vie n’est pas rose… car la terrible et menaçante directrice de l’école n’est autre que Mlle Legourdin, une femme méchante qui déteste les enfants et n’hésite pas à leur faire comprendre. Heureusement pour elle – et pour nous – Matilda garde toujours le sourire malgré ces événements et fait preuve d’une malice sans faille pour se sortir de ses déboires !

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Je suis finalement assez partagée par ce roman. J’ai beaucoup aimé le personnage de Matilda et celui de sa maîtresse, mais j’ai trouvé absolument abominables ses parents et Mlle Legourdin : ils m’ont paru peu crédibles et j’ai été horrifiée de trouver ce genre de personnages dans une lecture pour enfants. De la maltraitance pure et dure, voilà ce que font ces êtres de papier, et personnellement cela m’a mis très très mal à l’aise pendant ma lecture. Il me semble qu’on aurait pu mettre de l’enjeu de façon tout de même plus légère et moins dramatique. Je pense très sincèrement que j’aurai gardé un souvenir étrange et assez traumatisant de ce roman si je l’avais lu enfant !

Il y a quelques répétitions dans l’arc narratif au début mais heureusement l’histoire évolue assez vite vers d’autres péripéties. J’ai beaucoup aimé le sens que prenait l’histoire (malgré les scènes assez violentes avec Mlle Legourdin). L’auteur a pris le temps de bien développer ses personnages centraux et la lecture avance à un bon train.

Mlle Legourdin, la directrice, était d’une autre race : c’était une géante formidable, un monstrueux tyran qui terrorisait également élèves et professeurs. Même à distance, une aura de menace l’enveloppait et, de près, l’on sentait les émanations brûlantes qu’elle dégageait comme une barre de métal chauffé à blanc. Lorsqu’elle fonçait – Mlle Legourdin ne marchait jamais ; elle avançait toujours comme un skieur, à longues enjambées, en balançant les bras –, donc lorsqu’elle fonçait le long d’un couloir, on l’entendait toujours grogner et grommeler, et si un groupe d’enfants se trouvait sur son passage, elle chargeait droit dessus comme un tank, projetant les petits de part et d’autre.

Clairement, cette lecture ne sera pas un souvenir impérissable pour moi, je ne l’aurais pas apprécié en tant qu’enfant. Toutefois, elle a des qualités indéniable : un talent décapant, une plume légère, des péripéties et de l’action savamment dosées, des personnages attachants.

Et vous, avez-vous déjà lu d’autres histoires de Roald Dahl ?

Roald Dahl, Matilda, traduction de l’anglais par Henri Robillot, illustrations par Quentin Blake, aux éditions Gallimard Jeunesse, 8€50.