L’Ombre du Vent, de Carlos Ruiz Zafon (lecture commune de mars 2017)

Enfin, c’est le printemps ! Le soleil, les petits oiseaux… que du bonheur. Je peux sortir de ma tanière, de la morosité et espérer retrouver de bonnes habitudes, notamment en ce qui concerne mes lectures (qui ne se bousculent pas au portillon) et le blog (qui, décidément, tourne au ralenti).

Le mois de mars est passé, il est donc grandement temps que je vous parle de la troisième lecture commune de l’année, que j’ai presque trimballée pendant tout le mois. Il s’agit de L’Ombre du Vent de Carlos Ruiz Zafon, le premier tome de ce qui peut être une trilogie (mais très sincèrement, ça peut se lire tout seul.)

9782266242974

Daniel est fils de libraire. Alors qu’il grandit son père lui montre un lieu tenu secret : le Cimetière des Livres oubliés. Tout est déjà dit dans le nom de cet endroit si mystérieux. Daniel choisit alors un roman, pour qu’au moins une personne dans le monde se souvienne de ce livre, au moins un lecteur : L’Ombre du Vent d’un certain Julian Carax. Alors qu’il grandit et devient un jeune homme, notre héros part sur les traces de ce Carax qui peu à peu l’obsède. Au fil des pages, on sent qu’un parallèle se créée entre les deux hommes férus de lettres. Des amours qui semblent impossibles, une menace qui plane au-dessus de leurs têtes. Cette quête est plus dangereuse qu’elle n’en a l’air. Surtout qu’un certain Lain Coubert ferait tout pour récupérer les derniers exemplaires de Carax – tout. Des secrets, des mensonges… un recherche du passé qui réserve beaucoup de surprises.

the2bshadow2bof2bthe2bwindIl m’est difficile de vous résumer ce livre, une petite briquette de plus de 600 pages. L’histoire se déroule en majeure partie à Barcelone, on voyage entre présent et passé avec aisance, à travers les souvenirs et les témoignages que Daniel récolte. Les personnages secondaires sont vraiment savoureux même s’ils prennent parfois tellement de place qu’on en oublie Daniel. J’ai adoré voir se tracer les liens entre notre héros et Carax au fil des pages. Je dois avouer que je ne m’attendais absolument pas à cette histoire qui sort des sentiers battus : des intrigues étonnantes, mêlant familles riches et jalousies, une toile de fond qui nous emporte instantanément, un brin de magie et de mystère, une enquête passionnante, de rebondissements nombreux, des personnages forts. Ce mélange est détonnant et donne un livre vraiment divertissant.

J’ai quand même trouvé quelques longueurs au livre, la narration est parfois un peu lourde, toutefois chaque élément de l’intrigue est bien amené et exploité. Il y a parfois un peu trop de bons sentiments à mon goût, qui viraient au cliché, heureusement cela gênait peu à la lecture. Je n’ai pas dévoré ce roman, car il pèse son poids, il faut digérer cette histoire, mais il me semblait impensable de ne pas le terminer. Aujourd’hui, je ne pense pas lire la suite, mais plus tard, pourquoi pas ?

ombre-du-vent

Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Pour la lecture commune, Virginy a choisi de lire la suite, Le Jeu de l’Ange, n’hésitez pas à aller voir son billet 😉

Carlos Ruiz Zafon, L’Ombre du Vent, traduit de l’espagnol par François Maspero, aux éditions Le Livre de Poche, 8€10.

Publicités

Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil 2016

Aaaaaaah le SLPJ ! En toutes lettres : le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Un rendez-vous incontournable de la scène littéraire qui a bien meilleure presse que Livre Paris. Et pour cause… Plus familiale, plus accueillant, plus chaleureux, plus humain. Un exemple tout bête ? La place est à seulement cinq euros en plein tarif, et sur les cinq euros, vous avez quatre euros à retirer en chèque Lire, valable sur la grande majorité des stands, ou plus tard en librairies. Ça, c’est une bonne idée, une bonne politique d’ouverture culturelle. (Comparez un peu avec Livre Paris…).

big2016-slpj-montreuil-portrait

J’y étais allé une fois, il y a quatre ans, sans vraiment savoir où je mettais les pieds. A l’époque je ne lisais pas de littérature jeunesse et YA, aucune saga, etc. La différence aujourd’hui ? Ce genre de lectures est devenu habituelle, je travaille avec des enfants autour des livres et de l’écriture. L’envie de me rendre à Montreuil a pointé le bout de son nez. En plus ce serait l’occasion de voir des amis à Paris, ainsi que la choupinette Cindy Van Wilder. Puis, par le plus grand des hasards, il s’est trouvé que le Salon du Cheval se déroulait en même temps – un vrai rêve de gamine –, je n’ai donc plus hésité une seule seconde : Paris, me voilà !

IMG_20161204_112253.jpg

Travail oblige, je n’ai pu me rendre au Salon que le dimanche, avant de prendre mon avion retour. Peu de temps donc, mais autant dire que j’en ai bien profité ! J‘ai fait avec un immense plaisir le tour de tous les stands, scrutant avec attention les dernières sorties, m’émerveillant devant des trésors d’édition et de créativité. L’exposition « La Règle et le Jeu » a bien failli me laisser perplexe au premier abord, mais j’ai finalement été happée par les dispositifs mis en place par le SLPJ pour nous faire découvrir ces ouvrages hors du commun. Un livre-fresque géant, Le Petit Chaperon Rouge en art minimaliste, … De vraies petites pépites. Les Pépites d’or d’ailleurs ! Un prix remis aux meilleurs livres jeunesse (plusieurs catégories selon la tranche d’âge du public visé) : que des choix que je ne peux qu’approuver après avoir découvert les lauréats.

51ov2b2rgnvl-_sx316_bo1204203200_Côté rencontre, j’ai recroisé des visages familiers avec un immense plaisir. J’ai été très sage niveau achats, je n’avais de toute façon pas d’autres choix (merci l’avion sans bagage en soute…). Je n’ai donc acheté qu’un seul et unique livre : le troisième tome des Outrepasseurs, avec la jolie dédicace de Cindy Van Wilder (*cœur cœur cœur*). Pourtant, ce n’était pas les dédicaces intéressantes qui manquaient ! Mais j’ai décidé d’être raisonnable (avec le plan machiavélique de revenir en mars pour Livre Paris, accompagnée d’un bagage en soute vide à l’aller, mais bien rempli de livres au retour, muahaha !).

Montreuil, c’est petit, c’est chaleureux. C’est le parti pris de petites alcôves pour les rencontres ou les pôles plus spécifiques. Il est vrai qu’on est vite à l’étroit, il ne faut pas avoir peur du monde ! Je regrette, il est vrai, les larges scènes, spacieuses, de Livre Paris où on trouvait toujours un endroit où se poser. Mais c’est bien là la seule chose que j’ai à redire. Ce fut une journée riche en découverte, en partage. Malheureusement, c’est déjà l’heure de repartir, de dire au revoir aux amis et au Salon. J’ai déjà hâte d’y retourner !

IMG_20161204_151025.jpg

Et vous, avez-vous pu y aller ? Qu’en avez-vous pensé ?

Les livres prennent soin de nous, de Régine Detambel

Ou quand les mots soignent les maux…

1507-1Quand je l’ai vu sur ce rayonnage de la médiathèque, j’ai tout de suite su que je devais le lire. J’étais tellement d’accord avec son titre, et ça fait toujours plaisir de lire un auteur qui est d’accord avec vous… Je parle bien sûr du petit livre de Régine Detambel : Les livres prennent soin de nous.

« Les livres ont toujours été accueillants aux exilés. Nous sommes nombreux à avoir usé et abusé de l’hospitalité de la lecture, de son caractère englobant, maternant. Lire est un moyen de résister à l’exclusion, à l’oppression : lire est un moyen de reconquérir une position de sujet, au lieu d’être objet moqué du discours des autres. Lire, c’est mon pays. Rien ne manque quand je lis, le temps disparaît et je ne dépends de personne pour cela. Les histoires réparent ; dans un livre, on est toujours chez soi. »

Ce petit essai est sous-titré « Pour une bibliothérapie créative ». Mais qu’est-ce que la bibliothérapie, me direz-vous ? Eh bien, j’ai fait connaissance avec cette nouvelle forme de soin dans ce livre. Vous connaissez sûrement déjà l’art-thérapie où un patient se soigne en devenant créateur de quelque chose, eh bien en bibliothéraphie on soigne avec les créations des autres. Alors que le développement personnel se répand et qu’on commence à découvrir la bibliothérapie et ses bienfaits, Régine Detambel en défend une pratique créative et réellement littéraire. Comprenez par là qu’il ne s’agit pas simplement de lire des livres qui expliquent que vous avez un problème ou d’autres qui vous apprennent comme être heureux.

Non, la vision de l’auteure est beaucoup plus belle, mais aussi beaucoup plus humaine et efficace. Troubles psychiques, dépression, mais aussi patients malades d’être malade, personnes âgées, etc., le public pouvant être soigné par la littérature est large. On peut les revigorer avec de la poésie, les emporter dans un autre univers avec des récits, les envelopper dans la douceur du papier ou la beauté d’une couverture, ou encore les délivrer avec des romans contant leur propre détresse. Il y a des dizaines de façons de procéder. Et on peut également moduler la forme de médiation, en plus des pages choisies : lecture à haute voix ou pas, faite par le patient lui-même ou par un tiers, etc.

20150729211514-man-reading-book-hipster

Amoureuse des livres que je suis, j’ai pris conscience que ces mots qu’on lit avec plaisir nous touchent profondément et ont un réel impact sur nos vies. Et c’est ce que met en avant ici Régine Detambel. Elle explore les différentes facettes du livres et ses répercussions, utilisations possibles. Elle pointe également du doigt le rôle du bibliothérapeute et explique les buts de la bibliothérapie. Mais je vous rassure, ce livre est un essai qui est loin d’être ennuyeux. Au contraire, le style est assez libre même si les propos et l’écriture montrent une culture et un talent indéniable. L’auteure évoque à plusieurs reprises des souvenirs de sa vie et la lecture de ce petit livre était plus une balade qu’une lecture documentaire. J’ai pris beaucoup de plaisir à voyager dans ces pages : j’ai appris énormément de chose, ma vision du livre s’est un peu modifiée, et j’ai passé un agréable moment.

reading

Si le sujet vous intéresse, si vous-même vous avez vu votre vie changer à cause d’une livre, ou si tout simplement vous aimez lire et êtes curieux, n’hésitez pas à découvrir cet ouvrage !

Régine Detambel, Les livres prennent soin de nous, aux éditions Acte Sud, 16€.

La fois où je suis devenu écrivain, de Vincent Cuvellier

Lire un livre où l’auteur se livre (oh, oh ! :p) sur la façon dont il est devenu écrivain alors que je suis en plein NaNoWriMo, ça a un côté rassurant. On se dit que les façons de parvenir à notre but (écrire un roman) sont très diverses, et l’important c’est que chacun trouve la sienne. La fois où je suis devenu écrivain, c’est l’histoire de Vincent Cuvellier qui revient vingt-cinq ans plus tard sur ses débuts dans le milieu littéraire.

À l’époque, Vincent est ado, il s’en sort mal au collège à tel point qu’il l’arrête dès ses seize ans. Il découvre alors les petits boulots, les stages, le chômage. Il essaie de s’en sortir comme il peut, comme on peut à seize ans, alors qu’on a autre chose en tête que son épargne retraite. Non, à seize ans, on pense aux filles, à l’image qu’on renvoie et on a des rêves aussi. Le rêve de Vincent, c’est de devenir écrivain, il n’a aucun doute là-dessus, c’est ce qu’il veut faire, c’est ce qu’il veut devenir. Déjà quand il était à l’école, il n’avait qu’une hâte, c’était de rentrer chez lui pour coucher des histoires sur le papier. C’était un moment de libération et de plaisir où enfin là il était à l’origine de quelque chose. Par hasard, Vincent participe à un prix littéraire qui récompense la nouvelle d’un jeune. Et il gagne. La première place. C’est alors une révélation. Le truc, c’est que sa nouvelle est un peu crue. Il utilise des gros mots, des phrasés courts. Et ça ne plaît pas à tout le monde, mais lui refuse une censure de politesse qu’on souhaiterait lui imposer. C’est ainsi que Vincent est publié à part des autres lauréats du prix, et pas dans le recueil commun. Il s’en fout, il vient d’être publié, et tout seul en plus. Il le sait, c’est le début d’une nouvelle vie. Sauf que la vraie vie n’est parfois pas si simple. On se trouve toujours des excuses pour ne pas écrire et pour ne pas affronter l’angoisse de la page blanche.

Ce livre très court s’adresse à un public jeune. D’ailleurs Vincent Cuvellier a une plume idéale pour s’adresser à ce genre de public : drôle, incisive et directe. On peut lui reprocher peut-être ce style qui semble peu mature, peu travaillé. Mais c’est un parti pris : celui de l’oralité, il n’y a pas de barrière de syntaxe et de propreté des mots entre lui et nous. On devient proche très vite de ce narrateur qui nous invite dans sa vie, dans son adolescence et ces quelques pages se lisent à toute vitesse. Toutefois, je pense qu’on peut trouver plus inspirant, mieux écrit comme livre sur la naissance d’un écrivain et même des ouvrages s’adressant à des adolescents. En lisant ces pages, j’ai encore eu l’impression de faire face à cet ado qui voulait vous mettre dans son panier et faire bonne figure pour vous impressionner. Or, c’est l’adulte qui parle. Il y a peu de points de vue vraiment rétrospectifs, vraiment intéressants en profondeur et c’est bien dommage. En soignant un peu plus son style, en allant plus loin dans ce livre – bref en prenant le temps de s’appliquer – je pense qu’il aurait été possible de nous fournir un témoignage beaucoup plus intéressant et moins tourné vers soi au point d’en oublier un peu le lecteur.

Mais toutefois, ce livre se lit vite et peut plaire pour une lecture rapide qui change un peu.

Vincent Cuvellier, La fois où je suis devenu écrivain, éditions du Rouergue, 8€50.

Pourquoi lire ? de Charles Dantzig

Je commence à frémir d’angoisse et d’excitation en voyant le 1er novembre et le début du NaNoWriMo approcher, mais entre quelques fiches de personnages, j’ai réussi à finir un ou deux livres, et je peux donc aujourd’hui vous écrire ce petit billet. Je lis peu ces temps-ci alors, comme si ça allait contre-balancer les choses, j’ai choisi de vous parler d’un livre qui parle de lecture : Pourquoi lire ? de Charles Dantzig.

« Lorsqu’on lit, on tue le temps. Pas dans le sens « passer le temps », ça c’est quand on lit en bâillant pour vaguement occuper un après-midi à la campagne, non, mais quand on fait un lecture sérieuse, une lecture où on est absorbé par le livre. Elle donne l’impression que le temps n’existe plus. On a même, confusément, une sensation d’éternité. Voilà pourquoi les lecteurs sortant de leur livre ont un air de plongeur sous-marin, l’œil opaque et le souffle lent. Il leur faut un moment pour revenir au temps pratique. Et voilà pourquoi les grands lecteurs ont le sentiment d’être toujours jeunes. Ils n’ont pas été usés de la même façon par un emploi du temps, c’est-à-dire par un temps employé à autre chose qu’à obéir au temps commun. Même à cent ans, ils meurent jeunes. Chaque nouvelle lecture a été plongée dans un bain frais, un moment où on a, pas tout à fait illusoirement, vaincu le temps. »

Voici ce que l’on peut trouver dans ce petit livre où l’auteur nous parle des mille et uns aspects de la lecture à travers de courts chapitres. J’ai trouvé que cet ouvrage était un très bel hommage à la littérature mais aussi à ceux qui l’écrivent, tout en restant simple et humble. Charles Dantzig ne va pas chercher trop loin pour nous parler : il nous raconte sa propre vision de la lecture et des lecteurs, ses propres expériences, ses avis aussi. Sur les biographies, sur ce qui n’est pas écrit mais qu’on lit quand même, sur les différentes raisons qui font que nous lisons, sur les chefs-d’œuvre, les libraires, et j’en passe.

C’est un livre qui se picore, on pioche par-ci par-là, en attendant le métro, ou pendant que les pâtes cuisent. A lire d’une traite, je pense que cet ouvrage est peu digeste. L’écriture est tout à fait lisible, fluide, mais je pense qu’on peut faire mieux niveau simplicité et clarté. Toutefois, je chipote. Ce livre n’est pas qu’un éloge pur et dur de ce qui lisent dix livres en une semaine. Non, il parle aussi de tous les autres lecteurs, on peut tous se retrouver à un moment donné ou à un autre dans ces pages. Par contre, c’est vraiment un livre écrit à la première personne, aucun doute là dessus, et ce parti pris d’un avis personnel pourra peut-être en gêner certains.

Plus globalement, c’est un livre intéressant, qui se laisse lire facilement. Mais je dois avouer que ce n’est pas le meilleur livre parlant de lecture que j’ai pu découvrir. Je garde encore un souvenir très fort de La Reine des Lectrices que je conseille à tous. Bref, je vous laisse vous faire votre propre opinion !

Charles Dantzig, Pourquoi lire ?, Le Livre de Poche, 7€10.

Maudit best-seller, de Cyril Gramenk

Je reviens vous parler d’un livre qui parle d’écriture et d’édition, un roman hors du commun, drôle, incisif, surprenant et très prenant : Maudit best-seller de Marc Kryngiel.

Le héros s’appelle Cyril Gramenk (joli jeu de lettres ;p ). C’est un écrivain qui a publié plusieurs ouvrages mais qui n’a jamais connu la gloire ni le chiffre de ventes qui va avec. Pour se débarrasser d’un contrat d’exclusivité et suivre son éditeur parti fonder sa propre maison, il décide de donner à son nouveau éditeur – plus amoureux du succès commercial que de littérature – un manuscrit assez mauvais et impubliable, envoyé par un admirateur. Et là, malheur, il est finalement édité, à sa grande surprise. Pire encore, ce roman est même un vrai best-seller ! Interview, dédicaces, rencontres… il signe de son nom un livre qu’il n’a pas écrit. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais les ennuis ne font que commencer ! Entre menaces énigmatiques par courrier, le retour de sa maîtresse et d’un fils dont il ignorait l’existence et la polémique autour d’une scène de ce livre qui porte son nom, rien ne s’arrange et Cyril va de problème en problème.

La narration est la première personne et il faut avouer que notre romancier n’a pas sa langue dans sa poche, concernant les femmes, ses déboires, les journalistes, son éditeur… Il est franc, direct, autant dire qu’on le lit sans se forcer. L’action va vite, tout en étant claire, l’écriture est fluide et ne s’embarrasse pas des conventions du genre. L’intrigue n’en finit pas de rebondir, mais il faut dire que les décisions de notre héros sont parfois… prises par la force des choses ou sous le coup de l’émotion. A plusieurs reprises, j’ai eu envie de lui taper sur la tête en criant de ne pas faire ça, mais cause perdue, il n’écoute personne et garde tout pour lui. Et malgré les aléas de la vie qui n’est vraiment pas cool avec Cyril, on l’aime notre écrivain, on se prend d’affection pour lui, et surtout on se régale à lire ses mésaventures.

Car c’est surtout ça qu’il faut retenir de ce livre : même s’il vient avec de gros sabots, que le style n’est pas discret, que la langue n’est pas tirée à quatre épingles, eh bien on passe quand même un excellent moment. On grince des dents, on croise les doigts et à chaque page on réprime un sourire face aux péripéties extravagantes et à l’écriture vive. Ce livre n’est pas parfait, mais il est rafraîchissant et jubilatoire. Il arrive même à nous tenir en haleine et on tourne les pages à une vitesse ahurissante.

Lire ce Maudit best-seller m’a vraiment fait du bien entre deux romans plus sérieux, à l’écriture plus ciselée ou poétique. Un peu de simplicité et de littérature abracadabrantesque, ça fait drôlement du bien. On lit chaque mauvais tour du destin en trépignant, et on en redemande !

Cyril Gramenk, ah non, pardon, Marc Kryngiel, Maudit best-seller, aux éditions du Seuil, 16€.

Le soldeur, de Michel Field

Pendant le NaNoWriMo, j’ai péniblement lu un livre (oui, c’est déjà pas mal). Doublement péniblement qu’il n’était pas franchement passionnant alors que le sujet aurait pu être très intéressant. Il s’agit d’un roman qui parle d’un homme entouré de livres, il a construit toute sa vie avec eux, ils font partie de son identité. Mais un jour, il tombe sur une jeune fille mystérieuse qui l’obsède. Cette dernière lui pose des défis qui l’obligent à se séparer de ses précieux ouvrages. C’est donc l’occasion pour lui de revenir sur ses années de lecture et de découvertes livresques, dans une sorte de crise d’identité qu’il s’impose.

Il s’agit d’un roman de Michel Field publié cette année chez Julliard : Le soldeur.

Concernant l’histoire, il va m’être difficile de vous en dire plus. Ça se veut énigmatique, élevé, bien pensé, romantique, cultivé. A chaque rayon de bibliothèque que le héros vide ou à chaque défi lancé par la jeune fille, une ballade dans des dizaines de thématiques et de livres en particulier sont explorés : Paris, la cuisine, les polars et j’en passe. Il y a toutes sortes de littérature dans cet ouvrage : roman de gare, essai philosophique, écrit sur le féminisme, documentaire en tout genre, etc. Le héros s’y connaît dans tout, et la lectrice que je suis avait l’impression de ne plus rien connaître du tout en littérature, après pourtant 5 années d’études et une vie de passion.

L’auteur du Soldeur a voulu explorer tous les horizons pour décrire, je pense, son propre ressenti, sa propre vie avec les livres, cette relation unique et personnelle. Et ça aurait pu être très intéressant de découvrir cette rétrospective et cette vision des choses. Malheureusement, le faire sous forme d’une fiction a été la pire des idées.

Le récit en soi n’est pas vraiment consistant, il s’évapore par bribes entre toutes ses lignes sur les livres. Cette relation entre la femme et la héros aurait pu être vraiment mieux exploitée. On a l’impression que ces deux personnages ne sont que des figurants, une excuse pour parler de littérature, et ceci est un tort considérable dans un roman. Négliger ses personnages, c’est négliger ses lecteurs.

L’écriture est lisible, bien sûr, mais la construction de l’histoire, le manque de matière terrible de l’intrigue, ainsi que les trop longues diatribes sur des livres – dont pour la plupart on se fiche, il faut l’avouer ! – rendent cet ouvrage lourd et long. Il a failli me tomber des mains plusieurs fois. La seule chose qui m’a fait tenir, c’est découvrir comment allait se finir cette histoire entre les deux personnages. Eh bien, j’ai été sacrément déçue, vraiment. Et rien que pour ça, pour cette déception finale, qui est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, je vous déconseille cette lecture.

Michel Field, Le soldeur, Julliard, 20€.