Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil 2016

Aaaaaaah le SLPJ ! En toutes lettres : le Salon du Livre et de la Presse Jeunesse de Montreuil. Un rendez-vous incontournable de la scène littéraire qui a bien meilleure presse que Livre Paris. Et pour cause… Plus familiale, plus accueillant, plus chaleureux, plus humain. Un exemple tout bête ? La place est à seulement cinq euros en plein tarif, et sur les cinq euros, vous avez quatre euros à retirer en chèque Lire, valable sur la grande majorité des stands, ou plus tard en librairies. Ça, c’est une bonne idée, une bonne politique d’ouverture culturelle. (Comparez un peu avec Livre Paris…).

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J’y étais allé une fois, il y a quatre ans, sans vraiment savoir où je mettais les pieds. A l’époque je ne lisais pas de littérature jeunesse et YA, aucune saga, etc. La différence aujourd’hui ? Ce genre de lectures est devenu habituelle, je travaille avec des enfants autour des livres et de l’écriture. L’envie de me rendre à Montreuil a pointé le bout de son nez. En plus ce serait l’occasion de voir des amis à Paris, ainsi que la choupinette Cindy Van Wilder. Puis, par le plus grand des hasards, il s’est trouvé que le Salon du Cheval se déroulait en même temps – un vrai rêve de gamine –, je n’ai donc plus hésité une seule seconde : Paris, me voilà !

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Travail oblige, je n’ai pu me rendre au Salon que le dimanche, avant de prendre mon avion retour. Peu de temps donc, mais autant dire que j’en ai bien profité ! J‘ai fait avec un immense plaisir le tour de tous les stands, scrutant avec attention les dernières sorties, m’émerveillant devant des trésors d’édition et de créativité. L’exposition « La Règle et le Jeu » a bien failli me laisser perplexe au premier abord, mais j’ai finalement été happée par les dispositifs mis en place par le SLPJ pour nous faire découvrir ces ouvrages hors du commun. Un livre-fresque géant, Le Petit Chaperon Rouge en art minimaliste, … De vraies petites pépites. Les Pépites d’or d’ailleurs ! Un prix remis aux meilleurs livres jeunesse (plusieurs catégories selon la tranche d’âge du public visé) : que des choix que je ne peux qu’approuver après avoir découvert les lauréats.

51ov2b2rgnvl-_sx316_bo1204203200_Côté rencontre, j’ai recroisé des visages familiers avec un immense plaisir. J’ai été très sage niveau achats, je n’avais de toute façon pas d’autres choix (merci l’avion sans bagage en soute…). Je n’ai donc acheté qu’un seul et unique livre : le troisième tome des Outrepasseurs, avec la jolie dédicace de Cindy Van Wilder (*cœur cœur cœur*). Pourtant, ce n’était pas les dédicaces intéressantes qui manquaient ! Mais j’ai décidé d’être raisonnable (avec le plan machiavélique de revenir en mars pour Livre Paris, accompagnée d’un bagage en soute vide à l’aller, mais bien rempli de livres au retour, muahaha !).

Montreuil, c’est petit, c’est chaleureux. C’est le parti pris de petites alcôves pour les rencontres ou les pôles plus spécifiques. Il est vrai qu’on est vite à l’étroit, il ne faut pas avoir peur du monde ! Je regrette, il est vrai, les larges scènes, spacieuses, de Livre Paris où on trouvait toujours un endroit où se poser. Mais c’est bien là la seule chose que j’ai à redire. Ce fut une journée riche en découverte, en partage. Malheureusement, c’est déjà l’heure de repartir, de dire au revoir aux amis et au Salon. J’ai déjà hâte d’y retourner !

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Et vous, avez-vous pu y aller ? Qu’en avez-vous pensé ?

Les livres prennent soin de nous, de Régine Detambel

Ou quand les mots soignent les maux…

1507-1Quand je l’ai vu sur ce rayonnage de la médiathèque, j’ai tout de suite su que je devais le lire. J’étais tellement d’accord avec son titre, et ça fait toujours plaisir de lire un auteur qui est d’accord avec vous… Je parle bien sûr du petit livre de Régine Detambel : Les livres prennent soin de nous.

« Les livres ont toujours été accueillants aux exilés. Nous sommes nombreux à avoir usé et abusé de l’hospitalité de la lecture, de son caractère englobant, maternant. Lire est un moyen de résister à l’exclusion, à l’oppression : lire est un moyen de reconquérir une position de sujet, au lieu d’être objet moqué du discours des autres. Lire, c’est mon pays. Rien ne manque quand je lis, le temps disparaît et je ne dépends de personne pour cela. Les histoires réparent ; dans un livre, on est toujours chez soi. »

Ce petit essai est sous-titré « Pour une bibliothérapie créative ». Mais qu’est-ce que la bibliothérapie, me direz-vous ? Eh bien, j’ai fait connaissance avec cette nouvelle forme de soin dans ce livre. Vous connaissez sûrement déjà l’art-thérapie où un patient se soigne en devenant créateur de quelque chose, eh bien en bibliothéraphie on soigne avec les créations des autres. Alors que le développement personnel se répand et qu’on commence à découvrir la bibliothérapie et ses bienfaits, Régine Detambel en défend une pratique créative et réellement littéraire. Comprenez par là qu’il ne s’agit pas simplement de lire des livres qui expliquent que vous avez un problème ou d’autres qui vous apprennent comme être heureux.

Non, la vision de l’auteure est beaucoup plus belle, mais aussi beaucoup plus humaine et efficace. Troubles psychiques, dépression, mais aussi patients malades d’être malade, personnes âgées, etc., le public pouvant être soigné par la littérature est large. On peut les revigorer avec de la poésie, les emporter dans un autre univers avec des récits, les envelopper dans la douceur du papier ou la beauté d’une couverture, ou encore les délivrer avec des romans contant leur propre détresse. Il y a des dizaines de façons de procéder. Et on peut également moduler la forme de médiation, en plus des pages choisies : lecture à haute voix ou pas, faite par le patient lui-même ou par un tiers, etc.

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Amoureuse des livres que je suis, j’ai pris conscience que ces mots qu’on lit avec plaisir nous touchent profondément et ont un réel impact sur nos vies. Et c’est ce que met en avant ici Régine Detambel. Elle explore les différentes facettes du livres et ses répercussions, utilisations possibles. Elle pointe également du doigt le rôle du bibliothérapeute et explique les buts de la bibliothérapie. Mais je vous rassure, ce livre est un essai qui est loin d’être ennuyeux. Au contraire, le style est assez libre même si les propos et l’écriture montrent une culture et un talent indéniable. L’auteure évoque à plusieurs reprises des souvenirs de sa vie et la lecture de ce petit livre était plus une balade qu’une lecture documentaire. J’ai pris beaucoup de plaisir à voyager dans ces pages : j’ai appris énormément de chose, ma vision du livre s’est un peu modifiée, et j’ai passé un agréable moment.

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Si le sujet vous intéresse, si vous-même vous avez vu votre vie changer à cause d’une livre, ou si tout simplement vous aimez lire et êtes curieux, n’hésitez pas à découvrir cet ouvrage !

Régine Detambel, Les livres prennent soin de nous, aux éditions Acte Sud, 16€.

La fois où je suis devenu écrivain, de Vincent Cuvellier

Lire un livre où l’auteur se livre (oh, oh ! :p) sur la façon dont il est devenu écrivain alors que je suis en plein NaNoWriMo, ça a un côté rassurant. On se dit que les façons de parvenir à notre but (écrire un roman) sont très diverses, et l’important c’est que chacun trouve la sienne. La fois où je suis devenu écrivain, c’est l’histoire de Vincent Cuvellier qui revient vingt-cinq ans plus tard sur ses débuts dans le milieu littéraire.

À l’époque, Vincent est ado, il s’en sort mal au collège à tel point qu’il l’arrête dès ses seize ans. Il découvre alors les petits boulots, les stages, le chômage. Il essaie de s’en sortir comme il peut, comme on peut à seize ans, alors qu’on a autre chose en tête que son épargne retraite. Non, à seize ans, on pense aux filles, à l’image qu’on renvoie et on a des rêves aussi. Le rêve de Vincent, c’est de devenir écrivain, il n’a aucun doute là-dessus, c’est ce qu’il veut faire, c’est ce qu’il veut devenir. Déjà quand il était à l’école, il n’avait qu’une hâte, c’était de rentrer chez lui pour coucher des histoires sur le papier. C’était un moment de libération et de plaisir où enfin là il était à l’origine de quelque chose. Par hasard, Vincent participe à un prix littéraire qui récompense la nouvelle d’un jeune. Et il gagne. La première place. C’est alors une révélation. Le truc, c’est que sa nouvelle est un peu crue. Il utilise des gros mots, des phrasés courts. Et ça ne plaît pas à tout le monde, mais lui refuse une censure de politesse qu’on souhaiterait lui imposer. C’est ainsi que Vincent est publié à part des autres lauréats du prix, et pas dans le recueil commun. Il s’en fout, il vient d’être publié, et tout seul en plus. Il le sait, c’est le début d’une nouvelle vie. Sauf que la vraie vie n’est parfois pas si simple. On se trouve toujours des excuses pour ne pas écrire et pour ne pas affronter l’angoisse de la page blanche.

Ce livre très court s’adresse à un public jeune. D’ailleurs Vincent Cuvellier a une plume idéale pour s’adresser à ce genre de public : drôle, incisive et directe. On peut lui reprocher peut-être ce style qui semble peu mature, peu travaillé. Mais c’est un parti pris : celui de l’oralité, il n’y a pas de barrière de syntaxe et de propreté des mots entre lui et nous. On devient proche très vite de ce narrateur qui nous invite dans sa vie, dans son adolescence et ces quelques pages se lisent à toute vitesse. Toutefois, je pense qu’on peut trouver plus inspirant, mieux écrit comme livre sur la naissance d’un écrivain et même des ouvrages s’adressant à des adolescents. En lisant ces pages, j’ai encore eu l’impression de faire face à cet ado qui voulait vous mettre dans son panier et faire bonne figure pour vous impressionner. Or, c’est l’adulte qui parle. Il y a peu de points de vue vraiment rétrospectifs, vraiment intéressants en profondeur et c’est bien dommage. En soignant un peu plus son style, en allant plus loin dans ce livre – bref en prenant le temps de s’appliquer – je pense qu’il aurait été possible de nous fournir un témoignage beaucoup plus intéressant et moins tourné vers soi au point d’en oublier un peu le lecteur.

Mais toutefois, ce livre se lit vite et peut plaire pour une lecture rapide qui change un peu.

Vincent Cuvellier, La fois où je suis devenu écrivain, éditions du Rouergue, 8€50.

Pourquoi lire ? de Charles Dantzig

Je commence à frémir d’angoisse et d’excitation en voyant le 1er novembre et le début du NaNoWriMo approcher, mais entre quelques fiches de personnages, j’ai réussi à finir un ou deux livres, et je peux donc aujourd’hui vous écrire ce petit billet. Je lis peu ces temps-ci alors, comme si ça allait contre-balancer les choses, j’ai choisi de vous parler d’un livre qui parle de lecture : Pourquoi lire ? de Charles Dantzig.

« Lorsqu’on lit, on tue le temps. Pas dans le sens « passer le temps », ça c’est quand on lit en bâillant pour vaguement occuper un après-midi à la campagne, non, mais quand on fait un lecture sérieuse, une lecture où on est absorbé par le livre. Elle donne l’impression que le temps n’existe plus. On a même, confusément, une sensation d’éternité. Voilà pourquoi les lecteurs sortant de leur livre ont un air de plongeur sous-marin, l’œil opaque et le souffle lent. Il leur faut un moment pour revenir au temps pratique. Et voilà pourquoi les grands lecteurs ont le sentiment d’être toujours jeunes. Ils n’ont pas été usés de la même façon par un emploi du temps, c’est-à-dire par un temps employé à autre chose qu’à obéir au temps commun. Même à cent ans, ils meurent jeunes. Chaque nouvelle lecture a été plongée dans un bain frais, un moment où on a, pas tout à fait illusoirement, vaincu le temps. »

Voici ce que l’on peut trouver dans ce petit livre où l’auteur nous parle des mille et uns aspects de la lecture à travers de courts chapitres. J’ai trouvé que cet ouvrage était un très bel hommage à la littérature mais aussi à ceux qui l’écrivent, tout en restant simple et humble. Charles Dantzig ne va pas chercher trop loin pour nous parler : il nous raconte sa propre vision de la lecture et des lecteurs, ses propres expériences, ses avis aussi. Sur les biographies, sur ce qui n’est pas écrit mais qu’on lit quand même, sur les différentes raisons qui font que nous lisons, sur les chefs-d’œuvre, les libraires, et j’en passe.

C’est un livre qui se picore, on pioche par-ci par-là, en attendant le métro, ou pendant que les pâtes cuisent. A lire d’une traite, je pense que cet ouvrage est peu digeste. L’écriture est tout à fait lisible, fluide, mais je pense qu’on peut faire mieux niveau simplicité et clarté. Toutefois, je chipote. Ce livre n’est pas qu’un éloge pur et dur de ce qui lisent dix livres en une semaine. Non, il parle aussi de tous les autres lecteurs, on peut tous se retrouver à un moment donné ou à un autre dans ces pages. Par contre, c’est vraiment un livre écrit à la première personne, aucun doute là dessus, et ce parti pris d’un avis personnel pourra peut-être en gêner certains.

Plus globalement, c’est un livre intéressant, qui se laisse lire facilement. Mais je dois avouer que ce n’est pas le meilleur livre parlant de lecture que j’ai pu découvrir. Je garde encore un souvenir très fort de La Reine des Lectrices que je conseille à tous. Bref, je vous laisse vous faire votre propre opinion !

Charles Dantzig, Pourquoi lire ?, Le Livre de Poche, 7€10.

Maudit best-seller, de Cyril Gramenk

Je reviens vous parler d’un livre qui parle d’écriture et d’édition, un roman hors du commun, drôle, incisif, surprenant et très prenant : Maudit best-seller de Marc Kryngiel.

Le héros s’appelle Cyril Gramenk (joli jeu de lettres ;p ). C’est un écrivain qui a publié plusieurs ouvrages mais qui n’a jamais connu la gloire ni le chiffre de ventes qui va avec. Pour se débarrasser d’un contrat d’exclusivité et suivre son éditeur parti fonder sa propre maison, il décide de donner à son nouveau éditeur – plus amoureux du succès commercial que de littérature – un manuscrit assez mauvais et impubliable, envoyé par un admirateur. Et là, malheur, il est finalement édité, à sa grande surprise. Pire encore, ce roman est même un vrai best-seller ! Interview, dédicaces, rencontres… il signe de son nom un livre qu’il n’a pas écrit. L’histoire pourrait s’arrêter là, mais les ennuis ne font que commencer ! Entre menaces énigmatiques par courrier, le retour de sa maîtresse et d’un fils dont il ignorait l’existence et la polémique autour d’une scène de ce livre qui porte son nom, rien ne s’arrange et Cyril va de problème en problème.

La narration est la première personne et il faut avouer que notre romancier n’a pas sa langue dans sa poche, concernant les femmes, ses déboires, les journalistes, son éditeur… Il est franc, direct, autant dire qu’on le lit sans se forcer. L’action va vite, tout en étant claire, l’écriture est fluide et ne s’embarrasse pas des conventions du genre. L’intrigue n’en finit pas de rebondir, mais il faut dire que les décisions de notre héros sont parfois… prises par la force des choses ou sous le coup de l’émotion. A plusieurs reprises, j’ai eu envie de lui taper sur la tête en criant de ne pas faire ça, mais cause perdue, il n’écoute personne et garde tout pour lui. Et malgré les aléas de la vie qui n’est vraiment pas cool avec Cyril, on l’aime notre écrivain, on se prend d’affection pour lui, et surtout on se régale à lire ses mésaventures.

Car c’est surtout ça qu’il faut retenir de ce livre : même s’il vient avec de gros sabots, que le style n’est pas discret, que la langue n’est pas tirée à quatre épingles, eh bien on passe quand même un excellent moment. On grince des dents, on croise les doigts et à chaque page on réprime un sourire face aux péripéties extravagantes et à l’écriture vive. Ce livre n’est pas parfait, mais il est rafraîchissant et jubilatoire. Il arrive même à nous tenir en haleine et on tourne les pages à une vitesse ahurissante.

Lire ce Maudit best-seller m’a vraiment fait du bien entre deux romans plus sérieux, à l’écriture plus ciselée ou poétique. Un peu de simplicité et de littérature abracadabrantesque, ça fait drôlement du bien. On lit chaque mauvais tour du destin en trépignant, et on en redemande !

Cyril Gramenk, ah non, pardon, Marc Kryngiel, Maudit best-seller, aux éditions du Seuil, 16€.

Le soldeur, de Michel Field

Pendant le NaNoWriMo, j’ai péniblement lu un livre (oui, c’est déjà pas mal). Doublement péniblement qu’il n’était pas franchement passionnant alors que le sujet aurait pu être très intéressant. Il s’agit d’un roman qui parle d’un homme entouré de livres, il a construit toute sa vie avec eux, ils font partie de son identité. Mais un jour, il tombe sur une jeune fille mystérieuse qui l’obsède. Cette dernière lui pose des défis qui l’obligent à se séparer de ses précieux ouvrages. C’est donc l’occasion pour lui de revenir sur ses années de lecture et de découvertes livresques, dans une sorte de crise d’identité qu’il s’impose.

Il s’agit d’un roman de Michel Field publié cette année chez Julliard : Le soldeur.

Concernant l’histoire, il va m’être difficile de vous en dire plus. Ça se veut énigmatique, élevé, bien pensé, romantique, cultivé. A chaque rayon de bibliothèque que le héros vide ou à chaque défi lancé par la jeune fille, une ballade dans des dizaines de thématiques et de livres en particulier sont explorés : Paris, la cuisine, les polars et j’en passe. Il y a toutes sortes de littérature dans cet ouvrage : roman de gare, essai philosophique, écrit sur le féminisme, documentaire en tout genre, etc. Le héros s’y connaît dans tout, et la lectrice que je suis avait l’impression de ne plus rien connaître du tout en littérature, après pourtant 5 années d’études et une vie de passion.

L’auteur du Soldeur a voulu explorer tous les horizons pour décrire, je pense, son propre ressenti, sa propre vie avec les livres, cette relation unique et personnelle. Et ça aurait pu être très intéressant de découvrir cette rétrospective et cette vision des choses. Malheureusement, le faire sous forme d’une fiction a été la pire des idées.

Le récit en soi n’est pas vraiment consistant, il s’évapore par bribes entre toutes ses lignes sur les livres. Cette relation entre la femme et la héros aurait pu être vraiment mieux exploitée. On a l’impression que ces deux personnages ne sont que des figurants, une excuse pour parler de littérature, et ceci est un tort considérable dans un roman. Négliger ses personnages, c’est négliger ses lecteurs.

L’écriture est lisible, bien sûr, mais la construction de l’histoire, le manque de matière terrible de l’intrigue, ainsi que les trop longues diatribes sur des livres – dont pour la plupart on se fiche, il faut l’avouer ! – rendent cet ouvrage lourd et long. Il a failli me tomber des mains plusieurs fois. La seule chose qui m’a fait tenir, c’est découvrir comment allait se finir cette histoire entre les deux personnages. Eh bien, j’ai été sacrément déçue, vraiment. Et rien que pour ça, pour cette déception finale, qui est la goutte d’eau qui fait déborder le vase, je vous déconseille cette lecture.

Michel Field, Le soldeur, Julliard, 20€.

Le Liseur du 6h27, de Jean-Paul Didierlaurent

Pour une fois que je lis une nouveauté, un livre tout juste sorti ! C’est rare, heureusement que je suis tombée dessus avant les autres à la médiathèque (l’avantage d’y travailler aussi…). Aujourd’hui, je vais donc vous parler un roman bien sympathique : Le liseur du 6h27 de Jean-Paul Didierlaurent (oui, oui, le « liseur », pas le « lecteur »).

Guylain Vignolles travaille très tôt le matin dans son usine. C’est pour cela que chaque matin il monte dans le RER de 6h27. Guylain travaille au pilon : il massacre des livres, des invendus, des inconnus, des abîmés, des innocents. Des livres sans lecteur qui disparaissent dans l’anonymat. Ça ne lui plaît pas, mais c’est comme ça, chaque matin il se met aux manettes de cette broyeuse affamée et redoutable : la Zerstor 500. C’est donc pour rendre un dernier hommage à ces écrits jamais lus qu’il sauve chaque jour quelques pages de ces tués des pilons et les offrent le lendemain matin lors d’une lecture à voix haute. Un rituel étrange mais que les passagers ont appris apprécier : un peu de cuisine, de poésie, de récit d’amour, de jardinerie… Romans, documentaires, almanachs ; dans ces mains passent toutes sortes de littérature.

La vie de Guylain est maussade : un travail qu’il n’aime pas, des collègues sans cœur. Un ami rescapé de la Zerstor, un autre récitant des alexandrins dans sa guérite à l’entrée de l’usine. Mais ses lectures lui réservent parfois quelques surprises. Des rencontres, des petites joies qui parviennent à effacer la cruauté et la violence de la Zerstor qui autant soif de sang que de cellulose.

C’est une lecture rapide : l’écriture est limpide, les dialogues font avancer l’histoire… Rien à dire, tout est bon ! On découvre des personnages qui sortent de l’ordinaire et ont chacun un particularité qui les rendent uniques. On les aiment dans leur bizarrerie et on s’étonne de voir tout ce petit monde continuer à avancer malgré les problèmes. Personnellement, j’ai beaucoup aimé l’attitude de Guylain face au pilon, j’imagine que mes pensées envers la Zerstor destructrice auraient été les mêmes que celles du héros, je me suis reconnue en lui sous certains aspects.

C’est un livre simple dans son écriture, clair dans sa narration, mais aussi touchant, divertissant et doux (pour contraster avec l’univers de l’usine, dur et tranchant). Ma lecture de ce roman fut très agréable : ce ne sera pas le livre qui changera ma vie, toutefois je vous le conseille, ça restera un beau souvenir pour moi.

Jean-Paul Didierlaurent, Le liseur du 6h27, Au Diable Vauvert, 16€.

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury

Les pompiers ont pour métier de mettre feu à toutes les traces subversives du savoir. Les pages imprimées, reliées, ou livres sont interdits. Leur possession – et pire, leur lecture – est interdite, illégale, punie très sévèrement. C’est du moins le cas dans le monde de Montag.

Fahrenheit 451 de Ray Bradbury. Un chef d’œuvre, moderne avant l’heure, un peu orwellien sur les bords. Enfin je l’ai lu, et je n’ai pas été déçue par ce roman qui m’impressionnait au premier coup d’œil alors qu’il s’avère très accessible et pas si capilo-tracté que ça.

 

Montag est pompier, son rôle, c’est l’autodafé à la moindre alerte. La société consomme du plaisir mais refuse cette espace de réflexion qu’est la lecture. Un jour, Montag croise cette jeune fille un peu étrange. Une jeune fille qui pense par elle-même, qui imagine, crée une nouvelle société dans son esprit. Elle n’est pas abrutie par la télévision très particulière de ce monde qui s’étale sur les murs du salon. Petit à petit, Montag se met à penser par lui-même et à croire que les choses pourraient peut-être être différente, il lui semble qu’avant les pompiers éteignait les feux au lieu de les allumer. Mais le fait de simplement rêver d’un monde autre, qui accepterait cette liberté de réflexion, est dangereux, criminel. Notre héros ne peut qu’être un hors-la-loi, pourchassé par sa propre société.

Fahrenheit 451 est un livre court dont la lecture se fait en un clin d’œil tellement il est impossible de lâcher ce roman. Je dois avouer que j’ai eu un peu de mal les premières pages car le style est complètement différent de ce à quoi je m’attendais – presque poétique – et il m’a fallu quelques temps pour visualiser ce nouveau monde. Mais très vite, on se laisse aller dans l’écriture de Bradbury qui nous emporte et nous montre du doigt les rouages de la pensée de Montag, ce cheminement intérieur qui lui fera se rendre compte de l’importance de la littérature, du savoir, de l’imaginaire.

L’univers du roman est quand même beaucoup moins concentrationnaire que 1984, mais l’aveuglement collectif de cette société qui se laisse glisser dans la paresse et l’immobilisme est vraiment effrayant. C’est à la fois un hommage aux livres et à la liberté d’expression qu’ils véhiculent et un avertissement (d’avant-garde) pour nous qui commençons doucement à nous désengager de nos responsabilités, de nos « vrais vies » au profit de la télévision qui parasite nos salons, nos cuisines (pire : nos chambres!) et d’autres moyens qui mettent « en veille » nos capacités de réflexions.

L’écriture de Bradbury est très agréable et dépaysante. Elle est loin du style analytique, descriptif, ou médiocre que j’ai souvent croisé au rayon SF (là où est classé Fahrenheit 451). Difficile de trouver les mots pour la décrire. Dire qu’elle est « littéraire » serait trop floue, mais pourtant cet adjectif lui convient bien. Ce livre s’érige en porte parole d’une bibliothèque babylonesque s’écriant « Ne m’oubliez pas ». Un classique à lire et relire.

Ray Bradbury, Fahrenheit 451, traduction de l’américain par Jacques Chambon et Henri Robillot, Folio SF, 5€60.

La cote 400, de Sophie Divry

Désolée pour mon absence, en ce moment je suis malade ET en voyage ET débordée avec notamment le NaNoWriMo dont j’essaierais de vous reparler cette semaine.

Au détour du catalogue de ma médiathèque, j’ai croisé ce coup de cœur de l’équipe du pôle Littérature, un petit livre tout mince, une première publication pour l’auteure Sophie Divry : La cote 400. Avec un nom pareil, vous doutez bien qu’on va être immergé dans une bibliothèque. Gagné !

Sophie Divry nous livre ici le monologue d’une bibliothécaire qui n’est plus de toute première jeunesse. Alors qu’elle arrive dans son rayon géographie dont elle a la garde, elle découvre qu’un des usagers a passé la nuit ici. Elle en profite pour lui déverser ce qu’elle a sur le cœur avant que l’établissement n’ouvre ses portes au public.

D’abord, il y a ce système de classification internationale que l’on doit à Dewey, un type vraiment malin et rusé qui a réussi à classer tout notre savoir avec des chiffres : une structure indestructible qui fait la part belle à l’Histoire, à la littérature, mais délaisse le rayon géographie. Puis, il y a cet espace mal éclairé, au sous-sol sans fenêtre, où elle passe ses semaines à ranger les livres de travers. Une vraie tombe. Heureusement, il y a ce chercheur en histoire qui passe tout son temps libre à venir travailler juste à cette table, là. Ah, quelle nuque, si seulement elle osait…

Elle n’était pas prédestinée à ça, elle, elle voulait être professeure, mais elle a raté la certification. Résultat, elle se retrouve seule à son bureau où personne ne vient lui demander un renseignement, à se moquer des pimbêches du rez-de-chaussée et à râler sur tous ces gens qui ne viennent que pour les BD et les DVD.

Il n’y a pas de pause dans ce court texte, aucun retour à la ligne, paragraphe distinct, juste la voix de cette bibliothécaire esseulée qui garde sa rancoeur pour elle. Je n’ai pas encore décidé ou non si je trouvais ce personnage sympathique : après tout, je suis pour la démocratisation de la culture pour tous, y compris musique, cinéma et tous les genres littéraires. Je l’ai trouvé un peu conservatrice sur les bords mais surtout assez geignarde. Toutefois, elle sait parler, elle est très cultivée et assez captivante je dois avouer.

J’ai appris beaucoup de choses sur le classement Dewey, et vu que je travaille un peu en médiathèque, ça m’a vraiment intéressée. Mais la narratrice évoque des dizaines d’autres sujets qui élargissent la culture générale du lecteur de façon très agréable. Par contre, ce livre ne reflète pas la réalité des bibliothèques qui ont une volonté d’ouverture, de diversité, de découverte culturelle. Après tout, l’héroïne travaille dans une bibliothèque communale, au service des usagers, et non une bibliothèque du patrimoine chargée de sauvegarder notre savoir (mais aussi de le diffuser!). J’ai trouvé cela vraiment réducteur de râler contre ses ados qui mettent le bazar rayon manga – bon, pour le vivre, je ne peux pas nier leurs existences mais tout ne se résume pas ça !

Je suis très partagée concernant ce livre car il est magnifiquement bien écrit et dosé, on ne s’ennuie pas une minute et on suit très facilement la pensée de la narratrice, même si on passe souvent du coq à l’âne sans s’en rendre compte. Sur le style, il n’y a rien à dire, c’est vraiment admirable pour un premier roman, mais aussi osé – un monologue quand même ! De plus, j’ai adoré être plongé dans la tête d’une bibliothécaire et d’avoir affaire à un livre se passant dans ce cadre qui m’est cher, ça a vraiment été jubilatoire.

J’ai passé un excellent moment de lecture avec ce petit livre, même si parfois la vision des bibliothèques qu’a le personnage principal m’a un peu refroidie. Toutefois, je vous le conseille !

Sophie Divry, La cote 400, publié dans la très bonne maison d’édition Les Allusifs, 11€.

Surprise #3

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Quand je vous lis, je me prends à rêver. J’en ai croisé des apprentis poètes, des rêveurs, des soi-disant scénaristes, des romanciers en devenir. Mais j’ai vu également leurs livres non finis, abandonnés dans un tiroir, leurs ébauches arrêtées en plein élan, leur courage cassé en plein vol. Mais quand je vois votre écriture, sûre d’elle, arrivée à terme, je me dis que cela est possible. Je me dis que l’écriture peut aboutir à quelque chose et faire de nous autre chose que des frustrés passionnés par les signes. Moi aussi je veux cette part de bonheur du travail fini, cette fierté d’une réussite personnelle, ce succès au défi continuel imposé par les mots. Peut-être y a-t-il un moment où la maturité arrive, où l’on n’a plus qu’à se baisser pour ramasser le fruit de notre labeur ? Ou l’écriture n’est-elle qu’une quête épuisante ?
C’est toute son ambivalence, à la fois amoureuse et distante, il faut la saisir, l’attraper, en prendre possession et la faire sienne. Mais pour cela, seul l’entraînement peut servir, avec une certaine dose de talent sûrement indispensable à la réussite. L’écriture se lit chez les autres, premier passage obligé pour la voir en soi. Se plonger dans d’autres livres, d’autres styles, d’autres histoires, s’en enivrer, en faire un point de départ pour commencer cette grande aventure de la plume puis petit à petit s’en détacher et prendre son indépendance. Pour peut-être rejoindre ce grand panthéon des écrivains et être à son tour lu.