J’ai testé pour vous… être bénévole d’une asso littéraire !

Certains vivent leur passion de la lecture et/ou de l’écriture en solitaire, en la partageant sur les réseaux sociaux, sur un blog, en participant à des ateliers, à des challenges, à des groupes de discussion, à des clubs lecture… D’autres, comme c’est mon cas, participe aux événements et actions d’une association.

Je connais l’association du Prix du Jeune Écrivain depuis plusieurs années. J’ai, à tour de rôle, été stagiaire, puis en service civique, puis salariée et à présent bénévole. J’ai pu aidé au fil des années à la plupart des missions de l’association : je m’occupe chaque été de l’internat où peuvent être accueillis les stagiaires des ateliers d’écriture d’été, j’ai lu pour le Prix des Cinq Continents de la Francophonie pour lequel le PJE est le comité de lecture français, j’ai pu donner un coup de main dans le passé à l’occasion de la remise des prix ou du festival des Soirées des Bords de Louge mis en place par l’association. Et surtout, j’ai lu des manuscrits pour le Prix du Jeune Écrivain en lui-même.

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Proclamation du Prix du Jeune Écrivain au Salon du Livre Paris 2019

Le PJE est une grosse association, reconnue d’utilité publique et cet article n’est pas là pour la présenter. Sachez juste qu’elle se situe à côté de Toulouse, qu’il s’y passe des choses incroyables, qu’elle a révélé pas mal d’auteurs (genre VRAIMENT BEAUCOUP), qu’elle donne sa chance à plein de plumes et permet à tout le monde de lire des nouvelles, pour faire des fiches de lectures, nous aider à retenir les manuscrits… Leur site internet vous en dira plus. Juste un petit mot pour les ateliers d’écriture : ils ont lieu à chaque mois de juillet, il y en a huit de proposés avec des auteurs/ateliéristes vraiment bons et reconnus. Ça dure une petite semaine, l’ambiance est extraordinaire et c’est vraiment l’occasion de progresser dans son écriture (et le prix est carrément raisonnable franchement!). Ils me tiennent beaucoup à cœur ces ateliers, ils ont été l’occasion pour moi de rencontrer des gens incroyables, venus de tous horizons, enthousiasmée de vivre ces quelques jours autour d’une passion commune. Certains de mes meilleurs amis, de mes plus beaux souvenirs, viennent de là. Je ne peux que vous encourager à aller zieuter sur leur site pour en savoir plus. Il reste des places pour cet été !

En tant que bénévole pour le Prix du Jeune Écrivain, j’ai notamment fait partie des comités de lecture dits « externes » : en gros je lisais quelques manuscrits (souvent beaucoup car j’étais disponible et j’adorais ça), et j’en faisais une fiche de lecture avec des conseils pour l’auteur de la nouvelle. Car, en effet, chaque participant reçoit une fiche de lecture pour sa nouvelle, pour l’aider à progresser, l’encourager, le féliciter, le réorienter… c’est une des marques de fabrique du PJE. Je l’ai fait indifféremment pour les manuscrits francophones et français – car oui, c’est un prix international en langue française. Et il en faut des bénévoles pour réussir à faire des fiches de lectures au petit millier de nouvelles reçues chaque année ! J’ai adoré cette expérience, où il fallait avec sincérité et tact, aider des apprentis auteurs, leur dire ce qui manque, ce qu’il y a de trop, ce qui est parfait ou à parfaire. Un exercice d’écriture qui demande du temps et de l’engagement mais je me sentais vraiment utile.

Puis, connaissant bien l’association et ayant l’habitude de l’exercice, j’ai eu la chance de passer au comité de lecture dit interne : un petit groupe de bénévoles qui lit tous les manuscrits (donc chaque nouvelle est lue plusieurs fois pour ne rien laisser nous échapper, vous suivez?) et opère une présélection – avec pas mal de discussion et de débat parfois ! – pour que de plusieurs centaines, on arrive à une trentaine de textes (enfin… on essaie!) qui seront alors transmis au vrai jury d’écrivains. Ce sont ces derniers qui détermineront les lauréats et le palmarès. Au bout du compte, ces lauréats sont publiés chez Buchet-Chastel après avoir repris et perfectionné leur nouvelle grâce au parrainage d’un des écrivains du jury. Ils sont invités à une semaine de rencontres et d’événements (dont la proclamation au Salon du Livre de Paris et la remise du Prix dans la ville natale du PJE, Muret près de Toulouse).

Les lectures internes, c’est un peu un sport. On lit plusieurs dizaines de manuscrits, voire plus. Pour chacun, je prends des notes, je prends le temps de lire minimum les deux premières pages, de le parcourir, de lire la fin même si je sais d’avance qu’il ne sera pas retenu car la qualité laisse à désirer. Je me dis qu’un ado ou un jeune adulte (c’est anonyme donc je n’en sais pas plus) a pris le temps de mûrir son histoire, de l’écrire, de nous l’envoyer, c’est le minimum que je puisse faire à mon échelle. J’adore vraiment faire partie des lecteurs internes. Voir passer autant de nouvelles, voir la littérature vivre sous mes yeux, voir ces jeunes auteurs éclore… quel plaisir, quelle joie ça me procure ! Puis il y a les discussions, les débats avec les autres lecteurs internes : j’attends chaque année ce moment avec impatience. Je me sens dans un cercle privilégié, ayant accès à des petits chefs-d’œuvre – peut-être un futur lauréat dans le lot, un grand écrivain en devenir ? – avant les autres. C’est un travail de fourmi, un travail de l’ombre mais que j’espère faire longtemps !

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Émulation, passion, découverte, enthousiasme… ce sont les mots que je retiens pour décrire mon bénévolat à l’association du Prix du Jeunesse. Ils accueillent toujours avec beaucoup de plaisir les nouveaux visages : vous pouvez faire des fiches de lecture et lire des manuscrits pour le PJE, lire des romans déjà édités pour le Prix des Cinq Continents, aider à l’organisation des événements si vous êtes dans le coin, adhérer à l’association ou tout simplement parler du PJE autour de vous. Mais j’espère avant tout que cet article vous aura peut-être donné envie d’aller plus loin dans votre passion pour la littérature : de nombreuses associations, des clubs existent forcément à côté de chez vous, ou alors en ligne sur internet. N’ayez pas peur, tentez le coup, vous ne le regretterez pas !

Le mystère Henri Pick, de David Foenkinos

Cela faisait un petit moment que je voulais découvrir ce roman, donc lors d’un craquage complet en librairie, il a naturellement fait partie de mes achats : je vous parle aujourd’hui du livre de David Foenkinos, Le mystère Henri Pick.

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Il existe à Crozon en Bretagne une bibliothèque qui accueille les manuscrits refusés par tous les éditeurs. Une jeune éditrice et son amoureux d’écrivain y découvre par le plus grand des hasards un véritable chef-d’œuvre de la littérature. Mais l’auteur, un certain Henri Pick, se révèle être un pizzaiolo du coin, décédé deux ans auparavant… Partons à la découverte de ce mystérieux bonhomme, et suivons les conséquences étonnantes de ce roman mis au jour.

Au fur et à mesure de l’intrigue, on s’écarte des deux personnages principaux de départ pour s’intéresser un peu plus en profondeur à la femme et à la fille de Pick, mais aussi à la bibliothécaire de Crozon, à l’ancien éditorialiste déchu qui voit là une opportunité de revenir sur le devant de la scène, à l’employée d’un magasin de lingerie… Tous ces personnages se croisent, se connaissent et l’auteur nous permet d’entrer dans leur intimité, de comprendre leurs actes, leurs paroles, leurs enjeux personnels dans cette histoire. Surtout, cela nous permet de voir tous les ricochets que ce manuscrit découvert va provoquer dans leurs vies, parfois complètement bouleversées. Il est beaucoup question ici d’amour, de relations de couple, de mariage, de rencontre, de remise en question. J’ai aimé cette façon d’aborder l’intrigue, de nous la livrer. Plus que le mystère Pick lui-même, ce sont ses répercussions qui vont nous intriguer.

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C’est un court livre, servi par la plume fraîche et pleine d’humanité de Foenkinos. L’auteur s’attarde peu sur les lieux et préfère consacrer sa narration aux dialogues, ou à nous faire découvrir un peu plus toutes les facettes de ses héros. Le mystère de l’origine de ce roman m’a finalement peu intéressée alors que j’avais acheté ce roman pour ça à la base ! J’ai aimé la fin choisie par l’auteur, je ne m’y attendais pas vraiment.

L’écrivain en profite pour multiplier les références au monde de l’édition française et à ses auteurs. Un vrai petit bonheur pour les grands lecteurs passionnés comme moi. Beaucoup d’humour et de vivacité dans ces pages que l’on tourne sans réfléchir. Un roman divertissant et rondement mené, même si j’aurais aimé une ligne directrice plus droite et plus visible.

David Foenkinos, Le mystère Henri Pick, aux éditions folio, 7€90.

La Couleur du soleil, d’Andrea Camilleri

Bon promis, après ça, j’arrête les livres d’auteurs italiens ou qui ont un rapport à l’Italie. Cette fois, je me suis intéressée à un auteur italien célèbre : Andrea Camilleri. Pourquoi ? En fait, j’ai été bénévole pour la première fois l’année dernière au Marathon des Mots de Toulouse, grand festival qui accueille beaucoup d’écrivains et d’artistes, et l’Italie était justement le pays à l’honneur pour cette édition. Je baragouinais alors deux, trois mots d’italien, et vu que j’étais disponible sur toute la durée de l’événement, hop ! J’ai été catapultée ange-gardien de Môôsieur Carlo Lucarelli, un homme très gentil et patient (je devais paraître cruche devant lui à utiliser mon mini-dictionnaire bilingue toutes les deux syllabes). Par la même occasion, j’ai rencontré son pote de lettres Pennachi (un personnage haut en couleur!) et tous les deux évoquaient sans cesse leur ami Camilleri. Étant donné que je n’ai lu aucun livre de ces trois auteurs, je me suis dit qu’il fallait que je m’y mette, et comme par hasard le jour même, dans une mignonne petite librairie de Carcassonne, je tombe sur La Couleur du soleil d’Andrea Camilleri.

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La quatrième de couverture a fini de me convaincre. Je ne suis pas très calée en peinture mais s’il y a bien un artiste que j’adore, pour lequel je me déplace aux expositions et aux musées, c’est bien Caravage. Et justement, le roman en question (car même si au premier abord on peut se tromper, c’est bien un roman) retranscrit des passages d’un journal écrit de la main même du grand peintre. J’adore quand l’Histoire se mêle à la fiction, j’ai succombé.

Alors que Camilleri était à Syracuse, il se fait embarqué dans le plus grand secret jusqu’à la demeure d’un étranger. Là, l’homme lui avoue que sa femme décédée avait pour souhait de lui montrer des écrits personnels, encore inconnus, de Caravage. A la va-vite, il a une soirée pour retranscrire quelques passages avant d’être ramené à son hôtel.

Qu’est-ce qu’on peut y lire ? Des morceaux de sa vie, de sa pensée, de ses tourments, de sa fuite pour échapper à une accusation de meurtre, de son égarement. On entrevoit également sa vie d’artiste, ses commandes, ses relations. Alors que XVIe siècle se termine, Camilleri nous laisse entrevoir une facette méconnue de ce peintre à la vie mouvementée. Ses passages à Malte, Girgenti (actuelle Agrigente), Licata, Syracuse, Messine et Palerme, dont certains n’étaient alors que supposés. Chevalier de grâce puis pourchassé sur ordre papal, Caravage s’administre dans les yeux un liquide noir qui lui permet enfin de supporter la violente lumière du soleil. L’astre de lumière lui apparaît alors sombre, peut-être ce qui a rendu ses peintures si subtiles dans le clair-obscur, mais on dit aussi à cette époque que ces gouttes sont un poison, une invention du Diable qui pervertit une des plus belles création divine.

J’ai beaucoup apprécié cette recréation de l’Histoire, cette appropriation fictive mais qui paraît (et qui pourrait être) réelle. Il ne faut pas tomber dans le piège de croire que ce sont de vrais écrits de Caravage, d’ailleurs l’auteur le dit explicitement à la fin. Ce qui m’a beaucoup étonnée, c’est le style qui se plie vraiment à la langue de l’époque (d’ailleurs, bravo au traducteur qui retranscrit fidèlement cela en français!), même si Camilleri précise avoir lissé le ton « rocailleux » de l’écriture caravagesque. C’est un peu difficile au début, mais on s’y fait vite, ça coule plus facilement que du Rabelais. Mais je ne le conseillerais pas non plus à ceux qui veulent une lecture très cool, il faut faire un peu de gymnastique d’esprit au début !

Malheureusement, ce livre a quelques défauts. Le contexte d’origine dans lequel il a été écrit s’adressait déjà à des personnes qui connaissait plus ou moins le peintre : ici, même si de très belles représentations de peintures sont disponibles au cœur du livre poche, on est perdu si on ne connaît pas un peu la vie de Caravage ; j’ai du parcourir un peu sa page Wikipédia pour comprendre toutes les références, c’est le seul moyen de vraiment savourer ce texte. De plus, c’est repris ici sous forme de fragments que le Camilleri fictif a recopié à la va-vite et, même si au début de chaque chapitre qui représente chacun une étape de voyage différente, l’auteur réexplique le parcours du peintre, ce n’est pas forcément suffisant… Et les passages s’enchaînent très rapidement, sans vraiment de lien, c’est à nous de reconstruire ce puzzle. Bref, pour les lecteurs habitués, ou connaisseurs, ou débrouillards.

Je le conseillerais vraiment aux personnes qui apprécient la peinture et Caravage car c’est vraiment très intéressant pour rencontrer l’homme, sa subjectivité, son intimité et pas seulement l’artiste. La construction sous forme de faux éléments biographiques de la vie de Camilleri, c’est toujours quelques chose qui personnellement me plaît, à vous de voir si vous voulez jouer le pacte de lecture à fond, ou si c’est trop pour vous. Mais malgré tout, c’est une bonne lecture !

Andrea Camilleri, La Couleur du soleil, traduit de l’italien par Dominique Vittoz, Le Livre de Poche (32847), 5€60

92 jours, de Larry Brown

J’étais à la recherche d’un truc à lire, d’une roman à acheter, mais c’était la fin du mois et, en tant qu’étudiante qui se respecte, je n’avais presque plus un rond en poche. Je renonçais donc à m’acheter une baguette de pain et, une fois n’est pas coutume, je me suis offert un petit livre à deux euros. J’ai jeté mon dévolu sur Larry Brown, 92 jours. Cet auteur du Mississipi m’était inconnu, tout simplement parce qu’il n’est pas si célèbre que ça en France, même s’il est traduit. Il parle souvent des mêmes choses : le bien, le mal, l’alcool, la punition, la rédemption, le sacrifice. Il a été primé à plusieurs reprises aux Etats-Unis, et il faut bien avouer qu’il a une écriture bien particulière, mélancolique, avec de la crasse et sans argent (lui aussi !), bref, pas très optimiste le gars !

92 jours

92 jours est en fait une nouvelle (de 135 pages : vous avez quand même de quoi lire) faisant partie du recueil Dur comme l’amour où on retrouve dix personnages assez semblables. L’action se passe au fin fond du Mississipi, en été, à grand renfort de pick-up, de chaleur, de bière, de biture. Le personnage principal s’apelle Leon Barlow. Divorcé, il ne peut pas revoir ses gosses mais doit payer une pension alimentaire qui l’asphyxie, ce qui est bien dommage car il n’a pas pour but dans la vie de faire un travail pénible juste pour pouvoir se payer quelques verres. Mais comme il faut bien manger, il peint quelques maisons, s’amuse à faire du rodéo sauvage pour vendre quelques vaches. Mais la vrai vocation de Leon, ce qu’il souhaite faire de sa vie, c’est écrire. Et il s’y attelle tous les jours, envoyant sans relâche des centaines de manuscrits comme nous on envoie des CV en temps de crise. Mais les éditeurs new-yorkais refusent et ses semaines sont rythmés par les retours de courrier. Heureusement, le reste du temps, on peut toujours aller se taper une murge avec ses copains de beuverie au bar ou faire une virée en voiture avec une glacière pleine de bière fraîche.

Bon, cette nouvelle n’a pas été la révélation de l’année pour moi (même si elle vient juste de commencer), c’est sûr, en même temps, je n’ai vu qu’un tout petit aperçu de l’univers de Larry Brown et son écriture m’a tout de même beaucoup plu. Elle n’est pas violente, pas très incisive au premier abord mais elle traduit assez bien la frustration et la déprime de notre héros. Mais surtout, elle réussit à nous faire apprécier ce personnage, pas ringard, mais un peu lourd de désespoir, car il croit en lui et jamais il n’a espéré un jour être publié. D’ailleurs on ne lui reproche pas de mal écrire, mais d’écrire quelque chose qui n’est pas publiable par les auteurs en question, peut-être des textes trop durs et vrais, un style trop complexe. Leon Barlow est entouré par la mort et la solitude, normal qu’il soit un peu « ours » mais c’est peut-être l’un des plus humains dans sa bande de potes, de connaissances, et ça même quand il se met la tête à l’envers plusieurs jours de suite avec une mousseuse.

Pour un scrivaillon comme moi, qui tente de mettre en mots des histoires pas si terribles que ça, cela fait plaisir de voir mis en scène un écrivain, au fort potentiel, qui l’a travaillé depuis des dizaines d’années avant de savoir son style abouti et éditable. Ça redonne courage, ça redonne espoir et, même si j’espère ne pas devoir me rendre dans l’Amérique rurale, une bière à la main dans un 4×4 poussiéreux pour trouver mon écriture, j’ai bien l’intention de la bosser toute ma vie jusqu’à ce qu’elle me convienne et devienne quelque chose de lisible.

Larry Brown, 92 jours, aux éditions Gallimard (Folio à 2 €, 3866), tiré du recueil de nouvelles Dur comme l’amour.