La Conjuration des Imbéciles, de John Kennedy Toole

Ce livre traîne dans ma bibliothèque depuis longtemps et j’ai décidé de le lire un peu par hasard (je vide ma PAL cette année!). Je ne m’attendais pas du tout à trouver ce genre de pépite. L’histoire de son auteur aussi est intéressante – et un peu triste, il faut l’avouer. La Conjuration des Imbéciles, c’est l’œuvre de John Kennedy Toole. Malheureusement, personne ne veut de ce livre hors normes. L’auteur en finit par se suicider et c’est la ténacité de sa mère qui permit à ce roman de voir le jour aux yeux du grand public.

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Ignatius a la trentaine passée, il vit toujours chez sa mère à la Nouvelle-Orléans. Arrogant, obèse, intellectuel, il parle trop, a un avis pour tout et est en train d’écrire un immense livre sur sa vision de l’Amérique. Il a un corps hors normes, se retrouve dans des situations plus malchanceuses les unes que les autres. On le suit, et on suit les traces et les souvenirs qu’il sème à son passage, qui marquent les autres personnages tout aussi hauts en couleurs de ce livre. Sa mère, avec qui il est toujours en conflit, le somme de trouver un travail. De nouvelles péripéties l’attendent.

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Deux choses m’ont tout de suite étonnée dans ce roman : ce personnage principal si différent, si particulier. Un peu dérangé ou génie refoulé, je n’en sais rien, je ne l’aurais pas apprécié dans la vraie vie, mais il reste un personnage fascinant qui nous laisse pantois à chaque page. La deuxième chose qui m’a marquée, c’est cette langue : celle des dialogues d’abord, un vocabulaire très oral, avec des accents retranscrits, mais aussi la langue de l’écrivain. Il a en effet un style bien à lui, alternant les moments de pause et d’action, avec toujours au centre de son intrigue ses personnages, cœur de l’histoire.

Pour qualifier ce roman, je ne peux pas dire qu’il est fluide, haletant, novateur (au contraire, il y a un charme passéiste dans ces lignes), somptueux (il reste « crade », je ne trouve pas d’autres mots!). Mais il est indéniablement remarquable et je vous invite grandement à tenter l’aventure. Vous serez sans aucun doute désarçonné au début, mais il suffit de ne pas opposer de résistance : les pages défileront alors toutes seules.

John Kennedy Toole, La Conjuration des Imbéciles, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean-Pierre Carasso, aux édition 10/18, 9€60.

Demain j’arrête ! de Gilles Legardinier

Pour Noël, j’avais décidé d’offrir à ma môman le dernier livre dédicacé de Gilles Legardinier, son auteur préféré. L’occasion pou moi de découvrir cet écrivain très gentil était trop belle, j’en ai donc profité pour acheter la jolie édition de Demain j’arrête !

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Je n’avais jamais lu du Gilles Legardinier et je m’attendais à passer un bon moment, une lecture divertissante. C’était exactement le cas en effet, et c’était très sympathique. Dans ce livre, on suit Julie, qui travaille en banque et adore son petit quartier. A l’arrivée de son nouveau voisin, elle ne peut s’empêcher d’être curieuse, voire… un peu obsédée. Au fur et à mesure de leurs rencontres, c’est plus que son nom – Ricardo Patatras – qui va l’intéresser…

J’ai été beaucoup déçue de ne pas mieux savoir où était ce quartier, cette ville. Les lieux sont importants dans ce roman et j’ai eu un mal fou à me les imaginer, ça m’a vraiment dérangée.

Les personnages sont très attachants, surtout les personnages secondaires. Quant à Julie, elle a ce grain de folie qui donne tout le côté rocambolesque à ce roman et plonge tout le monde dans des situations incroyables. Heureusement, la bonne humeur et le sourire sont de mises dans ce roman. Pour ma part, ça n’a jamais été mon truc ce type d’intrigue… surtout que le mystère de Ric, je l’avais deviné depuis de nombreuses pages, autant dire que la fin m’a parue très longue à venir.

C’est aussi un des défauts majeurs de ce livre à mes yeux : le rythme. Le style est bon et Gilles Legardinier écrit de très bonnes pages – quoique, sérieusement, ce truc avec les chats ?! – mais c’est long. On aurait pu enlever une petite centaine de pages aisément. On est des êtres humains, on est empathiques, on peut comprendre ce que vivent les personnages sans nous le répéter plusieurs fois sous des formes différentes.

Heureusement, l’intrigue est rafraîchissante et légère, la romance adorable, les personnages attachants, les dialogues très présents donnent de la vie au roman. Une lecture parfaite pour se divertir.

Gilles Legardiner, Demain j’arrête !, aux éditions Pocket, 8€50.

Sauveur & fils (saison 2), de Marie-Aude Murail

 

J’avais un peu hésité avant de me lancer dans la lecture de la saison 2 de Sauveur & fils de Marie-Aude Murail, j’avais un peu peur de me lasser, que cette lecture soit trop enfantine pour moi, mais je me suis finalement laissé tenter…

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Sauveur est toujours psychologue et reçoit toujours des enfants et des familles dans son cabinet pour tenter de les aider. Même s’il se laisse parfois déborder par leurs problèmes et les traîne jusqu’à la maison. Ella veut devenir Elliot, Raja ne dit rien et n’utilise que du noir dans ses dessins de petite fille, Gabin ne va plus au lycée, Blandine se shoote avec des bonbons Haribo… On retrouve certains patients de la saison passée – sans que ça ne fasse de redites, c’est très bien joué – et on voit ainsi leurs évolutions, on découvre également de nouveaux personnages que j’ai adoré ! J’ai trouvé tous ces patients très attachants. Tellement d’humanité dans ce roman…

Sauveur doit aussi faire face à de nouvelles situations dans sa propre maison, puisqu’il vit une histoire avec Louise qui a deux enfants et un ex-mari détestable. Sauveur veut sauver tout le monde : il trouve toujours le mot juste, comprend chaque expression et est terriblement gentil. Hamster ou homme perdu, son toit est le toit de tout le monde. Pas facile de trouver le repos quand on est si investi dans son travail et que sa vie privée donne du fil à retordre.

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Marie-Aude Murail a écrit là un roman qui parlera à tous les adolescents. Ancré dans notre époque, je l’ai trouvé vraiment moins enfantin, rêveur, enchanteur, drôle que ces autres romans, mais ce n’est pas vraiment une critique négative, juste un constat. Pourtant, ce roman ne manque pas d’humour et de péripéties, les pages se tournent vite, le rythme est bon. C’est très réaliste, et toutes les diverses situations sont bien présentées : dans un cabinet de psy, on croise des vies malheureuses, fatiguées, déprimées, dans le déni, en colère… et ce n’est pas facile de regarder tout ça. J’ai trouvé donc par moment ma lecture un peu pénible, plus sombre que dans la première saison. On dirait que Sauveur n’a pas de pause, de très bonnes nouvelles à fêter, jamais. À sa place, je serais en train de soupirer non-stop. Heureusement, Louise et Lazare – son fils – lui redonnent le sourire et il ne s’ennuie jamais dans sa bruyante maisonnée.

Pour les adultes, on voit quelle piste sème Marie-Aude Murail pour la saison 3, et j’ai hâte de savoir ce qui va arriver à nos personnages. Je n’en ai pas fini avec cette série !

Marie-Aude Murail, Sauveur & Fils (Saison 2), aux éditions École des loisirs, 17€.

La bibliothèque des cœurs cabossés, de Katarina Bivald

Parfois, il faut s’écouter. Pendant mon intersidérale panne de lecture – promis, j’arrête bientôt d’en parler – je me suis un peu forcée. Il y avait ce roman, ça promettait d’être feel-good, y a de la romance, de l’amitié, une librairie, l’amour des livres. Je me suis dit : « Banco, c’est fait pour moi ! » C’est vrai qu’il me semblait un poil long, mais je trouvais la couverture sympa, il n’avait pas reçu des mauvaises critiques, alors pourquoi pas ?

la-bibliotheque-des-coeurs-cabossesLa bibliothèque des cœurs cabossés de Katarina Bivald est l’histoire de Sara, qui vient passer plusieurs semaines dans le village de Broken Wheel – elle vient de Suède – pour voir son amie Amy, une amie par correspondance. Toutes deux ont forgé une belle amitié en échangeant sur leurs lectures et enfin aujourd’hui, elles vont se rencontrer ! Mais il y a un vrai problème : Amy n’est plus là… Désemparée, Sara se voit heureusement secouru par les habitants de la ville qui la prennent sous leurs ailes, plus ou moins. Elle vivra dans la maison d’Amy.

Cette ville, en perte de vitesse, attriste un peu Sara. Il y a ce local vide dans la rue, et tous les livres d’Amy qui ne servent plus à rien. Et si… ? L’idée d’ouvrir une librairie est si tentante !

Cela fait des mois que j’ai lu ce livre et je l’ai refermé avec lourdeur. Clairement, ça n’a pas été ma lecture de l’année et ça ne m’a pas aidé à sortir de ma panne de lecture. Mon avis n’est donc pas le plus complet, je ne me souviens que partiellement de l’histoire : elle ne m’a pas marquée car je lui ai trouvé des longueurs, elle ne m’a pas marquée car je n’ai pas vraiment réussi à m’attacher aux personnages. Les personnages, parlons-en : ils sont très nombreux – trop. Certains sont originaux, mais la plupart n’ont pas d’intérêt en soi. On dirait qu’ils n’ont pas vraiment de vie, de consistance, de saveur, dans le sens où ils n’existent que les uns pour les autres, pour faire avancer leurs relations mutuelles. Ils n’ont pas pris corps dans mon esprit, ce sont restés de simples êtres de papier, présents pour faire avancer l’histoire et l’intrigue autour de notre personnage principal. Cette Sara est toute mimi, pleine de bonnes intentions, mais j’ai l’impression qu’on fait tout pour elle, elle manque clairement de profondeur et je la trouve un peu fade.

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Pourtant, il s’en passe des événements dans cette ville où tout le monde se connaît, les relations se font et se défont. J’ai l’habitude des romans où il se passe trop de choses pour que ce soit vrai, mais en général j’ai envie d’y croire, ou j’accepte de le croire car ça sonne vrai, car les intérêts sont grands. Ici, j’ai regardé les événements d’un œil distant, sans y croire un instant et en trouvant cela artificiel. Bizarrement, malgré tous les rebondissements, je me suis ennuyée, ce n’était pas assez rythmé et j’en avais assez marre de ce décor de petite ville américaine. Je n’étais sûrement pas dans le meilleur état d’esprit non plus pour en profiter, il est vrai, mais – je ne sais pas si la traduction y est pour beaucoup ou pas – l’écriture elle-même est un peu lourde, ça ne tiendrait qu’à moi, j’aurais fait de sacrées coupes ! Peut-être que ce style est recherchée, mais ce n’est clairement pas ma tasse de thé. Pourtant je reconnais qu’il y a un talent dans l’écriture de Katarina Bivald : l’idée de départ est sacrément bonne. Mais le lieu d’arrivée : beurk.

Un avis très subjectif mais sincère… Et vous, qu’en avez-vous pensé ?

Katarina Bivald, La bibliothèque des cœurs cabossés, traduit du suédois par Catherine Buy, aux éditions J’ai lu, 10€.

Fleur de Tonnerre, de Jean Teulé

fleur-de-tonnerreJean Teulé. Troisième apparition de l’auteur sur le blog, avec Fleur de Tonnerre, même si j’ai déjà eu l’occasion de lire beaucoup plus de ses romans dans le passé. Et très franchement, je ne sais pas trop quoi en penser. Il y a certaines œuvres dans sa bibliographie qui sont incroyables, d’autres décevantes. Mais il y a toujours un style propre à Jean Teulé reconnaissable entre mille. Après, de là à dire que j’aime ça… Il ne faut pas exagérer.

On sait que le bonhomme aime bien les récits historiques, les histoires qui se basent complètement sur des hommes et des femmes particuliers, à la lisière de l’humanité et de la folie. Et le personnage central de cette intrigue m’avait attiré dès la quatrième de couverture. Elle s’appelait Hélène Jégado et ce n’est pas qu’une femme de fiction : elle a vraiment existé, dans la première moitié du XIXe siècle, en plein cœur de la Bretagne. On la surnommait Fleur de Tonnerre. Elle croyait au pouvoir des menhirs, aux esprits qui hantent les forêts, même si le catholicisme tentait déjà par tous les moyens possibles de se faire une place dans la région. Nous allons la suivre toute sa vie, à travers ses différents et nombreux postes de cuisinière. Derrière elle, les corps s’amoncellent. Car Hélène se sent investi d’une mission, elle a l’impression de faire le travail de l’ankou, de la mort. Elle empoisonne méthodiquement. Affinant ses méthodes, elle n’a jamais fait preuve de scrupules. Les années passent sans qu’elle ne se fasse attrapée, elle connaît de multiples vies. Et il me semble qu’elle y laisse à chaque fois un peu de sa raison.

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J’ignore à quel point il y a du vrai, historiquement parlant, dans ce roman. On ne lui demande pas d’être véridique, mais il semble que l’auteur ait fait pas mal de recherches, ce qui rend ce récit d’autant plus accrocheur. On s’imagine ces scènes, ces gens, ces réactions, ces villes, ces paysages, ces façons de vivre, ces coutumes, cette langue bretonne peu à peu effacée par le français… C’est réel pour nous, on s’y croit vraiment. L’écriture de Teulé, généralement, y aide, avec une langue simple mais ancrée dans l’histoire, de nombreux dialogues, des chapitres courts et directs. J’ai toutefois beaucoup de mal avec ce style inégal : poétique, puis drôle et brusque d’un coup. Je ne suis pas charmée du tout et même pire : j’ai eu l’impression que l’écriture me parasitait parfois dans ma découverte de l’histoire. C’est tellement changeant d’un paragraphe à l’autre que je ne parviens même pas à vous trouver un extrait représentatif du roman.

J’ai apprécié ce destin hors du commun, d’une femme bien étrange. Mais je ne me suis nullement attachée à ce personnage – et pourtant, la littérature nous a démontrés maintes fois qu’un personnage négatif pouvait être attachant. Il y a deux personnages secondaires que l’on croise tout au long du roman…. Je ne les ai pas aimés du tout ! On aurait dit un rajout artificiel pour augmenter le nombre de pages. Ils ne servaient à rien, n’apportaient absolument rien à la lecture.

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Il y a des hauts et des bas dans ce livre. Pour ma part, j’ai l’impression que les sujets traités par Jean Teulé me plaisent de plus en plus, mais son écriture me convient de moins en moins. On sent pourtant que l’auteur soigne son œuvre, qu’il y a un sacré travail là-dessous… Mais ça ne fonctionne pas avec moi, je passe complètement à côté. Il est possible que ce soit ma dernière lecture de l’auteur.

Jean Teulé, Fleur de Tonnerre, aux éditions Pocket (15766), 6€20.

Une soirée littéraire, d’Ivan Gontcharov

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Cela faisait une éternité que je n’avais pas lu un roman russe. C’est une littérature que j’apprécie, mais à petite dose, sinon je fais vite une overdose justement ! Il faut dire que j’ai à chaque fois l’impression d’atterrir sur une autre planète, d’être catapultée dans une société à laquelle je ne comprends pas tout et, surtout, dont je ne fais pas partie. Et avec Une soirée littéraire d’Ivan Gontcharov, ça n’a pas raté.

Des invités sont réunis chez Ouranov : gens du monde du livre, connaissances, prétendantes, militaires. Une petite vingtaine, pour écouter une lecture. Pour la plupart, c’est une première. L’auteur n’est pas connu. Il s’agit à du premier roman sur lequel il travaille – histoires d’amour et de jalousies dans les hautes castes, à la russe. Lecture longue, qui en passionne certains, qui en ennuie d’autres. Petits discussions, coup d’œil, attitudes, pensées. On revient sur chaque personnage, on le présente. Car une fois la lecture passée, leur hôte les convie à un repas : le moment idéal pour reparler du roman lu, mais pas seulement. Littérature, journalisme, rang social, etc. De nombreux autres sujets de conversations vont émailler la nuit. C’est aussi l’occasion pour beaucoup de se rencontrer, de faire connaissance autour de la table. Des personnalités s’affirment, se dessinent.

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Un petit récit qu’on ne trouverait pas chez nos auteurs français. J’ai l’impression que seuls les Russes savent faire ce genre de récit : ambiance désuète d’une aristocratie du siècle passé, littérature classique qui s’oppose aux points de vue moderne, et galerie de personnages. Des personnages qu’on rencontre par touches, et que je n’arrêtais pas de confondre. On n’est pas assez proche d’eux, les dialogues constants nous embrouillent : je me suis perdue à plusieurs reprises, ce qui ne m’a pas aidé à dessiner la personnalité de chacun ! Toutefois, je me suis laissé bercée sans trop chercher à avoir le fin mot de l’histoire, et les pages défilent sans trop de difficulté. Mais je n’irai pas jusqu’à dire que cette lecture fut excellente. C’est un peu trop impersonnel, et surtout assez vain : je n’ai pas vraiment trouvé qu’il y avait là une intrigue, un but, un fil conducteur solide. On suit une nuit à la russe, en passant. Et je n’attendais rien de plus de ce petit livre ceci dit et il m’a diverti le temps d’une journée.

A vous de voir si vous voulez tenter l’aventure !

Ivan Gontcharov, Une soirée littéraire, traduit par Bernard Kreise, aux éditions de L’Herne, 16€.

Dolce agonia, de Nancy Huston

Le fumet se répand telle une douleur dans la maison : ça m’a toujours été pénible, se dit Sean, l’odeur de la bonne cuisine, pire depuis le départ de Jody mais ça m’a toujours été pénible, dans toutes les maisons où j’ai vécu, la viande surtout, ragoûts de bœuf de mamie à Galway, soupes au poulet de m’man à Sommerville, osso buco somptueux de Jody, le fumet de la viande qui cuit une souffrance à chaque fois, un élancement de nostalgie : passe encore d’entrer dans une maison et de consommer un repas de viande, mais en humer l’odeur tout au long de sa cuisson est une torture, pas à cause de la faim mais à cause de l’idée insinuante, désespérante, sans cesse transmise et retransmise aux tripes, de la dinde en train de dorer lentement dans ses jus, faisant perversement miroiter des promesses de chaleur bonté bonheur, simples plaisirs domestiques, toutes choses qu’on ne peut avoir et qu’on n’a jamais eues, pas même un enfant.

Aujourd’hui, je vous invite à découvrir un roman que je traîne depuis des lustres dans ma bibliothèque : Dolce agonia de Nancy Huston, une auteure que j’affectionne particulièrement. Une belle découverte encore une fois.

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Thanksgiving, le repas où l’on remercie, où l’on rend grâce. Dieu est là, qui a décidé d’observer, de commenter également un moment, parmi tous les autres moments : le repas de Thanksgiving dans le maison de Sean Farrell. C’est un poète et professeur d’université, la quarantaine bien passée. Il a réuni autour de lui des amis, des gens auxquels il tient. Collègues dont il est proche, anciennes compagnes… Et chacun a emmené son épouse, son mari. Ils ne se connaissent pas tous, ils ont chacun eu des vies différentes mais un point les relie ce soir : vouloir partager un moment de bonheur alors qu’ils ont tous traversé et traversent encore des épisodes tragiques et douloureux. Entre la préparation du repas, l’attente de la neige et des discussions en petit comité, la soirée avance. Au fil des pages, on voyage dans les souvenirs et les pensées de chacun, on revit leurs vies. Ainsi, chacun d’eux finit par nous être proches : on comprend leurs réactions, leurs peurs, leurs doutes. On se surprend à les aimer ou à avoir pitié d’eux. Ce couple en deuil, cette mère inquiète pour son fils atteint d’une tumeur, cet homme qui a vu sa femme partir avec ses enfants, cette jeune épouse qui cache un lourd passé, ce vieil homme agité de souvenirs.

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L’humain et l’humanité est au centre de ce roman, plus peut-être que l’amour. On y parle énormément de famille, d’attachement, de mort, et malgré les désaccords, l’hypocrisie, les secrets, on espère que le soir de Thanksgiving saura tous les rassembler.

Il ne s’agit pas là d’un conte de Noël, il n’y a rien de féerique. Disons que c’est une œuvre à la fois poétique dans sa construction, dans son écriture et très réaliste dans son fond. La plume de Nancy Huston est rafraîchissante, talentueuse, hors normes, audacieuse. Elle reste toutefois complètement accessible et est une vraie invitation à la lecture. L’auteure écrit pour nous, pour nous faire entrer dans ce cercle d’amis en cette nuit si particulière. L’écriture est légère, passant d’un sujet à l’autre, d’une pensée à un souvenir, d’une réflexion à une discussion avec aisance. Elle se détend et devient plus intime au fil des heures et des verres d’alcool des convives. On l’épouse complètement, on ne fait plus qu’un avec elle et on est littéralement plongé dans cette ambiance. On y est, chez Sean Farrell, à ce dîner de Thanksgiving. C’est en tout cas de cette façon que je l’ai vécu. Intensément. Il faut se laisser aller à la langue de l’auteur, approuver de ne pas trop savoir où l’on va, et vous verrez : ce n’est que du bonheur.

Et vous, avez-vous déjà succombé à la plume de Nancy Huston ?

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Nancy Huston, Dolce agonia, aux éditions J’ai lu, 6€90.