Un écrivain, un vrai de Pia Petersen

Tout d’abord…

Bonne année à tous !

Je vous souhaite plein de bonheur et de merveilleuses lectures !

Cela fait une éternité que ce livre fait partie de ma whislist ! Je suis tellement heureuse d’avoir enfin pu lire Un écrivain, un vrai de Pia Petersen.

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Le style plus exigeant et personnel de l’auteur m’a surprise. J’étais tellement habituée à la narration facile et à la plume simple mais belle des romances young-adult. Dans ce livre, je trouve que tout, que ce soit les dialogues, les personnages, le rythme, le thème, est un cran au-dessus des autres romans lambda. C’est toujours l’effet que ça me fait avec Pia Petersen : j’ai toujours l’impression de lire de la bonne littérature, accessible mais dans le haut du panier tout de même.

Le héros s’appelle Gary. Il a enfin obtenu le prix littéraire qu’il attendait tant. Il est célèbre, ambitieux, beau. Avec sa femme Ruth, il accepte d’être la vedette d’une téléréalité : il serait là, en train d’écrire, modifiant son récit selon les votes des téléspectateurs. La création à l’ère moderne dans toute sa splendeur. Mais une émission comme celle-ci, c’est également se laisser dicter ses choix, se faire filmer tout le temps, accepter les compromis et les scénarios. Même quand le scénario en question touche à son couple – et le scénario finit peut-être par devenir vrai. On retrouve aussi le même Gary un an plus tard, enfermé dans son sous-sol. Il ne sort plus, redoute sa femme. Tout a changé.

On fait des allers-retours dans le temps, dans les points de vue. Ce n’est jamais indiqué clairement donc il faut peut-être être un peu attentif au début mais on finit toujours par retomber sur ses pieds. J’étais très emballée par la quatrième de couverture, mais finalement l’intrigue se base plutôt sur les personnages et leur lien entre eux. Je les ai tous appréciés : il faut dire que l’auteure a beaucoup de talent pour dessiner des personnages forts et complexes. Ils évoluent avec le temps et les épreuves. Certains sont naïfs, d’autres présomptueux… Je pensais que le côté télévision, vedette, télé-réalité prendrait le dessus, mais en réalité pas vraiment. On parle bien sûr d’argent, de célébrité, de notoriété, mais pas en tant que tels : Pia Petersen nous montre plutôt quelles répercussions tout cela peut avoir sur notre vie.

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Comment veux-tu qu’on te prenne au sérieux ? Gary bredouilla que c’était ainsi, le monde d’aujourd’hui, qu’il fallait du réel, quelque chose d’instantané, d’immédiat, que les romans se lisaient à la télé, c’est le nouveau monde et il balbutia que la fiction, c’était maintenant en dehors du roman qu’elle s’écrivait, parce que le quotidien était mis en fiction. C’était troublant.

Les pages défilent vite, même si certaines semblent bien longues – Pia Petersen n’est pas toujours fan des retours à la ligne, certains passages sont un peu longs. Mais la langue est incroyable, virevoltante, virtuose, innovante. J’apprécie de faire un style si personnel, si particulier. Sans compter que le sujet de base me plaisait et que les personnages sont incroyables. Je ne peux que vous le recommander !

Pia Petersen, Un écrivain, un vrai, aux éditions Actes Sud, 20€.

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Passer le pont, de Pia Petersen

Il me disait aussi que j’avais du caractère et qu’il me fallait apprendre à me taire et obéir. Il faut que tu puisses t’accomplir. Pour ça, il faut savoir obéir, apprendre à dire oui, à te soumettre. Il m’a dit ça et aussi qu’il ne fallait pas obéir à n’importe qui, mais à lui seul et que c’était à moi de le choisir, ça, de lui dire oui et après je saurais dire oui à la vie.

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Kara est une jeune femme d’un naturel peu sûre d’elle, un peu tournée vers la mélancolie mais le jour où tous ses collègues se liguent contre elle et la font virer, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Elle glisse vers une dépression foudroyante. Mais au même moment, elle rencontre un ancien copain de lycée, Ron. Face à son désarroi, celui-ci lui propose de rencontrer un de ses amis, ex-psy reconverti dans l’enseignement, selon lui il fait des merveilles. Elle accepte et fait alors la connaissance de celui qui va bouleverser le cours de son existence. Pour lui « changer la vie », il va lui demander de tout quitter, de se déconstruire, d’oublier sa famille, ses amis, son appartement, de vivre dans le confinement. Et pour que Nathan l’aide, il faut qu’elle l’aime, il faut qu’elle accepte de faire des sacrifices. Maintenant ses nouvelles relations sont Sophie, Katrina, Mira, mais aussi Victor, Léon… Des gens qui n’en ont « rien à foutre d’elle » et qui n’ont d’yeux que pour Nathan. C’est vrai qu’il est mystérieux, inaccessible mais tellement attirant. Il est l’objet de toutes les envies, de tous les désirs, on ferait tout pour un regard, une parole, un geste, même si pour cela il faut se faire descendre plus bas que terre, soi-disant pour qu’on « s’améliore ».

J’emploie le « on », pour dire à quel point ce roman m’a obsédée, enivrée dans cette spirale malsaine de la manipulation. Pia Petersen dans Passer le pont m’a hypnotisée par son écriture, par ses mots qui décrivent avec tellement de sincérité le quotidien de cette femme emportée malgré elle dans un voyage qu’elle voulait salutaire. Par désespoir, elle s’est laissé influencée jusqu’au plus profond de son être par ce personnage si captivant qu’est Nathan. A lui seul, c’est presque une secte, même si après lecture on ne sait pas vraiment si ce terme convient tout à fait.

L’écriture est vraiment proche de Kara, c’est Kara. A première vue, on dirait un langage simple, pourtant ce style si proche de la psychologie du personnage a été très travaillé, il ne dit rien de trop ou de moins. C’est un retournement de sa vie que subit dans ces pages l’héroïne, quelque chose de fort et de puissant, et elle est partagée entre ses principes et les restes de sa volonté qui sont restés ancrés en elle et son envie de tout changer, son accord avec les dires de Nathan. Et toute personne qui a connu un jour la tristesse, la souffrance, le manque de confiance en soi se laisse bercer par les propos et les promesses de cet homme : même moi au cours de la lecture je me disais « Eh, mais c’est pas si bête que ça ce qu’il dit celui-là! » Et c’est là sa puissance : tout ce dont il parle a l’air si juste… Il profite de la faiblesse des gens pour mieux les enfermer dans son piège et ça marche. Mais la jeune femme est forte et résistante, et entre une envie de se retrouver maîtresse d’elle-même et celle de profiter d’une liberté légitime qu’elle voit s’enfuir, son cœur balance.

Kara ne s’est pas faite totalement avoir. Le texte se scinde en deux parties qui s’entremêlent : son enrôlement dans l’univers de Nathan et plus tard quand enfin sortie de cette affaire, elle accepte un rendez-vous avec cet homme. On ne sait pas trop quoi penser de cette histoire une fois le livre refermé, la fin est assez particulière, vous le verrez.

J’ai été retournée par ce livre, il ne traite pas d’un sujet facile. Toutefois, l’écriture est vraiment époustouflante, j’ai tout de suite été emmenée par ce style si particulier. Pia Petersen est une vraie découverte pour moi et ce roman ne serait pas le dernier que je lirais d’elle. Je vous le conseille les yeux fermés !

Pia Petersen, Passer le pont, aux éditions Actes Sud, collection « un endroit où aller », 21€80.