Ecriture, mémoires d’un métier, de Stephen King

Depuis le temps qu’on me serinait « Quoi ? Mais tu n’as encore jamais lu un Stephen King, mais c’est the master of horror, ma chérie ! »… Ben oui, certes, mais ce n’est pas tout à fait mon genre de romans ; en plus, ce n’est proposé qu’un grand format, couverture rigide à la médiathèque, pas vraiment pratique pour l’emmener partout avec soi. Mais bon, c’est vrai qu’il m’intriguait ce lascar, alors j’ai quand même voulu voir à quoi ressembler sa plume, j’ai donc choisi le livre qui pouvait le plus potentiellement me plaire : Écriture, mémoires d’un métier.

Il faut dire qu’il a eu une drôle de destinée ce bouquin. Il était à peine commencé que l’auteur se fait renverser pas un van au cours d’une promenade. Résultat : jambe en miette, hanche pas au top, douleur, rééducation, tout le tintouin. De quoi faire réfléchir. D’ailleurs, King nous parle de cet accident en dernier partie (et il n’oublie pas ses talents de conteurs au passage).

Que peut-on lire dans ces pages ? Tout d’abord, il commence par nous énumérer quelques éléments de sa vie, surtout pendant l’enfance et l’adolescence, qui ont pu influencé sa nature d’écrivain. Cela aurait pu être intéressant mais je vous avoue que j’ai eu souvent vraiment du mal à dénicher le lien entre ses baby-sitters et ses romans effrayants, d’autant plus que tout le livre est très « américo-centré ». On ne peut pas vraiment lui reprocher, mais quand il nous évoque les revues dans lesquelles il publiait ses premières nouvelles, non seulement c’est une autre époque (de l’eau a coulé sous les ponts depuis) mais surtout ça n’évoque pas grand chose depuis notre petite France. Par exemple, plus loin, il évoque la question des agents littéraires qui sont légion aux Etats-Unis, le poblème c’est que c’est encore une méthode plutôt marginale en France, un travail encore peu répandu même s’il prend de plus en plus d’ampleur. Chez lui, un jeune auteur a tout intérêt à demander l’aide d’un agent pour se faire connaître, chez nous cet agent il faudrait trouver de quoi le payer avant toute chose… Ce sont les personnes déjà publiées et qui n’ont pas toutes les peines du monde à trouver un éditeur qui en profite avant tout.

Heureusement, c’est bien écrit, c’est facile à lire, c’est complice, c’est parfois drôle, mais surtout c’est sincère. Et cette impression ne m’a jamais quitté : King peut se vanter d’avoir créer une réelle relation avec ses lecteurs et de tout le bouquin, il ne nous lâche pas. Il l’a écrit pour nous ce machin, il nous l’adresse à nous qui nous intéressons de près ou de loin au monde de l’écrit de fiction. Alors pourquoi il mentirait, pourquoi est-ce qu’il travestirait les choses pour les rendre plus jolies, pourquoi prendrait-il un ton plus pompeux sous couvert que l’on parle de littérature ? Jamais il ne tombera dans le fossé de la fausse intelligence hautaine. Il reste à notre niveau, même si paradoxalement on s’en sent rabaissé quelques moments.

Dans les deux plus grandes parties de son ouvrage, Stephen King évoque avec nous quelques points précis et nous donne des conseils qui lui tiennent particulièrement à cœur comme éviter au maximum les adverbes ou le style passif. Des recommandations avec lesquelles je suis assez d’accord, même si je les suis rarement ! Ce n’est pas du temps perdu que de les lire.

De plus, lire du Stephen King, c’est très facile, même dans ce livre à part, plus technique et théorique que fantastique et fictionnel. Grâce à des comparaisons bien trouvés, des témoignages placés au bon moment et des exemples, il arrive à nous convaincre et à nous faire comprendre les petites choses importantes qui font un écrivain. Écriture est vraiment à la portée de tous, toutefois, lui-même le rappelle, ce livre ne fera pas d’un quidam un auteur de best-seller en un jour. Il le répète à plusieurs reprises, et il a complètement raison : pour écrire, il faut lire, lire, lire, lire et s’exercer !

 

Toutefois, moi qui baigne dans ce milieu de la création littéraire et dans le creative writing qui commence à peine à pointer le bout de son nez en France, je peux vous dire que ce livre n’est pas suffisant. Certes il apporte un regard nouveau, il met en avant des choses auxquelles on n’aurait sûrement pas pensé… Mais pour avoir une vision d’ensemble de l’écriture, des méthodes, des consignes, des conseils, il faut d’abord patauger dans d’autres œuvres de fictions, dans d’autres genres, il faut aller regarder ce que d’autres ont pu écrire sur l’écriture, il faut aller à la rencontre des auteurs, il faut voir en quoi consiste un atelier d’écriture, et surtout il faut avoir la passion. En comparaison à d’autres œuvres sur l’écriture, ce livre est presque pauvre : pas complet sur le plan pratique, concret, peu séduisant du point de vue des confidences, du côté autobiographique qui partagerait avec nous le destin d’un écrivain.

Bref, il m’a laissé sur les lèvres un goût de thé trop infusé : pas mauvais, bon même dans la bouche des néophytes mais peut faire mieux.

Stephen King, Écriture, mémoires d’un métier, traduit de l’anglais (États-Unis) par William Olivier Desmond, chez Albin Michel, 20€15, OU chez Le Livre de Poche, 6€60.

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Emplettes à la bibliothèque

Je le répète assez souvent dans ces pages, à tel point que vous devez connaître la rengaine : je suis une pauuuuuvre petite étudiante fauchée qui fait flamber peut-être un peu trop vite ses peu de sous dans de la nourriture de qualité. De facto, le peu qui me reste va dans les livres et les chaussures, mais ce n’est pas du tout suffisant pour combler mes envies de lecture (a contrario, mon placard à chaussures est trop rempli…). Heureusement, pour ne pas me retrouver en panne sèche, le dieu de la culture créa les bibliothèques où je zone régulièrement. Voyons voir ce qu’a donné mon dernier casse !

L’atelier des miracles, de Valérie Tong Cuong, aux éditions JC Lattès. Je vous avoue que je n’ai lu la quatrième de couverture qu’une fois chez moi. Les twittos et les blogueurs parlent de ce roman depuis plusieurs semaines, en faisant son éloge, je me devais de le lire.

Présentation de l’éditeur : C’était un atelier d’horlogerie, a-t-il souri. Remettre les pendules à l’heure, réparer la mécanique humaine : c’est un peu notre spécialité, non ?

Professeur d’histoire-géo, Mariette est au bout du rouleau. Rongée par son passé, la jeune Millie est prête à tout pour l’effacer. Quant au flamboyant Monsieur Mike, ex-militaire installé sous un porche, le voilà mis à terre par la violence de la rue.

Au moment où Mariette, Mike et Millie heurtent le mur de leur existence, un homme providentiel surgit et leur tend la main – Jean, qui accueille dans son atelier les âmes cassées.
Jean dont on dit qu’il fait des miracles.

Auteur du très remarqué Providence (Stock, 2008), Valérie Tong Cuong nous plonge avec L’Atelier des miracles au coeur de nos vies intimes. C’est aussi un hyme aux rencontres qui donnent la force de se relever.

Viol, une histoire d’amour de Joyce Carol Oates, aux éditions Philippe Rey. Voilà maintenant un petit moment que je voulais lire quelque chose de Oates, pour découvrir cette écriture qui m’était jusqu’à présent inconnue. Il y avait beaucoup de choix à la médiathèque, forcément le titre de celui-ci m’a heurté, et vu que j’aime bien les livres torturé. De plus, alors que les autres romans en rayon de Oates semblaient être des pavés, Viol a une taille raisonnable.

Présentation de l’éditeur :

Ils étaient cinq. Ivres, camés. L’ordinaire de leurs samedis soir, quoi… Peut-être encore plus excités ce samedi-là, au soir du 4 juillet, la fête nationale.Vers minuit, la belle Tina Maguire a eu le tort de couper court à travers le parc pour rentrer plus vite chez elle avec sa gamine Bethie, 12 ans. Ils l’ont laissée pour morte dans le hangar à bateaux. Une tournante comme on n’ose pas en imaginer. Une abomination à laquelle a assisté, réfugiée derrière un tas de vieux canoës, la petite fille. Qui a pu finalement se traîner jusqu’à la route pour appeler au secours, et a sauvé ainsi sa mère.

Sauvé ? Pas des griffes des avocats de haut vol, ni de l’incompétence des procureurs, ni des propos de certaines bonnes âmes: elle l’a bien cherché… en fait elle l’a cherché tout court. Ca lui pendait au nez…

Elle risque désormais de mourir vraiment, Tina. Et Bethie ne peut que prier pour l’intervention miraculeuse d’un ange vengeur. Justement, il est là, dans l’ombre. Un flic épris de justice. Epris tout court. Le héros silencieux d’une histoire d’amour peu banale, racontée avec une éblouissante violence par une Joyce Carol Oates à son meilleur.

 

La lumière qui s’éteint de Rudyard Kipling aux éditions Gallimard. Je voulais choisir un Kipling pour le challenge victorien d’Arieste mais j’avoue que je n’avais pas beaucoup de choix et surtout les quatrièmes de couverture n’était pas alléchantes.

Présentation de l’éditeur : Dans La lumière qui s’éteint, le lecteur trouve matière à émotions fortes : l’amour, la guerre, la mort y sont évoqués sur un fond d’exotisme qui plaît aux amateurs de romans d’aventures. L’imaginaire et le réel y sont habilement mêlés. Le texte a le parfum de l’expérience vécue tout en faisant la part belle aux espérances irréalisées et peut-être irréalisables. Et surtout, au terme d’une existence agitée qui connaît les sommets de la gloire et les abîmes du désespoir, la mort triomphe, qui seule peut apaiser les souffrances du héros, Dick Heldar. Délaissant le monde indien, Kipling situe son action en Angleterre et au Soudan et, de plus, il s’y met en scène. L’affection particulière qu’il garda toujours pour ce roman dit clairement qu’il y mit beaucoup de lui-même.

 

Bienvenue de Kim Yi-seol aux éditions Philippe Picquier : j’avais envie d’un peu d’exostisme et pour ça les auteurs asiatiques sont les meilleurs. Par pur hasard je suis tombée sur ce livre, la couverture était attirante. Son auteure est sud-coréenne, une littérature que je découvre avec ce roman.

Présentation de l’éditeur : Yunyeong est prête à tout pour conquérir une vie meilleure : elle doit porter à bout de bras un bébé, un compagnon bon à rien, une soeur poursuivie par ses créanciers, un frère accro aux jeux d’argent ainsi qu’une mère étouffante. Elle a décroché un emploi de serveuse dans un restaurant, qui se révèle être une maison de passe clandestine. Un roman qui témoigne crûment de la brutalité des rapports sociaux et de la condition faite aux femmes en Corée – une réalité connue de tous mais qui reste soigneusement occultée. Yunyeong se débat contre la pauvreté et résiste à la violence et au mépris grâce à son insurmontable énergie qui, seule, lui permet de garder espoir.

 

Ecriture, mémoires d’un métier de Stephen King, aux éditions Albin Michel. Je dois avouer que je n’ai jamais lu de Stephen King alors que certains de ses livres sont dans ma liste d’envies lecture. Pourquoi ? Parce que c’est trop dur de choisir un de ses romans quand je suis en librairie, et à la médiathèque où je trouve pratiquement toute sa bibliographie, ils ne proposent ses livres qu’en très grand format, reliure biblioteca, couverture cartonnée, bref rien de pratique pour une lectrice comme moi qui bourlingue toujours son livre en cours de lecture avec elle. Mais Ecriture me faisait vraiment de l’œil depuis longtemps, je pense que ça peut être un bon moment de rentrer dans cet univers, et puis on m’a loué les louanges de ce livre. En plus, il a une couverture souple.

Présentation de l’éditeur : Quand Stephen King se décide à écrire sur son métier et sur sa vie, un brutal accident de la route met en péril l’un et l’autre. Durant sa convalescence, le romancier découvre les liens toujours plus forts entre l’écriture et la vie. Résultat : ce livre hors norme et génial, tout à la fois essai sur la création littéraire et récit autobiographique. Mais plus encore révélation de cette alchimie qu’est l’inspiration.

Une fois encore Stephen King montre qu’il est bien plus qu’un maître du thriller : un immense écrivain.

 

 

Voilà de bonnes lectures en perspectives, et j’espère que les chroniques qui les accompagneront vous plairont ! A bientôt !