Hangar n°7, de Paul Mainville

Il est toujours intéressant de voir ce qui se fait ailleurs, en terme d’édition, d’écriture, de publication. Quand j’ai eu l’occasion de lire un roman publié au Québec, je me suis donc empressée d’accepter sa lecture. C’est ainsi que Hangar n°7 de Paul Mainville a rejoint ma bibliothèque : un peu par hasard, un peu grâce à ma curiosité envers la Francophonie.

516avbciyql-_sx195_

Albert est trapéziste. Avec sa troupe, il va présenter son nouveau spectacle, l’occasion pour lui de revenir sur sa vie, sur les origines de ce nouveau numéro avec la jeune journaliste Mélaine. Pour connaître le début de tout ça, il faut remonter quelques décennies plus tôt, en 1980. Une guerre ethnique éclate entre deux pays d’Europe de l’Est, la Bordénie et l’Espora, qui se disputent un bout de terre. Des morts, de la violence, des prisons, de l’injustice, et au milieu une petite troupe de cirque faite prisonnière par l’ennemi. Parmi ces artistes, Albert et sa femme Anna, enceinte. Pour survivre dans le camp où ils sont enfermés, ils vont devoir jouer, faire des représentations pour leurs geôliers. L’art comme moyen de survivre.

L’histoire ne peut que nous rappeler les guerres ethniques d’Afrique mais aussi les camps de concentration nazis. Un joyeux mélange de douleur et de guerre. Et malgré les événements terribles que les personnages subissent, il y a une lueur d’espoir : le cirque. Une troupe unie, un art qui fait vivre. Ce livre est assez court et on comprend très vite que les enjeux sont plus grands qu’il n’y paraît, qu’il y a anguille sous roche, ce qui nous pousse d’autant plus à continuer notre lecture.

Il est vrai que le style de l’auteur paraît peu naturel par instant et qu’il y a quelques longueurs. De plus, certains éléments de l’intrigue paraissent inutiles ou mal amenés, comme un acteur surjouant son rôle. Bref, il manque un certain équilibre, un certain côté romanesque, une fluidité dans la narration. Toutefois cela est léger, et même s’il faut faire quelques efforts par moments pour suivre l’histoire, ce roman est globalement intéressant, intriguant et on prend plaisir à suivre l’évolution (parfois tragique) des personnages jusqu’au twist final.

psy-trapezec2a9odcphoto

Ce ne sera pas pour moi la révélation de l’année, mais j’ai quand même apprécié cette lecture malgré quelques lourdeurs. J’ai surtout trouvé l’histoire originale : mêler guerre et cirque avec tel brio n’est pas donné à tout le monde. Je trouve tout de même que l’art n’a pas une place aussi importante dans ce livre que le voudrait l’auteur (comme il nous le dit en post-face). Les descriptions des spectacles sont même assez mauvaises ce qui est vraiment dommage.

Un avis global assez positif. Je dis oui à l’histoire et bof à la manière dont elle nous est racontée. A vous de juger à présent !

Paul Mainville, Hangar n°7, aux éditions Triptyque, 23$

Disponible en version numérique

Education européenne, de Romain Gary

51iv7usvkkl-_sx298_bo1204203200_1Romain Gary et moi, on fait connaissance depuis quelques mois. J’essaie régulièrement de lire ses écrits, petit à petit, et autant vous dire que de très nombreuses œuvres de l’auteur m’intéressent. A dose homéopathique, pour savourer sans m’écœurer, je me plonge donc dans ce style sincère et juste, avec plaisir. Ce mois-ci, j’ai décidé de lire Éducation européenne. Je me suis lancée sans trop savoir de quoi cela allait parler, un peu à l’aveuglette. Il faut dire que le titre ou la quatrième de couverture nous renseignent guère.

Romain Gary nous embarque dans la forêt polonaise. C’est l’hiver, la neige est épaisse, tout est glacé, et les températures ne cessent de descendre encore et encore en dessous de zéro. Ils sont un petit groupe à vivre là, cachés. Ils doivent se dissimuler pour garantir leur survie puisqu’ils sont résistants. Ils ont fui leurs villages pour affronter cette Seconde guerre mondiale et combattre les Allemands. Ils ont perdu des frères, des pères, ont vu leurs sœurs et leurs filles embarquées dans des bordels. Janek les a rejoint, un peu par hasard. Du haut de ses quatorze ans, il errait entre les arbres à la recherche de son père disparu et est tombé sur eux.

Courir discrètement en ville pour attraper quelques renseignements ou de quoi manger. Soutenir son ami malade qui sait qu’il va mourir. Faire revivre cette jeune fille qui joue les infiltrés dans le camp adverse en y laissant sa dignité. Essayer tant bien que mal de survivre auprès du feu. Parfois, tenter une action contre les Allemands. Et surtout, attendre, attendre les nouvelles : les nouveaux exploits du célèbre résistant Nadejda, les nouvelles du front russe qui pourrait changer leur destin. Parmi eux, il y en a un qui a décidé d’écrire, des histoires liées à cette guerre, avec imagination et humour : nous aussi nous découvrons ces récits, ces récits grâce auxquels sans doute le petit groupe peut survivre.

Ça s’appelle Éducation européenne. C’est Tadek Chmura qui m’a suggéré ce titre. Il lui donnait évidemment un sens ironique… Éducation européenne, pour lui, ce sont les bombes, les massacres, les otages fusillés, les hommes obligés de vivre dans des trous comme des bêtes… Mais moi, je relève le défi. On peut me dire tant qu’on voudra que la liberté, la dignité, l’honneur d’être un homme, tout ça, enfin, c’est seulement un conte de nourrice, un conte de fées pour lequel on se fait tuer. La vérité, c’est qu’il y a des moments dans l’histoire, des moments comme celui que nous vivons, où tout ce qui empêche l’homme de désespérer, tout ce qui lui permet de croire et de continuer à vivre, a besoin d’une cachette, d’un refuge. Ce refuge, parfois, c’est seulement une chanson, un poème, une musique, un livre. Je voudrais que mon livre soit un de ces refuges, qu’en l’ouvrant, après la guerre, quand tout sera fini, les hommes retrouvent leur bien intact, qu’ils sachent qu’on a pu nous forcer à vivre comme des bêtes, mais qu’on n’a pas pu nous forcer à désespérer.

forest-1096493_960_720Globalement, j’ai apprécié ce roman, l’histoire du quotidien des résistants perdus en forêt m’a beaucoup intéressé. J’ai surtout adoré les petites pépites ou surprises que vivaient nos personnages : un petit garçon qui joue du violon, la rencontre entre Janek et la jeune Zosia, les pères et leurs liens avec leurs fils qui n’ont pas suivi les mêmes voies. La figure du père et la musique imprègnent ce livre. Comme toujours avec Romain Gary, la lecture est aisée, des dialogues nombreux et des phrases courtes résumant l’action font avancer efficacement l’intrigue et nous tiennent en haleine. Mais il n’y a pas de forts moments de tension dans cette œuvre mais à l’inverse on peut trouver une sorte de fatalité parfois. Ce n’est pas un roman franchement optimiste : il nous immerge dans l’attente hivernale de ce groupe d’hommes. Il y a toutefois certaines pages vraiment fortes : quelques personnages meurent et notre cœur se serre à chaque fois. Les horreurs de la guerre, on en voit certaines, et ce qui est le plus déprimant, c’est la notion de quotidien qui les accompagnent.

Il y a tout de même un point qui m’a dérangée : les personnages. Tout d’abord, cela peut paraître bête, mais j’ai eu beaucoup de mal à m’y retrouver : les personnages sont nombreux, ils ont des noms aux consonances étrangères ce qui m’a embrouillée d’autant plus car je les confondais sans cesse. Mais surtout, je n’ai pas vraiment réussi à m’y attacher. Romain Gary lui-même semble assez distant de ses personnages. On peut écarter Janek, le personnage principal, et les figures paternelles peut-être pour qui les descriptions sont plus complètes et « humaines ». Mais pour les autres, c’est assez succinct. Il n’y a aucune empathie. Hors, pour un roman au sujet aussi fort, je trouve cela vraiment dommage. Peut-être suis-je passée à côté de quelque chose ?

acca4

Toutefois, je suis assez contente de ma lecture. L’écriture de Romain Gary est très belle et limpide, même si j’aurais aimé plus d’émotion et d’implication. Je continuerai ma découverte de son œuvre avec curiosité.

Romain Gary, Éducation européenne, aux éditions Folio, 7€10.