La Septième Vague, de Daniel Glattauer

« Cher Leo, ce que tu me fais ressentir depuis cinq jours est pire que tout ce que tu m’as fait ressentir avant, et pourtant je me suis déjà sentie mal à cause de toi, c’est même toi qui m’a appris à quel point on pouvait se sentir mal. (Bien aussi d’ailleurs.) Mais cela, je n’en avais pas encore fait l’expérience : je t’incommode. Tu reviens de Boston, tu ouvres « Outlook », tu te réjouis de la perspective d’une cyber-reconquête du pays natal. Déjà les premiers mails prometteurs d’abonnées égarées t’attendent. De quoi vivre de nouvelles aventures spirituelles avec des femmes anonymes, peut-être y a-t-il même une célibataire dans le lot. Et après : ah, une certaine Emmi Rothner t’écrit. Le nom te dit vaguement quelque chose. N’est-ce pas celle qu’en charmeur professionnel et virtuel tu avais presque mis dans ton lit, qui était prête à te sauter dans les bras ? Pourtant, un dernier réflexe de sa raison l’a fatalement éloignée de toi, elle t’a manqué, prise de vertige elle est passée à un cheveu de toi. Bien, neuf mois et demi sont passés, tu avais oublié depuis longtemps cette femme et cette frustration. Et voilà qu’elle donne de ses nouvelles, fait un apparition inespérée dans ta boîte mail. Tu lui souhaites (très drôle, Leo, comme à tes meilleurs moments) un joyeux Noël et une bonne année en plein creux estival. Et bye bye ! Elle a eu sa chance. D’autres se pressent déjà au portillon. Elle te dérange, elle t’énerve. Le plus simple est de l’ignorer, Leo, pas vrai ? Elle va vite arrêter. Elle arrête déjà. Elle arrête, promis ! »


Dans Quand le vent souffle du nord, Daniel Glattauer avait mis en scène l’amour virtuel d’Emmi et de Leo. Quelque chose d’intime et de passionné, mais qui ne s’avoue pas vraiment. Emmi est marié et Leo n’a jamais voulu jouer les briseurs de couple. Mais c’est ainsi. Suite à une erreur, ils se retrouvent à communiquer, puis à rire, puis à se connaître, puis à se plaire. Il ne pouvait qu’en être ainsi : humour caustique, écriture poétique. Comme la mer qui avance et recule, ces deux apprentis amoureux jouent au chat et à la souris. Ils savourent cette expérience qu’ils désirent unique, savourent ce qu’ils peuvent avoir l’un de l’autre. Mais cette relation est difficile, à la fin du livre, Leo part à Boston et préfère abandonner sa boîte mail.
La Septième Vague se déroule près de 10 mois après, à son retour. Emmi continue à envoyer des mails à une messagerie qui ne lui répond que par « Attention adresse mail modifiée ». Jusqu’au jour où. Leo n’a pas tenu, il lui répond. Les choses reprennent, dans la méfiance, mais avec aussi un grain de folie. Si on recommence maintenant, ça veut bien dire qu’il y a quelque chose de fort, de profond, qui va plus loin que le virtuel peut-être. C’est ce qu’Emmi espère, c’est ce qu’elle veut, c’est ce qu’elle souhaite essayer. Mais comme toujours l’amour est compliqué. Surtout quand les mails se croisent ou dissimulent. Car derrière un écran, qu’elle est le pourcentage de vérité ?
Car oui, vous l’aurez deviné, tout se déroule par mail. Un procédé poussé à l’extrême qu’on ne rencontre pas souvent dans un roman. Qui EST le roman en fait. On s’habitue vite, et on apprécie ce mode de narration particulier car il permet de n’avoir en tête que les relations humaines, on ne s’écarte pas de l’intrigue principale sauf quand les personnages divaguent eux-mêmes. La Septième Vague est donc la suite de Quand le vent souffle du nord. Il n’est pas indispensable d’avoir lu cet ouvrage d’abord mais c’est vrai qu’ainsi vous en saurez en peu plus sur le passif des héros et comprendrez mieux certaines références. C’est une écriture bourrée d’humour, de sourires, de poésie. Même si les sentiments sont parfois mis à mal, même si les personnages sont quelque fois tourmentés ou dans l’impasse, toujours dans le doute, il y aura toujours une solution pour les sauver ou, du moins, pour alléger la peine. On est transporté dans cette balance du pour et du contre, la balance de leur amour.
Je dois quand même reprocher à l’auteur quelques longueurs un peu lyriques, dans le style « regardez-moi écrire ». Peut-être est-ce du à la traduction (l’auteur est autrichien et écrit en allemand) ? En tout cas, certains passages, notamment dans les mails d’Emmi, sont trop philosophiques pour coller vraiment avec un roman où l’amour est le seul but et donne lieu à une course effrénée. Mais ce petit défaut est contrebalancé par les mails longs ou lapidaires qui donnent un vrai rythme à la lecture et apporte du sens au texte. Donc si vous n’avez pas peur de lire une histoire amoureuse, qui n’est pas à l’eau de rose je vous rassure, à la forme originale, n’hésitez plus !

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