A propos La Critiquante

Passionnée de lettres depuis toujours, librivore dès que possible, la plume me démange souvent et c'est avec plaisir que je viens gratter sur le clavier de mon ordinateur.

Au revoir là-haut, de Pierre Lemaître

9782253098935-001-tJe me suis lancée, sans que je ne le comprenne vraiment sur le moment, dans la lecture d’un gros pavé, un peu au mauvais moment. La rentrée m’avait laissé son lot de microbes et de fatigue intense. Heureusement, j’arrivais à garder un super rythme de lecture, pour mon plus grand bonheur. Toute guillerette, j’ai donc pioché dans ma book jar pour chercher ma prochaine lecture : ce sera Au revoir là-haut de Pierre Lemaitre. Même si ce roman a obtenu un Prix Goncourt, je dois bien avouer que j’ignorais de quoi il parlait. J’avais entendu parler de lui, vaguement, et voyant une édition poche sublimissime, j’avais tout simplement craqué.

Nous sommes juste après la Première Guerre mondiale. Cette tuerie qui a emporté trop de soldats inexpérimentés, des petits jeunes, des pères de famille sans histoires qui pensaient ne s’engager que pour quelques mois. C’est ce qu’on leur avait dit, ce serait une victoire facile, rapide. A la place : des années de boucherie, de barbarie.

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Le retour à la vie normale, dans une France qui peine à se relever, est plus compliqué que prévu. On veut des coupables, on veut oublier, on veut commémorer… Un temps étrange où les survivants, les gueules cassées ne sont pas bien accueillis : témoignage d’une violence qui n’a pas sa place dans les rues de la capitale. Albert et Edouard font partie de ces rescapés revenus de la mort, de l’enfer. Exclus par la société, ils vivotent, à coup de mensonges et de tricheries. Pourtant Albert a des principes et Edouard du talent. C’est drôle comme la vie pousse ces deux amis, unis par la guerre, à mettre sur pied une arnaque époustouflante. En parallèle, d’autres personnages secondaires vont nous faire vibrer. Pradelle, un général qui ne pense qu’au pouvoir et qu’on finit par vite détester, s’essaie aussi à l’escroquerie, avec audace. Madeleine, la jeune épouse, la jeune sœur, qui comprend beaucoup de choses, nous émeut. Merlin, ce drôle d’être, taciturne et sale, fonctionnaire repoussant, nous fascine. Et bien d’autres…

On entre dans un univers souterrain de magouilles, de secrets à plus ou moins grandes échelles. Et tout le monde est touché. Pourtant, on essaie de faire le tri, entre ceux qui ont encore des valeurs et ceux qui nous répugnent. C’est l’heure de prendre soin des morts, de les chérir une dernière fois : tout le monde s’y essaie, pour faire le deuil, pour gagner de l’argent, par devoir. Chacun a sa façon.

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Les personnages principaux m’ont beaucoup plu. Je me suis accrochée à leurs histoires communes et individuelles. La Grande Guerre n’est pas du tout un événement historique que me passionne et les romans qui y situent leur action me désintéressent vite. Ici, on voit l’après : les hôpitaux, les petits boulots, les problèmes financiers, l’importance d’honorer les morts… C’est assez intriguant de voir cette facette de l’Histoire, surtout avec des personnages qui donnent tout le sel à ce roman. Il fallait de l’imagination et du talent pour arriver à nous faire accrocher à ce long pavé. Le rythme est doux, mais pourtant on ne s’ennuie pas. J’ai eu le bonheur de ne pas être frustrée : l’auteur s’arrêtait sur chaque point qui m’intéressait, il va au bout de ses idées. Son écriture est naturelle, sans fioritures. Parfois un peu longuette mais on s’y fait.

C’est un article un peu brouillon, j’en conviens. C’est sûrement du au fait que d’un côté, je suis très agréablement surprise par la force de personnage dont j’ai voulu suivre le destin jusqu’au bout, et de l’autre, j’ai finalement peu d’intérêt pour l’histoire, le cadre, l’époque. Et surtout : ce pavé m’a épuisée. C’était long. Les sous-intrigues sont passionnantes pour la plupart mais le constat est là : ça alourdit tout. Il y a ici plusieurs histoires en une, et c’est intéressant de les lire en parallèle, je comprends tout à fait ce choix ! Mais personnellement, j’ai failli atteindre l’overdose.

Bref, je vous conseille de lire ce roman tranquillement, quand vous avez le temps, la tranquillité d’esprit… Il a obtenu le prix Goncourt et je vois pourquoi : c’est un chef-d’œuvre. Mais pas forcément un chef-d’œuvre digeste.

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Pierre Lemaitre, Au revoir là-haut, aux éditions Le Livre de Poche, 11€50.

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Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, de J. K. Rowling

product_9782070624546_244x0Je dois vous avouer que ce petit rendez-vous mensuel autour d’Harry Potter me plaît bien. Je pense que ça va devenir un rituel jusqu’au jour où je n’aurais plus rien à lire de ce côté-là. J’avance dans ma relecture des tomes et c’est l’heure de vous parler de mon petit préféré, celui que j’ai adulé toute mon adolescence : Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban de J. K. Rowling. Je connaissais toutes les répliques du film par cœur et je suis certaine que vous êtes nombreux à aimer cette histoire d’innocence gâchée, de vengeance et de secrets…

Sirius_Black_à_AzkabanHarry entre en troisième année à l’école de sorcellerie Poudlard. Mais certains choses ont changé depuis l’été dernier. En effet, un criminel très dangereux s’est enfui de la prison magique Azkaban – un exploit – et terrorise toute la communauté des sorciers. On lui attribue les meurtres de sept personnes, avec un seul coup de baguette magique… Et de plus, on découvre au fil des pages que ce fameux Sirius Black, un ancien élève de Poudlard, est également lié à la famille Potter (et pour ne pas spoiler ceux qui vivent dans une grotte, je n’en dirai pas plus). Pour protéger les jeunes sorciers – et surtout Harry – des Détraqueurs ont été postés à Poudlard. Ces créatures hideuses aspirent toutes idées de bonheur. L’ambiance à l’école de sorcellerie est donc bien étrange dans ce tome placé sous le signe des révélations.

J’ai beaucoup aimé ne pas avoir directement affaire à Voldemort dans cet opus, car c’est une nemesis qui ne m’excite pas plus que ça… Très clairement, j’aime les personnages secondaires plus complexes comme Sirius Black – ou Dolores Ombrage plus tard – dont l’écriture est un vrai petit chef-d’œuvre. Je me souviens qu’à ma toute première lecture, ce livre m’avait littéralement retourné le cerveau, j’ai cru tout ce qu’on me disait, je m’étais complètement laissé emportée, jusqu’à cette vérité qui change tout ! Les relectures depuis ont toujours été un bonheur, car je m’amuse énormément à traquer les indices laissés par J. K. Rowling au fil des pages.

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Les personnages prennent de l’ampleur, je pense notamment à Hermione qui est vraiment devenue pour moi une égérie à partir de ce tome. Harry est fidèle à lui-même, même si un peu trop mélodramatique à mon goût. Quant à Ron, il est au final peu présent, c’est un peu dommage. Heureusement, de nouvelles thématiques et de nouveaux personnages viennent renouveler notre esprit de découverte et font grandir cet univers. En vrac, je cite mes préférés : Lupin et l’attitude de Rogue envers lui, la carte du Maraudeur, Pré-au-Lard, les Patronus, les Animagus, le passé de Harry qu’on explore un peu plus, les scènes de Quidditch, le Magicobus, les examens de fin d’années, les soins aux créatures magiques, l’astuce d’Hermione pour suivre tous ses cours. J’ai pratiquement tout adoré.

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J’ai vibré au fur et à mesure des péripéties et des révélations : même si je trouve la fin un peu longuette (quand y en a plus, y en a encore), ce tome-là est vraiment pour moi le page-turner de la saga ! La tension est moins forte que dans le précédent, comme d’habitude les « coïncidences » pour faciliter la narration sont trop fréquentes, mais globalement c’est une histoire accrocheuse, avec beaucoup d’action. Il a donné un vrai second souffle à cette saga, entre deux tomes que personnellement j’apprécie beaucoup moins. Bref, Harry Potter et le Prisonnier d’Azaban : un coup de cœur pour toujours.

Et vous, jurez-vous solennellement que vos intentions sont mauvaises ?

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J. K. Rowling, Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, traduit de l’anglais par Jean-François Ménard, nouvelle édition chez Gallimard, 22€.

Le Livre à l’heure du numérique, de Françoise Benhamou

9782021140606Quand on est un grand lecteur, on aime les livres qui parlent de livres. Dans toutes les littératures disponibles, il y en a bien une qui m’intrigue même si je ne me sens absolument pas concernée : la lecture numérique, qu’importe sa forme. Alors oui, je vais voir des infos sur Wikipédia, je suis de temps en temps l’actualité sur les sites de grands journaux… Mais jamais vous ne me verrez lire un roman sur une liseuse, ma présence sur des sites tels que Babelio ou Wattpad doivent se compter à moins de 2 heures en une année. Ce n’est pas pour autant que je ne suis pas un brin inquiète de voir ma bibliothèque papier, mon libraire et ma médiathécaire jetés aux orties avec l’arrivée d’internet et de la technologie. C’est pour ça que je me suis laissée tentée par le livre encore assez récent (2014) et, je trouve, d’actualité de Françoise Benhamou : Le Livre à l’heure du numérique.

C’est un ouvrage qui va aborder les changements profonds qui ont eu lieu dans la culture avec la révolution numérique. Petit détour par la musique et le cinéma pour avoir des points de comparaison avant de s’attaquer au vif du sujet. J’ai trouvé ce livre vraiment très très complet et ça a été une très bonne surprise car j’ai découvert des choses intéressantes. Les journaux, les revues scientifiques, l’avenir des librairies, le livre numérique, le prêt en bibliothèque, les encyclopédies en ligne et les dictionnaires, la publication, l’auto-édition, l’impression à la demande, la numérisation des ouvrages… Ce n’est pas un essai très long mais il répondra à toutes vos questions, sources à l’appui. Avec des chiffres, avec des faits, avec des observations et une plume très accessible. Cet ouvrage est fait pour être lu par tous, même les non-initiés : la langue est simple, sans fioritures, les chapitres sont courts et efficaces. J’ai beaucoup aimé en apprendre plus sur cette problématique et, sans aucun doute, cette lecture était vraiment captivante.

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Merveille du numérique. L’accès à tout, tout de suite. L’immédiat, l’exhaustif. Des catalogues et des fonds d’une richesse inégalée. La mise à jour permanente. La démocratisation de l’accès. L’écriture de tous et l’écriture pour tous.

L’auteure pose des questions vraiment perspicaces, sans fermer aucune voie mais en nous montrant vers quoi tendent les mouvements actuels. Elle interroge sur l’avenir de la presse en ligne et ses moyens de financement, sur le rôle du blog et des clubs de lecture en ligne, sur le matériel propriétaire et les DRM, etc. J’aurais aimé parfois plus de précisions sur certains sujets – les e-books m’intriguent beaucoup – mais ça a été une très bonne voie d’entrée dans la question. Ce que j’ai surtout apprécié dans ce livre, c’est le fait qu’en n’omettant (apparemment) aucun secteur, il met en avant des domaines qui m’étaient peu connus et qui sont pourtant bouleversés par le numérique. Pas besoin d’être connaisseur : Françoise Benhamou prend le temps de nous expliquer sans pour autant nous ennuyer.

C’était une agréable lecture, une découverte très enrichissante. Si la question du Livre à l’heure du numérique vous intéresse, je vous invite vraiment à feuilleter cet essai.

Françoise Benhamou, Le Livre à l’heure du numérique, aux éditions du Seuil, 17€.

Fleur de Tonnerre, de Jean Teulé

fleur-de-tonnerreJean Teulé. Troisième apparition de l’auteur sur le blog, avec Fleur de Tonnerre, même si j’ai déjà eu l’occasion de lire beaucoup plus de ses romans dans le passé. Et très franchement, je ne sais pas trop quoi en penser. Il y a certaines œuvres dans sa bibliographie qui sont incroyables, d’autres décevantes. Mais il y a toujours un style propre à Jean Teulé reconnaissable entre mille. Après, de là à dire que j’aime ça… Il ne faut pas exagérer.

On sait que le bonhomme aime bien les récits historiques, les histoires qui se basent complètement sur des hommes et des femmes particuliers, à la lisière de l’humanité et de la folie. Et le personnage central de cette intrigue m’avait attiré dès la quatrième de couverture. Elle s’appelait Hélène Jégado et ce n’est pas qu’une femme de fiction : elle a vraiment existé, dans la première moitié du XIXe siècle, en plein cœur de la Bretagne. On la surnommait Fleur de Tonnerre. Elle croyait au pouvoir des menhirs, aux esprits qui hantent les forêts, même si le catholicisme tentait déjà par tous les moyens possibles de se faire une place dans la région. Nous allons la suivre toute sa vie, à travers ses différents et nombreux postes de cuisinière. Derrière elle, les corps s’amoncellent. Car Hélène se sent investi d’une mission, elle a l’impression de faire le travail de l’ankou, de la mort. Elle empoisonne méthodiquement. Affinant ses méthodes, elle n’a jamais fait preuve de scrupules. Les années passent sans qu’elle ne se fasse attrapée, elle connaît de multiples vies. Et il me semble qu’elle y laisse à chaque fois un peu de sa raison.

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J’ignore à quel point il y a du vrai, historiquement parlant, dans ce roman. On ne lui demande pas d’être véridique, mais il semble que l’auteur ait fait pas mal de recherches, ce qui rend ce récit d’autant plus accrocheur. On s’imagine ces scènes, ces gens, ces réactions, ces villes, ces paysages, ces façons de vivre, ces coutumes, cette langue bretonne peu à peu effacée par le français… C’est réel pour nous, on s’y croit vraiment. L’écriture de Teulé, généralement, y aide, avec une langue simple mais ancrée dans l’histoire, de nombreux dialogues, des chapitres courts et directs. J’ai toutefois beaucoup de mal avec ce style inégal : poétique, puis drôle et brusque d’un coup. Je ne suis pas charmée du tout et même pire : j’ai eu l’impression que l’écriture me parasitait parfois dans ma découverte de l’histoire. C’est tellement changeant d’un paragraphe à l’autre que je ne parviens même pas à vous trouver un extrait représentatif du roman.

J’ai apprécié ce destin hors du commun, d’une femme bien étrange. Mais je ne me suis nullement attachée à ce personnage – et pourtant, la littérature nous a démontrés maintes fois qu’un personnage négatif pouvait être attachant. Il y a deux personnages secondaires que l’on croise tout au long du roman…. Je ne les ai pas aimés du tout ! On aurait dit un rajout artificiel pour augmenter le nombre de pages. Ils ne servaient à rien, n’apportaient absolument rien à la lecture.

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Il y a des hauts et des bas dans ce livre. Pour ma part, j’ai l’impression que les sujets traités par Jean Teulé me plaisent de plus en plus, mais son écriture me convient de moins en moins. On sent pourtant que l’auteur soigne son œuvre, qu’il y a un sacré travail là-dessous… Mais ça ne fonctionne pas avec moi, je passe complètement à côté. Il est possible que ce soit ma dernière lecture de l’auteur.

Jean Teulé, Fleur de Tonnerre, aux éditions Pocket (15766), 6€20.

Les Délices de Tokyo, de Durian Sukegawa

9782226322883-jEncore une fois, un petit article mille ans après tout le monde, comme c’est la coutume sur ce blog. Aux détours d’un rayon de librairie, je me suis fait offrir Les Délices de Tokyo de Durian Sukegawa. Je l’ai dévoré en une journée, en sirotant du thé. Cela faisait trop longtemps à mon goût que je n’avais pas lu de romans japonais et je dois vous avouer que cette littérature m’avait beaucoup manqué.

Dans un endroit tranquille, face à des cerisiers qui marquent les saisons, se tient un petite boutique de dorayaki, des pâtisseries japonaises, sortes de pancakes fourrés de an – une pâte de haricots rouges. Sentarô n’est pas un expert : il s’estime déjà assez heureux d’avoir trouvé ce poste de gérant après sa sortie de prison. Il se contente d’acheter en gros du an industriel. Le commerce n’est pas florissant mais cela suffit à la survie de la boutique. Un matin, Tokue, une vieille dame, demande à travailler à l’échoppe. Après plusieurs jours, Sentarô finit par accepter et ne le regrette pas ! Tokue a un vrai don pour le an : la clientèle afflue. Sentarô se prend au jeu. Mais les doigts tordus de Tokue sont le signe d’un sombre secret que cette dernière n’ose pas avouer.

Avant de parler de l’histoire, laissez-moi vous parler de l’écriture. J’ai pris énormément de plaisir à lire ce petit roman car le style est très simple et vivant. La traduction est réussie. Il y a de nombreux dialogues, des descriptions toujours utiles, on ne s’ennuie pas. Et pourtant, il s’agit là d’un récit tranquille. Vous vous en apercevrez au fil des pages, l’intérêt qu’on porte à cette histoire est directement lié à la tendresse, à l’attachement que l’on éprouve pour les personnages. On apprend à les connaître au fur et à mesure, et il est difficile de ne pas craquer pour eux. La rencontre entre Tokue et Sentarô est vraiment touchante, et la deuxième partie du livre qui nous en apprend plus sur leurs passés est vraiment passionnante. Ce qui est d’autant plus agréable dans ce livre, c’est que les personnages sont terriblement humains, ce ne sont pas des êtres de papiers policés. Ils ont leurs défauts, leurs bizarreries. La peur, la timidité, le commérage, la gourmandise font partie intégrante de l’être humain et l’auteur a inclus cela dans ses héros. Les personnages sont le socle de ce livre, et ils sont vraiment très bien écrits.

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J’ai beaucoup aimé que cette histoire m’amène dans une petite allée japonaise, même si les cerisiers ont un peu fait cliché. Croiser les lycéennes, les familles, les salary-men, voir vivre cette petite boutique comme il y en a tant d’autres… c’était un vrai régal. Sans compter la confection des dorayaki qui mettent vraiment l’eau à la bouche. Car ce roman est aussi une ode à la bonne cuisine, celle qui prend son temps, qui fait les choses avec minutie et précaution pour un résultat optimal.

Pendant que la pâte refroidissait, Tokue invita Sentarô à consigner dans un carnet les diverses étapes de la préparation. « J’apprends en regardant », répondit-il, ce à quoi elle rétorqua : « Alors, passez-moi tout en revue depuis le début. » Coincé, il ouvrit son carnet.

Les Délices de Tokyo portent vraiment bien son titre : délice pour nos papilles par procuration, délice pour nos yeux de lecteurs qui se réjouissent de cette écriture si légère, de ces personnages si vivants, délice pour le voyageur qui est en nous, heureux de faire un détour par le Japon.

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Durian Sukegawa, Les Délices de Tokyo, traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako, aux éditions Le Livre de Poche (34537), 6€90.

Le Hobbit, de J. R. R. Tolkien (lecture commune de septembre 2017)

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Les lectures communes sont pour moi l’occasion de me plonger enfin dans l’œuvre d’auteurs cultissimes que je n’ai toujours pas découvert. Ce mois-ci, j’ai donc lu Le Hobbit de J. R. R. Tolkien. J’avais ouïe dire que c’était l’idéal pour commencer avec cet écrivain : ce roman est en effet destiné à la jeunesse, il est vivant, assez court en comparaison des gros pavés qui suivent, sans compter que chronologiquement c’est ici que commence l’histoire de l’anneau.

Je vais vous demander d’ignorer les films qui correspondent à ce roman. Pitié. Même si l’adaptation au cinéma reprend pas mal d’éléments de l’intrigue, toutes ressemblances s’arrêtent là. Bilbo Bessac vit tranquillement sa vie de hobbit dans sa maison sous la colline quand il voit cette dernière envahie par une dizaine de nains, invités sans son autorisation par le magicien Gandalf. Bon gré, mal gré, il se voit bien obligé de les accueillir, d’écouter leurs récits et leurs chansons. Il finit alors par comprendre que ces nains vont partir pour un long périple jusqu’à la Montagne solitaire. C’est en effet à l’intérieur de cette montagne que leur immense trésor est caché. C’est le dragon Smaug qui garde farouchement et égoïstement ces richesses qui reviennent de droit aux nains. L’héritier légitime, Thorin Lécudechesne, veut retrouver sa place de Roi sous la Montagne. Et notre Bilbo a été désigné comme le dernier membre de la troupe : il sera le cambrioleur.

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Au fond d’un trou vivait un hobbit. Non pas un trou immonde, sale et humide, rempli de bouts de vers et de moisissures, ni encore un trou sec, dénudé, sablonneux, sans rien pour s’asseoir ni pour se nourir : c’était un trou de hobbit, d’où un certain confort. […] Ce hobbit était un hobbit fort bien nanti, et il s’appelait Bessac. Les Bessac habitaient les environs de la Colline de temps immémorial, et ils étaient vus comme des gens très respectables, non seulement parce que la plupart d’entre eux étaient riches, mais aussi parce qu’ils ne partaient jamais à l’aventure et ne faisaient jamais rien d’inattendu : on savait ce qu’un Bessac dirait de telle ou telle chose sans être obligé de lui poser la question. Cette histoire raconte comment un Bessac se trouva mêlé à une aventure, à faire et à dire des choses tout à fait inattendues. Il a peut-être perdu le respect de ses voisins, mais il a gagné… enfin, vous verrez s’il a gagné quelque chose à la fin du compte.

 

A ma grande surprise, j’ai beaucoup aimé cette histoire. Il s’agit là vraiment d’un roman destiné à la jeunesse et même s’il a été publié il y a soixante-dix ans, ce livre garde tout son intérêt et sa modernité – sans compter qu’il est servi par une très bonne traduction. Le voyage est périlleux, nos héros vont croiser des gnomes, des trolls, des portes magiques. Ils vont découvrir des paysages désertiques, des grottes obscures, des villes étranges. Je me suis beaucoup attachée à cette troupe de personnages, mais je regrette de ne pas mieux les connaître : ils sont en effet quatorze ! Pour la plupart, ils passent inaperçus et j’avoue ne pas avoir compris ce choix. Pourquoi mettre autant de héros ? Le lecteur se perd dans cette multitude !

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Les aventures traversées par les nains et le hobbit sont très divertissantes et originales, on ne s’ennuie pas une minute. J’ai tout de même trouvé que certaines péripéties n’étaient pas… héroïques. J’ai eu de temps en temps du mal à comprendre les choix de l’auteur en terme d’histoire. C’est parfois assez brouillon ou ennuyeux, on ne sait pas quoi en penser, on ne comprend pas où l’auteur veut nous emmener. Concernant l’écriture, elle est très fluide : le vocabulaire est simple, le style direct. Cela nous permet de rentrer directement dans l’univers de Tolkien et de découvrir cette histoire. Je vous invite donc à essayer cette lecture, c’est vraiment l’idéal pour commencer !

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J. R. R. Tolkien, Le Hobbit, traduit de l’anglais par Daniel Lauzon, aux éditions Le Livre de Poche (33837), 6€.

Les 110 règles d’or du management, de Richard Templar

Les romans s’enchaînent encore et encore sur ce blog, et pourtant je ne lis pas que ça. Histoire de changer un peu, je vais vous parler aujourd’hui d’un livre qui coûte trois fois rien et donne quelques conseils aux managers, patrons, responsable d’équipe ou de projet que vous êtes peut-être – ou que vous allez devenir. Place aux 110 règles d’or du management de Richard Templar.

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Tout d’abord, je trouve cette collection Poche Marabout très bien fait. Le papier est de qualité assez basse, l’édition souffre de quelques inattentions mais quand on voit le prix (6€50 dans le cas présent), c’est assez justifié. Ce sont des livres intéressants, à la portée de tous, et croyez-moi, vous aurez de quoi faire !

visuel_management_et_condition_de_travail_shutterstock_19Dans l’ouvrage qui nous intéresse aujourd’hui, l’auteur nous délivre ses conseils et ses retours d’expérience dans plus de 280 pages. La lecture est très agréable car Richard Templar rend son texte très vivant, avec des anecdotes, de l’oralité. On se sent très proche de lui – surtout quant il nous répète encore et toujours à quel point on est génial, à quel point on est de bons managers. Certaines règles sont vraiment des mines d’or, elles sont toujours simples à appliquer et ont toutes de l’intérêt. Mais elles sont très nombreuses à être assez évidentes… Il suffit juste d’avoir un peu de bon sens. Sans compter que certaines se rejoignent un peu, et la lecture peut donc vite devenir redondante ou ennuyeuse. Toutefois relire ces règles ne fait vraiment pas de mal et vous permettra peut-être de vous remettre en question. Richard Templar admet lui-même souvent que ses règles sont souvent évidentes et vous amène lui-même à vous questionner, très honnêtement, sur vos pratiques, votre mode de fonctionnement, votre façon d’agir.

Au-delà des règles, j’ai trouvé intéressant que l’auteur mette vraiment de son vécu, car ce genre d’ouvrage est trop souvent insipide : ici, on trouve enfin un peu d’humain, d’empirisme ! On voit que l’auteur connaît son sujet. Mais parfois, ça va trop loin : Richard Templar se fait passer pour un manager parfait, qui a toujours le bon comportement et ça devient très vite agaçant. Je pense que quelques exemples de ses gaffes en tant que manager (car il en a forcément faites), traités à la manière de « j’ai appris de mes erreurs, j’en ai tiré des enseignements » auraient été beaucoup plus efficace. De plus, son vécu est très centré sur les pratiques au Royaume-Uni ce qui peut un peu perdre le lecteur ou, en tout cas, ne pas l’intéresser.

Les 110 règles d’or du management n’est pas un indispensable, toutefois il ouvre la voie pour un prix tout doux et ses règles sont d’assez bon conseil.

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Richard Templar, Les 110 règles d’or du management, traduit par Valérie Gaillard avec la collaboration de Tina Calogirou, aux éditions Poche Marabout (vie pro), 6€50.