Un fils parfait, de Mathieu Menegaux

934704_558083267589051_470961001_nIl y a des moments comme aujourd’hui où je me pose la question du renouvellement de sa plume quand on est écrivain. Comprenez-moi bien, je saisis tout à fait qu’un auteur garde un style, une marque de fabrique au cours de sa carrière, même si bien sûr il évolue, change quelque peu – après tout, les gens changent. Je peux également imaginer qu’une fois qu’on a trouvé son genre, on y reste. Car c’est ce qu’on fait de mieux, car c’est là où on est le meilleur, là où on s’épanouit le plus tout compte fait. On aurait du mal à imaginer un Jean-Christophe Grangé écrire de la romance ou un Jean Teulé écrire un traité politique (quoique bien sûr, des tels revirements effectués de façon talentueuse existent, et je suis la première à dire qu’il ne faut pas mettre de barrières, de cloisons à la créativité).

Vous vous demandez pourquoi une introduction aussi longue ? Eh bien, parce que je me pose des questions sur ma dernière lecture : Un fils parfait de Mathieu Menegaux. Il s’agit du deuxième roman de l’auteur que je lis – encore une fois merci aux éditions Grasset pour l’envoi, merci à Mathieu Menegaux pour la dédicace. Le premier, Je me suis tue, parlait de la vie d’une femme qui a basculé d’une façon terrible, et traitait des sujets durs comme – attention, petits spoils – le viol, la grossesse, la maternité, la dépression. J’avais trouvé ce roman très juste même si vraiment à ne pas lire quand on va mal. Donc quelle surprise quand j’ai reçu ce second petit roman de trouver tant de similitudes : une femme, dont le destin a basculé, nous livre ici son récit – elle écrit à sa belle-mère pour expliquer ses actes. Une plume similaire au précédent ouvrage de l’auteur, mais ce n’est pas un mal car j’ai un vrai coup de cœur pour l’écriture de Mathieu Menegaux : simple, sincère, direct, complet, avec des sentiments, de l’émotion mais sans pathos. Un ton juste, des personnages incarnés, une héroïne à laquelle on s’attache. On comprend le dilemmes qu’elle vit et on ne peut s’empêcher de se dire : et si on avait été à sa place ?

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Si je vous écris aujourd’hui, Élise, c’est pour poser la première pierre de ma reconstruction. Je veux mettre un terme définitif à cette épouvantable parenthèse de douze ans de vie commune avec Maxime. Votre fils unique. (…) J’ai découvert l’amour avec lui. Plus dure fut la chute (…).

L’histoire, la voici, mais attention ! Je vais spoiler un élément central de l’intrigue, que l’on devine bien assez vite certes, mais si vous souhaitez vous garder toute la surprise… ne lisez pas ce paragraphe, sautez directement au suivant. Daphné et Maxime sont mariés depuis plusieurs années, tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils sont parents de deux petites filles merveilleuses. Maxime est un époux merveilleux qui a toujours encouragé sa femme, même quand ses choix de carrière l’obligent à être absente de chez elle la moitié de la semaine. Ses enfants sont alors seules avec Maxime. La vie de Daphné est complètement chamboulée le jour où l’une de ses filles la supplie de rester, de ne pas les laisser seules avec papa, car elle a peur du loup… Tout un programme. Vous avez deviné de quel tabou on parle dans ce livre : l’inceste.

Un sujet vraiment dur, qui n’est pas sans rappeler le thème du premier roman. J’ai donc eu une réelle impression de déjà-vu, et je dois avouer que cela m’a un peu lassée, je n’étais pas emballée à l’idée de me plonger dans cette histoire. Mais je l’ai fait et très sincèrement je ne regrette absolument pas. J’ai dévoré ce livre en deux jours tellement j’étais prise dans l’histoire. Je me suis beaucoup plus attachée à Daphné qu’à l’héroïne du premier roman. Sûrement car il s’agit d’une mère, la maternité est quelque chose qui me touche énormément. De plus, j’ai trouvé ici les personnages mieux construits. Mais la cerise sur le gâteau, c’est bien sûr l’intrigue en elle-même. Il y a dans Un fils parfait un vrai effet de suspens : vous aurez besoin de tourner les pages de ce roman pour savoir le fin mot de l’histoire. La forme du témoignage rajoute de la force au récit, toutefois je finis vite par me lasser de ce type de narration, surtout que je n’ai pas du tout été convaincue par cette lettre adressée à la belle-mère….

Au-delà d’un titre que je trouve peu approprié (on aurait du parler de mari parfait et non de fils) et d’un côté redondant avec le roman précédent (mais je me dis que vous serez peu nombreux à lire les deux à la suite), ce récit est poignant et je vous invite à le lire. Jusqu’où doit-on aller pour protéger ses enfants ? Comment faire quand le monde entier semble se dresser contre vous alors que vous faites ce que vous jugez être juste ? Un roman à découvrir, assurément.

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Mathieu Menegaux, Un fils parfait, aux éditions Grasset, 17€50.

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Matilda, de Roald Dahl

Depuis plusieurs mois, traînait sur mes étagères un roman pour enfant piqué dans la bibliothèque de mon école : Matilda de Roald Dahl. Je me suis dit que mes multiples trajets en métro seraient une très bonne occasion pour me lancer dans cette lecture et je n’ai pas hésité.

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Matilda est une petite fille de cinq ans très très douée. Elle a appris à lire toute seule et a dévoré tous les classiques de la littérature mais aussi plein d’autres livres. Si bien qu’elle connaît énormément de choses pour son jeune âge. Mais Matilda est loin de vivre dans la plus parfaite des famille : elle y est transparente, entre un père garagiste malhonnête et une mère qui se drogue à la télévision. Quand elle rentre en classe pour la première fois, elle surprend immédiatement sa douce maîtresse par ses compétences. Mais là non plus la vie n’est pas rose… car la terrible et menaçante directrice de l’école n’est autre que Mlle Legourdin, une femme méchante qui déteste les enfants et n’hésite pas à leur faire comprendre. Heureusement pour elle – et pour nous – Matilda garde toujours le sourire malgré ces événements et fait preuve d’une malice sans faille pour se sortir de ses déboires !

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Je suis finalement assez partagée par ce roman. J’ai beaucoup aimé le personnage de Matilda et celui de sa maîtresse, mais j’ai trouvé absolument abominables ses parents et Mlle Legourdin : ils m’ont paru peu crédibles et j’ai été horrifiée de trouver ce genre de personnages dans une lecture pour enfants. De la maltraitance pure et dure, voilà ce que font ces êtres de papier, et personnellement cela m’a mis très très mal à l’aise pendant ma lecture. Il me semble qu’on aurait pu mettre de l’enjeu de façon tout de même plus légère et moins dramatique. Je pense très sincèrement que j’aurai gardé un souvenir étrange et assez traumatisant de ce roman si je l’avais lu enfant !

Il y a quelques répétitions dans l’arc narratif au début mais heureusement l’histoire évolue assez vite vers d’autres péripéties. J’ai beaucoup aimé le sens que prenait l’histoire (malgré les scènes assez violentes avec Mlle Legourdin). L’auteur a pris le temps de bien développer ses personnages centraux et la lecture avance à un bon train.

Mlle Legourdin, la directrice, était d’une autre race : c’était une géante formidable, un monstrueux tyran qui terrorisait également élèves et professeurs. Même à distance, une aura de menace l’enveloppait et, de près, l’on sentait les émanations brûlantes qu’elle dégageait comme une barre de métal chauffé à blanc. Lorsqu’elle fonçait – Mlle Legourdin ne marchait jamais ; elle avançait toujours comme un skieur, à longues enjambées, en balançant les bras –, donc lorsqu’elle fonçait le long d’un couloir, on l’entendait toujours grogner et grommeler, et si un groupe d’enfants se trouvait sur son passage, elle chargeait droit dessus comme un tank, projetant les petits de part et d’autre.

Clairement, cette lecture ne sera pas un souvenir impérissable pour moi, je ne l’aurais pas apprécié en tant qu’enfant. Toutefois, elle a des qualités indéniable : un talent décapant, une plume légère, des péripéties et de l’action savamment dosées, des personnages attachants.

Et vous, avez-vous déjà lu d’autres histoires de Roald Dahl ?

Roald Dahl, Matilda, traduction de l’anglais par Henri Robillot, illustrations par Quentin Blake, aux éditions Gallimard Jeunesse, 8€50.

Mon amour, de Julie Bonnie

Grâce aux éditions Grasset, j’ai pu cette semaine renouer avec la romancière Julie Bonnie, dont j’avais chroniqué le premier livre, un avis assez dur et négatif, mais sincère. J’avais prévu de mettre cette chronique en ligne le jour de la sortie du livre, c’est-à-dire le 4 mars 2015, mais j’ai eu l’excellente idée de me renverser du café bouillant sur la main ce jour-là, donc j’étais surtout occupée à gémir et à me plaindre avec un sac d’épinards congelés sur le pouce. Ridicule. Mais aujourd’hui, ça va un peu mieux, je peux taper sur un clavier sans trop souffrir – autant dire que je revis.

Bref, revenons à nos moutons. Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui s’intitule Mon amour, (oui, oui, virgule comprise). On y retrouve quelques thèmes qui semble chers à notre romancière : la maternité (accouchement et nourrisson), la notion de couple, et la vie d’artiste. Le livre se constitue d’une suite de lettres jamais envoyées, plus écrites pour soi que pour le destinataire. D’un côté, il y a une femme, tout juste mère, qui écrit à son compagnon. Son compagnon lui écrit également, il est parti en tournée internationale – il est pianiste de jazz. Ils ont une petite fille, une toute petite fille.

La femme vit une passion maternelle et regrette son amoureux qui est au loin, l’homme vit une passion artistique tumultueuse et regrette de ne pas être tout à fait le compagnon idéale. A travers ces mots, on sent que l’amour qui unit deux êtres, et qui est le ciment d’une famille toute neuve, est difficile à maintenir. C’est un lien étroit et fragile, parfois malmené.

Puis les lettres font entrer de nouveaux personnages autour de cet homme et de cette femme, et notamment un autre homme. Je vous rassure, on ne va pas tomber dans le banal trio amoureux. Disons que les choses sont plus sensibles, pudiques, complexes. Il y a la colère, la jalousie mais surtout l’attirance, la fidélité, le coup de foudre, la parentalité. Il serait idiot de résumer ce livre à un simple chassé-croisé des coeurs car c’est beaucoup plus que cela.

J’ai apprécié la profondeur psychologique des personnages (c’est ma corde sensible de lectrice) : Julie Bonnie prend le temps de leur donner de l’épaisseur grâce à une écriture à la fois concise, précise et bouleversante. Elle arrive à traduire en mots – ceux directement écrits par ses héros – les silences, les choses inavouables, les échanges de regard, les pincements au cœur. Il y a une vraie intrigue dans ce roman, une histoire qui change le cours des vies. A la fin de cette lecture, des mots résonnent dans notre tête : famille, amour, couple, parent, art. Mon amour, traite de ces sujets avec douceur et force en même temps, de façon toujours sincère. Cette fois, je n’ai pas été déçue mais complètement comblée par ce nouveau roman de Julie Bonnie, une belle preuve qu’en écriture, on s’améliore en pratiquant.

Julie Bonnie, Mon amour, Grasset, 17€50.

L’Insigne du boîteux, de Thierry Berlanda

Au détour de Twitter, un auteur m’a contactée pour me parler de son dernier roman que j’ai accepté de lire immédiatement, la quatrième de couverture m’ayant alléchée. Il s’agit du roman policier L’insigne du boîteux de Thierry Berlanda, aux éditions (avant tout numériques) La Bourdonnaye. Je déteste lire sur écran, donc j’ai pu lire sur papier ; la facture du livre est très bien réalisé et permet un très bon confort de lecture.

Mais revenons à nos moutons. De quoi parle ce roman ? Et bien, d’une série de meurtres, aussi atroces que bizarres. L’assassin se fait appeler le Prince et sa spécialité, c’est tuer des mères de famille sous le regard de leur fils de sept ans, et en ne laissant aucun témoin vivant. Ambiance. Je vous passe les détails mais autant vous dire que les actes de ce personnage met tout le monde d’accord : il faut arrêter ce fou furieux, d’autant plus qu’il récidive.

Le commandant Falier piétine un peu dans cette affaire, quand bien même tous les services de police sont sur le coup. Malgré l’aide du professeur Bareuil, spécialiste en crimes rituels, aucune piste sérieuse n’est trouvée. Mais quand l’assassin laisse sur les lieux de son œuvre d’horreur un indice de taille, tout est remis en jeu. Bareuil fait venir à son ancienne et plus brillante élève pour qu’elle leur vienne en aide. Mais Jeanne Lumet, au-delà de son déplaisir de retrouver son ancien professeur, a de quoi s’inquiéter. Elle est la maman d’un petit garçon de sept ans et se retrouve au cœur d’une affaire meurtrière.

J’ai été vraiment étonnée par ce roman. Je ne suis pas du genre à lire du policier, et sa couverture lumineuse pourrait laisser sous-entendre que c’est assez ésotérique façon Dan Brown, mais en réalité, c’est un livre très noir, avec un personnage central – l’assassin – très torturé. Jeanne Lumet est une femme intelligente et j’aurais apprécié que son personnage soit plus développé. En règle générale, un peu plus de finesse dans les personnages, un peu plus de profondeur psychologique aurait été agréable, mais je chipote un peu ! Vu tout ce qu’il y a à dire rien que pour l’intrigue, des héros bien campés semblent nécessaires.

L’histoire est très bien menée et laisse de la place au suspens, les dialogues sont très agréables et de façon plus globale l’écriture est très fluide. Niveau histoire, j’aurais personnellement beaucoup aimé être un peu plus en présence du Prince, ou traîner dans les bureaux de la police pour mieux en saisir l’ambiance, mais ce roman est déjà en soi une très bonne descente aux enfers dans la folie meurtrière d’un homme.

C’est un très bon roman, même s’il est vrai que ce n’est pas du même acabit que les pontes du genre – je pense forcément à Grangé chez les auteurs français. Un livre un peu plus étoffé, fouillé, qui laisse gamberger le lecteur qui n’en peut plus et veut savoir à tout prix le dénouement de l’histoire est l’oeuvre d’un grand auteur. Mais je ne doute pas une seule seconde que Thierrry Berlanda parviendra à cette excellence car il est sur la bonne voie. Bref, un auteur à suivre et un roman vraiment bien fait.

Thierry Berlanda, L’insigne du boîteux, aux éditions La Bourdonnaye, 15€99 (version papier) et (version numérique).

L’année dernière à Saint-Idesbald, de Jean Jauniaux

Retour en Belgique avec un recueil de nouvelles : L’année dernière à Saint-Idesbald avec Jean Jauniaux.

Difficile de résumer ce livre. J’ai été à la fois très déçue et très séduite. C’est un livre à double tranchant. Point commun de tous ces récits : la notion de cette ville balnéaire sur la mer du Nord : Saint-Idesbald. Un lieu chargé de souvenirs pour tous ces personnages. Ces personnages, parlons-en : je n’ai pas encore bien saisi s’ils avaient des rapports entre eux, s’il s’agissait parfois de la même personne d’une nouvelle à l’autre ou pas. Le départ de ce recueil pourrait être cet SDF qu’on retrouvera au début et à la fin et qui écrit un blog sur la vie des sans-abris. Les histoires et les souvenirs égrenés tout au long de ces pages pourraient être les leurs.

Il y a ces Roms qui veulent rejoindre ce pays qui est comme eux, qui n’existe pas. Ce vendeur de cravates à l’aube de sa retraite, qui voit son fils débordant d’idée et d’enthousiasme révolutionner le monde du costume de travail. Il y a ce petit garçon qui va voir pour la première fois de sa vie le Tour de France, mais décide à la place de rester auprès de son grand-père qu’un passé affreux trouble. Il y a ce fauve malade et son dresseur désespéré. Et à chaque fois la mention de cette plage.

Ce recueil dénote d’une écriture sûre d’elle et entraînée. Les mots sont magnés avec poigne pour nous emmener là où l’auteur veut nous embarquer. Le décor est à chaque fois très divers et s’en est parfois désarçonnant. J’ai trouvé finalement cet ouvrage très frustrant, car on nous vend du rêve avec cette station balnéaire qu’on ne voit presque jamais dans ces pages. C’est une fresque variée de personnages vraiment très différents les uns des autres, aux histoires très diverses : un garçon perdu dans l’Exposition Universelle, des émigrés qui cherchent un avenir meilleur, etc. C’est un texte à la fois très onirique, sensible, et proche des réalités parfois dures à vivre. Toutefois, la préface et la quatrième de couverture veulent nous montrer une cohérence entre toutes ces nouvelles, et sincèrement, je la cherche encore !

Bref, je suis partagée sur ce recueil : d’un côté une vrai maîtrise, et un style à la fois incisif, saisissant et sensible, et de l’autre, une accumulation de récits, très bons individuellement (même si très centrés sur la Belgique) mais dont l’ensemble est très perturbant.

Jean Jauniaux, L’année dernière à Saint-Idesbald, éditions Avant-Propos, 17,95€.

 

Chambre 2, de Julie Bonnie

J’aime les mamans, j’aime les bébés, les tous-petits, les nouveaux-nés. J’ai donc voulu tester un des livres de la dernière rentrée littéraire, un premier roman en plus : Chambre 2 de Julie Bonnie.

Béatrice travaille dans une maternité. Derrière chaque porte se cachent des expériences de vie, mais aussi de mort, des moments forts et puissants où des destins basculent. Dans ce genre de lieu, tout n’est pas rose, des familles sont déchirées, le corps des femmes est maltraité par la nature, par la grossesse.

Tout ça ne fait que rappeller à notre héroïne, par contraste, sa vie d’avant. Elle dansait nue au son du violon de Gabor et de la batterie de Paolo. Avec leur spectacle, il faisait le tour du monde, il vivaient dans un van aménagé, voyager et voir la foule leur suffisaient. Béatrice a même eu deux enfants au cours de cette existence douce et hors du commun. Mais celle-ci devait finir, comme un rappel à la vie normale qui fait du mal.

Que penser de ce roman ? Il n’est pas mal écrit, c’est certain, même si ça ne casse pas trois pattes à un canard. J’ai été très déçue car on n’explore ni la facette du spectacle vivant, ni celle de la maternité, on ne fait que les survoler sans y entrer, alors que pourtant, le vie tragique des personnages est dévoilé. J’ai été étonné de cette vision de la grossesse : bizarrement, dans cet hôpital, il n’y a que des cas malheureux. On oublie les naissances qui se déroulent bien, les prématurés qui vivent malgré tout, etc. Côté passé de l’héroïne, autant le dire tout de suite, j’ai trouvé ça vraiment cliché. Mode « vie de bohème, je me lave au vinaigre ».

L’écriture est légère (dans le sens où elle manque de profondeur), et remue des poncifs. Je pense qu’il y a encore du travail pour cette auteure en devenir. Je ne veux pas être cruelle, mais pour être tout à fait honnête, je ne comprends pas pourquoi ce roman a été édité, l’écrivaine manque de maturité.

Julie Bonnie, Chambre 2, aux éditions Belfond, 17€50.

Max, de Sarah Cohen-Scali

Vous l’avez peut-être remarqué, le contexte de la Seconde Guerre mondiale est un de mes préférés dans les romans. Ce cadre morbide me surprend toujours et il est propice aux histoires fortes. Généralement, les livres qui avaient pour paysage ces années sombres m’ont fait découvrir l’histoire des résistants, des clandestins et même des collabos, mais je dois avouer que jamais je ne suis entrée dans l’intimité des nazis pure et dure. Aujourd’hui, c’est chose faite avec Max de Sarah Cohen-Scali. Cette fiction a été publié dans la collection Scripto de Gallimard qui est juste génial (vraiment!) : elle s’adresse aux adolescents et aux jeunes adultes.

 

Max, même s’il ne sait pas encore qu’il aurait du s’appeler comme cela, nous raconte sa vie, de sa procréation jusqu’à l’âge de ses dix ans. Je dois avouer que c’est vraiment perturbant d’entendre un fœtus nous parler et même plus tard un bébé ou un enfant, surtout qu’il le fait avec une verve et une intelligence digne d’un adulte omniscient. Cela m’a vraiment désarçonnée, mais c’est un choix audacieux et original. Bref, continuons.

Max est né le 20 avril 1936, jour anniversaire d’Adolf Hitler. Sa naissance n’est pas un hasard et résulte de l’accouplement d’un haut gradé SS avec une femme possédant toutes les caractéristiques aryennes. Max constitue le premier spécimen né dans un Lebensborn, un programme crée par Himmler qui doit permettre la naissance de purs représentants de la race aryenne qui sera bien sûr amenée à gouverner. En effet, il faut repeupler cette Allemagne envahie par des êtres dégénérés, ces parasites qu’il faut s’efforcer de faire disparaître.

Et Max, dès sa naissance, est le parfait petit allemand national-socialiste. Blond aux yeux bleus, une gueule d’ange, mais aussi et surtout une vitalité et un amour pour sa patrie sans égal. Aveuglé par les préceptes du nazisme, il dit que sa mère est l’Allemagne et son père le Führer. Sa destinée est de servir son pays, dans la haine antisémite et la volonté d’un purification aryenne.

Baptisé Konrad von Kebnersol par Hitler en personne, il mènera une vie courageuse, son seul dieu étant le nazisme et ses intérêts. Cet enfant fait peur, de par sa radicalisation, mais aussi de par cette absence juste incroyable d’objectivité. Il a été conçu pour et par les nazis et ce procédé a fonctionné comme on ne l’aurait jamais imaginé. C’est une lecture choquante, et même si l’on sait que le cas de Max est une fiction, on est vite horrifié d’imaginer que ces Lebensborn ont réellement existé !

Au niveau de la langue, on sent que c’est un roman pour « jeunes ». Je dois avouer que j’ai grimacé face à des tournures de phrases vraiment limite : je comprends bien que c’est Konrad qui s’exprime durant tout le livre, mais de grandes marques d’oralité auraient pu être évitées. Cela a vraiment décrédibiliser ce roman par moment. Cependant, cette lecture n’en est que plus facile, plus « coulante » et les pages défilent sans qu’on s’en rende compte. On nous tient en haleine car au fur et à mesure qu’il grandit, le destin de l’Allemagne tant chérie par Konrad évolue : la guerre, la menace des alliés puis, on le sait d’avance, la défaite du nazisme : quel va être le destin de ce petit bonhomme ?

On s’y attache à ce Konrad si radical. On sait qu’au font il est Max, un petit garçon comme les autres, intelligent et sensible. Et quand son chemin va croiser celui d’un autre enfant, plus âgé que lui, la donne va peut-être changer. Je ne peux vraiment pas vous en dire plus car cette rencontre n’arrive qu’à la moitié du livre et c’est dur de révéler des choses sans vous gâcher tout le plaisir de la lecture !

 

Suivre Konrad tout au long de sa croissance permet au lecteur de voyager dans une Allemagne et une Pologne hitlérienne qu’on a peu l’habitude de croiser dans les livres. En effet, ce roman est très documenté et permet d’en savoir plus sur les manigances nazies pour recruter une jeunesse aryenne, et je dois avouer que ça fait peur… On pensait que les camps étaient le summum de l’horreur, mais d’autres procédés plus pernicieux et malsains semblent presque pires !

C’est un roman que j’ai eu du mal à refermer tant il est obsédant et dérangeant. C’est une lecture instructive mais aussi et surtout émouvante, angoissante, inquiétante et fascinante. J’ai eu l’impression de me faire le voyeur de la bêtise nazie. Je vous conseille cette fiction chaleureusement, elle a le mérite de nous faire découvrir une partie du plan d’Hitler, bien loin de la « solution finale », mais tout aussi horrible…

Sarah Cohen-Scali, Max, Gallimard, 15€90